L’étrange Disparition d’Esme Lennox – Maggie O’Farrell

o farrell lennox

The vanishing Act of Esme Lennox, 2006. Traduit par Michèle Valencia. Publié aux éditions Belfond, 2008 ; réédité en poche chez 10-18, 2009.

Le nez dans les cartons depuis quelque temps (j’ai déménagé il y a dix jours), ça ne m’a pas empêché de lire (ni de profiter du passionnant Mooc consacré à Oscar Wilde), mais j’ai quelques billets de retard.

Il y a eu tellement de nouveautés irlandaises intéressantes à découvrir cette année, que je n’avais encore sorti aucun roman irlandais de ma Pile à Lire depuis janvier. Autant dire que c’est totalement en phase avec l’objectif PAL de novembre organisé par Antigone et Anne, que je suis partie ce mois-ci à la conquête de mes étagères. Bilan de milieu de mois : emballée par L’étrange Disparition d’Esme Lennox, déçue par Mat de Ronan Bennett (il m’est tombé des mains au tiers), je suis actuellement en pleines Retrouvailles d’Anne Enright (Booker Prize 2007), mais un peu dubitative pour l’instant. Ensuite je lirai Le Coeur qui tourne de Donal Ryan, sorti l’an dernier.

Pour les billets à venir bientôt sur le blog : Le Rouge vif de la Rhubarbe de l’islandaise Audur Ava Olafsdottir (que j’ai eu la chance de rencontrer à la librairie Dédicaces à Rueil-Malmaison, le 14 octobre dernier) ; Aphrodite et vieilles Dentelles, de la suédoise Karin Brunk Holmqvist, un roman frais et très drôle découvert dans le premier opus de la Petite Librairie de Gérard Collard ; Le grand Marin de Catherine Poulain – un quasi coup de coeur – , et La Chambre noire de Longwood de Jean-Paul Kauffmann, une évasion érudite et intéressante.

Ma chronique :

L’étrange Disparition d’Esme Lennox est admirable à plus d’un titre. Inspiré d’histoires vraies, celles de ces femmes internées de manière abusive sur simple demande de leur famille. Gros coup de cœur pour ce roman, dans lequel Maggie O’Farrell explore une nouvelle fois le thème des secrets de famille. Grandie en Inde dans une famille bourgeoise britannique, à seize ans Esme est rêveuse, nature, et ne rentre pas dans la norme. Une attitude intolérable pour la bonne société de l’Ecosse des années trente, et qui va la mener à l’asile. D’autant plus effroyable qu’elle n’en sortira que soixante ans plus tard – toute une vie ! -, sidérante surprise en début de roman pour sa petite nièce Iris, qui ne connaissait même pas son existence. Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi ? Y a-t-il eu une raison ? Maggie O’Farrell glisse avec talent et subtilité d’une vie à l’autre et explore sans se poser en juge les relations entre les êtres, les silences, les peurs, la solitude. C’est magistralement mené et délicatement écrit, jamais larmoyant, un jeu de piste à l’intérieur des souvenirs, qui m’a brisé le cœur à plusieurs reprises. Flamboyant, jusqu’à la dernière page. A découvrir absolument.

Extraits :

« Pose ton livre, Esme, lui avait dit sa mère. Tu as assez lu pour ce soir. »
Elle en était incapable, car les personnages et le lieu de l’action la captivaient. Soudain, voilà que son père se tenait devant elle, lui arrachait le livre, le fermait sans marquer la page. « Fais ce que dit ta mère, pour l’amour de Dieu », disait-il.
Elle se redressa, la rage bouillonnant en elle, et, au lieu de demander : « S’il te plaît, rends-moi mon livre », elle lâcha : « Je veux continuer l’école ».
Ce n’était pas prévu. Elle savait que le moment était mal choisi pour aborder ce sujet, que la discussion ne servirait à rien, mais ce désir était aigu en elle, et elle n’avait pas pu s’en empêcher. Les mots avaient jailli de leur cachette. Sans son livre, ses mains se sentaient curieuses et inutiles, et le besoin de continuer l’école s’était exprimé par sa bouche à son insu.
Un silence s’empara de la pièce. (…) « Non, répondit son père.
– S’il te plaît ». Esme se leva, s’étreignant les mains pour les empêcher de trembler. « Mlle Murray dit que je pourrais obtenir une bourse et ensuite, peut-être, tenter l’université et…
– Ca ne servirait à rien, trancha son père en se rasseyant dans son fauteuil. Pas question que mes filles travaillent pour vivre. »

– Tu ne sais pas ce qu’il y a écrit là-dedans ? Qu’il suffisait à un homme d’avoir un papier signé par un généraliste pour faire interner sa femme ou sa fille dans un asile d’aliénés.
– Iris…
– Tu te rends compte ? Un bonhomme pouvait se débarrasser d’une épouse dont la tête ne lui revenait plus, d’une fille jugée indocile.

« Nous ne sommes que des vaisseaux par lesquels circulent nos identités, songe Esme : on nous transmet des traits, des gestes, des habitudes, et nous les transmettons à notre tour. Rien ne nous appartient en propre. Nous venons au monde en tant qu’anagrammes de nos ancêtres. »

Pour découvrir l’auteure, c’est par là

objectifpal2016

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10 commentaires pour L’étrange Disparition d’Esme Lennox – Maggie O’Farrell

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  3. J’espère que ton déménagement s’est bien passé.
    Tu nous reviens avec ce bon choix de livres. tout comme toi, j’aime beaucoup Gérard Collard et ses critiques judicieuses. » L’étrange Disparition d’Esme Lennox » me plaira beaucoup.
    MERCI

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  4. C’est toujours un bonheur de lecture que de lire cette auteure. 😉 Bon courage pour tes cartons !! Et vider sa PAL permet aussi de faire un peu le tri. Je valide ta participation.

    Aimé par 1 personne

  5. Frédéric dit :

    Je note ce livre sur ma liste Fnac. Bon courage pour le déménagement, les cartons, l’installation.. Passe une bonne semaine ! Bises de Bretagne 🙂 😉

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