Pause Lisboète

Dans quelques heures, je pars en famille pour une petite semaine à Lisbonne. Aussi ce weekend, ce fut plongée dans les guides, les plans et deux romans portugais, comme une saveur délicieuse de balade apéritive, et des mots pleins de soleil. Nous y serons le 25 avril, jour anniversaire de la révolution des oeillets (1974), une chance !

A dans huit jours !

En attendant, prenez bien soin de vous, et bonnes lectures 😀

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Publié dans 8.1 Blablas, Lisbonne (avril 2018), Voyages | Laisser un commentaire

Un Noël en famille – Jennifer Johnston

Foolish mortals, 2007. Traduit de l’anglais (Irlande) par Anne Damour. Belfond, 2009 ; réédité en poche chez 10-18, 2010

Ma chronique :

Jennifer Johnston est une auteure irlandaise que j’affectionne particulièrement. Je trouve que sa voix se situe à mi-chemin entre celles de Maggie O’Farrell et d’Anne Enright. J’ai déjà lu cinq de ses romans, mais heureusement il m’en reste encore pas mal à découvrir !

J’ai trouvé hélas ce Noël en Famille un peu moyen. Le début semble déjà lu ailleurs : suite à un accident de voiture, Henry, presque la cinquantaine, se retrouve à l’hôpital, amnésique. Ses proches se succèdent à son chevet, mais quels étaient vraiment leurs relations ? Heureusement, l’histoire évolue agréablement et recèle plus d’une surprise. Le titre français, par contre, reste tout pourri jusqu’au bout ; l’original est Foolish Mortals, d’après un vers de Shakespeare, ce qui a quand même plus de gueule, mais aussi de sens, vu que le Noël en question, même s’il est effectivement une sorte de point d’orgue de l’histoire, ne concerne réellement que les dix dernières pages du livre !

Mais malgré ces quelques bémols, ce fut une lecture plaisante. La plume déliée de Jennifer Johnston, son oeil ironique, son ton toujours très juste et son sens du dialogue, ce talent qu’elle a pour raconter sans les dire les relations entre les êtres, pour mettre en scène les fêlures, les non-dits, les mesquineries et les attachements, sont un vrai bonheur à retrouver, à chaque fois.

Si vous voulez découvrir cette auteure (foncez !), je vous conseille de commencer avec Les Ombres sur la Peau, Un Noël blanc ou La femme qui court (c’est celui-ci que moi j’ai lu en premier).

« Les mots tournoient dans ma tête, comme des poissons dans un étang, quand vous tendez la main pour en attraper un, il est déjà parti, éclair doré ou vert, et plonge dans les profondeurs, vous laissant la main vide, ils effleurent vos doigts, malicieux, rouge et or, argent, bleu et vert, mais vous n’êtes pas assez habile pour en saisir un. »

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise | Tagué , , , | 4 commentaires

Le Dictateur qui ne voulait pas mourir – Bogdan Teodorescu

Dacic Parc, 2012. Traduit du roumain par Jean-Louis Courriol. Agullo Éditions, 2018

Ma chronique : 

Ma connaissance de la Roumanie et de sa littérature se limitant jusqu’ici à Vlad Tepes – alias Dracula – et Virgil Gheorghiu (pour son chef d’œuvre La Vingt-cinquième heure), je n’ai pas résisté à l’attrait du quatrième de couverture intriguant de ce roman nouvellement paru de Bogdan Teodorescu : « Cloîtré dans une serre au verre sali par la pluie, d’où il dirige la Roumanie d’une main de fer depuis plus d’un demi-siècle, le dictateur s’apprête à lancer son grand défi à l’Histoire. Pour échapper à l’érosion du temps, il a fait construire en secret un portail entre présent et passé, capable de ramener les morts. Et demain, il ramènera le plus illustre d’entre eux : un grand homme, un grand guerrier, un grand patriote… Michel Le Brave. Mais quand le leader d’une époque où empaler ses adversaires était pratique courante débarque dans notre réalité, les réactions en chaîne sont pour le moins imprévisibles… ».

Le Dictateur qui ne voulait pas mourir est un livre à la fois très roumain et très universel. D’un côté l’histoire roumaine, les boïers et autres voïvodes, les provinces de Transylvanie, de Valachie et de Moldavie, les voisins ennemis Ottomans et Hongrois, l’occupation Russe et tous les personnages historiques rassemblés dans un petit glossaire en fin d‘ouvrage. De l’autre, des réflexions universelles, intelligentes et poussées sur la politique par tous les temps, les mécanismes et les acteurs du pouvoir, la place du peuple et les enjeux des systèmes.

Il était une fois un vieux dictateur qui, sous couvert de « Je veux offrir encore plus à ma nation », mit en place un projet pour vaincre la mort. Ainsi, « lorsqu’il ne serait plus, quelqu’un pourrait le faire revenir pour une vie sans fin ».

Bogdan Teodorescu, en un roman choral à la construction impeccable, interroge tous les acteurs de cette intrigue. Le bras droit, l’adversaire politique, le subalterne, l’idéaliste, le parvenu. Et c’est passionnant. Les rouages du pouvoir, chacun à son niveau qui croit tirer les ficelles mais se retrouve le pantin d’un autre, ceux qui vendraient père et mère pour une miette de pouvoir… « La tentation de l’excès est énorme. Quoi de plus agréable que de grimper sur les dos courbés devant vous ? »

L’ensemble est cynique, érudit, d’un humour féroce, l’intrigue part complètement en vrilles d’une manière jubilatoire. Une seule chose je crois m’a agacée pendant cette lecture : la place ridicule accordée aux femmes. Eternelles subalternes, épouses ou assistantes. La Roumanie serait-elle donc vraiment une pure nation de machos ? En même temps, tout le monde dans Le Dictateur qui ne voulait pas mourir en prend vraiment pour son grade… des tas de dents ont dû grincer en Roumanie quand le roman est sorti !

Le Dictateur qui ne voulait pas mourir a vraiment été une excellente surprise. Une fable politique surprenante, une satire habile déguisée en dystopie.

« Comment leur expliquer la peur de la mort, pas celle qui est générée par le phénomène biologique, mais par le phénomène social ? La peur de penser que tout ce qu’il sait, tout ce qu’il a pu représenter, tout ce qu’il a construit peut disparaitre avec ce vieux corps presque impuissant. »

Un grand merci aux Éditions Agullo et à Babelio !

Publié dans 1.6 Europe de l'Est, 2018, Rentrée hiver 2018, Roumanie | Tagué , , , , | 6 commentaires

Le Dimanche des Mères – Graham Swift

Mothering Sunday, 2016. Traduit par Marie-Odile Fortier-Masek. Gallimard, du monde entier, 2017

Ma chronique :

Et quand ton cœur fait BOUM ! Gros coup de cœur pour ce roman lumineux.

Jane à vingt-trois ans. Elle est employée chez les Niven, une bonne famille du Berkshire. Nous sommes en 1924 et les plaies de la Grande Guerre sont toujours visibles. Aucun des deux garçons des Niven ne sont revenus des tranchées. En ce 30 mars, les domestiques ont congé, afin de rendre visite à leur famille. C’est une tradition en Angleterre, on l’appelle « le dimanche des mères ».

Jane est orpheline, et n’a donc pas de mère à visiter. C’est son jeune amant Paul qu’elle va retrouver, à bicyclette, le fils d’une grande maison voisine. Depuis sept ans ils sont amants, clandestinement. Aujourd’hui, il lui a donné rendez-vous chez lui, dans sa maison, dans son lit. C’est la première fois. Et ce sera aussi la dernière, car dans deux semaines, Paul va épouser une héritière.

« On n’entendait que le gazouillis des oiseaux au-dehors, le silence de la maison vide, un silence étrangement audible, comme si elle retenait son souffle, et les frissons de l’air sur leurs corps venus leur rappeler, même s’ils contemplaient le plafond, qu’ils étaient entièrement nus. (….) Elle ne voulait ni dire ni demander quoi que ce soit susceptible de mettre en péril la possibilité de rester ainsi pour toujours. »

Une journée dans la vie d’une femme, toute une vie esquissée, un destin sur le fil. La jeune Jane raconte, mais aussi elle se souvient, devenue très âgée. Des interrogations sur la vie, les liens entre les êtres, des réflexions sur le langage, l’amour, celui des livres et des mots, aussi. « Les mots étaient comme une peau invisible qui enveloppait le monde, qui lui conférait une réalité. » Et entre les mots, tout le reste.

Dans Le Dimanche des mères, le temps ne cesse de fluctuer entre l’instant présent, le passé et les futurs, et pas à un seul instant le charme ne cesse d’opérer, jamais on ne se perd, jamais on ne trébuche. Graham Swift a un talent fou. Une écriture fluide, délicate, sensuelle, toute en retenue, intensité, finesse. Jane est splendide. Ce livre est magnifique. Lisez le !

« Après quoi, il disparut. Pas d’au revoir. Pas même un petit baiser. Juste un dernier regard. Comme s’il l’aspirait, comme s’il la buvait jusqu’à la dernière goutte. »

Kathel aussi a aimé !

Publié dans 1.3 Litt. de Gde-Bretagne, 2017, Angleterre | Tagué , , | 6 commentaires

Les Éléphants rouges (Communardes !, tome 1) – Lupano et Mazel (Bd)

Scénario : Wilfrid Lupano ; Dessin : Lucy Mazel – Vents d’Ouest, 2015

Ma chronique :

Les trois albums de la série Communardes ! (parus entre 2015 et 2016) sont à découvrir absolument. Pour aborder le sujet de l’insurrection populaire parisienne du printemps 1871 qui s’est terminée dans un bain de sang, Wilfrid Lupano choisit de mettre en avant des destins de femmes. Il s’est associé à trois dessinateurs de talent : Lucy Mazel pour le tome 1 Les éléphants rouges, Anthony Jean pour le tome 2 L’aristocrate fantôme et Xavier Fourquemin pour le tome 3 Nous ne dirons rien de leurs femelles. Et c’est une réussite totale. Chaque tome est indépendant, mais quelques personnages traversent l’histoire. Cette impression que le cycle va crescendo. Je viens de refermer le troisième volume et je suis bouleversée.

Les éléphants rouges commence le 10 octobre 1870. Paris est assiégée par l’armée Prussienne de Bismarck, installée à Versailles. On y suit Victorine, 11 ans, et sa mère Octavie, dans leur quotidien. Se loger, se nourrir, la débrouillardise comme clef de survie, la colère qui gronde autour, partout, la politique, la place des femmes. Les coulisses romancées de la Commune – ou plutôt l’avant, pour ce tome-ci -, avec en fond l’histoire vraie des éléphants du jardin des plantes. Un discours féministe et social très intelligent, des dessins expressifs pleins de talent, un scénario rythmé et des personnages vraiment attachants.

« Si le gouvernement se couche devant les Prussiens, alors il faudra voter la Commune. Il n’y aura que dans la Commune que les femmes auront leur place. Sinon, on restera le dernier maillon de la chaîne d’une société d’esclaves. »

Les deux autres tomes sont à dévorer dans la foulée. L’Aristocrate fantôme, centré sur la figure historique d’Élisabeth Dmitrieff, une aristocrate russe devenue activiste et militante féministe durant la Commune. Un dessin très travaillé, très immersif dans l’époque. Nous ne dirons rien de leurs femelles m’a laissé sans voix. Au début j’ai moins accroché au dessin, mais il termine la série en apothéose. Il est d’une violence… J’en ai réellement pleuré des larmes de rage. Il fallait bien ça.

« La répression des Communardes, la violence des commentaires dont elles furent l’objet, […] sont le résultat d’une volonté déterminée chez les Versaillais et les Républicains d’éteindre désormais, chez la femme, toute tentative de participation au pouvoir, toute velléité de paraître à l’avenir sur la scène politique » (Odile Brakovitch, 1997) « Alexandre Dumas fils, journaliste au Figaro, écrira cette année-là, parlant des Communards : Nous ne dirons rien de leurs femelles, par respect pour les femmes à qui elle ressemblent quand elles sont mortes. »

Publié dans 1.2 Littérature française, 7.1 BD-Roman graphique | Tagué , , , , , | 7 commentaires

Nouvelles découvertes irlandaises #16 : avril 2018

Du neuf : Deux sorties en poche aujourd’hui, et un auteur de dark fantasy d’Irlande du Nord, découvert à la bibli.

En poche

Avril 2018

Assez de bleu dans le Ciel – Maggie O’Farrell (10-18, 5 avril 2018)
Mon Midi mon minuit – Anna McPartlin (Pocket, 5 avril 2018)

Assez de bleu dans le ciel (paru en grand format chez Belfond en 2017, traduit par Sarah Tardy)

Ma chronique : par ici

Quatrième de couverture :  Une maison à des kilomètres de tout. Autour, rien que l’herbe verte, les trembles aux feuilles chargées de pluie et le ciel changeant du Donegal. Ce refuge, Daniel Sullivan va le quitter le temps d’une semaine pour se rendre aux États-Unis, son pays d’origine. C’est l’anniversaire de son père, qu’il n’a pas vu depuis des années. Dans la voiture qui le conduit à l’aéroport, une voix retentit à la radio : celle d’une femme dont il est sans nouvelles depuis vingt ans, son premier amour. Les souvenirs se déversent.
Replonger dans le passé, comprendre ce qui le pousse à abandonner ceux qu’il aime, Daniel ne pense plus qu’à ça. Et il y a son épouse Claudette, star de cinéma fantasque et passionnée. Comment lui révéler l’homme qu’il est véritablement ? Que peut-il encore promettre, lui qui n’a jamais su que fuir ?

L’auteure : Je l’adore. Voir ma fiche sur le blog

Ses autres romans chroniqués sur le blog • L’étrange disparition d’Esme Lennox (mon préféré, un gros coup de coeur) et • En cas de forte chaleur (très bien aussi !)

Mon midi mon minuit (paru en grand format au Cherche-midi en 2017, traduit par Valérie Le Plouhinec)

Ma chronique : par ici

Quatrième de couverture : C’était au début du mois de mars, un jour de pluie, mais un jour encore béni, comme beaucoup d’autres avant, dans la vie d’Emma. À 26 ans, la jeune fille amoureuse cohabitait avec le bonheur. Elle formait avec John, son amour d’enfance, un de ces couples unis et heureux, tissant une belle vie remplie de grands projets et de bons amis.
Jusqu’à ce soir de fête qui fait basculer son existence en un crissement de pneus et ce deuil qui menace de tout engloutir. Commence alors pour Emma, aidée de ses amis qui font bloc autour d’elle, un long chemin pour que tout ne s’arrête pas là, pour qu’après la nuit revienne le jour.

Son autre roman chroniqué sur le blog : Les derniers Jours de Rabbit Hayes (un coup de coeur)

Nouvel auteur

Paul Kearney : Auteur de fantasy né à Ballymena, dans le Comté d’Antrim en Irlande du Nord, en 1967). Il a fait des études d’anglo-saxon, de moyen anglais et de vieux norrois à l’Université d’Oxford, avant de passer plusieurs années aux États-Unis et au Danemark pour ensuite revenir s’installer en Irlande du Nord, dans le comté de Down.

Plusieurs cycles de fantasy : Les Monarchies divines (5 tomes), Les Mendiants des mers et Les Macht (en grand format aux éditions du rocher et en poche chez Points puis au Livre de Poche)

J’ai emprunté le premier tome des Monarchies divines à la médiathèque : le Voyage d’Hawkwood. Il fut une époque où j’ai dévoré tout un tas d’excellente fantasy, plutôt américaine (Raymond Feist, Robin Hobb, Robert Jordan, Tad Williams, David Eddings, le cycle de Xanth de Piers Anthony, et j’en passe !) mais pas trop de la dark, sauf La compagnie noire de Glenn Cook, les chroniques de la lune noire en BD et bien sûr George Martin, à sa sortie française – les sept premiers tomes lus en mars 2003 haha, quand on appelait encore ce cycle Le Trône de fer – et pas Game of Thrones 😉
Je vais voir si ce roman-ci me branche.

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, Nouvelles découvertes | Tagué , , , , , , , , , , , | 8 commentaires

L’Histoire de Foxy Moll – Carlo Gebler

The dead eight, 2011. Traduit de l’anglais (Irlande) par Bruno Boudard. Éditions Joelle Losfeld, 2015.

Ma chronique :

Dans l’Histoire de Foxy Moll, centrée sur New Inn, dans le Comté de Tipperary, Carlo Gebler (le fils de l’éminente Edna O’Brien, pour l’anecdote) part d’un fait divers réel : « En 1940, une femme de trente-neuf ans aux mœurs légères, Moll McCarthy, fut assassinée de deux balles en pleine tête. Aussitôt l’un de ses voisins, Harry « Badger » Gleeson, fut arrêté, jugé et condamné à mort malgré des preuves approximatives. ».

L’auteur ne recherche ni la véracité pure et dure, ni les effets de style. Du coup, son écriture sobre et faussement banale efface totalement sa présence et permet au lecteur de plonger quasi immédiatement dans un monde réaliste, une galerie de personnages bien campés, guère aimables, et toute une époque. Celle d’une Irlande rurale, catholique, coincée entre la politique et la religion, hypocrite et donneuse de leçons où deux innocents, l’une rouquine et sensuelle, l’autre droit et simple, se retrouvent chacun à leur manière sacrifiés sur l’autel de la bonne conscience collective.

J’ai trouvé les cent premières pages (sur quasiment quatre cent) un peu longuettes, trop linéaires peut-être, mais ensuite, le roman se lit vite et bien. Foxy Moll est libre, jamais vénale, c’est un personnage qui devient attachant. J’ai apprécié aussi l’immersion historique du récit, mine de rien (les anciens RIC – la police royale irlandaise – devenus Gardai – le pluriel de Garda Siochána, signifiant « Gardien de la paix » en gaélique – dont se méfient les partisans du traité anglo-irlandais ; la police de l’état libre d’Irlande qui traque ceux de l’IRA – l’armée républicaine irlandaise – qui y sont opposés. Etc.)

L’Histoire de Foxy Moll est un bon roman, qui mériterait de faire plus parler de lui.

« Ma foi, la mort, ça dure longtemps, alors autant ne pas se plaindre et profiter au mieux du peu de temps qu’on a à vivre. »

(par ici, l’excellente chronique du blog La Viduité)

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 2015 | Tagué , , | 5 commentaires

Mes prochaines lectures #3

Présentation succincte de mes lectures en cours et à venir. Certains des livres présentés dans cette rubrique ne seront peut-être pas terminés tout de suite et il viendra certainement se greffer entre eux de nouvelles lectures au gré du vent et des humeurs, car cette présentation n’a pas vocation d’exhaustivité ni de tables de la loi. C’est simplement l’instantané de mes désirs de lecture, de mes projets et de mes joies.

• Deux romans irlandais sortis de pile à lire, L’Histoire de Foxy Moll de Carlo Gebler, paru chez Joëlle Losfeld en 2014 et La Lumière des étoiles mortes de John Banville, paru chez Robert Laffont en 2014 et chez 10-18 en 2016.
• Des mémoires de Ray Bradbury qui se passent aussi en Irlande, le troisième volet de sa trilogie autobiographique, La Baleine de Dublin, rééditées en février dernier dans la collection Empreintes de chez Denoël.
Les mille Talents d’Euridice Gusmào de la brésilienne Martha Batalha, paru chez Denoël en 2017 et nouvellement sorti au Livre de poche.
Mémoire d’éléphant, le premier roman du portugais Antonio Lobo Antunes, conseillé par l’excellent blog Hop sous la couette ! (fin avril je pars une semaine à Lisbonne, c’est le moment rêvé pour découvrir cet auteur)
• Et enfin, une série de Bds dont j’ai entendu beaucoup de bien, Communardes ! de Lupano & Mazel chez Glénat, empruntées à la bibli.

A bientôt, et en attendant, bonnes lectures 🙂

*

Edit : Plus tard… mes chroniques publiées

L’Histoire de Foxy Moll – Carlo Gebler
Communardes ! Lupano & Mazel (Bd)

Publié dans 8.4 Vie de blogueuse, Mes prochaines lectures | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 commentaires

Recluses – Séverine Chevalier

Éditions Écorces, 2011 ; réédition en poche aux éditions La Table Ronde (coll. La Petite Vermillon), mars 2018

Ma chronique :

Recluses est un road-trip, un roman psychologique et noir, tout à fait singulier. Je l’ai dévoré avec enthousiasme, impressionnée par le talent et l’habileté de Séverine Chevalier.

Dans les grandes lignes… mais non, parlons d’abord de voix, et de silences.

Dans ce roman, il y a Zia, enfermée dans son corps car lourdement handicapée, dont la pensée sublime l’ensemble : « Moi je peux tout faire, sauf parler et bouger. A part la tête, un peu. Ma vie se résume à des soustractions. Je n’ai pas besoin de savoir quoi faire de moi. On me meut. On me déplace. On me tire. On me pousse. On m’accompagne. On m’orne. On m’organise. On me met en place. On me nourrit. On me masse. On parle pour moi. Sans moi. En dehors de moi. En moi. Je suis un terrain vague, indéterminable, ouvert à tout vent. »

Elle est embarquée dans un road trip un peu dingue par sa sœur Suzanne. De St-Etienne à Marseille, la Camargue, les Landes puis dans les gorges du Tarn, elles vont croiser des êtres multiples, aux voix disparates. Suzanne, qui a tout perdu quand une jeune fille s’est fait exploser dans un supermarché de la banlieue Lyonnaise.

Suzanne, enfermée dans sa douleur, qui décide de suivre les traces de Zora, la terroriste en robe jaune, à travers la France et les souvenirs. Elle prend le volant en quête de sens. « Je ne sais pas pourquoi on en est là. A ce pont de non-retour. Je sais maintenant, précisément, qu’elle s’est bel et bien détachée, comme l’iceberg. C’est peut-être ça, la véritable errance ». Zora, « transparente et seule », étudiante en management, était-elle enfermée dans un sourire de façade ? Ou l’est-elle dorénavant dans son geste odieux, dans la boucle du traumatisme de Suzanne ?

L’écriture de Séverine Chevalier est tantôt dure, concise, puis soudain elle s’envole. Elle semble avoir émietté l’intrigue aux quatre vents de plusieurs narrations, avant de tout rassembler à la fin, bien serré, pour assommer son lecteur sidéré. La part belle est laissée à l’imagination. Quelques embryons de fausses pistes, des plongées pleines de vertige dans l’âme humaine et des vies cabossées… J’ai pris une grosse claque avec ce roman, je le conseille.

« Je me demande si elle sait que c’est fragile comme du verre, le silence. »

Nota Bene : « […] dans un bon roman noir, il n’y a pas de vérité », nous dit Jérôme Leroy en préambule (Oups tiens, d’ailleurs, effectivement…). Les éditions de La Table Ronde lui ont laissé « Carte Noire », rééditant au sein de La Petite Vermillon « des romans noirs qui méritent de retrouver une véritable audience auprès des amateurs du genre et de prouver aux autres qu’il s’agit là d’une littérature à part entière. ». Quelle géniale idée (et merci !)

Publié dans 1.2 Littérature française, 7.5 Policiers et thrillers | Tagué , , , , | 2 commentaires

Les derniers jours de Rabbit Hayes – Anna McPartlin

The last Days of Rabbit Hayes, 2014. Traduit de l’anglais (Irlande) par Valérie Le Plouhinec. Le Cherche-Midi éditeur, 2016 ; réédité en poche chez Pocket en 2017

Ma chronique :

Betty Boob finissait bien, mais pas Les derniers jours de Rabbit Hayes. « Deux semaines plus tôt, elle vivait encore avec le cancer ; aujourd’hui, on lui disait qu’elle était en train d’en mourir et qu’elle laisserait derrière elle sa fille de douze ans ». J’ai entendu énormément de bien de ce livre depuis sa sortie en 2016 aussi je l’ai acheté à sa parution en poche l’an dernier, mais j’ai différé cette lecture, un peu les foies de me colleter à une histoire de mort annoncée, de phase terminale, de soins palliatifs.

Et puis finalement, vaille que vaille, j’ai saisi mon courage à deux mains, le taureau par les cornes, et je me suis lancée. Grand bien m’en a pris ! J’ai été vraiment touchée par l’optimisme qui se dégage de ces pages et la justesse des relations entre les personnages. La narration alterne entre chaque personnage, les journées de Rabbit à l’hôpital – où tous, elle comprise, doivent admettre sa mort imminente – et ses souvenirs. Le groupe de musique de son frère Davey quand elle avait douze ans et lui seize, les répétitions dans le garage familial qu’elle écoutait avec sa meilleure amie Marjorie, la voix de Johnny Faye. Sa sœur Grace, sa fille Juliet, ses parents. C’est extrêmement bien construit, jamais mélo. Les larmes certes ne sont jamais loin, mais le sourire non plus.

Plus que l’histoire d’une mort, ce roman est avant tout l’histoire d’une vie. D’une famille, de grands amis et d’un grand amour. Des personnages attachants, des caractères trempés, de l’humour toujours, même au pire de la tempête. Rabbit a un humour féroce, mais Molly, sa mère, n’est pas mal non plus : très croyante, quand elle déboule dans l’église au bout de dix pages, ça donne le ton : « Alors, Dieu, tu nous prépare quoi, maintenant ? avait-elle hurlé dans l’église vide de son quartier, l’année précédente, le jour où le cancer de Rabbit était revenu dans l’autre sein et où des métastases avaient envahi son foie. Tu veux son deuxième nichon ? Et bien prend le, vieux dégueulasse, mais je te préviens, ne me prend pas ma fille. Tu m’entends, espèce de… ».

Ponctué de dialogues savoureux, écrit d’une plume légère et sensible, ce roman aborde la maladie et le deuil de points de vue multiples, sans forcer le trait mais sans non plus se cacher les yeux. Une lecture dure, mais nécessaire. J’ai vraiment eu un beau coup de cœur pour ce roman lumineux.

« – On peut partir, maintenant ? 
– Tu plaisantes ? lui répondit-il tout bas. 
– Combien faut-il d’Irlandais pour changer une ampoule ? Un pour tenir l’ampoule, et vingt pour boire jusqu’à ce que la salle tourne. Ça, c’est une blague. « On peut partir, maintenant ? », c’est une demande.

(Autre roman d’Anna McPartlin chroniqué sur le blog : Mon midi, mon minuit)

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 2016, 8.3 Challenges, Objectif PAL | Tagué , , , | 11 commentaires