Mes prochaines lectures #2

Présentation succincte de mes lectures en cours et à venir. Certains des livres présentés dans cette rubrique ne seront peut-être pas terminés tout de suite et il viendra certainement se greffer entre eux de nouvelles lectures au gré du vent et des humeurs, car cette présentation n’a pas vocation d’exhaustivité ni de tables de la loi. C’est simplement l’instantané de mes désirs de lecture, de mes projets et de mes joies.

• Deux nouveautés de la rentrée littéraire d’hiver, Le temps des hyènes de Carlo Lucarelli, paru aux éditions Métailié (une enquête policière atypique dans la colonie italienne d’Érythrée) et Sous les étoiles silencieuses de l’irlandaise Laura McVeigh (1990. Afsana, 15 ans, est à bord du Transsibérien vers la Russie avec sa famille, ils fuient Kaboul, ravagée par la guerre civile suite à l’arrivée des talibans) (chez Fleuve éditions).
• Deux irlandais sortis de ma pile à lire : Treize façons de voir, le recueil de nouvelles de Colum McCann paru en 2016 (que Françoise, du blog Par tous les temps m’a convaincue de remonter dare-dare tout en haut de ma PAL ! – j’en avais parlé à sa parution ici) et Les derniers jours de Rabbit Hayes, sorti en poche l’année dernière (chaudement recommandé entre autre par Eveline, du blog Dans l’Oeil d’une flaneuse bretonne – j’avais présenté le livre à sa parution en grand format il y a deux ans ).
Le dimanche des mères du Britannique Graham Swift, emprunté à la bibli (paru l’année dernière chez Gallimard).
• Et Mon traître, l’adaptation en BD par Pierre Alary du roman de Sorj Chalandon (paru chez Rue de Sèvres le mois dernier).

A bientôt pour de nouveaux billets, et en attendant, bonnes lectures 🙂

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Midwinter – Fiona Melrose

Midwinter, 2016. Traduit de l’anglais par Édith Soonckindt. La Table Ronde, quai voltaire, 2018

Ma chronique (rentrée d’hiver 2018, 5) :

Dès le livre ouvert, j’ai été habitée par cette histoire, entre touffeur de l’Afrique et Suffolk enneigé. Midwinter est un récit à deux voix, celles de Vale Midwinter, vingt ans, et de son père, Landyn. Il y a dix ans, dans leur ferme en Zambie, leur épouse et mère adorée, Cecelia, a perdu la vie. Aujourd’hui, ce drame ressurgit entre eux et s’envenime. De mots infectés en zones d’ombre du passé, une incompréhension mâtinée de violence s’installe, entre deuil et culpabilité. « Des années durant j’avais refoulé les souvenirs. Je les avais toujours sentis gratter dans les recoins les plus sombres de mon esprit, encore à l’état sauvage. ».

La narration alternée par chapitre construit le roman avec beaucoup de finesse. On va découvrir au fil du récit ce qui s’est passé ce matin-là à Kabwe, dans « la maison qui s’étirait tel un long wagon entre les arbres, avec cet acacia immense sur le devant qui grouillait de singes et d’oiseaux. ». Fiona Melrose a un talent formidable pour restituer la complexité des caractères, les hésitations et les non-dits. Sa plume délicate, au plus près de la nature, gomme à mesure toutes les ficelles stylistiques, pour ne laisser au lecteur que le plaisir brut de scènes de vie travaillées sans excès.

« Au fil des ans, il ressemblait de plus en plus à un garçon au crâne rempli de rats en colère qui le rongeaient, la tête éternellement penchée en avant, on aurait dit une pomme tardive. » Comment surmonter le poids de l’existence, des échecs et des décisions à prendre, comment trouver la force d’aller de l’avant et de se (re)construire, lorsque les ombres du passé nous engloutissent ?

J’ai eu vraiment un beau coup de cœur pour ce magnifique premier roman tout en simplicité et profondeur. Merci aux éditions La Table Ronde ! (Et bravo à Anne-Margot Ramstein pour la si belle illustration du bandeau)

« Le visage de Pa était mouillé, les larmes lui sortaient des yeux comme le sang sort de la gorge des agneaux quand on y pose un couteau. »

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Nouvelles découvertes irlandaises #14 : Février 2018

Parutions en grand format

Mars 2018

Le Temps des Tourments – John Connolly (Presses de la cité, le 1er mars)

Avril 2018

Tu ne tueras point – Edna O’Brien (réédition, Sabine Wespieser, le 5 avril)
Les Saltimbanques ordinaires – Eimear McBride (Buchet-Chatel, le 19 avril)
Beckett, Lettres IV (1966-1989) (Gallimard, le 26 avril)

Déjà parus en poche

La Neige noire – Paul Lynch (Le livre de poche, 8 novembre 2017)

*

Les Saltimbanques ordinaires d’Eimear McBride

« Chronique d’une passion amoureuse entre deux écorchés vifs, Les saltimbanques ordinaires est un roman d’apprentissage bouleversant et sensuel, en même temps qu’une ode à Londres, capitale de tous les possibles.Eimear McBride est née en 1976 en Grande-Bretagne de parents irlandais. Elle retourne avec eux en Irlande du Nord à deux ans et y restera jusqu’à la fin de son adolescence. Venue à Londres étudier les arts dramatiques, elle enchaîne petits boulots et voyages. Elle achève à 27 ans le manuscrit d’Une fille est une chose à demi qu’elle mettra près de dix ans à faire publier. Le roman est acclamé tant par la critique que par le public et la propulse au tout premier rang des espoirs de la littérature irlandaise contemporaine. Les saltimbanques ordinaires vient confirmer son talent. Elle vit aujourd’hui à Londres et se consacre à l’écriture. »

Le Temps des Tourments de John Connolly (traduit par Jacques Martinache)

« Jerome Burnel, héros un temps célébré puis déchu et expédié en prison pour pédophilie, n’a pas cessé de clamer son innocence. À sa libération, il prend contact avec Charlie Parker, le privé à l’âme tourmentée, et lui explique qu’il a été victime d’un coup monté. Le récit de Burnel a des accents de vérité, et sa disparition soudaine achève de convaincre Parker d’enquêter. L’ancien flic, toujours choqué par son expérience de mort imminente, n’a de toute façon plus rien à perdre. Le voici embarqué sur les traces d’une communauté de Virginie occidentale, l’Entaille, qui vit en marge de la société selon ses propres règles, imposées par le meurtre et la terreur, et sur laquelle plane la présence d’un mystérieux Roi Mort. « 

Tu ne tueras point d’Edna O’Brien (traduit par Pierre-Emmanuel Dauzat)
(pas encore de visuel de couverture)

« Cher Luke,
J’ai quelque chose d’énorme à te demander. Je sais que c’est épouvantable, mais je crois que je vais être mère et j’ai peur. Pourrais-je rester ici un petit moment ? Je ne me mettrai pas entre tes pattes. Je le promets. […] Je t’ai dit que j’étais plus vieille parce que j’aimerais bien. Ce serait mieux si je l’étais. Je ne me suis jamais sentie jeune. Jamais. […] J’irai bientôt voir un docteur. La personne de qui il est, c’est la dernière personne de qui il devrait être. Je préférerais ne jamais le dire. À la campagne, les choses deviennent très obscures. J’aimerais vivre en ville, parce que si tu hurles quelqu’un peut t’entendre. J’aimerais aller à la campagne, bien sûr, pour l’air frais et les rafales de vent. J’irai à l’hôtel de toute façon et, quand tu liras ceci, ne sois pas gêné si tu peux pas me recevoir ici. On sera toujours amis.
Mary »

« Mary n’est qu’une petite fille lorsque son père la viole pour la première fois, au milieu des tourbières. Quand, après des années de violences répétées, elle tombe enceinte, une voisine compréhensive accepte de l’accompagner en Angleterre pour avorter. Mais tout se sait à la campagne et le drame de Mary, relayé par une meute de conservateurs intégristes, devient vite un scandale national. L’Irlande entière se révolte, hurle au crime et réussit à rattraper la jeune fille. Les redresseurs de torts catholiques sont prêts aux dernières extrémités pour qu’elle garde son bébé, son propre père n’est pas le dernier à clamer publiquement son indignation.
La violence physique et verbale qu’Edna O’Brien met ici en œuvre, dans une Irlande rurale et rétrograde qu’elle a bien connue, trouve son pendant dans le vibrant portrait d’une très jeune femme silencieuse et secrète, d’une bouleversante densité. »

Beckett, Lettres IV (1966-1989) (traduction par Gérard Khan)
(pas encore de visuel de couverture)

C’est le quatrième volume de ses correspondances édité chez Gallimard : les précédents sont par-là > Lettres (1929-1940) > Lettres II, les années Godot (1941-1956) > Lettres III (1957-1965)

La Neige noire de Paul Lynch (traduit par Marina Boraso) (paru en grand format chez Albin Michel en août 2015)

« Dans Un ciel rouge, le matin, Paul Lynch métamorphosait le paysage irlandais en un territoire à l’horizon sans limites, au fil d’une impitoyable chasse à l’homme qui poussait un jeune métayer vers l’exil américain.
La Neige noire raconte le retour d’un émigré irlandais au pays. En 1945, après des années passées à New York, Barnabas Kane retrouve le comté du Donegal. Il y achète une ferme et s’y installe avec sa femme et son fils. Mais l’incendie, accidentel ou criminel, qui ravage son étable met un frein à ce nouveau départ. Confronté à l’hostilité d’une communauté haineuse, confiné sur cette terre ingrate où l’inflexibilité des hommes le dispute à celle de la nature, Barnabas va devoir choisir à quel monde il appartient. »

J’ai lu son premier roman, Un ciel rouge, le matin dont on attend la suite, Grace, cette année en français.

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Une avenue en hiver #3

(c) Hélène Hiblot & Lettres d’Irlande et d’Ailleurs

Voir aussi : Une avenue en hiver #1  et #2
Et mes autres séries photos sur les arbres : Mes arbres singuliers et Écorces d’hiver

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L’Étang – Claire-Louise Bennett

Pond, 2015. Traduit par Thierry Decottignies. Éditions de l’olivier, janvier 2018

Ma chronique (rentrée d’hiver 2018, 4) :

Voici un livre tout à fait étrange. Une vingtaine de textes courts, de quelques lignes à quelques pages, sorte de monologue intérieur, le flux de conscience d’une jeune femme solitaire dans sa maison. Il ne s’y passe rien de vraiment significatif, ou en tous cas pas grand-chose, mais quel voyage dans la pensée d’un être !

« Et j’aurais dû tenir ma langue car comme d’habitude à la minute où j’ouvris la bouche les choses apparurent biscornues et pas du tout comme je les avais imaginées, et cependant tout cela prit une tournure tellement étrangère et absurde que je ne pus rien faire d’autre que de me laisser prendre au jeu. »

Un style quelque peu déconcertant de prime abord, des phrases qui s’étendent, une plume fluide pour une pensée emberlificotée qui fuse et digresse. Souvent, j’ai dû reprendre des passages au début, car j’avais perdu le fil. Aucun agacement pourtant à le faire, juste de la curiosité et de l’amusement, comme si ces relectures partielles étaient voulues.

« Toutefois, bien que s’étant fait jour sur le mode sensationnel, cette nouvelle idée n’avait en réalité rien de si impressionnant ni d’inopiné, elle relevait plutôt du type de sédimentation qui se présente de manière caractéristique lorsqu’un processus analytique prolongé et peu enthousiasmant exaspère les auspices supérieurs d’un subconscient excédé. »

Je me suis bien prise au jeu de cette pensée particulière et étonnante, pertinente et souvent drôle (j’ai même franchement ri, à certains moments). Une traduction superbe, pour une balade légère dans le cerveau d’un Autre original, un peu timbré peut-être. Pour moi, une charmante découverte !

« L’anglais, à proprement parler, n’est pas ma première langue soit dit en passant. Je n’ai pas encore découvert quelle est ma première langue donc pour le moment j’utilise des mots anglais afin de dire les choses. Il est probable que j’ai toujours à le faire de cette manière ; malheureusement je ne pense pas du tout que ma première langue puisse être écrite. Je ne suis pas sûre qu’elle puisse être extériorisée vous comprenez. Je pense qu’elle doit rester là où elle est, à couvert dans l’obscurité élastique de mes organes vacillants. »

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Le Poids du Coeur – Rosa Montero

El peso del corazón, 2015. Traduit de l’espagnol par Myriam Chirousse. Éditions Métailié, 2016

Ma chronique :

J’ai eu en 2016 un gros coup de cœur pour Des larmes sous la pluie de l’espagnole Rosa Montero, et c’est avec un grand plaisir que j’ai retrouvé dans Le Poids du Cœur, la suite des aventures de Bruna Husky, la techno-humaine réplicante de combat. Un roman aux confins des genres, autant  imaginaire que bien ancré dans notre société et ses grandes thématiques clés, à la fois de science-fiction, dystopique, policier, cyberpunk, écolo et philosophique.

États-Unis de la Terre, 2109. Dans ce thriller futuriste, l’effet de surprise ne joue plus autant que dans Des Larmes sous la pluie, mais l’univers hyper bien construit par Rosa Montero fonctionne néanmoins parfaitement et réserve de nombreuses surprises épatantes, comme une mission dans la station spatiale de Labari, où règne un fondamentalisme religieux qui fait froid dans le dos. L’action est menée tambour battant et les personnages nous maintiennent constamment sous le charme. Ceux que l’on retrouve, Bruna bien sûr, toujours torturée par sa singularité, hantée par sa fin programmée – 3 ans, 10 mois et 14 jours au début du récit – et plus attachante que jamais. Mais aussi Yannis l’archiviste, Lizard le flic et Nopal le mémoriste. Et puis les nouveaux, très convaincants : Gabi, une gamine bizarrement irradiée, dont Bruna se retrouve avec la tutelle, Daniel, un « tripoteur » (thérapeute qui soigne par le contact)  encombrant, et une certaine Clara dont je ne dirai rien ici, mais qui est excellente.

Des problématiques de réflexion allant du sens de la vie aux déchets nucléaires, de l’action et du dépaysement, un grand plaisir de lecture. Vivement retrouver Bruna Husky dans un nouveau roman !

« Ah. Un croyant. Un quémandeur de réponses. Très bien. Moi, j’ai toujours eu peur de ceux qui ont plus de réponses que de questions. »

— Ce roman était dans ma pile à lire quasiment depuis sa sortie, aussi cette chronique me permet de participer à l’objectif PAL d’Antigone —

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Dans la Baie fauve – Sara Baume

Spill Simmer Falter Wither, 2015. Traduit de l’anglais (Irlande) par France Camus-Pichon. Éditions noir sur blanc, collection Notabilia, janvier 2018

Ma chronique (rentrée d’hiver 2018, 3) :

Dans la Baie fauve est un premier roman qui sort du lot. Différent, très, déstabilisant, souvent, dérangeant, parfois… touchant, vraiment.

Un homme et un chien se trouvent. Bon, techniquement, c’est plutôt l’homme qui trouve le chien en premier, puisque suite à une annonce un peu désespérée, il le récupère à la fourrière. One Eye le bien nommé, un seul œil, l’autre ayant sans doute terminé dans l’estomac d’un blaireau, est un vilain petit ratier au sale caractère, mordeur à ses heures. Mais l’homme, le narrateur, n’est en fait pas très fringant non plus. Encombré par un grand corps et une patte un peu folle, cinquante-sept ans, « trop vieux pour prendre un nouveau départ, trop jeune pour baisser les bras », il est seul et triste.

Deux solitudes amochées par la vie peuvent-elles se guérir entre elles ? Très vite on y croit, tant l’attachement et la compréhension entre ces deux-là devient, à mesure des pages, complicité et joie. Il lui raconte sa vie, à son chien, à mesure que s’égrènent les jours, toute son existence, autant la routine quotidienne que son enfance entre un père froid et peu aimable, l’absence d’une mère et cette maison au bord de Tawny Bay, la baie fauve, où il a grandi et dont on va nous aussi connaître chaque détail, minutieusement. Sara Baume a un œil extraordinaire pour observer la nature et les petites choses du quotidien, et sa plume est aussi délicate qu’éclatante (la traduction également) : « Tes yeux se remplissent de larmes. Tu vas te terrer dans un coin. Tu te recroquevilles comme une canette écrasée sous une chaussure ferrée ». « On a tiré du sommeil l’araignée du jardin qui vit entre les fils du séchoir à linge et dont l’abdomen tacheté d’or ressemble à une minuscule amulette. Elle s’est levée pour découvrir la rosée déjà évaporée des filaments de sa maison fragile, un bébé mouche étranglé par son piège soyeux. ».

La transcendance de la cicatrice qui fait sens… « Tu es ma troisième jambe, celle qui ne boite pas, et moi je suis l’oeil que tu as perdu. » Oui, mais. Dans ce roman, rien ne va tout à fait comme on voudrait. Bientôt embarqués dans un étrange road-trip, « ça paraît presque incroyable qu’on puisse rouler si longtemps dans un si petit pays sans jamais vraiment arriver nulle part », le narrateur et One Eye font penser à Des Souris et des Hommes. Mais qui est Lenny ? Les deux, tour à tour. La nature est implacable, et cruelle la société, pour ceux qui ne rentrent pas dans son moule.

« Je me demande si certaines créatures tuées sur la route n’avaient pas envie de mourir, au fond, si elles ne se seraient pas jetées sous les roues du véhicule. Une hirondelle léthargique incapable d’affronter un retour vers l’Afrique à tire d’aile. Un hérisson insomniaque ne supportant pas l’idée de rester éveillé tout l’hiver sans personne à qui parler. »

Jusqu’au bout, le livre est impeccable, quatre saisons mêlant force, justesse, âpreté, humour et mélancolie. Une fin saisissante, sans parler de deux ou trois révélations qui précèdent… Hum hum. Un deuxième roman de Sara Baume (A Line made by walking) a paru en 2017. Ça promet !

« Nous ne sommes plus des créatures de la routine ; nous sommes des créatures du possible. »

NB : Ah, j’oubliais ! L’objet livre est très élégant, illustration, couleur, un papier d’une très belle qualité et en son coeur on a la surprise de découvrir un marque-page au nom du livre. J’aime !

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Mes prochaines lectures #1

Je me décide à inaugurer une nouvelle rubrique sur le blog, pour vous présenter succinctement mes lectures en cours et à venir (cette photo-ci a été prise il y a un peu plus de deux semaines, du coup les lectures sont plutôt bien entamées, voire même terminées pour Gudbergur Bergsson, Sara Baume (la chronique devrait être en ligne demain) et les Vieux Fourneaux). Certains des livres présentés dans cette rubrique ne seront peut-être pas terminés tout de suite et il viendra certainement se greffer entre eux de nouvelles lectures au gré du vent et des humeurs, car cette présentation n’a pas vocation d’exhaustivité ni de tables de la loi. C’est simplement l’instantané de mes désirs de lecture, de mes projets et de mes joies.

Ci-dessus • trois romans de la rentrée littéraire d’hiver, deux premiers romans irlandais, Dans la Baie fauve de Sara Baume et L’étang de Claire-Louise Bennett (je les ai présentés ici) et un islandais, Il n’en revint que trois de Gudbergur Bergsson (du coup, je l’ai déjà chroniqué) ; • deux romans sortis de ma pile à lire, Les Vies de Papier de l’auteur d’origine libanaise Rabih Alameddine, prix Fémina étranger 2016 et Affaires et Damnation de l’irlandaise Claire Kilroy ; • les trois premiers tomes des Bds Les vieux Fourneaux, dont je n’entends que du bien et que j’ai enfin réussi à emprunter à la médiatheque ! (et effectivement c’est une série géniale, gros coup de coeur pour le premier tome).

A bientôt pour de nouveaux billets, et en attendant, bonnes lectures 🙂

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Il n’en revint que trois – Guðbergur Bergsson

Þrír sneru aftur, 2014. Traduit de l’islandais par Éric Boury. Éditions Métailié, janvier 2018

Ma chronique (rentrée d’hiver 2018, 2) :

Il n’en revint que trois me laisse une impression de lecture mitigée. J’ai été enthousiasmée par la première moitié du roman, mais je suis hélas passée à côté de la seconde. Des passages splendides en côtoient d’autres bizarrement décousus, voire absurdes, ce qui m’a rendu l’ensemble trop inégal pour être vraiment plaisant. J’aurais mis mes déceptions sur le compte de la traduction, si elle n’avait pas été d’Éric Boury, dont le talent n’est plus à prouver. Il m’a sans doute manqué des références pour apprécier pleinement ce récit âpre et de plus en plus désillusionné.

Mais quelle première moitié ! Dans une ferme isolée, minuscule, cernée « de tous côtés par les champs de lave, les montagnes et la mer » vit un couple âgé, leur fils et leurs deux petites filles, que la grand-mère élève en bonnes chrétiennes, en vue de leur prochaine communion. Le quotidien et l’isolement sont aussi mornes que la galerie de personnages est rocambolesque, et de plus en plus savoureuse à mesure qu’elle s’étoffe d’un vagabond avec un chien et un chat dans son sac à dos, de deux jeunes étudiants anglais qui disparaissent bras-dessus bras-dessous et chevelus dans une faille et en ressortent quelques années plus tard en uniforme de l’armée britannique et très sérieux, d’un allemand caché dans une grotte qui reçoit en cachette sa fiancée au clair d’un soleil de minuit. La nature en elle-même est tout un poème, avec un « vent à décoiffer les renards [dévalant] le flanc de la montagne en rafales qui [percutent] le sol en rugissant avant de s’élancer à nouveau vers le ciel », et habitée par des présences incertaines : « Je me nourris des revenants qui m’habitent quand je suis à l’affût dans le noir, déclara le fils, interrompant sa mère. Je suis incapable de dire si je suis éveillé ou si je rêve que je dors alors qu’en réalité, je veille. Un jour, j’ai cru que j’étais un de ces fantômes qui hantent les mousses du champ de lave, ces fantômes-là passent leur temps à s’ouvrir le ventre avec leurs ongles, et en soulevant ma chemise j’ai découvert mon ventre lacéré comme si un des renards dont je garde les peaux y avait planté ses griffes. »

Dans ce roman, on voit de loin tout d’abord puis de plus en plus près et crûment l’Islande passer du moyen-âge à l’ère moderne. En un rien de temps, finalement, aussi soudainement que si elle était tombée dans une crevasse, poussée par son importance stratégique pendant la seconde guerre mondiale puis la guerre froide, envahie par l’armée britannique en 1940, puis sous contrôle des États-Unis à partir de 1941.

Une guerre vue comme une aubaine, « qui [leur permet] d’entrer de plain-pied dans le présent ». « [L’armée britannique] avait été remplacée par les troupes américaines qui avaient éradiqué le chômage et la pauvreté en faisant construire des baraquements militaires dans le village. » On gagne plus d’argent en louant sa terre à l’armée qu’en la cultivant… et certains alors déchantent : « En plus de créer des emplois de merde, l’armée accomplit la prouesse de transformer les éleveurs de moutons en maçons et les marins en laveurs de chiottes. »

Une lecture étonnante, donc, souvent belle et ambitieuse, mais d’un ensemble trop inégal à mon goût. En tous cas, ce roman change de ce que l’on peut lire habituellement sur l’Islande, et cela, c’est intéressant.

« Une nation en guerre n’a pas le choix : soit elle tue les autres, soit elle se laisse tuer. Ou alors, il faut que chacun reste chez soi le cul sur sa chaise, avec ses pieds plats et sa vue basse, à mourir d’ennui en trayant ses vaches. »

D’autres avis : ceux de Jostein et Kathel

Publié dans 1.4 Litt. d'Europe du Nord, 2018, Islande, Rentrée hiver 2018 | Tagué , , , | 15 commentaires

Deux Remords de Claude Monet – Michel Bernard

La Table Ronde, 2016 ; réédité en poche dans la collection Petite Vermillon, janvier 2018, illustration de couverture par Aline Zalko

Ma chronique :

A peine refermé Le bon Coeur, je me suis plongée dans le roman précédent de Michel Bernard, Deux remords de Claude Monet. Paru en 2016 aux éditions La Table Ronde, il a remporté le Prix Libraires en Seine. Il vient d’être réédité en format poche dans la collection Petite Vermillon.

Monet, âgé, à Giverny, travaille sur ses nymphéas. « Le peintre devenu mondialement célèbre était âpre avec les marchands de tableaux et généreux avec ses camarades. Il faisait payer aux uns sa détresse d’autrefois, pour rendre aux autres et à leurs familles ce que le talent aurait dû leur interdire de mendier. ». Au tamis de la mémoire restent deux figures du passé ayant éclairé sa vie et son art, indissociables. Frédéric, Camille, et les tableaux qui leur sont associés. L’amitié, l’amour, la passion de peindre.

Dans le « Déjeuner sur l’herbe », Frédéric Bazille est représenté deux fois. Un compagnon peintre de la première heure, un jeune homme issu de la bourgeoisie viticole, qui souvent a dépanné Monet en lui achetant une toile quand ce dernier n’avait plus un sou vaillant ; le premier peut-être aussi à l’avoir reconnu comme un maître, quand tous ils inventaient une nouvelle manière de peindre, Renoir, Sisley, Manet et les autres. Frédéric engagé volontaire dans une guerre que Monet ne fera pas, mort à même pas vingt-neuf ans.

« La femme à la robe verte », c’est Camille Doncieux, son modèle favori qui deviendra son épouse, et qui l’a toujours tellement inspiré. « Son intuition du monde, sur bien des points, Monet la devait à Camille ». Camille, partie trop jeune aussi et dans la douleur, peu de temps après avoir mis au monde leur deuxième enfant.

Et lui, Claude, habité par son art, sa vision, intransigeant, buté, un bourreau de travail, fauché, « impétueux et bouillant, peintre-né, mais insupportable ». Le Havre, Londres, Paris, Argenteuil, Vétheuil, Giverny. Dans ce roman biographique, on suit les grandes étapes de son existence guidée par la lumière, le trait, la peinture, les amitiés fortes, mais traversée par les guerres, les pertes et les chagrins.

« Il disait alors que la peinture, ce n’est ni le temps passé, ni l’éternité, c’est l’espace et l’instant, le paysage et le temps, ce que durent des traces de pâtes vertes, bleues, jaunes et rouges répandues sur de la toile tissée serrée. Et comme c’est impossible de peindre les choses elles-mêmes, entièrement, vraiment, au moment exact où on les voit, ce n’est jamais ça. Aucun peintre ne peut être content de ce qu’il fait. »

La plume de Michel Bernard est vivante et poétique, son style précis et lumineux, et c’est un peu comme-ci, entre les lignes de ce récit, on plongeait accompagné dans les toiles de Monet. Au coeur du livre, les reproductions d’excellente qualité – pour un livre de poche, c’est vraiment à noter – de quatre des toiles qui y sont évoquées est un ajout appréciable qui contribue à rendre l’ensemble cohérent, passionnant et touchant.

Deux remords de Claude Monet est vraiment une belle découverte, merci aux éditions La Table Ronde.

« L’hiver était une saison pour l’esprit, l’écho du monde à la mélancolie des hommes. »

Publié dans 1.2 Littérature française | Tagué , , , | 24 commentaires