Bientôt viendront les jours sans toi – David Trueba

Tierra de Campos, 2017. Traduit de l’espagnol par Anne Plantagenet. Éditions Flammarion, 5 septembre 2018 ; 391 p.

Ma chronique (rentrée automne 2018, 2) :

Un roman en forme d’autobiographie, celle de David Campos, dit Mosca, un chanteur espagnol à succès né en 1970. Un personnage fictif, mais qui aurait pu exister. Un roman ambitieux, celui d’une époque, d’une génération, d’un pays ?

Daniel a quarante ans. Il vit à Madrid, sa vie personnelle cahote, sa carrière professionnelle a du mal à rebondir. Son père est mort il y a un an mais il décide soudain de rapatrier son corps dans son village natal, pour qu’il y soit enterré, comme il le souhaitait. Pendant les heures de route vers le Tierra de Campos, cette province au nord-ouest de l’Espagne, il laisse ses souvenirs se déployer. L’occasion « d’assembler, à travers le chaos / les pièces du puzzle qui me formaient. », comme il a pu l’écrire un jour dans une chanson.

Un roman construit comme un vinyl, face A le voyage, face B le village, avec sa vie dedans, en épisodes ponctués de paroles de ses chansons. Sa scolarité dans une rude école catholique, comme tous ceux de son âge, la maladie de sa mère, ses premiers cours de guitare, ses meilleurs potes, ses premiers émois, la création de son groupe de musique au lycée, Las Moscas (les mouches), les relations conflictuelles avec son père, un homme rigide, haut en couleurs.

« La main de mon père avait passé ses vingt premières années à labourer des champs et à faire la guerre ; la mienne, pendant cette même période de vie, avait servi à me branler et à jouer de la guitare. »

David Trueba a une écriture élégante, jamais pesante ni pompeuse, qui suscite autant d’intérêts en racontant différents processus créatifs ou une soirée de biture. J’ai pensé à Maintenant ou Jamais de Joseph O’Connor, et aussi à Jonathan Coe, mais en version espagnole. Des personnages attachants, beaucoup d’humour, de la finesse. L’amitié entre Dani, Gus et Animal est vraiment stimulante. Si le temps qui passe et les mutations de soi nous détournent de nos idéaux de jeunesse, faut-il rectifier le cap ? Le titre français est tiré d’une parole de chanson, « Bientôt viendront les jours sans toi / Triste calendrier, dans l’avenir », la mélancolie pour les absents est là, d’accord, mais le titre original est bien plus riche de sens : Tierra de Campos. Le terreau du passé e(s)t celui de l’avenir.

Cette histoire m’a parlé. Et si le dernier tiers n’avait pas été, à mon goût, un peu plus faible que le reste, ce livre aurait été un coup de coeur. La musique, l’écriture, cela m’a rappelé ma propre adolescence et mes premiers grands élans.

« Je n’ai pas l’habitude de prendre des notes, car je crois seulement aux idées qui survivent à l’oubli. »

PS : Ce roman ne paraitra que dans deux semaines. Habituellement, je ne publie mes chroniques de rentrée littéraire qu’à la sortie du livre, le jour même, la veille parfois. Mais ici, il y a un timing Babelio à respecter. Cqfd. Merci aux éditions Flammarion pour cet envoi !

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Publié dans 1.5 Litt. d'Europe du Sud, 2018, Espagne, Rentrée automne 2018 | Tagué , , , | 4 commentaires

Monsieur Viannet – Véronique Le Goaziou

Éditions La Table Ronde, collection Vermillon, 16 août 2018 ; 204 p.

Ma chronique (rentrée automne 2018, 1) :

La narratrice est missionnée par un centre de réinsertion, pour évaluer d’anciens résidents. Le premier de sa liste s’appelle Alexandre Viannet, il vit tout près de Bastille. Minuscule appartement, quasi scène de théâtre. Une unique fenêtre, un matelas au sol, une télé allumée sur des dessins animés, un pouf oriental, un guéridon. Rien d’autre. « Pas d’étagère, de poste de radio ou de chaine hifi, pas de bibelot… » Sur le matelas, une cigarette et une bière à la main, est monsieur Viannet. Pas loin, assise sur le pouf, très belle, il y a sa femme, madame Viannet.

Mais c’est lui qu’elle interroge. Il parle. Sur le centre, sur sa vie. Elle écrit. L’atmosphère de la pièce est irrespirable tellement ça fume, mais monsieur Viannet assez vite fascine, cet étrange personnnage, maigre, « j’rigole, je rigole », qui ne rit pas et utilise parfois des mots qu’elle ne comprend pas. « Ses mains dansent devant son visage. Ses doigts s’ouvrent et se ferment comme les bras d’une anémone de mer. Ou comme de l’herbe. De longs brins d’herbe. ». Monsieur Viannet a fait de la taule. A mal commencé dans la vie. A continué en dents de scie. Surtout les dents du bas, d’ailleurs. Comme si la société appuyait toujours plus fort sur la tête de ceux à qui elle a refusé d’apprendre à nager. Le cercle vicieux de la planchette savonnée. Tu glisses, et la corde qu’on te tend, on te la passe autour du cou. « T’as pas d’amis dans cette vie-là. Ou rares. Très rares. Tu veux éviter les histoires. Des amis t’en veux pas trop, tu as trop peur qu’ils soient comme toi. »

Véronique Le Goaziou a du style, et une certaine vision lucide du monde, de son absurdité, de sa violence pour les êtres. Une vision qu’elle partage avec Beckett. « Je bois parce que je ne fais rien. J’ai besoin de sortir et si je ne sors pas, je vais mourir. Je ne supporte plus d’être enfermé. Mais quand je sors je ne sais pas où aller et je bois. Je finis dans un bar. Des bars. Alors je reste chez moi. Et chez moi, je bois. » – (savoureux !) – Molloy aurait pu dire cela. « J’écris. Il boit. ». Un sillage de tristesse.

Monsieur Viannet interroge notre époque et libère la parole. Un récit prenant, fiction sociologique, théâtre humain. Une belle découverte, qui sort demain ! (merci aux éditions la Table ronde)

« C’est le désespoir qui règne ici. A quoi sert de le savoir ?
Transcrire tout ça, dire que ça existe.
La lassitude, la douleur, le néant. Et puis ? »

Publié dans 1.2 Littérature française, 2018, Rentrée automne 2018 | Tagué , , | 2 commentaires

Le chagrin des vivants – Anna Hope

Wake, 2014. Traduit de l’anglais par Elodie Leplat. Éditions Gallimard, 2016 ; réédition en poche chez Folio, 2017 ; 417 p.

Ma chronique :

Novembre 1920. La première guerre mondiale est terminée depuis deux ans, mais pour ceux qui restent, les rescapés, les endeuillés, le glas n’en finit pas de sonner. Anna Hope nous livre dans Le chagrin des vivants, les portraits particulièrement touchants de trois femmes marquées par la perte. Un frère, un fiancé, un fils. C’est toute une nation qu’elle raconte, engluée dans la difficulté d’aller de l’avant. La cruauté inimaginable de la guerre.

Très documenté, Le chagrin des vivants se passe sur cinq jours, du 7 au 11 novembre 1920. Les chapitres alternent à Londres entre Hettie, Evie, Ada, et de courts passages en France autour du rapatriement du corps du soldat inconnu. Tous ceux noyés dans la boue des tranchées, tous ces corps qu’on n’a jamais retrouvés, et les autres, enterrés en France mais sur les tombes desquels les familles ne peuvent pas aller se recueillir car le voyage coûte trop cher. C’est eux, leurs familles, leurs amis, que l’on croise dans ce roman.

La plume d’Anna Hope est élégante et son analyse des tempéraments, très fine. Cela rend certaines scènes d’autant plus violentes. Élans, détresse, colère, amertume, elle nous livre ses personnages dans leur entière humanité. Ceux pour qui c’est devenu un crime d’être heureux ; ceux qui veulent espérer en l’avenir.

Un premier roman poignant, une très belle réussite.

« Alors que le silence s’étire, quelque chose devient manifeste. Il n’est pas là. Son fils n’est pas à l’intérieur de cette boite. Et pourtant elle n’est pas vide, elle est pleine d’un chagrin retentissant : le chagrin des vivants. »

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Nouvelles découvertes irlandaises #19 : août 2018

Deux parutions irlandaises de l’année 2018 que j’avais ratées.

Mars 2018

Silver Water – Haylen Beck (Aka Stuart Neville) (HarperCollins noir, 14 mars 2018)

Mai 2018

Jacqui – Peter Loughran (Tusitala éditions, 17 mai 2018)

*

Silver Water – Haylen Beck (traduit par Catherine Richard-Mas)

« Ce matin-là, Audra Kinney avait rassemblé ses dernières forces pour fuir son mari, mis ses enfants dans la voiture, et foncé à travers les paysages accidentés de l’Arizona. Elle se sentait respirer. Enfin. Mais, par un étrange coup du sort, elle est arrêtée par la police sur une route a priori déserte. Le coffre de la voiture est ouvert. Une cargaison de drogue qu’elle n’avait jamais vue de sa vie, découverte. Et le cauchemar commence. Car une fois au poste, après avoir été embarquée de force, on s’étonne qu’elle mentionne la présence de ses enfants. Ils auraient disparu ? La police, et bientôt les médias, parlent d’infanticide : c’est la parole d’Audra contre la leur… jusqu’à ce qu’un privé, Danny Lee, dont l’histoire ressemble à s’y méprendre à la sienne, se décide à forcer les portes de Silver Water. »

Lire la chronique du blog Livres for fun

L’auteur : Haylen Beck, aussi connu sous son véritable nom, Stuart Neville, est un auteur acclamé par la critique et les lecteurs. Après une carrière dans la musique, il a épousé celle d’écrivain, faisant du polar sa spécialité.
Son site

Jacqui de Peter Loughran (traduit par Jean-Paul Gratias)

« Jacqui nous embarque de force dans la tête d’un personnage rebutant, chauffeur de taxi frustré, réactionnaire, râleur, perfide et surtout effroyablement misogyne, qui aime asséner des leçons sentencieuses sur la vie. Entre macabre et humour noir, on suit le monologue intérieur d’un meurtrier qui raconte comment et pourquoi il s’est débarrassé de sa femme, la fameuse Jacqui, et en profite pour nous raconter le monde, vu à travers son regard désabusé.

Avec son phrasé populaire, direct, fluide, cinglant, dont on ne sait jamais s’il va basculer dans le rire ou les larmes, Peter Loughran réussit magnifiquement son numéro d’équilibriste. Un roman singulier et dérangeant, toujours aussi corrosif malgré les années. »

Lire la chronique du blog Encore du noir

L’auteur : D’origine irlandaise, né à Liverpool en 1938. Après avoir abandonné des études pour devenir prêtre catholique, il prétend avoir exercé environ une centaine d’emplois qui l’on conduit dans le monde entier. « Ouvrage insaisissable, impossible à cataloguer » (Marcel Duhamel), Londres-Express / The Train Ride (1966), se présente comme le long monologue, écrit dans un style « célinien », d’un marin en bordée, obligé de regagner Londres par le train. Par la suite, il a publié plusieurs autres romans (Dearest, 1983 ; Jacqui, 1984 ; The Third Beat, 1987) [via Librairie Compagnie]

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Mansfield Park – Jane Austen

Mansfield Park, 1814.  Traduit par Denise Getzler pour la dernière édition poche chez 10-18 ; 648 p.

Ma chronique :

Décidément, cet été est faste en « achèvements » ! Haha. Après avoir complété mon tour de l’oeuvre de Maggie O’Farrell, je viens de terminer le dernier roman de Jane Austen (dont je suis une admiratrice éperdue) qu’il me restait à découvrir. Halte au suspense : c’est une grosse déception ! (cela devait bien arriver un jour, sans doute).

Mansfield Park est bien trop long (650 pages), pour ce qu’il a à nous dire : souvent, le propos est tellement délayé que c’en est même presque comique. Quelques personnages ont un fort potentiel – ils sauvent d’ailleurs la lecture -, mais je n’ai pas du tout accroché à l’héroïne, Fanny Price ; tellement pas, en fait, que j’ai assez longtemps cru qu’elle n’était qu’un personnage secondaire, stratégiquement mis en avant en début de roman, histoire de dévoiler d’une manière originale les vrais personnages principaux. Et bien non, c’est vraiment elle le personnage féminin central. Tellement fade, Fanny, sans relief, sans épiphanie, que pour une fois j’ai espéré que sa rivale l’emporterait, et j’ai rééllement plaint son, ses, soupirant.s. Jusqu’au bout, j’ai espéré un revirement, quelque chose qui aurait donné du sens et un certain charme à l’ensemble – ce qui m’a permis de tenir jusqu’au bout du livre, d’ailleurs -, mais hélas, la fin m’a désespérée.

Les inconditionnels de Jane Austen se régaleront encore une fois de l’écriture, de l’ambiance d’époque saupoudrée de critique sociale, de condition féminine, des intermittences du coeur et des méandres intérieurs étudiés avec finesse et intelligence, mais vraiment, à part vouloir tout lire de l’auteure, on peut largement éviter Mansfield Park.

Pour ma part, c’est le quatrième mois de juillet consécutif que je lis un de ses romans (coup de coeur absolu pour Orgueil et Préjugés, beaucoup aimé Emma, bien aimé Northanger Abbey). La bonne nouvelle, c’est que mes lectures de Raison et Sentiments (coup de coeur) et Persuasion (beaucoup aimé aussi mais je m’en souviens peu) remontent à vingt ans. Du coup, en juillet prochain, ce sera relecture de ce dernier ! Et celui d’après, hop, le suivant. A ce compte là, je n’en ai pas terminé avec cette grande dame des lettres anglaises… Ouf.

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La distance entre nous – Maggie O’Farrell

The distance between us, 2004. Traduit par Michèle Valencia. Éditions Belfond, 2005 ; réédition en poche chez 10-18, 2008, 384 p.

Ma chronique :

Avec La distance entre nous, je boucle ma découverte de l’œuvre de Maggie O’Farrell (jusqu’à la prochaine publication, bien sûr !). C’est en effet son septième roman que le lis – son troisième publié, juste avant l’Étrange disparition d’Esme Lennox (toujours mon préféré)

Ce roman est un bon cru. Je suis tombée à nouveau sous le charme de la plume brillante de cette auteure irlandaise. La distance entre nous est un roman riche et prenant, qui tourne autour de deux personnages ; Jake et Stella. Il se cherche, elle se fuit. On attraperait presque un peu le tournis parfois, tant la narration danse de l’un à l’une puis à la mère, la sœur, les grands parents, avant de revenir en avant et encore en arrière, éclairant un épisode de l’enfance ici, une nébuleuse généalogique là. Mais jamais on ne décroche, car Maggie O’Farrell excelle à ce jeu de narrations entremêlées. Au contraire, on accroche de plus en plus aux personnages éclairés avec finesse dans leurs personnalités, motivations, demi-teintes et tourments. Ils prennent à mesure les couleurs mouvantes de la vie.

Entre Hong-Kong, Londres, l’Italie et l’Écosse, ce roman explore les différents liens familiaux, avec une focale particulière sur ceux unissant Stella et Nina, sa sœur ainée (l’épigraphe cite Simone de Beauvoir, à propos de sa sœur : « Elle était mon homme-lige, mon alter ego, mon double ; nous ne pouvions nous passer l’une de l’autre »), mais aussi la quête du père, d’identité, l’intégration, les métissages de culture. La maladie d’un enfant également, vue du côté de l’enfant – ce qui semble être un témoignage de pur vécu par l’auteure, qui a souffert à l’âge de huit ans d’une maladie virale extrêmement grave lui ayant fait rater un an d’école. Elle le raconte dans I am I am Iam qui a paru l’an dernier en version originale – et dont j’espère bien sûr une rapide traduction française… Et bien sûr, La Distance entre nous parle de secret. J’avoue avoir été très agréablement surprise de n’avoir pas du tout deviné, avant qu’on nous le dévoile, celui sur lequel repose une grande partie de ce récit.

Je ne vous en dit pas plus sur l’histoire, elle est à découvrir.

« Combien de fois l’a-t-elle reconnu sous les traits d’un étranger dans la rue, le train, un bar, un ascenseur, un magasin ? Ces visions lui gâchent la vie, semblables à des cratères d’effondrement, le sol s’érodant tout autour, devenant instable. »

• Mes autres chroniques des romans de Maggie O’Farrell : L’étrange disparition d’Esme Lennox, En cas de forte chaleur, Assez de bleu dans le ciel
• La fiche auteur que je lui ai consacrée est quant à elle par ici.

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Le peuple de la brume – José Eduardo Agualusa

A vida ni céu, 2013. Traduit du portugais (Angola) par Dominique Nédellec. Éditions La joie de lire, 2018 ; 216 p.

Ma chronique :

Le peuple de la brume est une dystopie, un roman jeunesse initiatique et d’aventures, une épopée poétique dont se dégage une douceur extraordinaire. De l’optimisme. Du rêve.

« Après la fin du monde, nous sommes montés au ciel. ». Il y a un peu plus de trente ans s’est produit un grand désastre, un déluge. Aujourd’hui, le monde est totalement recouvert par les eaux. Des eaux polluées, dangereuses, trop chaudes pour rester à leur surface. Alors l’humanité, pour survivre, a migré dans les airs. Au moyen de dirigeables pour les plus fortunés, de radeaux pour tous les autres. « […] Les radeleurs ont aménagé des villages suspendus, en reliant les ballons entre eux par un réseau de cables phosphorescents, qui brillent dans la nuit, et un entrelacs de passerelles de cordes. ».

José Eduardo Agualusa nous propose une véritable civilisation dans les nuages. Franchement c’est beau ; et passionnant. Il ne perd pas le fil de son récit en justifications scientifiques ; on ne saura pas pourquoi finalement ce déluge, ni comment l’humanité fait son compte pour être toujours reliée par internet… au début j’ai tiqué, puis je me suis dit : qu’importe ! Il fallait des communications, nous les avons, basta. Le peuple de la brume est une dystopie poétique.

Carlos Benjamim Tucano, seize ans, est né dans le village de Luanda, qui rassemble plus de 300 radeaux. Son père, Julio, a disparu un jour d’ouragan : il a chuté en essayant de porter secours à un radeau. Mais Carlos ne croit pas à sa mort, et part à sa recherche. Et nous, au rythme des courants du ciel, nous nous envolons sur ses pas, à la découverte d’un monde tout à fait fascinant. L’auteur a encore foi en l’humanité.

J’ai passé un excellent moment avec ce roman, et ma fibre néphélibate a vibré avec joie.

« Espérance : c’est le nom que l’on donne aux nuages, quand l’eau vient à manquer. »

L’auteur : J’ai entendu parler pour la première fois de cet auteur angolais lorsqu’il a remporté l’an dernier le prestigieux prix Impac de Dublin pour Théorie générale de l’oubli (qui a directement rejoint ma pile à lire à sa sortie en poche il y a peu chez Métailié). Depuis mon séjour à Lisbonne, j’ai décidé de m’intéresser de près aux auteurs de langue portugaise, aussi lorsque j’ai repéré ce roman jeunesse-ci dans une masse critique sur Babelio, j’ai tenté ma chance… un grand merci à eux et aux éditions La joie de lire !

Publié dans 2018, 7.3 Jeunesse & young adult, Angola, Littérature lusophone | Tagué , , , | 3 commentaires

Rentrée littéraire d’automne 2018, quoi de neuf en littérature irlandaise ?

Mise à jour le 5.08.18 : ajout de Jo Spain

Voici venu le temps de nous retrouver, comme tous les ans, pour parler de la rentrée littéraire d’automne, qui promet à nouveau d’être riche en littérature irlandaise !

Août 2018

Les fureurs invisibles du coeur – John Boyne (JC Lattès, 22 août)
Smile – Roddy Doyle (Joelle Losfeld, 23 août)

Septembre 2018

Miracles de sang – Lisa McInerney (Joelle Losfeld, 6 sept)
Rien d’autre sur terre – Conor O’Callaghan (Sabine Wespieser, 13 sept)
La Confession – Jo Spain (City éditions, 26 sept ; ou 2 oct, à vérifier)

Octobre 2018

Une rue étrange – Desmond Hogan (Grasset, 10 octobre)

*

Les fureurs invisibles du coeur de John Boyne (traduit par Sophie Aslanides)

Cyril Avery n’est pas un vrai Avery et il ne le sera jamais – ou du moins, c’est ce que lui répètent ses parents adoptifs. Mais s’il n’est pas un vrai Avery, qui est-il ?
Né d’une fille-mère bannie de la communauté rurale irlandaise où elle a grandi, devenu fils adoptif d’un couple dublinois aisé et excentrique par l’entremise d’une nonne rédemptoriste bossue, Cyril dérive dans la vie, avec pour seul et précaire ancrage son indéfectible amitié pour le jeune Julian Woodbead, un garçon infiniment plus fascinant et dangereux.
Balloté par le destin et les coïncidences, Cyril passera toute sa vie à chercher qui il est et d’où il vient – et pendant près de trois quarts de siècle, il va se débattre dans la quête de son identité, de sa famille, de son pays et bien plus encore.
Dans cette œuvre sublime, John Boyne fait revivre l’histoire de l’Irlande des années 1940 à nos jours à travers les yeux de son héros. Les Fureurs invisibles du cœur est un roman qui nous fait rire et pleurer, et nous rappelle le pouvoir de rédemption de l’âme humaine.

L’auteur : Né à Dublin en 1971, John Boyne a étudié la littérature anglaise au Trinity College de Dublin, avant de se consacrer à l’écriture. Il a publié de nombreux romans, y compris pour la jeunesse. Il a également publié des nouvelles, ainsi qu’un recueil (non encore traduit), en 2015. Il a reçu de très nombreuses récompenses littéraires, et ses romans sont traduits dans plus de cinquante langues.

De lui j’ai lu son formidable roman jeunesse Le Garçon en pyjama rayé (–> voir ma chronique). Le billet que je lui ai consacré plus spécialement sur ses oeuvres pour la jeunesse est par là.

Smile de Roddy Doyle (traduit par Christophe Mercier)

« Victor Forde vient de se séparer de sa compagne, Rachel Carey, le grand amour de sa vie. Il retourne vivre dans le quartier dublinois de son enfance, près de la mer, où il s’installe dans un immeuble moderne abritant essentiellement des émigrés d’Europe de l’Est. Il se force à se rendre tous les soirs dans le même pub, comme « on irait à la salle de sport ou à la messe ». Il y rencontre un certain Ed Fitzpatrick, qui lui assure être un ancien camarade de classe. Il ne se souvient pas de lui mais a une sensation désagréable en sa présence, sans réussir à s’expliquer pourquoi. Ils se croisent régulièrement au pub : Ed recherche une complicité, il revient sans cesse sur leur passé d’écoliers chez les frères chrétiens.
Victor se bat avec sa mémoire et refuse de toute évidence des pans entiers de son passé. Ed Fitzpatrick, suspect, voire sinistre, agit sur lui comme un révélateur et l’oblige à affronter la réalité. »

L’auteur : Roddy Doyle est un écrivain majeur de la scène littéraire irlandaise contemporaine. Il est né à Dublin en 1958 et a passé son enfance à Kilbarnack, un quartier populaire situé au nord de Dublin – qui lui servira d’inspiration pour ses futurs romans. Après des études à l’University College de Dublin, il devient professeur d’anglais et de géographie ; avant de se consacrer entièrement à l’écriture, à partir de 1993.
« Le style de Roddy Doyle est familier, percutant, composé de dialogues à l’humour acerbe, s’inscrivant dans des scènes de vie quotidiennes, découpés comme un scénario. Il rompt avec le style en vogue dans la littérature anglo-saxonne et opte pour une approche humoristique et sensible de la vie, tout en traitant de sujets graves. »

J’ai presque lu toute son œuvre traduite en français. Toujours un immense plaisir de lecture ! Pour lire le billet qu je lui ai consacré, c’est par-là.

• Miracles de Sang de Lisa McInerney (traduit par Catherine Richard-Mas)

C’est la suite de l’excellent Hérésies glorieuses, paru chez Joelle Losfeld également à l’automne dernier.

L’auteure : Lisa McInerney, née en 1981 à Galway, est la jeune auteur talentueuse du blog «Arse End of Ireland», vainqueur des prix du meilleur blog et du meilleur humour décernés par «The Irish Blog Awards», où elle dépeint la vie de la classe ouvrière irlandaise avec cynisme et ironie. Elle est également l’auteur de cinq nouvelles et son premier roman, The Glorious Heresies, a été publié en avril 2015 par la maison d’édition britannique John Murray. Récompensé par le Baileys Women’s Prize et le Desmond Elliott Prize en 2016 et déclaré «livre de l’année» en 2015 par The Irish Times, le Sunday Independent et le Sunday Business Post, The Glorious Heresies est écrit dans cette même plume acérée et méchamment drôle qui a fait connaître son auteur. (via le site de l’éditeur)

J’ai eu la chance de pouvoir l’entendre au festival New writings, new styles au Centre Culturel Irlandais, en mars 2017. Nous étions tombées sous le charme de son humour et de son énergie (mon billet sur le festival est ici)

Rien d’autre sur terre de Conor O’Callaghan (traduit par Mona de Pracontal)

« Quand il ouvre à la gamine terrifiée par la disparition de son père, le prêtre et narrateur de ce troublant premier roman en sait déjà long sur elle. Le village entier se perd en conjectures sur cette famille pas comme les autres, revenue depuis peu en Irlande et installée dans le pavillon-témoin du lotissement en construction.
Mais personne ne les connaît vraiment. Les bribes de confidences livrées par la petite fille, dans son anglais aux intonations bizarres, n’en révéleront pas beaucoup plus sur l’atmosphère inquiétante de la maison : les portes y claquent sans raison, l’électricité est subitement coupée, des objets se volatilisent, avant les habitants eux-mêmes… Tout cela sous une chaleur caniculaire, où le temps s’étire en d’insolites séances de bronzage, où des mots apparaissent, écrits sur la poussière des fenêtres, et où l’irrespirable air nocturne est empli de bruits étranges.
Des années plus tard, le prêtre, tout à sa tentative de comprendre ce qui s’est joué en cet interminable été, se heurte à nouveau au mystère de cette irruption soudaine dans sa vie : « À quoi ressemblait-elle ? disais-je. Elle ne ressemblait à rien d’autre sur terre. »
Toute la force du poète Conor O’Callaghan tient dans sa subtilité à suggérer, sans les expliquer, les ressorts du drame familial qu’il met en scène, de même que ses conséquences, notamment sur celui qui a recueilli la jeune fugitive. »

L’auteur : Conor O’Callaghan, né en 1968 à Newry, en Irlande du Nord, a grandi à Dundalk, une petite ville proche de la frontière. il partage aujourd’hui son temps entre Dublin et l’université de Sheffield, où il enseigne. Poète reconnu, il a publié en Irlande et aux États-Unis cinq recueils depuis 1993, et dirigé un important festival de poésie en Irlande. Nothing on Earth (Rien d’autre sur terre) est son premier roman, paru en anglais en 2016. (via le site de l’éditeur)

La confession de Jo Spain
— Visuel et quatrième de couverture à venir —

Pour tout info – pour le moment-, je n’ai que sa page facebook et le fait qu’elle sera une des (nombreuses !!!) invitées du festival de roman policier irlandais Noire Émeraude organisé du 19 au 22 septembre prochain au Centre Culturel irlandais à Paris.

Une rue étrange de Desmond Hogan (traduit par Pierre Demarty)
— Pas encore de visuel de couverture —

« Dans les années 1970, le Sergent britannique Jeremy Hitchens est envoyé à Belfast. Né d’un père anglais et d’une mère irlandaise, il a grandi entre Leeds et Athlone, toujours partagé entre cette double identité. Jeremy est hanté par la figure d’Alan Mulvanney, un romancier délicat et instable que sa mère, Eileen, avait aimé trente ans plus tôt. Un amour de jeunesse qui obsède le jeune soldat durant son enfance, puis son adolescence lorsqu’il découvre l’amitié et la passion aux côtés d’Eugene et Cherine. D’Alan, il admire la pureté et la fragilité, le désir et même l’impuissance. Il est pour Jeremy comme un père fantomatique qui incarnerait les déchirures de l’Irlande autant que la nostalgie d’une nation enfermée dans ses mythes.
Troisième roman de Desmond Hogan, paru en 1984, Une rue étrange continue l’exploration des thématiques chères à l’écrivain irlandais. L’amitié, le souvenir, l’identité, mais aussi les fractures d’un peuple qui jamais ne suture ses plaies. Un roman plein de folie et de mélancolie. »

L’auteur : Desmond Hogan est semble-t-il très mystérieux : « On dit qu’il n’a pas d’adresse, pas de téléphone, pas d’ordinateur, on dit qu’il ne communique que par cartes postales. » On sait tout de même qu’il est né en 1950 à Ballinasloe, dans le Comté de Galway (ouest de l’Irlande). L’œuvre de Desmond Hogan compte cinq romans, un récit de voyages, une poignée de nouvelles ; « une œuvre qui sera bientôt publiée en français dans son intégralité. » nous disait l’éditeur lors de la parution en 2015 du Garçon aux icônes. Et effectivement, Les Feuilles d’Ombre a paru en 2016 (il est d’ailleurs dans ma PAL) et maintenant celui-ci ! J’ai lu et énormément accroché à ce premier roman traduit, Le Garçon aux icônes (voir ma chronique par-là)

*

Mais aussi… 

La rentrée littéraire irlandaise, ce sera également de beaux échanges humains, en particulier au festival littéraire Livres dans la boucle à Besançon, qui mettra l’Irlande à l’honneur en septembre prochain (du 14 au 16), et qui recevra John Boyne, Eimear McBride, Ian McDonald, Sara Baume et Claire-Louise Bennett, pour leurs romans parus cette année ! Quelle affiche !!!

(pour lire mes chroniques des romans de Sara Baume et Claire-Louise Bennett, cliquez sur leurs noms)

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Quelques Bds #2 : L’Homme gribouillé (Lehman & Peeters) – Shelton et Felter, tome 1 : La mort noire (Lamontagne)

L’Homme gribouillé – Lehman & Peeters

Scénario : Serge Lehman, Dessins : Frédérik Peeters. Éditions Delcourt, janv. 2018, 326 p.

Mon avis :

L’Homme gribouillé est un vrai régal. J’ai attendu quelques jours pour rédiger mon avis, parce qu’à chaud, à part waouh, génial, trop bien, excellentissime, je n’avais pas grand-chose à dire, haha. 326 pages dévorées, impossible de ne pas le reprendre tout de suite une fois posé. Du coup ce soir les jours ont passé, l’enthousiasme est resté intact mais j’ai quand même récupéré un peu de vocabulaire !

Ce roman graphique est incroyable. Les dessins m’ont ravie. Noir et blanc, l’hiver, la pluie, une vraie atmosphère. Ils sont splendides, autant les personnages que les décors, vivants, un dessin sensoriel, un cadrage qui donne du mouvement, de l’immersion, un côté manga qui m’a vraiment séduite, moi qui ne lis pas de mangas. Peeters a du génie pour dessiner la pluie, les arbres, Paris, autant la nature que les paysages urbains. Je suis tombée amoureuse de certaines de ses planches.

Et l’histoire ! Formidable. Des personnages tous plus attachants les uns que les autres. Des mystères qui vont en s’épaississant. Un thriller psychologique qui flirte avec le fantastique, des secrets de famille, de vieilles légendes et de la psycho-géographie. Et tout jusqu’au bout est parfaitement calé sur le fil du rasoir. Certains passages m’ont quasiment terrorisée.

Avec tout ça, je ne vous ai même pas dit de quoi ça parle… Une fois n’est pas coutume, je vais reprendre le quatrième de couverture – qui me plait carrément : «  C’est l’histoire d’une vieille dame qui écrit des contes pour enfants terrifiants, d’une mère qui ne peut pas parler et de sa fille qui ne peut pas s’en empêcher, d’un chat de mauvais humeur, d’un collectionneur de merveilles avec six doigts à chaque main, d’un oiseau fossile géant, d’un faussaire hanté par les noms qu’il a créés et d’un secret vieux comme le monde. »

Un coup de cœur !

« Même le néant se croit vivant quand on lui donne un nom. »

• Shelton & Felter, tome 1 : La mort noire – Jacques Lamontagne

Scénario et dessins : Jacques Lamontagne. Kennes éditions, sept. 2017, 46 p.

Mon avis :

Boston, quartier de Roxbury, 1924. Un juge est retrouvé mort en pleine rue. Parmi les badauds attroupés, un grand rouquin baraqué qui prend des notes et un petit homme à favoris et lunettes se mettent à discuter. Ce dernier, plein de finesse, d’un sens de l’attention et de déduction incroyables, trouve la raison, les causes et le déroulement du décès en un clin d’œil.
« – Hey, attendez ! Vous êtes incroyable ! Vous aviez raison sur toute la ligne ! Vous êtes une espèce d’enquêteur privé comme au cinéma ?
– Moi ? Vous voulez rire…
Je suis libraire. »

Ainsi naît ce duo de détectives très attachant, sorte de variation américaine atypique de Holmes et Watson : Isaac Shelton, un ancien boxeur devenu reporter et Thomas Felter, petit libraire hypocondriaque. « – Excusez-moi, 21h, c’est l’heure de mes gouttes. »

Beaucoup d’humour dans cet album, un dessin très sympa, des personnages travaillés, avec un passé. Une enquête avec des rebondissements, beaucoup de fausses pistes et un bon suspense. Un fond historique réel sur lequel a énormément travaillé Jacques Lamontagne : la grande tragédie de la mélasse qui frappa Boston en 1919 (on apprend tout cela dans le très intéressant cahier graphique à la fin de l’album).

Une découverte revigorante, que cette bande dessinée ! Le tome 2, Le spectre de l’Adriatic est sorti le mois dernier, je vais le lire sans tarder.

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Parutions littéraires irlandaises 2018 : Bilan #1

2018 s’annonce très riche en parutions irlandaises, aussi (comme en 2017 et en 2016) je vous propose pour ce milieu d’année un petit bilan chronologique (pour les grands formats), histoire de s’y retrouver un peu !

J’ai déjà parlé auparavant sur le blog de tous les livres ci-dessous, quatrièmes de couverture, traducteurs et traductrices, éléments biographiques et bibliographiques sur les auteurs (rentrée d’hiver, février, mars, mai, juin ; c’est donc juste un résumé.

Janvier 2018

La Guitare bleue – John Banville (Robert Laffont, 4 janvier)
L’étang – Claire-Louise Bennett (Éditions de l’Olivier, 4 janvier) –> ma chronique
Dans la Baie fauve – Sara Baume (Éditions Noir sur Blanc, 4 janvier) –> ma chronique
Des jours sans fin – Sebastian Barry (Joelle Losfeld, 11 janvier)
Quatre Lettres d’amour – Niall Williams (réédition – Éditions Héloîse d’Ormesson, 25 janvier) –> ma chronique

Février 2018

Hauts-fonds – Dov Lynch (Seuil, 1er février)
Destiny, tome 2 : Parfaite – Cecelia Ahern (Hachette, 7 février)
Sous les étoiles silencieuses – Laura McVeigh (Fleuve éditions, 8 février)
Lune du Loup (Luna, tomes 2) – Ian McDonald (Denoël, 15 février)

Mars 2018

Le Temps des Tourments – John Connolly (Presses de la cité, le 1er mars)

Avril 2018

Tu ne tueras point – Edna O’Brien (réédition, Sabine Wespieser, le 5 avril)
Du côté du Bonheur – Anna McPartlin (Le Cherche-Midi, 12 avril 2018)
Les Saltimbanques ordinaires – Eimear McBride (Buchet-Chatel, le 19 avril)
Beckett, Lettres IV (1966-1989) (Gallimard, le 26 avril)

Mai 2018

Lettres à un jeune auteur – Colum McCann (Belfond, le 16 mai 2018)
Une fille facile – Louise O’Neill (Stéphane Marsan, 16 mai 2018)

Juin 2018

Lettres sur la poésie – Correspondance avec Dorothy Wellesley – W.B. Yeats (La coopérative, le 8 juin 2018)

Très bientôt sur le blog, un billet de présentation de la rentrée littéraire irlandaise d’automne 2018. En attendant, bonnes lectures à toutes et à tous ! 🙂

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