Soufi, mon amour – Elif Shafak

The forty rules of love, 2009. Traduit de l’anglais (Turquie) par Dominique Letellier. Éditions Phébus, 2010. Réédition en poche chez 10-18, 2011 ; 474 p.

Ma chronique :

Soufi, mon amour est le premier roman d’Elif Shafak que je lis. Je l’ai emporté avec moi dans les Cyclades, le mois dernier, et cette lecture fut en harmonie avec la lumière et la joie de mon séjour : un coup de coeur.

« Ne te demande pas où la route va te conduire. Concentre-toi sur le premier pas. C’est le plus difficile à faire. »

Nous sommes en mai 2008. Ella Rubinstein a quarante ans. Elle est mariée depuis vingt ans à David, un dentiste. Ils ont trois enfants, un chien, une belle maison dans le Massachusetts à deux heures de Boston. Ella est une sorte de prototype assez réussi de desesperate housewife. Elle essaye de persuader tout le monde – et surtout elle-même – que tout va bien et qu’elle est heureuse. Mais le vernis craquelle de plus en plus et Ella décide de recommencer à travailler. Lectrice à temps partiel pour un agent littéraire, le premier manuscrit qui lui est confié, « Doux Blasphème », posté des pays-Bas, est écrit par un certain A.Z. Zahara. C’est un roman historique sur la vie du célèbre poète mystique Rûmi et son soleil bien-aimé, Shams de Tabriz, au 13ème siècle. Intriguée par sa lecture, perdue au milieu de problèmes relationnels avec sa fille ainée, Ella va entamer une correspondance imprévue, qui va vite devenir essentielle, avec l’auteur du roman, Aziz, un soufi moderne.

Elif Shafak, au gré de chapitres alternés avec légèreté, raconte de front le livre consacré à Rûmi entre 1244 et 1246, et la vie d’Ella en 2008. Shams le derviche errant, Rûmi l’érudit et prêcheur rigide se transformant en poète. Le récit dans la Turquie du 13ème siècle va articuler leurs voix particulières avec celles des témoins de leur parcours, de leur rencontre, de leur évolution conjointe. L’épouse, les fils, la fille adoptive, le zélote, l’étudiant, le mendiant…

Entre initiation au soufisme, sens de la vie, quête de soi, poésie, amour et tolérance, Soufi mon amour est un voyage lumineux et inspiré, tant intérieur qu’historique. Le roman a beau s’essouffler sur la fin – j’ai été déçue -, une fois le livre refermé, le coup de coeur des débuts était toujours là, vibrant, intact. C’est à saluer. Et donc, c’est une lecture que je vous conseille !

« Le temps n’est qu’une illusion. Ce qu’il faut, c’est vivre l’instant présent. C’est tout ce qui compte. »

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Quid de la rentrée littéraire irlandaise d’automne 2019 ?

Les premiers livres de la rentrée littéraire d’automne vont commencer à s’offrir officiellement à nos yeux gourmands dans huit jours… Le temps me semble donc raisonnablement venu de publier mon habituel billet de rentrée irlandaise, pour les grands formats et les poches (Rien d’exhaustif bien sûr, j’espère en découvrir d’autres dans les prochaines semaines).
*

En grand format

Août 2019

• La fuite en héritage – Paula McGrath (La Table Ronde / Quai Voltaire, le 22 août)

Septembre 2019

• Conversations entre amis – Sally Rooney (Éditions de l’Olivier, le 5 septembre)
• Girl – Edna O’Brien (Sabine Wespieser – sa sortie, initialement prévue le 12 septembre, a été avancée au 5 septembre)
• Lune montante (Luna, tome 3) – Ian McDonald (Denoël, le 12 septembre)

Octobre 2019

• Les liens du sang – Olivia Kiernan (Hugo éditions, le 3 octobre)

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En poche

Septembre 2019

Nouvelle Lune (Luna, tome 1) – Ian McDonald (Folio SF, le 5 septembre)

Octobre 2019

Irrespirable – Olivia Kiernan (Hugo poche, le 3 octobre)

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La fuite en héritage de Paula McGrath (Traduit par Cécile Arnaud)

« 2012. Une gynécologue hésite à accepter un nouvel emploi à Londres qui lui permettrait d’échapper à l’atmosphère de plus en plus tendue qui règne dans l’hôpital dublinois où elle exerce. Mais qui s’occuperait alors de sa mère qu’elle a été obligée de placer dans une maison de retraite?
1982. Jasmine, seize ans, prend le bateau pour l’Angleterre et tente d’intégrer la troupe de danseuses d’une émission de
télévision. Contrainte de rentrer à Dublin quelques mois plus tard, elle commence à pratiquer la boxe, un sport interdit aux filles dans l’Irlande des années 1980.
2012. Dans le Maryland, Ali, dont la mère vient de mourir, fugue avec un gang de bikers pour sortir des griffes de grands-parents dont elle ignorait jusque-là l’existence.  »

Ce roman est le second de Paula McGrath. Je suis en train de le lire et ma chronique sera en ligne le 22 août, jour de sa parution.
Son premier roman, Génération, paru en janvier 2017 aux éditions la Table Ronde, a été un très gros coup de coeur ! Pour lire ma chronique, c’est par ici (il a paru aussi en poche chez 10-18)

L’auteure : Paula McGrath est née en Irlande en 1966. Ses écrits de fiction et de non-fiction ont paru notamment dans The Irish TimesNecessary FictionROPES Galway et Surge, une anthologie des nouveaux écrivains irlandais. Elle est diplômée d’un Master of Fine Arts de l’université de Dublin et enseigne la creative writing à l’université de Dublin et à la Big Smoke Writing Factory. (présentation de l’éditeur)

–> Mon billet sur la rencontre au café Le Hibou en novembre 2016 est par là

Conversations entre amis de Sally Rooney (Traduit par Laetitia Devaux)

« Dublin, de nos jours. Frances et Bobbi, deux anciennes amantes devenues amies intimes, se produisent dans la jeune scène artistique irlandaise comme poètes-performeuses. Un soir, lors d’une lecture, elles rencontrent Melissa, une photographe plus âgée qu’elles, mariée à Nick, un acteur. Ensemble, ils discutent, refont le monde, critiquent le capitalisme comme les personnages de Joyce pouvaient, en leur temps, critiquer la religion. Ils font des photographies, ils écrivent, ils vivent. C’est le début d’une histoire d’amitié, d’une histoire de séduction menant à un « mariage à quatre » où la confusion des sentiments fait rage : quand Frances tombe follement amoureuse de Nick et vit avec lui une liaison torride, elle menace soudainement l’équilibre global de leur amitié.
Mais Conversations entre amis n’est pas qu’une banale histoire d’adultère : c’est avant tout le portrait attachant, empathique, des jeunes gens contemporains, ces millenials qui ne parviennent pas à trouver leur place dans le monde que leur ont laissé leurs aînés. La voix de Frances, poétique, désinvolte, parfois naïve, d’une extraordinaire fraîcheur est, par de multiples aspects, celle de sa génération. »

L’auteure : Sally Rooney est née en 1991 dans le Comté de Mayo. C’est une jeune auteure très prometteuse.

Lune montante (Luna, tome 3) de Ian McDonald (Traduit par Gilles Goullet)

« Lucas Corta, que tout le monde croyait mort, a réussi l’impossible : survivre, lui, le natif de la Lune, à un long séjour sur la Terre. Revenu en orbite pour se venger, il a triomphé. Désormais la Lune lui appartient. Mais il a également beaucoup perdu, à commencer par son fils Lucasinho, plongé dans le coma et atteint de lésions cérébrales irréversibles. Sans compter que les Mackenzie rescapés n’ont pas dit leur dernier mot et espèrent bien rendre à Lucas la monnaie de sa pièce. Les Sun, quant à eux, fourbissent toujours leurs armes pour éliminer tous leurs concurrents. Plus que jamais, sur la Lune, la guerre entre les Cinq Dragons fait rage. »

Nouvelle Lune, le premier tome de cette trilogie de science-fiction ambitieuse, a été un de mes gros coups de coeur de l’an dernier !
Lire ma chronique ici
Et il sort en poche en septembre (voir plus bas dans ce billet) ! Chic !
J’ai emprunté le deuxième tome paru l’an dernier, Lune du Loup, à la médiathèque et je ne vais pas tarder à le commencer… Inutile de vous préciser que je n’ai absolument pas lu la quatrième de couv’ que je viens de copier juste au-dessus ! S’il y a des fautes, elles y resteront, haha.

L’auteur : ian McDonald est né en 1960. Il vit à Belfast. C’est l’un des auteurs de science-fiction les plus talentueux et les plus récompensés. Il est notamment connu pour son roman Le fleuve des dieux qui a reçu de nombreux prix. (présentation de l’éditeur)

Girl d’Edna O’Brien (Traduit par Aude de Saint-Loup et Emmanuel Dauzat)

« Le nouveau  roman d’Edna O’Brien laisse pantois. S’inspirant de l’histoire des lycéennes enlevées par Boko Haram en 2014, l’auteure irlandaise se glisse dans la peau d’une adolescente nigériane. Depuis l’irruption d’hommes en armes dans l’enceinte de l’école, on vit avec elle, comme en apnée, le rapt, la traversée de la jungle en camion, l’arrivée dans le camp, les mauvais traitements, et son mariage forcé à un djihadiste – avec pour corollaires le désarroi, la faim, la solitude et la terreur.
Le plus difficile commence pourtant quand la protagoniste de ce monologue halluciné parvient à s’évader, avec l’enfant qu’elle a eue en captivité. Celle qui, à sa toute petite fille, fera un soir dans la forêt un aveu déchirant – « Je ne suis pas assez grande pour être ta mère » – finira bien, après des jours de marche, par retrouver les siens. Et comprendre que rien ne sera jamais plus comme avant : dans leur regard, elle est devenue une « femme du bush », coupable d’avoir souillé le sang de la communauté.
Girl bouleverse par son rythme et sa fureur à dire, à son extrême, le destin des femmes bafouées. Dans son obstination à s’en sortir et son inaltérable foi en la vie face à l’horreur, l’héroïne de ce roman magistral s’inscrit dans la lignée des figures féminines nourries par l’expérience de la jeune Edna O’Brien, mise au ban de son pays pour délit de liberté alors qu’elle avait à peine trente ans.
Soixante ans plus tard, celle qui est devenue l’un des plus grands écrivains de ce siècle nous offre un livre d’une sombre splendeur avec, malgré tout, au bout du tunnel, la tendresse et la beauté pour viatiques. »

« Par un extraordinaire acte d’imagination, nous voici transportés dans l’univers intérieur d’une jeune fille violée et réduite en esclavage par les djihadistes nigérians. Elle leur échappe et, avec acharnement et ténacité, entreprend de reconstruire sa vie brisée. Girl est un livre courageux sur une âme courageuse. » J. M. Coetzee

Les liens du sang d’Olivia Kiernan (Traduit par  François Thomazeau)

« Le crime colle à la peau de la commissaire Frankie Sheehan. Mais à Clontarf, petite station balnéaire proche de Dublin, Frankie n’est pas la seule à être familière avec la mort…
Deux corps sont retrouvés dans l’église de la ville, sauvagement assassinés.
Un double meurtre qui coïncide étrangement avec la sortie de prison de Sean Hennessy, condamné dix-sept ans plus tôt pour le meurtre de ses parents alors qu’il était encore adolescent. Sean a toujours clamé son innocence ; et c’est cette version des faits qu’il entend défendre dans un documentaire télévisé en préparation.
Frankie le pressent : pour découvrir l’auteur du double meurtre de l’église, puis d’un nouvel assassinat tout aussi épouvantable, il va lui falloir comprendre ce qu’il s’est véritablement passé voilà dix-sept ans.
Et percer les mystères qui relient entre eux, par-delà les années, les cadavres de Clontarf. »

Ce roman est la suite de Irrespirable, paru l’an dernier (et qui sort en poche en octobre, voir plus bas dans le billet)

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Et pour les poches

Nouvelle Lune (Luna, tome 1) de Ian McDonald (Traduit par Gilles Goullet)

Comme je le disais plus haut, ce roman paru en grand format chez Denoël en 2017 a été un gros coup de coeur ! Premier tome d’une trilogie de SF brillante, je suis vraiment ravie qu’il paraisse au format poche, pour élargir son public de fans.
–> Lire ma chronique

« 2103.
Sur une Lune où tout se vend, où tout s’achète, jusqu’aux sels minéraux contenus dans votre urine, et où la mort peut survenir à peu près à n’importe quel moment, Adriana Corta est la dirigeante du plus récent des «Cinq Dragons», ces familles à couteaux tirés qui règnent sur les colonies lunaires. Elle doit l’ascension météoritique de son organisation au commerce de l’hélium 3. Mais Corta Hélio possède de nombreux ennemis, et si Adriana, au crépuscule de sa vie, veut léguer quelque chose à ses cinq enfants, il lui faudra se battre, et en retour ils devront se battre pour elle…
Car sur la Lune, ce nouveau Far West en pleine ruée vers l’or, tous les coups sont permis.
Souvent comparé à Game of Thrones à cause de la brutalité de ses intrigues, récompensé par le Gaylactic Spectrum Award 2016, Luna, Nouvelle Lune est le premier volume d’une trilogie. »

Irrespirable d’Olivia Kiernan (Traduit par  François Thomazeau)
— Pas encore de visuel de couverture —

« Irréversible Dublin. Le docteur Eleanor Costello, scientifi que respectée, est retrouvée morte chez elle. Suicide ?
Implacable À peine remise des coups reçus lors de sa précédente affaire, la commissaire Frankie Sheehan se voit confi er l’enquête. La disparition du mari d’Eleanor puis la découverte d’une deuxième et bientôt d’une troisième victime lui prouvent qu’elle est en présence d’un tueur en série. Et que ce tueur aime jouer avec la mort.
Irrespirable Victimes consentantes, sites BDSM, » near death experiences « , chambres de torture, meurtres filmés et ritualisés : jusqu’à sa confrontation finale avec le tueur, Frankie va s’immerger dans ce que l’âme humaine a de plus noir et de plus pervers. Un noir absolu, malgré les taches de bleu de Prusse, ce pigment utilisé par Chagall et que l’on retrouve sur les victimes comme une signature. »

Lire la chronique de Yvon par là

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Chasse au trésor – Molly Keane

Treasure Hunt, 1952. Traduit de l’anglais (Irlande) par Cécile Arnaud. Éditions la Table Ronde / Quai Voltaire, 2014

Ma chronique :

« Les fenêtres posaient sur l’après-midi leur regard vide aux sourcils rocailleux. Elle avaient contemplé environ deux cent après-midi de septembre, alors en quoi celui-là différait-il ? »

Il diffère en ceci que Roderick Ryall, le maître de Ballyroden, vient de mourir. Le roman commence le jour de son enterrement. On découvre à mesure la famille de Roderick, ainsi que les domestiques. La sœur de Roderick, Consuelo Howard, 60 ans, et son frère, Hercules Ryall. Elle, grande, enrobée, une voix de merle enjôleur, lui, petit, dandy, tous les deux très aristocrates. Veronica, la fille de Consuelo, une jeune femme très effacée. Philip Ryall, le fils de Roderick, moins distingué que ses deux ainés, plus commun. C’est l’héritier du domaine. Et enfin mademoiselle Anna-Rose, la tante de Roderick, une vieille dame terriblement excentrique et adorable. Les domestiques sont quant à eux au nombre de trois : Mrs Guidera, cuisinière et maîtresse femme, acquise à Consuelo ; Bridgid (O’Keefe), dévouée à Hercules ; et Will (William Burke), aux petits soins pour Anna Rose.

A l’ouverture du testament, lorsqu’on découvre que Roderick ne leur a laissé que des dettes, Philip choisit, au grand dam de Consuelo et Hercules, d’héberger des hôtes payants. Entrent alors en scène trois anglais fortunés : Dorothy, sa fille Yvonne, 18 ans et son frère Eustace, antiquaire. Nous sommes juste après la seconde guerre mondiale (« Une guerre de malotrus »).

Chasse au trésor est cynique et drôle, enjoué et farfelu. Le roman se lit comme une pièce de théâtre, et pour cause : ce fut au départ une pièce de théâtre que, vu son franc succès, Molly Keane a adapté en roman – sous son nom de plume de MJ Farrell. Entre quelques pièces du manoir de Ballyroden et les dépendances, les différents personnages, extrèmement bien campés, vont et viennent entre vaudeville et satire décapante de cette aristocratie anglo-irlandaise à laquelle appartenait Molly Keane. Sa plume, comme toujours alerte et raffinée, fait ici autant mouche que merveille. Des dialogues et des personnages savoureux. J’ai beaucoup ri. J’ai vraiment adoré Anna Rose. Un très bon roman ! (c’est le 9ème déjà que je lis de cette grande dame des lettres irlandaises. Il ne m’en reste maintenant plus qu’un à découvrir. Snif)

« – Madame Howard, avez-vous déjà entendu parler de banqueroute ?
– Oui, bien sûr, qui n’en a pas entendu parler ? C’est une façon d’arrêter de payer les factures. »

★★★★★★★★☆☆

NB : Pour en découvrir plus sur Molly Keane, voici le lien vers le billet que je lui ai consacré il y a trois ans, ici

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, Objectif PAL | Tagué , , | 4 commentaires

A venir, sur le blog

De retour de vacances, je vais doucement reprendre le fil du blog. J’espère que vous allez bien !

De supers lectures et des chroniques en retard. A venir rapidement, je pense, celles de Chasse au trésor de Molly Keane, Soufi mon amour d’Elif Shafak, La femme en vert d’Arnaldur Indridason et Four irish Poets / Quatre poètes irlandais, une anthologie bilingue publiée chez Dedalus Press, qui présente une sélection des écrits de Pat Boran, Mary Montague, Katherine Duffy et Gerry Murphy.

Sont également programmés pour les prochains jours, mon billet de rentrée littéraire irlandaise d’automne (je suis d’ores-et-déjà en train de lire La fuite en héritage, le nouveau roman de l’irlandaise Paula McGrath – la chronique sera sur le blog le 22 août, jour de sa sortie aux éditions La Table Ronde) et une petite virée en images dans l’Oeil des Cyclades, celui en tous cas où j’ai laissé un bout de mon coeur l’été dernier, et à nouveau cette année : Paros l’Heureuse et Amorgos la Spectaculaire (Je suis encore en train de trier mes photos, mais en voici déjà quelques-unes de Paros, ainsi qu’une petite vidéo d’Amorgos, qui met bien dans l’ambiance magnifique de l’île : je n’avais jamais eu le vertige avant de prendre le bus à Amorgos ! Haha)

Photos et vidéo (c) Hélène Hiblot & Lettres d’irlande et d’Ailleurs

Bel été et bonnes lectures à toutes et à tous ! A bientôt 🙂

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la cité des jarres (une enquête de l’inspecteur Erlendur Sveinsson, 1) – Arnaldur Indriðason

Mýrin, 2005. Traduit de l’islandais par Eric Boury. Éditions Métailié, 2005 ; réédité en poche chez Points policier, 2006 – 327 p.

Ma chronique :

Cent cinquante ans après tout le monde, je me décide enfin à découvrir le fameux écrivain islandais Arnaldur Indridason. Tant qu’à faire, j’ai commencé par l’inspecteur Erlendur et sa première enquête, La cité des jarres. Verdict : je suis conquise ! Tant par l’histoire, l’ambiance, les personnages, que le ton général. J’ai déjà hâte de commencer le tome suivant, La femme en vert. Un roman où il pleut du début à la fin ne pouvait que me parler, de toute manière.

« Quand il s‘apprêta à refermer la porte, l’un deux plaça son genou entre la porte et le montant. Ta fille n’est qu’une petite salope, hurla-t-il. Il portait un pantalon de cuir.
Erlandur soupira.
Il avait eu une journée longue et difficile.
Il entendit le genou se rompre au moment où la porte claqua dessus avec une telle violence que les charnières du haut se désolidarisèrent du montant. »

L’inspecteur Erlendur Sveinsson m’a beaucoup plu. Très doué et pas commode, sombre, loyal, tourmenté, jusqu’auboutiste… Le début du roman nous fait découvrir une scène de crime, son équipe et son contexte familial compliqué. Erlendur est divorcé, il a deux enfants adultes, sa fille Eva Lind est toxicomane. Ses adjoints, Sigurdur Oli et Elinborg, Marion Briem, son ancien mentor. Et la scène de crime… Un vieil homme, Holberg, est retrouvé mort à son domicile, sans doute assassiné d’un coup de cendrier sur le crâne. Une inscription manuscrite énigmatique est retrouvée sur le cadavre. Erlendur, en pleins soucis avec sa fille, ne croit pas à la thèse du cambriolage crapuleux et effectivement, le passé de Holberg dévoile des pans largement nauséabonds : il y a quarante ans, Kolbrun, une jeune femme de Keflavik, a porté plainte contre lui pour viol, mais il n’est jamais passé en jugement. Qu’est-il arrivé à la petite Audur, née l’année suivante ?

De fils en aiguilles, Erlendur va interroger le présent et creuser le passé, et on découvre certains visages hideux de l’humanité. L’inspecteur mène son enquête avec finesse et empathie, il exhume des secrets et interroge la filiation en terre d’Islande. L’intrigue se noue assez lentement, parfois tâtonne et souvent rebondit, pour un très grand plaisir de lecture, de bout en bout. La traduction d’Eric Boury est excellente, comme toujours.

« A quoi nous servent les yeux ? » Je lui ai répondu qu’ils nous servaient à voir.
[…] Elle m’a dit qu’ils étaient là pour que nous puissions pleurer ».

★★★★★★★★☆☆

Publié dans 1.5 Litt. d'Europe du Nord, 7.5 Policiers et thrillers, Islande | Tagué , , , | 4 commentaires

Quelques livres pour cet été… Mes conseils

Je publierai mon billet sur la rentrée littéraire irlandaise début août, quand je serai rentrée de vacances… Là, j’ai juste envie de savourer l’instant, et la lumière de cet été tout neuf. La tête déjà aux vacances (j’y suis dans deux semaines !), je vous propose quelques idées de lectures, à déguster sans modération sous le parasol ou dans sa couette : six poches, et trois grands formats.

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• • • Si vous cherchez un livre de poche à glisser dans votre valise ou votre sac de randonnée, je vous conseille, parus il y a peu :

… Deux de mes romans préférés de 2017

Les Buveurs de lumière de Jenni Fagan (Points)

Écosse. Un futur proche, avec des airs de fin du monde.

« Un roman férocement poétique, humaniste, déjanté. Beau. Plein d’humour, celui un peu noir, que j’adore. »

(–> lire ma chronique complète par ici)

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Les Invisibles de Roy Jacobsen (Folio)

Norvège. La vie d’une famille sur une petite île proche du cercle polaire, au fil des saisons.

« L’écriture de Roy Jacobsen, concise, puissante et mêlée d’instants de poésie lumineux, offre un monde, tout un mode de vie dans lequel j’ai plongé avec une joie rare et durable. »

(–> lire ma chronique complète par ici)

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… Trois coups de coeur de 2018

Des jours sans fin de l’irlandais Sebastian Barry (Folio)

États-Unis. Guerre de Sécession.

« Ce roman pose un regard vrai, lucide, sans pitié mais non dénué de douceur sur les hommes, la vie, la nature et l’histoire des États-Unis. Ce qui en fait une œuvre exceptionnelle, c’est ce contraste entre les pires atrocités vécues et ce que l’on retient de ce livre : l’attachement, l’amitié, la loyauté plus fortes que tout, la lumière unique et la beauté de la tendresse qui peuvent parfois exister entre les êtres. »

(–> lire ma chronique complète par ici)

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Le dimanche des mères de Graham Swift (Folio)

Angleterre. Un dimanche de 1924.

« Une écriture fluide, délicate, sensuelle, toute en retenue, intensité, finesse. Jane est splendide. Ce livre est magnifique. »

(–> lire ma chronique complète par ici)
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Quatre lettres d’amour de Niall Williams (Points)

Irlande. Entre la banlieue de Dublin et les îles d’Aran.

« Deux destins, une narration puissante et l’âme irlandaise joliment saupoudrée de réalisme magique. Étincelant. »

(–> lire ma chronique complète par ici)

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… Et un roman noir de cette année, que j’ai beaucoup aimé

Nature morte de Patrick Mosconi (La petite Vermillon)

France. Milieu des années 80.

« Une course contre la montre sur fond de guerre froide, d’espionnage et d’humanité, mêlant cavale en compagnie de très bons personnages (il a beau ne vraiment pas être recommandable, j’ai adoré Detmer), barbouzes et terrorisme d’état. »

(–> lire ma chronique complète par ici)

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• • • Et si vous avez un peu de place dans vos bagages pour des grands formats, en voici trois parus cette année :

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Une saison à Hydra de la britannique Elzabeth Jane Howard (Quai Voltaire, éditions La Table Ronde)

De l’Angleterre à la Grèce en passant par les États-Unis. Milieu des années 50.

… A emporter pour l’écriture somptueuse, l’histoire à quatre voix et la délicieuse petite île grecque d’Hydra !

(–> lire ma chronique complète par ici)
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Toute une vie et un soir d’Anne Griffin (Delcourt Littérature)

Irlande. Des années 30 à nos jours.

… A emporter pour l’histoire touchante, l’ambiance et les pages qui se tournent toutes seules ; pour le coup au coeur.

(–> lire ma chronique complète par ici)
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Le quartier des petits secrets de Sophie Horvath (Flammarion)

Une petite place bordelaise, de nos jours.

… A emporter pour la fraicheur, l’humour et le baume au coeur.

(–> lire ma chronique complète par ici)
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Je vous souhaite de belles semaines à venir, et bien sûr de belles lectures !

Publié dans 8.0 Mes best of, Conseils de lecture | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , | 7 commentaires

Nouvelles découvertes irlandaises #27 : juin 2019

Ce mois-ci, ce sera deux nouveautés en grand format, et une en poche.

En grand format

Avril 2019

Les orphelins de métal – Padraig Kenny (Lumen, le 4 avril 2019)

Mai 2019

Rien n’est vrai que le beau – Oscar Wilde (Quarto, Gallimard, le 23 mai 2019)

En poche

Mai 2019

Dans la forêt – Edna O’Brien (Le livre de poche, le 29 mai 2019)

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Les orphelins de métal de Padraig Kenny (traduit par Julie Lafon)

«  « Je sais à présent que j’ai un cœur, parce qu’il est brisé… »
Christopher a beau être orphelin, il fait l’envie de tous ses amis… des amis bien particuliers, puisque ce sont des robots ! C’est que, contrairement à eux, il est ce qu’on appelle un Authentique : un être humain doté d’une âme, une vraie. Apprenti auprès d’un inventeur malhonnête, Absalom, le garçon observe avec consternation les manigances de son mentor, et passe ses soirées à enchanter ses camarades de métal avec les rares souvenirs qui lui restent d’avant – avant l’incendie qui lui a enlevé ses parents.
Malheureusement, l’escroc se double d’un menteur… Absalom dissimule depuis des années un étonnant secret !
Quand la vérité éclate par une froide journée enneigée, le destin de Christopher est bouleversé à jamais. Enlevé par de parfaits inconnus, il part – enfin – à la découverte de lui-même. Mais c’est sans compter sur ses compagnons, qui ne l’entendent pas de cette oreille. Parmi eux, Lapoigne, un géant mécanique muet, Manda, petite fille perdue dans un monde qu’elle ne comprend pas, ou encore Rob, qu’Absalom n’a jamais vraiment terminé. Bien décidée à rattraper Christopher, la joyeuse bande se lance à sa poursuite sur les routes à bord d’une camionnette dérobée à leur créateur…
Embarquez dans l’aventure en compagnie d’êtres de chair et de métal qui, s’il leur manque littéralement quelques boulons, n’en sont pas moins terriblement attachants. Cette petite troupe de personnages hauts en couleur, excentriques et loyaux jusqu’à la mort mène tambour battant un bel hommage au Magicien d’Oz doublé d’un conte émouvant sur la nature humaine… »

–> Lire une chronique sur Onirik.net par ici : « En plus de l’histoire entraînante, on apprécie l’écriture fluide et futée, qui pose un regard sur ce qui définit l’essence humaine, comme ce qui s’inscrit en creux. »

L’auteur : Pádraig Kenny est né à Newbridge dans le comté de Kildare. Diplômé de la Maynooth University où il a obtenu une maîtrise en écriture anglo-irlandaise, l’auteur a commencé sa carrière en écrivant des drames radiophoniques. En qualité de journaliste spécialisé dans les arts, il a collaboré à l’Irish Times, au Sunday Tribune, au Sunday Independent, à l’Irish Examiner et à plusieurs autres publications. Ce roman est son premier.

Rien n’est vrai que le beau d’Oscar Wilde

Ce volume de 1248 pages contient une sélection de contes, d’histoires et de nouvelles, son roman Le portrait de Dorian Gray, ainsi que de nombreuses lettres.

« « J’ai mis tout mon génie dans ma vie; je n’ai mis que mon talent dans mon œuvre. »
L’art ou la vie ? Oscar Wilde (1854-1900) – pour qui écrire c’est peindre, sculpter – hésita tout au long de son existence entre les deux, entremêlant l’un et l’autre au point que sa personnalité est, aujourd’hui encore. presque aussi connue que son œuvre.
La présente édition propose au lecteur de plonger au cœur de l’œuvre d’Oscar Wilde – des contes, histoires et nouvelles qu’il écrit et publie jusqu’au grand roman Le Portrait de Dorian Gray, version moderne du mythe de Faust. Car le «professeur d’esthétique cultivant une indolence affectée», comme il aimait à se présenter à ses débuts, a laissé une place grandissante à partir de 1887 au conteur talentueux. Car Wilde, qui «pense en contes», n’a en effet jamais cessé de raconter. En Appendice au volume, s’ajoute Le Chant du cygne, une collection de «contes parlés» tels qu’ils sont restés dans la mémoire d’un auditoire conquis, comme autant d’illustrations parfaites du génie de l’écrivain irlandais.
En donnant à lire les lettres que Wilde adresse à ses proches, aux journaux, à ses détracteurs, à son amant (dans son célèbre De profundis), cette édition Quarto permet également de porter un regard à la fois plus personnel et plus intime sur les aspirations de l’auteur, et de constater à quel point son œuvre et sa vie sont irradiées par une même et seule démarche, celle de l’esthétisme. »

Dans la forêt d’Edna O’Brien (traduit par Pierre-Emmanuel Dauzat)

Paru en grand format chez Sabine Wespieser en 2017

« Michen est de retour au pays. Celui qui, à dix ans, a volé un fusil, sème la terreur sur son passage. Il rackette, menace, insulte la population, bien trop effrayée par de possibles représailles pour le dénoncer. Enfermé dans sa solitude depuis la mort de sa mère, il ne répond qu’aux voix qui résonnent dans sa tête.
Eily, nouvelle venue au village, vient de s’installer avec son fils de quatre ans dans une maison abandonnée au milieu des champs. Sa beauté lumineuse et sa liberté fascinent, en même temps qu’elles suscitent la méfiance. Quand elle disparaît avec l’enfant, on croit d’abord à une fugue…
S’inspirant d’un fait divers qui bouleversa un petit village du comté de Clare en 1994, Edna O’Brien nous entraîne au plus près du délire psychotique d’un meurtrier, alternant de manière troublante les points de vue, celui du protagoniste, ceux de l’entourage et ceux de ses victimes, dans un saisissant roman polyphonique, où l’effroi le dispute à la compassion. »

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Toute une vie et un soir – Anne Griffin

When all is said, 2019. Traduit par Claire Desserrey. Delcourt Littérature, avril 2019

Ma chronique :

Coup de cœur pour ce premier roman de l’irlandaise Anne Griffin.

« Un des avantages d’avoir 84 ans, c’est qu’avec toutes ces expéditions aux toilettes, on fait de l’exercice. »

A peine ouvert Toute une vie et un soir, on se retrouve en juin 2014, accoudé au bar avec Maurice, à l’écouter nous raconter sa vie. Il a quatre-vingt-quatre ans. Sa femme Sadie est morte il y a deux ans, dans son sommeil. « Ce soir, c’est pas un soir comme les autres ». Maurice vient de vendre sa ferme, et ce soir il est venu ici pour se souvenir. Au bar de cet hôtel qui fut, il y a longtemps, la maison des Dollard. Sa mère travaillait pour eux, et lui aussi, dès ses dix ans. L’école, ce n’était pas son truc, à Maurice ; aujourd’hui on parlerait de dyslexie. Des Dollard, il se souvient surtout des coups.

Tout au long de ce roman au ton très juste, Anne Griffin nous livre mine de rien quatre-vingt ans de l’histoire de l’Irlande. Le récit est rythmé par cinq toasts, pour les cinq personnes qui ont le plus compté pour Maurice. C’est un homme qui a toujours eu du mal à montrer son affection. Ces toasts sont sa manière de leur rendre hommage.

Le premier toast, avec une bouteille de stout, est pour son grand frère, Tony. Son protecteur, son roc, son meilleur ami. Il se souvient de son premier jour d’école, à quatre ans. On l’appelait « Le grand ». Quand il a sept ans, Tony en a douze et il ne lui reste plus que deux mois d’école avant de commencer « à travailler la terre à plein temps avec son père ». Une époque rude, où le monde commençait pourtant à changer, avec la Land Commission, une loi qui a permis au petit fermier de « posséder sa terre, du moins quelques lopins ».

C’est un peu compliqué pour moi de vous parler de ce livre, finalement, car je ne veux rien dévoiler qui pourrait vous gâcher le plaisir que j’ai eu, moi, à découvrir cette histoire…

Deux des toasts à venir seront pour son fils Kevin et sa femme Sadie. Je ne vous dis rien des deux autres. On plonge avec rythme et habileté dans la vie de Maurice, un homme buté, rancunier, travailleur, raide dingue amoureux de sa femme. Avec en fil rouge un événement qui s’est passé chez les Dollard quand il était jeune, puis ses répercussions.

Je vous conseille ardemment de découvrir ce roman irlandais sur les regrets et la solitude, bourré d’optimisme, d’émotion, d’humour, et de fureur aussi parfois. Toute une vie et un soir campe des personnages féminins forts, la plume est belle, et la traduction extra.

Merci aux éditions Delcourt et à Babelio !

« Le grand amour, celui qui s’accroche à tes os, s’enfonce sous tes ongles, aussi difficile à faire partir que la terre incrustée depuis des années. Quand il est plus là… c’est comme si on t’avait arraché un bout de toi. Tu te retrouves la peau à vif, sans défenses, avec ton sang qui dégouline sur la moquette neuve. »

J’ai eu la chance de participer à une vraie belle rencontre chaleureuse et passionnante, le 15 mai dernier à la librairie Le Divan à Paris. Animée par une librairie, autour d’Anne Griffin, sa traductrice Claire Desserrey et Emmanuelle Heurtebize, directrice éditoriale de Delcourt Littérature : on s’est régalés !

L’auteure nous a raconté comment « est né » Maurice. Elle l’a rencontré, en vrai. En tous cas un homme qui lui ressemblait, au bar d’un hôtel dans l’ouest de l’Irlande. Il était seul, très distingué. Dans les soixante-dix ans. Il lui a raconté avoir travaillé là quand il était petit. Juste avant de partir, il lui a dit une phrase qui l’a tellement marquée que ce livre en est né (quand vous aurez lu le livre, je pourrai vous la livrer, si vous voulez). Le propre père d’Anne Griffin avait quatre-vingt-quatre ans quand elle a commencé à écrire ce livre, elle a donc pu trouver une voix juste pour Maurice.

Elle a ensuite beaucoup échangé avec nous sur les différents personnages de l’histoire. Pour elle, Maurice « is a typical quiet irish man ». Il a eu des secrets pour Sadie, mais c’est seulement avec elle qu’il voulait communiquer. Anne Griffin aime quand ses lecteurs lui parlent de ce qu’ils ont ressenti en lisant le livre. L’important pour un auteur, pour elle, c’est surtout réussir à toucher le lecteur – et pas seulement le nombre de ventes – a-t-elle ajouté en riant. Emmanuelle Heurtebize – dont le mari est irlandais et qui voue une passion à la littérature irlandaise, a ri de bon cœur avec elle. Ce qui a surpris Anne Griffin et la rend fière, c’est que ce roman soit lu et adoré par des gens très différents et de tous âges.

Lorsqu’une lectrice de l’auditoire interpelle Anne Griffin sur le fait que finalement c’est la vente des terres de Maurice qui libère sa parole car il ne possède plus rien, presque elle tombe des nues, en approuvant : « I learn so much about my own book ! » (elle a ri, et tout le monde avec elle). Et pour finir, elle nous a livré qu’elle travaille en ce moment sur un nouveau roman. Une voix de femme cette fois, de vingt–sept ans, qui parle sur la famille et l’Irlande. La belle nouvelle !

 

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La promesse de Dublin – Dominique Le Meur

DLM éditions, avril 2019

L’auteur : Dominique Le Meur est né à Auxerre et enseigne le français en Irlande, à l’université de Limerick, depuis 1992. Ses romans ont tous pour cadre l’Irlande. Irlande, Nuit celtique, son précédent roman, que j’ai lu en 2014, m’avait plu.

Ma chronique :

Rian est irlandais. Il vit à Limerick, bosse dans l’informatique, il est marié avec Shona. Peu de temps avant les noces, il a eu une aventure un soir de mission à Cork avec Madison, une canadienne d’origine irlandaise, venue provisoirement travailler en Irlande. Très vite entre eux, le temps se conjugue au présent et une liaison durable voit le jour… mais Rian ne parle pas à Madi de Shona, il ne lui dévoile rien de son mariage. De fil en aiguille, il va entamer une double vie.

Le roman commence deux ans après, à Montreal en 2015. Madison est rentrée au pays il y a quatre mois et Rian s’est décidé à la rejoindre, à la choisir, elle. Il honore ainsi une promesse qu’il lui a faite, lors d‘un weekend à Dublin. Le titre du roman est posé, mais bizarrement, Madison, qui devait venir le chercher à l’aéroport, ne se présente pas. Incompréhension. Une longue attente commence, durant laquelle les questions fusent dans sa tête. « L’hier l’assaille de nouveau », il repense aux deux années écoulées et nous livre une autopsie fine de sa double vie. Les crises d’humeur de Shona, soudaines et inexpliquées, les deux téléphones portables, les mensonges éhontés – il va jusqu’à ressusciter sa mère, quand même – pour justifier absences et rendez-vous manqués… « C’étaient deux vies séparées. Deux mondes parallèles qui ne se télescopaient jamais. »

La promesse de Dublin brosse aussi avec acuité le portrait d’une Irlande contemporaine en pleine mutation.

« Au milieu des années 90, l’Irlande a commencé une métamorphose spectaculaire. Le Tigre celtique poussait ses premiers rugissements. Les jeunes ne partaient plus. Mieux, certains revenaient, et des étrangers, rares jadis, faisaient résonner les rues de nouvelles langues, apportaient avec eux de la diversité. Le pays-chrysalide a alors peu à peu brisé le cocon qui le confinait à l’isolement au milieu de l’océan. On pouvait désormais y travailler, s’y affirmer. Exister. »

On y fait campagne en faveur du mariage pour tous, on manifeste contre la nouvelle taxe sur l’eau. J’y ai découvert la formidable prise de parole de Panti Bliss à l’Abbey Theater en 2014 (je vous glisse le lien par ici, le discours est traduit en français) et je sais maintenant comment faire habilement du porte à porte pour une cause (j’ai pris des notes !). J’ai aussi découvert le tableau L’homme de la plaine de l’expressionniste allemand Erich Heckel (vous pouvez l’admirer ici). Cette allégorie de l’oppression orne le bureau de Rian et il va s’y référer souvent, à mesure que sa propre oppression intime devient galopante. Il se sent cerné par ses dissimulations et ses mensonges, et arrive même à se mentir à lui-même : « Je n’ai jamais eu l’impression de tromper ni l’une ni l’autre ».

Le récit est mené avec habileté. On ne saura qu’à la fin – agréablement surprenante -, si ces existences sont bien réelles. La plume de Dominique Le Meur est vraiment plaisante : précise, sur le fil, travaillée sans lourdeur, et enrichie d’images vives.

J’ai vraiment beaucoup aimé cette épopée d’un menteur, sur fond d’Irlande aujourd’hui ! Deux existences parallèles, un homme, deux femmes, deux pays et une promesse.

« J’étais l’eau qu’on verse dans différents vases. prenant la forme de ses humeurs. »

★★★★★★★★☆☆

NB : Cette histoire mériterait un écrin moins austère, et un peu moins de fautes d’orthographe. Avis aux éditeurs…
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Avis en vrac #3 (Irlande) : A la saison des marguerites – Tom Phelan ; Le sentier sauvage – Timothy O’Grady ; Cal – Bernard Mac Laverty

Aujourd’hui je vous parle de trois romans irlandais un peu anciens, qui méritent je trouve une nouvelle mise en lumière. Un coup de coeur et deux très bonnes pioches.

A la saison des marguerites – Tom Phelan (Balland, 1997)
Le sentier sauvage – Timothy O’Grady (Robert Laffont, 1993)
Cal – Bernard Mac Laverty (Belfond, 1984)

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A la saison des marguerites – Tom Phelan

In the season of the daisies, 1993. Traduit de l’anglais (Irlande) par Marc Amfreville. Éditions Balland, 1997 ; 299 p.

Mon avis :

Seanie Doolin est simple d’esprit, presque muet. Depuis vingt-sept ans, il a treize ans. Depuis ce soir funeste où Willie son frère jumeau est mort. Ce soir où une manoeuvre de l’IRA a mal tourné dans ce petit village irlandais. Depuis vingt-sept ans, Seanie revit cette nuit de cauchemar. A la saison des marguerites est un roman choral particulièrement bien construit, chaque chapitre donnant voix à un personnage différent, qui à mesure nous dévoile de nouvelles facettes de l’histoire. L’ensemble tisse une vérité composite. Et quels personnages ! McKenna, le médecin qui a noyé sa vie et sa carrière dans l’alcool et le remords, le père Quinn, un haineux qui saiMne à blanc la ville pour ériger un monument à sa mémoire, le boutiquier avare Peetie Mahon, le sergent McSwaine, obsédé sexuel dont les ruminations masturbatoires font quand même plutôt sourire, Mr Sheehan, le maître d’école…

Dissimulation, hypocrisie, loi du silence, que s’est-il donc passé ce soir-là ? Un roman qui fait grincer des dents, une vision peu amène de l’Irlande des années cinquante. Une histoire déchirante, triste et poétique, qui m’a vraiment marqué. Un coup de coeur.

L’auteur : Tom Phelan est né en 1940 à Mountmellick, dans le Comté de Laois. Ce premier roman est le seul jusqu’ici à avoir été traduit en français. Quel dommage !

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Le sentier sauvage – Timothy O’Grady

Motherland, 1989. Traduit de l’anglais (Irlande) par Robert Davreu. Éditions Robert Laffont, 1993; 299 p.

Mon avis :

Le Sentier Sauvage est celui évoqué par Dante au début de L’Enfer. L’intrigue complexe de ce roman se joue autour d’un narrateur entre deux âges, anonyme et étonnamment enfantin, en quête d’une mère aimante, mais excentrique, qui a disparu sans laisser de traces.

Un voyage étrange à travers l’Irlande, terre à la fois natale et inconnue, au climat et à l’histoire tourmentées.

Un manuscrit mystérieux contant la chronique d’une famille irlandaise, constitué génération après génération depuis le XIIème siècle, et qui semble contenir des indices concernant la disparition de sa mère.

Le Sentier sauvage est un conte allégorique sur l’Irlande, son passé, sa situation politique actuelle. Son écriture est brillante, le style touffu. J’ai beaucoup aimé cette histoire originale, qui flirte légèrement avec le fantastique, pleine d’humour, de philosophie, de métaphysique, d’histoire et de réflexions sur la condition humaine. (lu en septembre 1998)

★★★★★★★★☆☆

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Cal – Bernard Mac Laverty

Cal, 1983. Traduit de l’anglais (Irlande) par Michèle Garène. Éditions Belfond, 1984 ; 178 p.

Mon avis :

Irlande du Nord, années 80. Au plus fort des Troubles. Cal a dix-neuf ans. Il vit seul avec son père. Ils sont les deux derniers catholiques encore présents dans leur quartier protestant. Une époque de peur, de haine et de violences.

Cal, entrainé par des amis proches de l’IRA, s’est retrouvé mêlé au meurtre d’un policier britannique. Depuis, il est rongé par la culpabilité. Le roman commence un an après. Cal essaye de remplir ses journées vides. Il gratte sa guitare, cuisine pour son père Shamie, craint les menaces protestantes et va à la bibliothèque, pour emprunter des cassettes musicales. Là, il rencontre une nouvelle bibiothécaire, à laquelle il s’attache, avant d’apprendre son nom : Marcella Morton. Catholique elle aussi, c’est la veuve du policier protestant tué.

Pour la petite histoire, Helen Mirren, qui joue le rôle de Marcella dans le film de Pat O’Connor tiré de ce roman, a gagné le Prix de la meilleure interprétation féminine au festival de Cannes en 1984.

Dans ce roman à l’atmosphère sombre, on suit le chemin torturé de Cal, alors qu’il lutte avec sa propre conscience. Bernard Mac Laverty explore les thèmes de la solitude, du péché, de la liberté et de la responsabilité. Dans une ville déchirée par la guerre civile, y-a-t-il encore une place pour l’amour et la douceur ?

★★★★★★★★☆☆

L’auteur : Bernard Mac Laverty est né à Belfast en 1942. Cal est son second roman, le seul que j’ai lu, il y a quinze ans. Ses deux autres sont également traduits en français : Lamb et Symphonie pour Anna (je vous ai mis les liens vers leurs chroniques sur le blog de Yvon)

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