Feel Good – Thomas Gunzig

Éditions Au Diable Vauvert, août 2019 ; 400 p.

Ma chronique (Rentrée automne 2019, 4) :

Feel Good est un roman incisif, original, cocasse, poignant. Je l’ai trouvé extraordinaire. Un livre dans un livre, d’où le titre en partie décalé, mais pas tant que cela finalement, car cette lecture m’a vraiment donné la pêche et le sourire. Pour tout dire, j’ai eu un très gros coup de coeur pour ce roman – le premier que je lis – du belge Thomas Gunzig.

Feel Good est une satire sociale, qui fait souvent rire et encore plus grincer des dents. Il raconte la vie de deux galériens du quotidien, qui ne ménagent ni effort ni peine, et pourtant la misère et les désillusions soufflent de plus en plus violemment leurs haleines fétides sur leurs vies.

Alice, la quarantecinquaine, est mère célibataire. Quand la boutique de chaussures où elle travaillait a fermé ses portes, la dégringolade financière a commencé. Tom est un écrivain publié, mais dont les romans bizarres n’ont jamais décollé. Ni connu ni inconnu, il vivote et s’interroge sur son talent.

Deux parcours de vie que l’auteur nous détaille en début de roman avec empathie. Je me suis beaucoup attachée à Alice et Tom. Deux êtres dont les chemins un jour vont se croiser, un jour pas comme les autres, et ils vont inventer un moyen d’enfin se sortir du gouffre qui s’acharne à les mâchouiller.

Feel Good est écrit avec une belle énergie, beaucoup de finesse et une très grande inventivité. Le ton est léger, la tendresse jamais bien loin, la plume de Thomas Gunzig souvent mordante. D’une certaine manière, je dirais que Feel Good, c’est un peu l’excellente Palme d’Or Parasite, en livre. Les parasites, les assistés, ne sont pas ceux que l’on croit, mais bien plutôt les nantis qui ont hérité sans effort de leurs conditions de vies privilégiées. Thomas Gunzig mène une vraie réflexion sur ce que c’est d’être pauvre dans nos sociétés d’hyper consommation. Jusqu’où peut-on aller pour nourrir ses enfants ? Et il égratigne au passage le monde de l’édition dans son ensemble ; même les bookstagrammeurs en prennent pour leur grade – ça m’a beaucoup amusé.

Un roman que je vous recommande donc avec un grand enthousiasme !

« C’est la peur ! La peur du changement ! Les gens comme ça, les gens qui ont des vies de riches ou bien des vies où tout va presque toujours bien, ils veulent qu’on leur raconte des histoires qui confirment l’état du monde, pas des histoires qui remettent en cause l’état du monde. Parce que le monde leur convient comme il est. »

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Publié dans 1.4 Litt. de Belgique & Pays-Bas, 2019, Belgique, Rentrée automne 2019 | Tagué , | 4 commentaires

Lune du loup (Luna, tome 2) – Ian McDonald

Luna : Wolf Moon, 2017. Traduit par Gilles Goullet. Éditions Denoël, collection Lunes d’encre, 2018 ; 432 p.

Ma chronique :

Nouvelle Lune, le premier tome de cette trilogie de SF écrite par le nord-irlandais Ian McDonald, avait été un coup de coeur absolu (je vous renvoie à ma chronique de l’année dernière). Une histoire et des personnages d’une puissance inouïe. Ce deuxième opus, Lune du Loup, est quasiment au même niveau d’excellence. Du rythme, de la tension dramatique, des rebondissements, des passages à couper le souffle, et les Corta toujours au centre de l’intrigue, ô joie. A un passage près, tout le roman tient en haleine d’une façon dingue. Ian McDonald réussit tellement à nous immerger dans les particularités de la société lunaire, que la vie sur terre en comparaison est déroutante et même étrangère. C’est fort, c’est très fort.

« Attendre est une douleur sourde et malsaine, comme un acouphène de l’âme »

L’histoire commence deux ans après la fin du premier tome, et bing, presque tout de suite on se prend une scène effarante dans les mirettes. Moi qui voulais d’abord savoir ce qu’étaient devenus certains personnages que l’on avait laissé en (très) mauvaise posture à la fin du premier tome ! Ian McDonald nous prend par surprise, pour mieux faire évoluer l’ensemble de ses personnages. Avec un astucieux ensemble de flashbacks et de scènes présentes, le point de vue sur l’histoire passe d’un personnage à l’autre, sans quasiment aucun répit. Des passages sur terre, d’autres sur la lune avec la meute de Méridien, à Creuset, à Twé, à la surface, avec Dame Sun, les Vorontsov, les frères Mackenzie et les Corta, et, et. Des attaques et des poursuites, des changements d’alliances et d’allégeances, aucun manichéisme, et ces personnages ! Du bonheur en tranche ! J’ai hâte de découvrir le troisième et dernier volet de cette histoire. Mais je ne le lirai pas trop vite, sinon il n’y en aura plus.

On pense à Maurice Druon, à Frank Herbert, à Kim Stanley Robinson. Luna est une trilogie de SF géniale, ample et puissante, à découvrir absolument.

« Elle n’avait jamais vu d’yeux aussi noirs et aussi tristes. De la glace sombre datant de la naissance du monde et conservée dans l’ombre perpétuelle. »

★★★★★★★★★☆

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 7.4 SF-Fantasy-Fantastique, Irlande du Nord | Tagué , , , | 1 commentaire

Un autre tambour – William Melvin Kelley

A different Drummer, 1962. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Lisa Rosenbaum. Delcourt Littérature, septembre 2019 ; 284 p.

Ma chronique (Rentrée automne 2019, 3) :

Un autre tambour est le premier roman, paru en 1962, d’un jeune auteur noir américain de vingt trois ans redécouvert récemment, et qui paraît cette rentrée en français chez Delcourt Littérature.

L’histoire a pour cadre un état imaginaire du sud des États-Unis, entre Mississippi et Alabama. Le jeudi 30 mai 1957 dans l’après-midi, Tucker Caliban, un fermier noir du village de Sutton, sale son champ, met le feu à sa ferme et quitte le village avec sa femme enceinte. Dès le lendemain, tous les noirs de Sutton s’en vont. Tous ceux de New Marsails, la grande ville, tous ceux de l’État, tous disparaissent, du plus vieux au plus jeune ; sans une explication. Pour les blancs, c’est la stupéfaction. « Aucun d’eux n’avait le moindre repère auquel il aurait pu rattacher la notion d’un monde dépourvu de noirs ».

Ce qui fait toute la puissance de ce roman choral, c’est que l’auteur n’explique rien, ni à aucun moment n’émet un jugement. Les témoignages des blancs s’enchainent, charge au lecteur de comprendre, déduire et deviner. Et c’est édifiant. Les quidams qui trainent toute la journée à ne rien faire sous la véranda de l’épicerie. Les membres de la famille à qui appartenaient les ascendants de Tucker. Des libéraux. Des conservateurs. Pendant que tous sont là à questionner leur version des faits et le passé, tentant de comprendre les raisons de cet exode, son sens et les conséquences pour la ville et l’avenir, se dessine la réalité de cette société raciste et ségrégationniste, dont l’injustice et l’extrême violence se conjuguent dans tous les aspects, même les plus infimes, du quotidien.

« Je prends conscience que ces choses-là sont sinon normales, du moins attendues dans la vie d’un noir, ils sont conditionnés, presque résignés à devoir renoncer à leurs rêves, ou du moins à les remettre à plus tard. »

Ce livre a une vraie musique intérieure, tissée dans les silences et les non-dits. William Melvin Kelley fait preuve d’un immense talent, tant dans sa maitrise de la trame narrative que pour incarner chaque personnage. Sous ses allures de conte, c’est un véritable appel à la rébellion. « [Ils] se lèveront et diront : « je peux faire ce que je veux, sans attendre que quelqu’un vienne me donner la liberté, il suffit que je la prenne. Je n’ai pas besoin de Monsieur le chef, de Monsieur le patron, de Monsieur le président, de Monsieur le curé ou de Monsieur le pasteur, ou du révérend Bradshaw. Je n’ai besoin de personne, je peux faire ce qui me plait pour moi-même et par moi-même. » »

Un autre tambour est un roman puissant, audacieux et féroce, d’une rare intelligence. Quelle claque, mes amis, quelle claque ! Similaire à celle que j’ai ressentie en lisant Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, d’Harper Lee…

Merci infiniment au Picabo River Book Club et aux éditions Delcourt pour cette découverte marquante.

« Quand un homme ne marche pas du même pas que ses compagnons,
C’est peut-être parce qu’il entend battre un autre tambour.
Qu’il accorde donc ses pas à la musique qu’il entend,
Quelle qu’en soit la mesure ou l’éloignement. » (extrait de Walden, d’H. D. Thoreau)

NB : A ne pas manquer, la biographie de l’auteur en fin d’ouvrage et, à noter pour 2020, la publication – toujours chez Delcourt Littérature – du deuxième roman de William Melvin Kelley (il en a écrit quatre), que je lirai !

Publié dans 2.1 Litt. d'Amérique du Nord, 2019, États-Unis, Rentrée automne 2019 | Tagué , , | 11 commentaires

Nouvelles découvertes irlandaises #28 – Septembre 2019

Un panier de découvertes varié, ce mois-ci : un thriller paru l’an dernier en grand format et en poche cette année, un roman prévu l’an dernier et paru cette année, deux nouveaux romans pour la rentrée littéraire et un roman jeunesse !

En grand format

Juin 2018

• #help – Sinéad Crowley (Le Masque, le 6 juin)

Avril 2019

Le miracle du thé – Seumas O’Kelly (Le nouvel Attila, le 12 avril) (Parution prévue l’an dernier, je vous en avais déjà parlé)

Août 2019

(x) fois – Samouïl Ascott (éditions do, le 28 août)

Octobre 2019

L’âge de fer – Arja Kajermo (éditions do, le 8 octobre)

Novembre 2019

Tous à l’abri (Ourse et lapin, tome 4) – Julian Gough (Flammarion jeunesse, Père Castor, le 6 novembre)

*

En poche

Juin 2019

#help – Sinéad Crowley (Points, le 20 juin)

*

#help de Sinéad Crowley (traduit par Emilie Passerieux)

« Bienvenue sur le forum de NetMaman.com ! On s’y retrouve entre mamans pour des conseils, du soutien… ou la mort. Enceinte de six mois, le sergent-détective Claire Boyle continue de s’investir corps et âme dans son travail, notamment sa dernière enquête : Miriam, retrouvée morte, droguée et étouffée, quinze jours après sa disparition. Comment expliquer une fin aussi atroce pour cette mère célibataire, entièrement dévouée à l’éducation de sa fille ? La vie sociale de Miriam se limitait à la fréquentation d’un forum pour jeunes mamans, NetMaman. Mise au repos forcé, Claire décide à son tour de s’y inscrire… « 

Découvert chez Mélie et les livres

L’auteure : Journaliste, spécialisé dans le domaine de l’art et des médias, Sinéad Crowley travaille pour la télévision et la radio à RTÉ Ireland. #help (Can Anybody Help Me ?, 2014), son premier roman, est devenu un best-seller en Irlande. Elle vit avec son mari et leurs deux fils à Dublin.

Le miracle du thé de Seumas O’Kelly (Traduit par Marc Voline)

« Kilbeg, petit village d’Irlande, début du XXe siècle. Lorsque Nan Hogan, vieille femme acariâtre, tombe malade, le village décide, contre son gré, de l’envoyer à l’hospice. Là, ellerencontre Maura Casey, une femme de ménage, à qui elle confie ses malheurs et qui, pour avoir un endroit à elle, part s’installer dans la maison de Nan, dont elle prétend être la gardienne. Devant son assurance, les habitants laissent faire, mais quand Nan veut rentrer chez elle, les deux femmes s’affrontent autour de la maison… ainsi qu’une voisine, Sara Finnessy, ennemie jurée de Nan.
Portraits de femmes et subtile évocation de la vie de village, ce récit de Seumas O’Kelly décrit avec finesse la vie d’une maison très humble qui cristallise les conflits et les intérêts… mais qui sera aussi la source de résolution de la dispute. »

L’auteur : Considéré comme le plus grand nouvelliste irlandais, couvert d’éloges de son vivant, Seumas O’Kelly (né en 1881) est mort assassiné, en 1918, dans le journal indépendantiste qu’il dirigeait. Fils de commerçants, originaire de Loughran, dans le comté de Galway (région riche en vestiges de châteaux et d’édifices religieux), membre du Sinn Fein, il a écrit de nombreux recueils de nouvelles (Waysiders, The Golden Barque, The Leprechaunof Kilmeen) et trois romans : Wet Clay, The Lady of Deerpark, et La tombe du tisserand (Attila, 2010)  [présentation de l’éditeur]

(x) fois de Samouïl Ascott (Traduit par Coline Lapierre ; merci à elle pour la découverte !)

« … Le livre (x) fois est un œuf qui renferme un œuf qui renferme un œuf. Une femme enceinte d’un enfant qui porte un enfant qui porte un enfant. Une photocopie légèrement déformée, une image stéréoscopique à travers les yeux d’un appareil photo astigmate. Une surface qui ressemble à un miroir, mais se révèle être une fenêtre grande ouverte. En définitive, (x) fois est un roman dont le souffle ne s’épuise pas à l’intérieur de ses quelques pages. Sa véritable fin se trouve ailleurs : là-dehors » (Connor O’Sullivan)

L’auteur : Samouïl Ascott est né à Cork en 1943, d’un père commerçant, Gerald Ascott, et d’une mère sage-femme, Catherine Nikolaïeva. Il suit un cursus de lettres à l’University College de Dublin, durant lequel il réalise que sa véritable passion est la musique. Pendant les vingt années suivantes, il se produit dans les pubs et les tavernes en tant que violoniste au sein de différents groupes, jusqu’à ce que l’archet cède à la plume. La mort de son frère jumeau, Dylan, en 1989, sera l’élément déclencheur pour qu’il se tourne, fût-ce avec retard, vers la littérature.
Dans son roman Rivers in reverse (1993), publié sous le pseudonyme Scott A. Smaïlous, il traite du vain combat de l’homme contre le temps et la mort, tandis que Brainsquirt (1999), le voit faire l’équilibriste sur la fine corde reliant la raison à la créativité et à la folie, ce qui, outre un internement, lui vaudra les commentaires enthousiastes de certains de ses plus grands confrères irlandais.
Le manuscrit de (x) fois a été extrait de ses archives personnelles par la veuve de l’écrivain, qui a pris l’initiative de le faire publier en 2014. Il s’agit de son ultime roman, le premier à être traduit en français.
Samouïl Ascott est décédé en 2013 à Dublin, dans son jardin.

L’âge de fer de Arja Kajermo (Traduit par Véronique Béghain)

« L’Age du fer est à la fois un conte et un roman du passage à l’âge adulte. Une histoire racontée du point de vue d’une enfant qui a grandi dans la Finlande, puis la Suède, des années 50. « L’Age du fer », parce que la vie dans la ferme familiale est rudimentaire et difficile ; mais aussi en référence aux éclats d’obus entrés dans les jambes du père. « L’Age du fer », parce que la petite fille pense que ce fer a affecté non seulement les jambes de son père, mais son coeur aussi.
Et même celui de toute la famille. Dans « L’Age du fer », l’apparente simplicité du style contraste avec la force d’une histoire qui oblige doucement mais inexorablement à reconnaître, sous le paysage magique et les fables populaires, l’impact psychologique de la pauvreté, de la violence domestique, de la marginalisation et de l’immigration. »

« Un court roman, écrit avec précision, qui réalise l’alchimie que tout écrivain aimerait réussir : il évoque en quelque sorte chaque enfance, chaque vie obscure. Un livre d’une beauté radieuse » (Joseph O’Connor)

L’auteure : Née en Finlande, Arja Kajermo a vécu en Suède et est installée à Dublin depuis plusieurs années.
Pendant longtemps, elle a été dessinatrice pour l’éditeur féministe Attic Press et ainsi que de temps en temps pour le Sunday Press, The Irish Times et d’autres revues. Sa bande-dessinée Dublin Four a été publiée dans le Sunday Tribune.
Son autre BD, Tuula, paraît maintenant dans un quotidien suédois.
Pour l’édition 2014 du prix littéraire irlandais Davy Byrnes Short Story Award, une version plus courte de L’Âge du fer avait été sélectionnée puis publiée dans Davy Byrnes Stories 2014 (Stinging Fly Press).
Une version plus longue est ensuite devenue le premier roman d’Arja Kajermo, Elle a paru en 2017 aux éditions Tramp press (Irlande) accompagnée des illustrations originales de sa nièce, Susanna Kajermo. Ce roman est en partie inspiré de son enfance en Finlande et en Suède.

Tous à l’abri ! (Ourse et lapin, tome 4) de Julian Gough (Ilustrations de Jim Field)

Roman jeunesse pour les 7-9 ans.

Le premier tome de cette série a été un coup de coeur l’an dernier –> lire ma chronique

L’auteur : Julian Gough est né à Londres, a grandi à Tipperary et a fait ses études à Galway. Il écrit aussi bien pour les adultes que les enfants, mais seule pour le moment sa série Ourse & Lapin est traduite en français. Trois tomes ont paru chez Flammarion jeunesse. Elle a récemment remporté le Prix Livrentête, décerné par plus de 3000 jeunes écoliers français.
Son site ici

#help de Sinéad Crowley (traduit par Emilie Passerieux)

(voir plus haut pour la quatrième de couverture, avec la version grand format parue l’an dernier)

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, Nouvelles découvertes | Tagué , , , , , , , , , , , , , , | 5 commentaires

Le château absolu : Carnet – Xavier Patier

Éditions La Table Ronde, 2004 ; nouvelle édition illustrée, préfacée par l’auteur, Éditions la Table Ronde, collection Vermillon, août 2019 ; 272 p.

Ma chronique (Rentrée automne 2019, 2) :

Cette année, le château de Chambord fête ses 500 ans. A cette occasion, les éditions La Table Ronde rééditent Le château absolu. Xavier Patier a écrit ce carnet entre 2000 et 2003, trois années durant lesquelles, commissaire à l’aménagement du domaine de Chambord, il y a vécu et travaillé ; « une fonction tenant du concierge, du grand veneur, du garde-chasse et du maître d’hôtel ».

Il nous offre ses réflexions, comme une promenade personnelle et érudite dans Chambord. Le château et ses coulisses, la forêt et le domaine, son administration et son histoire – la petite et la grande – à travers les personnages qui l’ont fait ou qui y sont passés.

Je travaille moi aussi dans un musée-château et je vis sur un domaine de l’État. Bien sûr, mes fonctions et mon logement ne sont en rien comparables, mais j’étais très curieuse de connaître quel type de lien avait pu se créer entre Xavier Patier et Chambord. Ce qu’il en livre dans ce carnet m’a beaucoup intéressée. « Il faut du temps pour devenir amoureux de Chambord, et quand on l’est, c’est d’un amour douloureux et lancinant ». Chambord n’est pas une maison, c’est « un château absolu ».

On y croise François 1er, des sangliers, des touristes, des ministres, Pompidou, des gendarmes à cheval. Il est amusant de découvrir Chambord comme une « grosse pâtisserie de cent cinquante-huit mètres de long désirée par un jeune roi taillé comme un rugbyman ». Construit pour impressionner et non pour durer. « Depuis cinq siècles, l’histoire du château se résume à celle de la lutte contre les infiltrations, la maladie de la pierre et le pourrissement général. ». On doit à Xavier Patier le statut d’EPIC (Établissement Public national à caractère Industriel et Commercial) du domaine de Chambord, véritable parcours du combattant administratif.

Pour mes convictions, il est trop question dans Le château absolu de chasse et de Christ, mais l’ensemble est captivant, très vivant, et je l’ai lu d’une traite.

« A Chambord, l’Italie est naufragée dans un marais de Sologne. »

★★★★★★★★☆☆

Publié dans 1.2 Littérature française, 2019, 7.0 Non fiction, Rentrée automne 2019 | Tagué , , | Laisser un commentaire

Bouquet d’avis #4 : Les mille talents d’Euridice Gusmão – Martha Batalha ; La femme en vert (Erlendur, 2) – Arnaldur Indridason ; Comme deux gouttes d’eau – Tana French

Aujourd’hui, je vous livre mes avis sur quelques romans lus récemment : un brésilien et deux polars, un islandais, l’autre irlandais.

Les mille talents d’Euridice Gusmão – Martha Batalha
La femme en vert (Une enquête d’Erlendur, 2) – Arnaldur Indridason
Comme deux gouttes d’eau – Tana French

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Les mille talents d’Euridice Gusmão – Martha Batalha

A vida invisível de Eurídice Gusmão, 2016. Traduit du Portugais (Brésil) par Diniz Galhos. Denoël, 2017 ; réédition au Livre de Poche, 2018 ; 256 p.

Mon avis :

Comment réussir à exister quand on est une femme dans le Brésil des années 40, qu’on déborde de talents et de passion et que la société nous cantonne à un conformisme calibré ? Les mille talents d’Euridice Gusmao, le premier roman de la brésilienne Martha Batalha, est une fresque enjouée, pleine d’énergie et d’optimisme, de fantaisie et d’un humour corrosif.

Autour d’Euridice et de sa sœur Guida, l’auteure met en scène un Rio plus vrai que nature, avec ses odeurs et ses quartiers, ainsi qu’une galerie colorée de personnages pittoresques. De Zélia la voisine plus curieuse qu’un ornithorynque à Antonio le papetier amoureux, en passant par Filomena l’ancienne prostituée devenue nounou adorée ou un baron de la bière carioca… Martha Batalha, en conteuse virtuose, déroule généalogies et situations avec une verve intarissable. On s’y perd un peu parfois, mais c’est aussi ce qui fait le charme de ce roman dépaysant, très agréable à lire.

Les mille talents d’Euridice Gusmao sont à découvrir.

« Arrête un peu tes bêtises. Qui achèterait un livre écrit par une femme au foyer ? »

★★★★★★★☆☆☆

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La femme en vert (Une enquête d’Erlendur, 2) – Arnaldur Indridason

Grafarþögn, 2001. Traduit par Eric Boury. Éditions Métailié, 2006 ; réédition en poche chez Points, 2007 ; 360 p.

Mon avis :

Ce deuxième opus des enquêtes d’Erlendur s’ouvre sur un bébé en train de mâchouiller un bout d’os humain, pour soulager une poussée dentaire : Arnaldur Indridason sait à merveille nous mettre instantanément dans l’ambiance.

La ville de Reykjavik s’étend de plus en plus et de nouveaux quartiers résidentiels voient le jour sur les collines. C’est sur le chantier des fondations d’un pavillon en construction qu’un squelette enfoui vient d’être découvert. Est-il récent ou date-t-il des premiers colons de l’Islande ? Est-ce un homme ou une femme, comment est-il arrivé là, est-ce un meurtre ? Pendant que les ossements sont en cours d’exhumation attentive, Erlendur et ses fidèles adjoints Elinborg et Sigurdur Oli commencent eux à déblayer l’histoire du lieu et des propriétaires des terrains avoisinants. Dans les années 40, il y avait non loin une base militaire, occupée par les anglais puis les américains. Des pavillons d’été y furent également construits, à une époque. En un contrepoint de récit habilement imbriqué, une femme battue par son mari nous dévoile le calvaire de sa vie entière (cette histoire m’a bouleversée). Eva Lind, la fille d’Erlendur, a des problèmes. On va en apprendre plus sur le passé de l’inspecteur, son enfance à la campagne, l’arrivée de ses parents à Reykjavik, sa rencontre avec Halldora, la mère de ses enfants. Et cette femme en vert, qui donc est-elle ?

J’ai été attrapée par cette histoire lente et sombre aux multiples rebondisssements, qui nous plonge au coeur des islandais, du pays et de son histoire.

★★★★★★★★★☆

(J’ai détaillé plus en finesse ce qui m’a plu dans le style de l’auteur et les personnages, dans ma chronique (à lire ICI) sur La cité des jarres, le premier tome des enquêtes d’Erlendur).

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Comme deux gouttes d’eau – Tana French

The likeness, 2008. Traduit de l’anglais (Irlande) par François Thibaux. Éditions Michel Lafon, 2009 ; rééditiion en poche chez Points, 2010 ; 576 p.

Quatrième de couverture : Appelée sur les lieux d’un meurtre, l’inspecteur Cassie Maddox perçoit dans la voix de ses collègues une tension inhabituelle. Et pour cause : la victime lui ressemble trait pour trait, et porte des papiers au nom d’Alexandra Madison. Une identité que Cassie a inventée et dont elle s’est servie pour infiltrer un réseau de trafic de stupéfiants.  Afin de démasquer l’assassin, les policiers de Dublin imaginent le plus dangereux des stratagèmes : prétendre qu’Alexandra a survécu à ses blessures et obliger Cassie à se faire passer de nouveau pour elle.

Mon avis :

C’est mon premier Tana French et je n’ai pas dû commencer par le bon, car il m’est tombé des mains. J’ai trouvé la mise en bouche tirée par les cheveux et brouillonne, l’intrigue plutôt prévisible et alourdie par certaines longueurs ; pour tout dire je suis restée en dehors de l’histoire et des personnages, et en plus le style m’a déplu. Aïe. J’ai pourtant lu de très bons retours sur cette auteure irlandaise, je tenterai un autre de ses romans, à l’occasion.

★★★★★☆☆☆☆☆

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 1.5 Litt. d'Europe du Nord, 2.3 Litt. d'Amérique du Sud, 7.5 Policiers et thrillers, Brésil, Islande | Tagué , , , , , , , , , , , , | 16 commentaires

Artemis Fowl, tome 1 – Eoin Colfer

Artemis Fowl, 2001. Traduit par Jean-François Ménard. Éditions Gallimard jeunesse, 2001 ; 350 p. ; réédition en poche chez Folio junior, 2004, 2019

Ma chronique (relire, 1) :

J’ai découvert Artemis Fowl quand les romans sont sortis en français (il y en a huit à ce jour, j’en ai lu quatre), au début des années 2000. Gros coup de coeur pour cette série jeune adulte un brin policière, deux brins fantastique, trois brins absolument géniale. (J’ai entamé une campagne de relecture de certains livres irlandais lus et aimés il y a vingt ans, et celui-ci a finalement été le premier de ma liste).

Je vous livre quelques mots sur ce premier tome, histoire de vous donner envie de vous plonger dans l’univers original créé par Eoin Colfer.

Artemis Fowl est le rejeton d’une des plus grandes familles de la pègre européenne. « Sinistre, maléfique, intelligent et déterminé », c’est un héros sombre, brillant, qui a toujours deux coups d’avance. Et pour tout dire, il n’a que douze ans lorsqu’il met au point un plan insensé, qui pourrait entrainer l’effondrement de deux civilisations et précipiter la planète dans une guerre inter-espèces. Comment ça, « inter-espèces » ? Et oui, en vrai, le Petit Peuple existe bel et bien. Mais devant la prolifération des Étres de Boue que nous sommes, il a été obligé de migrer sous terre, où il a développé une civilisation d’une technologie ultra-sophistiquée. Saviez-vous que « le mot « farfadet » vient en fait des FARfadet, un sigle qui désigne les Forces Armées de Régulation auxquelles sont rattachées les Fées Aériennes de Détection » ? Non, bien sûr que vous ne le saviez pas, car seul le Petit Peuple est au courant : « Mieux valait rester invisible et laisser les humains garder leurs idées toutes faites ».

Sauf que, quand Artemis conçoit un plan pour restaurer la fortune de sa famille, tout risque de partir en sucettes : il a en effet décidé de voler l’or des fées.

Ce qui avait commencé comme un thriller sympa s’élargit alors soudain en une fresque ambitieuse à l’inventivité débridée, bourrée d’humour, avec une foultitude de personnages attachants. Je vous prie de croire qu’on ne sort pas indemne de sa rencontre avec Mulch Diggums, le nain cleptomane ! (rien qu’à l’écrire et me rappeler certaines scènes je suis pliée de rire).

Ce roman est peuplé de quelques humains – Artemis et son garde du corps et assistant Butler en tête -, mais surtout de nombreuses autres créatures : l’excellente capitaine Holly Short (« en langage plus technique, c’était une elfe, le mot « fée » étant un terme général. Elle était aussi farfadet, mais uniquement à titre professionnel ») et le commandant Root, qui fume trop de cigares au champignon, Foaly le centaure génie informatique, qui maitrise l’art d’utiliser à la milliseconde les poussées de magma pour propulser n’importe quelle capsule des brigades de récupération en surface. Il y a aussi un troll ignoble, des nains (vive Mulch !), des gobelins pas beaux, quelques chênes vénérables (« Bénis soient les dieux d’avoir créé les glands »), un manoir irlandais situé en surface non loin de Dublin et une ville de fées loin dans les profondeurs : Haven-Ville (« C’était l’un des avantages d’habiter près du centre de la terre – l’eau était toujours chaude. Bien sûr, il n’y avait pas de lumière naturelle, mais c’était un prix modeste à payer en échange de la tranquillité. Sous terre. Le dernier espace dépourvu d’êtres humains. Il n’y avait rien de plus agréable que de rentrer chez soi après une longue journée de travail, d’éteindre son bouclier et de se plonger dans un bain de vase bouillonnante. Une véritable félicité. »)

Artemis Fowl est une sorte d’anti Harry Potter, le Petit Peuple bien plus corrosif que les Minimoys, et l’ensemble, trépidant, baigne autant dans la magie et la technologie que dans un humour à l’irlandaise absolument savoureux. Ce roman est à dévorer sans aucune modération par les jeunes et les moins jeunes, et n’hésitez pas à continuer la série ! La suite est excellente aussi.

« Si je gagne, je suis un génie. SI je perds, je suis fou. C’est comme ça que s’écrit l’histoire. »

NB1 : Un long métrage adapté du roman et signé Kenneth Branagh sortira sur nos écrans en 2020 ; je ne sais pas trop si je dois frissonner de joie anticipative ou d’inquiétude !

NB2 : Un autre très bon roman jeunesse d’Eoin Colfer, Le supernaturaliste, est chroniqué sur le blog. J’ai presque terminé de boucler le billet Douze auteurs jeunesse irlandais que je veux lui consacrer… A bientôt !

Et encore un NB : sur la photo, vous pouvez voir la belle édition originale de 2001 en grand format. Je l’ai plus récemment racheté en poche, quand mon fils a eu envie de le lire (il a adoré aussi, d’ailleurs). Je viens de découvrir qu’ils l’ont réédité en poche cette année, avec une nouvelle couverture.

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 7.3 Jeunesse & young adult, 7.4 SF-Fantasy-Fantastique | Tagué , , , | 2 commentaires

La fuite en héritage – Paula McGrath

A History of Running Away, 2017. Traduit par Cécile Arnaud. Éditions La Table Ronde / Quai Voltaire, 22 août 2019 ; 336 p.

Ma chronique (Rentrée automne 2019, 1) :

La fuite en héritage est le second roman de l’irlandaise Paula McGrath (le premier, Génération, a été un gros coup de coeur).

Trois destins de femmes, trois êtres en devenir. 2012, 1982. Le Tennessee, l’Irlande, Londres. Alison, Jasmine, et une autre dont on ne découvrira que plus tard le prénom. Habile manière de mettre en scène le jeu de piste des vies dans cette histoire.

Ce qui frappe au départ dans ce roman, c’est un monde où la relation mère-fille prend toute la place, et qui soudain explose. Une mère meurt noyée, une autre est engloutie par Alzheimer, une troisième a sombré dans l’alcool. Des relations symbiotiques, dysfonctionnelles, essentielles chacune à leur manière. La mère disparue, sa figure diluée dans l’absence, et c’est la débandade, le monde ne sera plus jamais le même. Une mise en mouvement qui ne cessera de tout le roman, même quand la fuite sera celle des souvenirs dévoilés, la route à rebours vers l’enfant disparu.

Paula McGrath raconte des femmes fortes, qui savent ce qu’elles veulent. Des femmes que la vie va abîmer, la société, leur famille. Parce qu’à toutes les époques, même si les choses progressent et varient selon les milieux et les pays, dans le monde, tout est toujours plus difficile quand on est né fille. Difficile d’être libre, de s’émanciper, de se réaliser. De vivre, tout simplement.

La fuite en héritage est un roman polyphonique dont une des voix flirte presque avec le roman-feuilleton, j’ai aimé. L’histoire est très dure par moments, violente même, et à d’autres c’est un pur bien-être. Un petit côté Million Dollar Baby à l’irlandaise, que j’ai adoré. Un autre passage glaçant (je ne dirai pas de quel ordre pour ne rien dévoiler), sur une thématique déjà lue ailleurs, mais que j’ai trouvée ici abordée d’une manière admirable. « C’était l’époque, se justifient les gens, mais moi je dis que l’époque est faite par ceux qui la vivent. Parce que je ne suis pas prête à pardonner, pas même après tout ce temps. » Je suis tellement d’accord.

Pour être absolument honnête, à un tiers du livre, j’étais un peu mitigée. Un style pas assez affûté à mon goût, certains personnages aux visages devenus flous dans certains virages… Et puis soudain, ce fut là : le souffle, l’émotion, et les pages se sont mises à tourner toutes seules.

J’ai refermé le roman, emballée. Paula McGrath défend un féminisme intelligent – à chacune ses propres ambitions – et interroge la transmission et l’impact des non-dits dans une vie, qui peuvent fissurer les générations à venir. A découvrir ! (et merci aux éditions La Table Ronde)

« Je ne savais pas vraiment qui je pleurais, ils étaient si nombreux »

★★★★★★★★★☆

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Soufi, mon amour – Elif Shafak

The forty rules of love, 2009. Traduit de l’anglais (Turquie) par Dominique Letellier. Éditions Phébus, 2010. Réédition en poche chez 10-18, 2011 ; 474 p.

Ma chronique :

Soufi, mon amour est le premier roman d’Elif Shafak que je lis. Je l’ai emporté avec moi dans les Cyclades, le mois dernier, et cette lecture fut en harmonie avec la lumière et la joie de mon séjour : un coup de coeur.

« Ne te demande pas où la route va te conduire. Concentre-toi sur le premier pas. C’est le plus difficile à faire. »

Nous sommes en mai 2008. Ella Rubinstein a quarante ans. Elle est mariée depuis vingt ans à David, un dentiste. Ils ont trois enfants, un chien, une belle maison dans le Massachusetts à deux heures de Boston. Ella est une sorte de prototype assez réussi de desesperate housewife. Elle essaye de persuader tout le monde – et surtout elle-même – que tout va bien et qu’elle est heureuse. Mais le vernis craquelle de plus en plus et Ella décide de recommencer à travailler. Lectrice à temps partiel pour un agent littéraire, le premier manuscrit qui lui est confié, « Doux Blasphème », posté des pays-Bas, est écrit par un certain A.Z. Zahara. C’est un roman historique sur la vie du célèbre poète mystique Rûmi et son soleil bien-aimé, Shams de Tabriz, au 13ème siècle. Intriguée par sa lecture, perdue au milieu de problèmes relationnels avec sa fille ainée, Ella va entamer une correspondance imprévue, qui va vite devenir essentielle, avec l’auteur du roman, Aziz, un soufi moderne.

Elif Shafak, au gré de chapitres alternés avec légèreté, raconte de front le livre consacré à Rûmi entre 1244 et 1246, et la vie d’Ella en 2008. Shams le derviche errant, Rûmi l’érudit et prêcheur rigide se transformant en poète. Le récit dans la Turquie du 13ème siècle va articuler leurs voix particulières avec celles des témoins de leur parcours, de leur rencontre, de leur évolution conjointe. L’épouse, les fils, la fille adoptive, le zélote, l’étudiant, le mendiant…

Entre initiation au soufisme, sens de la vie, quête de soi, poésie, amour et tolérance, Soufi mon amour est un voyage lumineux et inspiré, tant intérieur qu’historique. Le roman a beau s’essouffler sur la fin – j’ai été déçue -, une fois le livre refermé, le coup de coeur des débuts était toujours là, vibrant, intact. C’est à saluer. Et donc, c’est une lecture que je vous conseille !

« Le temps n’est qu’une illusion. Ce qu’il faut, c’est vivre l’instant présent. C’est tout ce qui compte. »

Publié dans 4. Litt. du Moyen-Orient, Objectif PAL, Turquie | Tagué , , , | 9 commentaires

Quid de la rentrée littéraire irlandaise d’automne 2019 ?

Mise à jour le 22 septembre 2019 : ajout des romans de Samouïl Ascott & Arja Kajermo et du visuel de couverture de l’édition poche d’Irrespirable.

Les premiers livres de la rentrée littéraire d’automne vont commencer à s’offrir officiellement à nos yeux gourmands dans huit jours… Le temps me semble donc raisonnablement venu de publier mon habituel billet de rentrée irlandaise, pour les grands formats et les poches (Rien d’exhaustif bien sûr, j’espère en découvrir d’autres dans les prochaines semaines).
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En grand format

Août 2019

• La fuite en héritage – Paula McGrath (La Table Ronde / Quai Voltaire, le 22 août)
(x) fois – Samouïl Ascott (éditions do, le 28 août)

Septembre 2019

• Conversations entre amis – Sally Rooney (Éditions de l’Olivier, le 5 septembre)
• Girl – Edna O’Brien (Sabine Wespieser – sa sortie, initialement prévue le 12 septembre, a été avancée au 5 septembre)
• Lune montante (Luna, tome 3) – Ian McDonald (Denoël, le 12 septembre)

Octobre 2019

• Les liens du sang – Olivia Kiernan (Hugo éditions, le 3 octobre)
L’âge de fer – Arja Kajermo (éditions do, le 8 octobre)

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En poche

Septembre 2019

Nouvelle Lune (Luna, tome 1) – Ian McDonald (Folio SF, le 5 septembre)

Octobre 2019

Irrespirable – Olivia Kiernan (Hugo poche, le 3 octobre)

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La fuite en héritage de Paula McGrath (Traduit par Cécile Arnaud)

« 2012. Une gynécologue hésite à accepter un nouvel emploi à Londres qui lui permettrait d’échapper à l’atmosphère de plus en plus tendue qui règne dans l’hôpital dublinois où elle exerce. Mais qui s’occuperait alors de sa mère qu’elle a été obligée de placer dans une maison de retraite?
1982. Jasmine, seize ans, prend le bateau pour l’Angleterre et tente d’intégrer la troupe de danseuses d’une émission de
télévision. Contrainte de rentrer à Dublin quelques mois plus tard, elle commence à pratiquer la boxe, un sport interdit aux filles dans l’Irlande des années 1980.
2012. Dans le Maryland, Ali, dont la mère vient de mourir, fugue avec un gang de bikers pour sortir des griffes de grands-parents dont elle ignorait jusque-là l’existence.  »

Ce roman est le second de Paula McGrath. Je suis en train de le lire et ma chronique sera en ligne le 22 août, jour de sa parution.
Son premier roman, Génération, paru en janvier 2017 aux éditions la Table Ronde, a été un très gros coup de coeur ! Pour lire ma chronique, c’est par ici (il a paru aussi en poche chez 10-18)

L’auteure : Paula McGrath est née en Irlande en 1966. Ses écrits de fiction et de non-fiction ont paru notamment dans The Irish TimesNecessary FictionROPES Galway et Surge, une anthologie des nouveaux écrivains irlandais. Elle est diplômée d’un Master of Fine Arts de l’université de Dublin et enseigne la creative writing à l’université de Dublin et à la Big Smoke Writing Factory. (présentation de l’éditeur)

–> Mon billet sur la rencontre au café Le Hibou en novembre 2016 est par là

(x) fois de Samouïl Ascott (Traduit par Coline Lapierre ; merci à elle pour la découverte !)

« … Le livre (x) fois est un œuf qui renferme un œuf qui renferme un œuf. Une femme enceinte d’un enfant qui porte un enfant qui porte un enfant. Une photocopie légèrement déformée, une image stéréoscopique à travers les yeux d’un appareil photo astigmate. Une surface qui ressemble à un miroir, mais se révèle être une fenêtre grande ouverte. En définitive, (x) fois est un roman dont le souffle ne s’épuise pas à l’intérieur de ses quelques pages. Sa véritable fin se trouve ailleurs : là-dehors » (Connor O’Sullivan)

L’auteur : Samouïl Ascott est né à Cork en 1943, d’un père commerçant, Gerald Ascott, et d’une mère sage-femme, Catherine Nikolaïeva. Il suit un cursus de lettres à l’University College de Dublin, durant lequel il réalise que sa véritable passion est la musique. Pendant les vingt années suivantes, il se produit dans les pubs et les tavernes en tant que violoniste au sein de différents groupes, jusqu’à ce que l’archet cède à la plume. La mort de son frère jumeau, Dylan, en 1989, sera l’élément déclencheur pour qu’il se tourne, fût-ce avec retard, vers la littérature.
Dans son roman Rivers in reverse (1993), publié sous le pseudonyme Scott A. Smaïlous, il traite du vain combat de l’homme contre le temps et la mort, tandis que Brainsquirt (1999), le voit faire l’équilibriste sur la fine corde reliant la raison à la créativité et à la folie, ce qui, outre un internement, lui vaudra les commentaires enthousiastes de certains de ses plus grands confrères irlandais.
Le manuscrit de (x) fois a été extrait de ses archives personnelles par la veuve de l’écrivain, qui a pris l’initiative de le faire publier en 2014. Il s’agit de son ultime roman, le premier à être traduit en français.
Samouïl Ascott est décédé en 2013 à Dublin, dans son jardin.

Conversations entre amis de Sally Rooney (Traduit par Laetitia Devaux)

« Dublin, de nos jours. Frances et Bobbi, deux anciennes amantes devenues amies intimes, se produisent dans la jeune scène artistique irlandaise comme poètes-performeuses. Un soir, lors d’une lecture, elles rencontrent Melissa, une photographe plus âgée qu’elles, mariée à Nick, un acteur. Ensemble, ils discutent, refont le monde, critiquent le capitalisme comme les personnages de Joyce pouvaient, en leur temps, critiquer la religion. Ils font des photographies, ils écrivent, ils vivent. C’est le début d’une histoire d’amitié, d’une histoire de séduction menant à un « mariage à quatre » où la confusion des sentiments fait rage : quand Frances tombe follement amoureuse de Nick et vit avec lui une liaison torride, elle menace soudainement l’équilibre global de leur amitié.
Mais Conversations entre amis n’est pas qu’une banale histoire d’adultère : c’est avant tout le portrait attachant, empathique, des jeunes gens contemporains, ces millenials qui ne parviennent pas à trouver leur place dans le monde que leur ont laissé leurs aînés. La voix de Frances, poétique, désinvolte, parfois naïve, d’une extraordinaire fraîcheur est, par de multiples aspects, celle de sa génération. »

L’auteure : Sally Rooney est née en 1991 dans le Comté de Mayo. C’est une jeune auteure très prometteuse.

Lune montante (Luna, tome 3) de Ian McDonald (Traduit par Gilles Goullet)

« Lucas Corta, que tout le monde croyait mort, a réussi l’impossible : survivre, lui, le natif de la Lune, à un long séjour sur la Terre. Revenu en orbite pour se venger, il a triomphé. Désormais la Lune lui appartient. Mais il a également beaucoup perdu, à commencer par son fils Lucasinho, plongé dans le coma et atteint de lésions cérébrales irréversibles. Sans compter que les Mackenzie rescapés n’ont pas dit leur dernier mot et espèrent bien rendre à Lucas la monnaie de sa pièce. Les Sun, quant à eux, fourbissent toujours leurs armes pour éliminer tous leurs concurrents. Plus que jamais, sur la Lune, la guerre entre les Cinq Dragons fait rage. »

Nouvelle Lune, le premier tome de cette trilogie de science-fiction ambitieuse, a été un de mes gros coups de coeur de l’an dernier !
Lire ma chronique ici
Et il sort en poche en septembre (voir plus bas dans ce billet) ! Chic !
J’ai emprunté le deuxième tome paru l’an dernier, Lune du Loup, à la médiathèque et je ne vais pas tarder à le commencer… Inutile de vous préciser que je n’ai absolument pas lu la quatrième de couv’ que je viens de copier juste au-dessus ! S’il y a des fautes, elles y resteront, haha.

L’auteur : ian McDonald est né en 1960. Il vit à Belfast. C’est l’un des auteurs de science-fiction les plus talentueux et les plus récompensés. Il est notamment connu pour son roman Le fleuve des dieux qui a reçu de nombreux prix. (présentation de l’éditeur)

Girl d’Edna O’Brien (Traduit par Aude de Saint-Loup et Emmanuel Dauzat)

« Le nouveau  roman d’Edna O’Brien laisse pantois. S’inspirant de l’histoire des lycéennes enlevées par Boko Haram en 2014, l’auteure irlandaise se glisse dans la peau d’une adolescente nigériane. Depuis l’irruption d’hommes en armes dans l’enceinte de l’école, on vit avec elle, comme en apnée, le rapt, la traversée de la jungle en camion, l’arrivée dans le camp, les mauvais traitements, et son mariage forcé à un djihadiste – avec pour corollaires le désarroi, la faim, la solitude et la terreur.
Le plus difficile commence pourtant quand la protagoniste de ce monologue halluciné parvient à s’évader, avec l’enfant qu’elle a eue en captivité. Celle qui, à sa toute petite fille, fera un soir dans la forêt un aveu déchirant – « Je ne suis pas assez grande pour être ta mère » – finira bien, après des jours de marche, par retrouver les siens. Et comprendre que rien ne sera jamais plus comme avant : dans leur regard, elle est devenue une « femme du bush », coupable d’avoir souillé le sang de la communauté.
Girl bouleverse par son rythme et sa fureur à dire, à son extrême, le destin des femmes bafouées. Dans son obstination à s’en sortir et son inaltérable foi en la vie face à l’horreur, l’héroïne de ce roman magistral s’inscrit dans la lignée des figures féminines nourries par l’expérience de la jeune Edna O’Brien, mise au ban de son pays pour délit de liberté alors qu’elle avait à peine trente ans.
Soixante ans plus tard, celle qui est devenue l’un des plus grands écrivains de ce siècle nous offre un livre d’une sombre splendeur avec, malgré tout, au bout du tunnel, la tendresse et la beauté pour viatiques. »

« Par un extraordinaire acte d’imagination, nous voici transportés dans l’univers intérieur d’une jeune fille violée et réduite en esclavage par les djihadistes nigérians. Elle leur échappe et, avec acharnement et ténacité, entreprend de reconstruire sa vie brisée. Girl est un livre courageux sur une âme courageuse. » J. M. Coetzee

Les liens du sang d’Olivia Kiernan (Traduit par  François Thomazeau)

« Le crime colle à la peau de la commissaire Frankie Sheehan. Mais à Clontarf, petite station balnéaire proche de Dublin, Frankie n’est pas la seule à être familière avec la mort…
Deux corps sont retrouvés dans l’église de la ville, sauvagement assassinés.
Un double meurtre qui coïncide étrangement avec la sortie de prison de Sean Hennessy, condamné dix-sept ans plus tôt pour le meurtre de ses parents alors qu’il était encore adolescent. Sean a toujours clamé son innocence ; et c’est cette version des faits qu’il entend défendre dans un documentaire télévisé en préparation.
Frankie le pressent : pour découvrir l’auteur du double meurtre de l’église, puis d’un nouvel assassinat tout aussi épouvantable, il va lui falloir comprendre ce qu’il s’est véritablement passé voilà dix-sept ans.
Et percer les mystères qui relient entre eux, par-delà les années, les cadavres de Clontarf. »

Ce roman est la suite de Irrespirable, paru l’an dernier (et qui sort en poche en octobre, voir plus bas dans le billet)

L’âge de fer de Arja Kajermo (Traduit par Véronique Béghain)

« L’Age du fer est à la fois un conte et un roman du passage à l’âge adulte. Une histoire racontée du point de vue d’une enfant qui a grandi dans la Finlande, puis la Suède, des années 50. « L’Age du fer », parce que la vie dans la ferme familiale est rudimentaire et difficile ; mais aussi en référence aux éclats d’obus entrés dans les jambes du père. « L’Age du fer », parce que la petite fille pense que ce fer a affecté non seulement les jambes de son père, mais son coeur aussi.
Et même celui de toute la famille. Dans « L’Age du fer », l’apparente simplicité du style contraste avec la force d’une histoire qui oblige doucement mais inexorablement à reconnaître, sous le paysage magique et les fables populaires, l’impact psychologique de la pauvreté, de la violence domestique, de la marginalisation et de l’immigration. »

« Un court roman, écrit avec précision, qui réalise l’alchimie que tout écrivain aimerait réussir : il évoque en quelque sorte chaque enfance, chaque vie obscure. Un livre d’une beauté radieuse » (Joseph O’Connor)

L’auteure : Née en Finlande, Arja Kajermo a vécu en Suède et est installée à Dublin depuis plusieurs années.
Pendant longtemps, elle a été dessinatrice pour l’éditeur féministe Attic Press et ainsi que de temps en temps pour le Sunday Press, The Irish Times et d’autres revues. Sa bande-dessinée Dublin Four a été publiée dans le Sunday Tribune.
Son autre BD, Tuula, paraît maintenant dans un quotidien suédois.
Pour l’édition 2014 du prix littéraire irlandais Davy Byrnes Short Story Award, une version plus courte de L’Âge du fer avait été sélectionnée puis publiée dans Davy Byrnes Stories 2014 (Stinging Fly Press).
Une version plus longue est ensuite devenue le premier roman d’Arja Kajermo, Elle a paru en 2017 aux éditions Tramp press (Irlande) accompagnée des illustrations originales de sa nièce, Susanna Kajermo. Ce roman est en partie inspiré de son enfance en Finlande et en Suède.

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Et pour les poches

Nouvelle Lune (Luna, tome 1) de Ian McDonald (Traduit par Gilles Goullet)

Comme je le disais plus haut, ce roman paru en grand format chez Denoël en 2017 a été un gros coup de coeur ! Premier tome d’une trilogie de SF brillante, je suis vraiment ravie qu’il paraisse au format poche, pour élargir son public de fans.
–> Lire ma chronique

« 2103.
Sur une Lune où tout se vend, où tout s’achète, jusqu’aux sels minéraux contenus dans votre urine, et où la mort peut survenir à peu près à n’importe quel moment, Adriana Corta est la dirigeante du plus récent des «Cinq Dragons», ces familles à couteaux tirés qui règnent sur les colonies lunaires. Elle doit l’ascension météoritique de son organisation au commerce de l’hélium 3. Mais Corta Hélio possède de nombreux ennemis, et si Adriana, au crépuscule de sa vie, veut léguer quelque chose à ses cinq enfants, il lui faudra se battre, et en retour ils devront se battre pour elle…
Car sur la Lune, ce nouveau Far West en pleine ruée vers l’or, tous les coups sont permis.
Souvent comparé à Game of Thrones à cause de la brutalité de ses intrigues, récompensé par le Gaylactic Spectrum Award 2016, Luna, Nouvelle Lune est le premier volume d’une trilogie. »

Irrespirable d’Olivia Kiernan (Traduit par  François Thomazeau)

« Irréversible Dublin. Le docteur Eleanor Costello, scientifi que respectée, est retrouvée morte chez elle. Suicide ?
Implacable À peine remise des coups reçus lors de sa précédente affaire, la commissaire Frankie Sheehan se voit confi er l’enquête. La disparition du mari d’Eleanor puis la découverte d’une deuxième et bientôt d’une troisième victime lui prouvent qu’elle est en présence d’un tueur en série. Et que ce tueur aime jouer avec la mort.
Irrespirable Victimes consentantes, sites BDSM, » near death experiences « , chambres de torture, meurtres filmés et ritualisés : jusqu’à sa confrontation finale avec le tueur, Frankie va s’immerger dans ce que l’âme humaine a de plus noir et de plus pervers. Un noir absolu, malgré les taches de bleu de Prusse, ce pigment utilisé par Chagall et que l’on retrouve sur les victimes comme une signature. »

Lire la chronique de Yvon par là

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