Festival « New writings, new styles » au Centre Culturel Irlandais (Paris 5ème) – 3 & 4 mars 2017

Petit retour sur le passionnant festival littéraire franco-irlandais « New writings, new styles » qui s’est tenu les 3 et 4 mars derniers au Centre Culturel irlandais, à Paris.

Le Centre Culturel Irlandais est situé non loin du Panthéon, dans le Collège des Irlandais, dont les origines remontent à 1578. Un très beau bâtiment.

J’ai eu la chance de pouvoir assister à quatre des rencontres et tables rondes :

L’écriture romanesque aujourd’hui, en France et en Irlande (animé par Lara Marlowe), avec Mike McCormack, Lisa McInerney et Maylis de Kerangal.

La nouvelle, un renouveau (animé par Jean-Michel Picard), avec Rob Doyle, Paul McVeigh et Declan Meade.

Faits alternatifs ou fiction alternative : la vérité, quelle importance ? (animé par Cliona Ni Ríordáin), avec Colette Fellous, Julia Kerninon et Rob Doyle.

*
Par où commencer et dans quelle direction avancer ? (animé par Sinéad Mac Aodha), avec Dermot Bolger, Paul Lynch, Léonor de Récondo et Patrick Deville.

Les débats ont été très animés, souvent passionnants, toujours drôles – comme à chaque fois que s’y trouvent des irlandais. Fatigants, aussi ! (car très peu traduits). Beaucoup de pistes de réflexions intéressantes. J’y ai découvert trois écrivains non encore traduits en français : Rob Doyle (j’ai craqué et acheté son dernier roman, This is the Ritual ; ma première dédicace du festival), Lisa McInerney et Mike McCormack, dont on entend énormément parler ces derniers temps, et que j’ai vraiment hâte de découvrir. Le plaisir de rencontrer (et d’écouter !) Paul McVeigh et Paul Lynch, dont j’ai lu les premiers romans (Un bon Garçon – Philippe Rey, 2016 – chroniqué ici et Un Ciel rouge le Matin, Albin Michel, 2014 – ). Et l’extraordinaire Dermot Bolger. La Ville des Ténèbres a été un des premiers romans irlandais que j’ai lu il y a vingt ans. J’ai presque lu tous ses romans depuis, un peu de sa poésie aussi (voir mon billet). Ca a été vraiment très touchant d’échanger quelques minutes autour d’une dédicace.

L’accueil est toujours très sympathique, au Centre Culturel Irlandais. Mais cette fois-ci, il y avait en plus un anniversaire à célébrer ! Les 18 ans du Franco-Irish Literary Festival de Dublin. Le gâteau était bon. Happy Birthday et merci !

Nous avons passé de très bons moments pendant ce festival, passionnant et convivial. J’espère qu’il deviendra un rendez-vous régulier.

Photos et vidéo (c) Hélène Hiblot et Lettres d’irlande et d’Ailleurs
Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 8.2 Evénement littéraire | Tagué , , , , , , , | 3 commentaires

Un Ciel rouge, le Matin – Paul Lynch

Red sky in morning, 2013. Traduit par Marina Boraso. Albin Michel, 2014 ; réédité en poche au Livre de Poche, 2015

Ma chronique  (initialement publiée sur Babelio le 6 novembre 2014 – je réalise ce soir que je ne l’ai jamais publiée sur le blog ! j’y remédie, avec quelques « arrangements »)

Dans ce premier roman, Paul Lynch fait preuve d’une qualité d’écriture absolument remarquable : un lyrisme sombre, une poésie, une puissance extraordinaire.

1832, du Donegal à la Pennsylvanie en passant par Derry – et une traversée terrible de l’Atlantique : c’est un destin bouleversé que nous fait vivre Paul Lynch ; celui de Coll Coyle, métayer expulsé avec sa famille par son riche propriétaire anglais. L’incident irréparable. La fuite en avant en forme de chasse à l’homme.

Dans l’ensemble, ce roman m’a ravie. On y perçoit avec une acuité presque magique la vie de l’époque et certaines ambiances (le port populeux et l’attente avant l’embarquement – la traversée m’a énormément plu), la différence de classe, la condition d’émigrant, la peur devant la maladie et la cruauté. L’instant où la vie bascule, ce presque rien qui mène à la chute, inexorable ; et le feu pourtant toujours tenace qui brûle en l’homme, d’exister. J’ai beaucoup aimé l’épilogue.

Quelques bémols, cependant, à mon sens : dans la première moitié du roman, l’écriture est parfois tellement travaillée que l’intrigue s’en trouve délayée, voire même carrément perdue, dans l’observation du grain d’un nuage ou de la rugosité d’une planche. Coyle manque de consistance et même hélas un peu de crédibilité. Ensuite, j’ai trouvé à plusieurs reprises des invraisemblance dans certains enchaînements d’action. Et pourtant, là, Coyle a pris de l’épaisseur, et je me suis vraiment attachée à lui. L’amitié qu’il noue avec Cutter est formidable, leur périple américain, terrible, extraordinaire.

Dans l’ensemble, ce roman est incontestablement de très grande qualité ; une belle lecture et un grand voyage ; je le conseille.

Quelques extraits :

« Les mots sont sortis de sa bouche, mais il manque pour les étayer la fermeté de la certitude, aussi vont-ils se perdre dans la mousse, balayés par le vent, un tremblement dans la voix du jeune homme trahissant le mensonge. »

« Et alors plus rien n’existe que les flots, torturés par des mains invisibles, maelstrom fuligineux qui aspire le bateau vers le fond avant de le recracher. La Murmod donne de la bande, sa charpente rudoyée se tord en gémissant et tous à part le capitaine craignent de la voir se disloquer. Les matelots se démènent, mus par une force surnaturelle, tels des incubes qui auraient absorbé l’énergie des passagers démunis terrés à fond de cale, condamnés à ballotter sur leur couchette, dans l’obscurité, les entrailles et l’esprit remués par une nausée qui les accable et les renvoie au néant de leur propre impuissance. »

« Le jour s’achève sous un ciel muet. Le forgeron lève les yeux vers les rougeurs du couchant. À l’ouest une estampe d’ombres sur le ciel, et les nuages embusqués, avec leur provision de pluie. Le vent exhale de longs soupirs, les feuilles tiennent fermement aux branches, seul l’automne les décrochera. Le monde s’enfonce dans la nuit, les oiseaux enfouissent la tête sous leur aile. Il règne un grand silence jusqu’à ce que les nuages crèvent, et un déluge descend sur la terre impassible, la vieille terre tremblante qui tourne le dos au soleil déclinant. »

L’auteur : né en 1977 dans le Donegal (le Comté le plus au nord de l’Irlande), Paul Lynch est journaliste et critique de cinéma, il écrit régulièrement dans le Sunday Times, l’Irish Daily Mail et l’Irish Times. Un Ciel rouge, le matin a été salué unanimement par la presse comme une révélation. Il a été finaliste en France du Prix du Meilleur Livre étranger. Depuis, il a écrit La Neige noire, paru chez Albin Michel en 2015 (The black Snow, 2014). Son troisième roman, qui sera une suite à Un Ciel rouge, le Matin, Grace, va sortir cette année. Il sera publié en France en 2018 chez Albin Michel. Youpi.

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise | Tagué , , | 3 commentaires

Nouvelles découvertes irlandaises #10 : Mars 2017

Sorties prévues en grand format

Mars 2017 :

• L’Herbe maudite – Anne Enright (Actes Sud, le 2 mars 2017)
Luna – Ian McDonald (Denoël, coll. Lunes d’encre, le 16 mars 2017)

Avril 2017

Assez de Bleu dans le Ciel – Maggie O’Farrell (Belfond, le 6 avril 2017)
Mon Midi mon Minuit – Anna McPartlin (le Cherche-midi, le 6 avril 2017)
Mauvaise Prise – Eoin Colfer (Gallimard, Thriller, le 13 avril)

*

L’Herbe maudite de Anne Enright

« Cette année, les quatre enfants de Rosaleen Madigan retournent fêter Noël en Irlande, dans la maison de leur enfance. Ce sera la dernière fois. Leur mère, veuve depuis quelques années, a décidé de la vendre.
Constance, l’aînée, arrive avec les courses et toute sa famille. Dan rentre de Toronto, sans son copain Ludo, dont il vient pourtant d’accepter la demande en mariage. Leur cadet, Emmet, qui coordonne des opérations humanitaires, traîne un chagrin d’amour. Et la benjamine, Hanna, actrice à la capitale, apporte ses doutes et ses joies face à sa maternité toute récente.
Anne Enright examine cette réunion familiale et le passé de la fratrie avec une formidable acuité psychologique et son franc-parler réjouissant. Elle insuffle dans son roman une profonde empathie pour ces êtres qui négocient chacun un tournant délicat de la vie.

L’auteur : Anne Enright « appartient à cette tradition de rigueur artistique et de franc-parler irlandais potentiellement explosif » (The Independant). Née à Dublin en 1962, Anne Enright a d’abord été actrice et productrice de télévision avant de se consacrer entièrement à la littérature. Ses livres, essais, nouvelles ou romans, ont été couronnés par de nombreux prix dont le Booker Prize en 2007 pour son ouvrage Retrouvailles (Actes Sud, 2009) –> lire ma chronique

*Pour

Luna de Ian McDonald

« 2110.
Sur une Lune où tout se vend, où tout s’achète, jusqu’aux sels minéraux contenus dans votre urine, et où la mort peut survenir à peu près à n’importe quel moment, Adrianna Corta est la dirigeante du plus récent des cinq «Dragons», ces familles à couteaux tirés qui règnent sur les colonies lunaires. Elle doit l’ascension météoritique de son organisation au commerce de l’Hélium-3. Mais Corta-Hélio possède de nombreux ennemis, et si Adrianna, au crépuscule de sa vie, veut léguer quelque chose à ses cinq enfants, il lui faudra se battre, et en retour ils devront se battre pour elle…
Car sur la Lune, ce nouveau Far West en pleine ruée vers l’or, tous les coups sont permis.
Développé en série télé par CBS, souvent comparé à Game of Thrones à cause de la brutalité de ses intrigues, récompensé par le Gaylactic Spectrum Award 2016, Luna est le premier volume d’une trilogie. »

L’auteur : Ian McDonald est né en 1960, à Manchester. C’est l’un des auteurs de science-fiction les plus talentueux et les plus récompensés. Il est notamment connu pour son roman Le fleuve des dieux qui a reçu de nombreux prix. Ian McDonald vit à Belfast avec sa femme. Je suis bien décidée à enfin découvrir cet auteur !

*

Assez de Bleu dans le Ciel – Maggie O’Farrell

(Youpi, je guettais cette parution !) N’ayant encore rien trouvé sur le site de la maison d’édition française, je mets le lien vers le livre en version originale (paru l’an dernier), sur le site de l’auteure : « This must be the Place »

L’auteur : Maggie O’Farrell est une auteure que j’adore. Voir ma notice.

*

Mon Midi mon Minuit – Anna McPartlin

« À la suite d’un drame, le monde d’Emma, jusque-là rempli de promesses, s’effondre. La jeune femme plonge dans le désespoir. Ses amis font alors bloc autour d’elle pour tenter de lui redonner le goût de vivre…

Comment survivre à la perte et au chagrin ?
Quel courage l’existence peut-elle parfois exiger de nous ? »

L’auteur : Après une carrière dans le stand-up, Anna McPartlin est devenue romancière. Elle est l’auteur, au Cherche Midi, des Derniers jours de Rabbit Hayes, son premier roman publié en France.

*

Mauvaise Prise – Eoin Colfer

(Je mettrai le billet à jour lorsque j’aurai plus d’infos)
C’est le deuxième opus des aventures de Daniel McEvoy, paru en 2013 sous le titre Screwed. J’avais été déçue par le premier, Prise directe (lire ma chronique par là)

*

Sorties en poche

Nouveautés :

Tout ce qui est solide se dissout dans l’air – Darragh McKeon (10-18, le 16 mars 2017)
Les Hôtes de la nation – Frank O’Connor (La Table ronde, coll. la petite Vermillon, 6 avril 2017)

Et l’an dernier :

J’y suis presque – Nuala O’Faolain (Sabine Wespieser poche, novembre 2016
Oliver ou la Fabrique d’un Manipulateur – Liz Nugent (J’ai Lu, août 2016)

*

Tout ce qui est solide se dissout dans l’air de Darragh McKeon (paru en grand format chez Belfond en 2015)

« Dans ce roman d’un réalisme incroyable, McKeon relate la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, qui marquera le début de la chute de l’empire soviétique.
Dans un minuscule appartement de Moscou, un petit prodige de neuf ans joue silencieusement du piano pour ne pas déranger les voisins. Dans une usine de banlieue, sa tante travaille à la chaîne sur des pièces de voiture et tente de faire oublier son passé de dissidente. Dans un hôpital non loin de là, un chirurgien s’étourdit dans le travail pour ne pas penser à son mariage brisé. Dans la campagne biélorusse, un jeune garçon observe les premières lueurs de l’aube. Du ciel cramoisi, inquiétant, les oies tombent.
Nous sommes le 26 avril 1986. Il s’est passé quelque chose à Tchernobyl… »

Mon coup de coeur de la rentrée littéraire d’automne 2015. Lire ma chronique ici

*

Les Hôtes de la Nation de Frank O’Connor. A lire absolument.

« On a dit de Frank O’Connor qu’il était un «Flaubert au milieu des bocages irlandais». Ce premier recueil de nouvelles à paraître en français contient onze de ses plus célèbres histoires. Chacune met en scène cette mystérieuse ligne de force à partir de laquelle des individus prédisposés à l’acquiescement se raidissent : le cœur se durcit au moment même où on l’imagine sur le point de s’adoucir. Dans la nouvelle éponyme, deux soldats britanniques emprisonnés se lient d’amitié avec leurs geôliers, qui reçoivent un jour l’ordre de les exécuter. Dans Les Lucey, un père refuse de serrer la main de son frère à cause de sa fierté blessée par la mort de son fils. Ces histoires généreuses d’esprit et fines de sentiment mettent en scène coutumes, piétés, superstitions, amours et haines à un moment où les conditions de la vie moderne déchirent lentement le tissu de la société irlandaise. »

L’auteur : Son vrai nom est Michael O’Donovan, et il est né dans la ville de Cork. Il rejoint les « Irish Volunteers » et combat du côté républicain pendant la guerre civile. Il a dirigé l’Abbey Theatre et a enseigné à l’université d’Harvard, à Northwestern University ainsi qu’au Trinity College de Dublin, qui l’a récompensé par un « D. Litt. » en 1962. Il a publié des centaines de nouvelles, des traductions de poésie en gaélique, deux romans, des pièces de théâtre, une biographie ainsi qu’une autobiographie en deux tomes et un important essai sur l’art de la fiction. O’Connor fut un maître de la nouvelle et un brillant traducteur. Enfance, sexe, religion, communauté – ces thèmes sont récurrents dans les histoires de cet écrivain.

J’y suis presque de Nuala O’Faolain

« « Je ne savais pas que je m’embarquais pour un voyage quand j’ai écrit les premiers mots de On s’est déjà vu quelque part ?, et je ne pensais pas que des eaux calmes m’attendaient peut-être, moi aussi. Mais je comprends qu’un mouvement a commencé à ce moment-là qui ne sera pas terminé avant que je connaisse la sérénité. Sans doute parce que je peux entrevoir le lac de la pièce où j’écris cela, je me dis parfois que j’y arrive, que j’y suis presque. »
Avec le succès de On s’est déjà vu quelque part ?, son premier récit autobiographique (SW poche, 2015), très rapidement suivi d’un roman, Chimères (Sabine Wespieser éditeur, 2004), la vie de Nuala O’Faolain a radicalement changé : d’éditorialiste solitaire, les pieds solidement ancrés dans la terre irlandaise, elle est devenue un écrivain reconnu, installé une partie de l’année aux États-Unis.
Intelligent, lucide et généreux, J’y suis presque (première édition : 2005), son deuxième livre de mémoires, est avant tout le roman d’une vie, la sienne : celle d’une femme dans la cinquantaine à qui tout sourit enfin, mais dont la quête de sérénité se heurte sans trêve aux fantômes du passé. Si elle y est presque, rien n’est jamais gagné, et c’est à la lumière de cette contradiction intime que s’est écrite l’œuvre intense de cet auteur trop tôt disparu (née en 1940, Nuala O’Faolain est morte en 2008). »

L’auteur : Nuala O’Faolain est née à Dublin en 1940 et morte, dans la même ville, en 2008. C’est une auteure à découvrir absolument. Pour lire sa bio et feuilleter ses titres chez Sabine Wespieser, c’est par là.

*

Oliver ou la Fabrique d’un Manipulateur de Liz Nugent (paru en grand format chez Denoël en septembre 2015)

« Avec ce premier roman, Liz Nugent signe une pépite de suspense psychologique. » Marion Pluss – Elle Oliver ou la fabrique d’un manipulateur Alice et Oliver Ryan sont l’image même du bonheur conjugal. Complices, amoureux, ils mènent la belle vie. Pourtant, un soir, Oliver agresse Alice avec une telle violence qu’elle plonge dans le coma. Alors que tout le monde cherche à comprendre les raisons de cet acte d’une brutalité sans nom, Oliver raconte son histoire. Tout comme les personnes qui ont croisé sa route au cours des cinquante dernières années. Le portrait qui se dessine est stupéfiant. Derrière la façade du mari parfait se cache un tout autre homme. Nouveau génie du suspense psychologique, Liz Nugent dissèque la fabrication fascinante d’un monstre, du mal à l’état pur. »

L’auteur : Liz Nugent est née en 1967 à Dublin. Scénariste et romancière, son deuxième roman Profil bas vient de paraître en France chez Denoël (février 2017)

*

A bientôt, pour de nouvelles découvertes irlandaises !

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, Nouvelles découvertes | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 commentaires

Prise directe – Eoin Colfer

Plugged, 2011. Traduit de l’anglais (Irlande) par Antonin Chainas. Gallimard, série noire, 2012.

Ma chronique (publiée initialement sur Babelio le 18 mars 2015)

C’est rare chez moi, mais j’ai lâché ce livre aux deux tiers de sa lecture et je ne l’ai pas terminé. Depuis la page 50 je me disais « accroche-toi, tu vas bientôt être happée… ». A la page 200 je ne l’étais toujours pas, et le livre m’est tombé des mains.

Eoin (se prononce Owen) Colfer est un écrivain irlandais dont j’ai dévoré les Artemis Fowl, une merveilleuse série de fantasy pour la jeunesse. Prise directe est sa première incursion dans le roman noir… et pour moi, l’essai n’est hélas pas transformé.

Pourtant, l’écriture est riche et travaillée, le personnage central Daniel McEvoy, complexe et d’une belle épaisseur nuancée, l’humour est de qualité… mais je me suis ennuyée. Trop de flashbacks au début délayent complètement l’intrigue, et ensuite c’est souvent parti dans des directions qui m’ont agacée ou laissée sceptique, parfois des scènes et des personnages à gros potentiel ont été bâclés, voire laissés en plan.

Je n’ai pas accroché. Je suis déçue.

NB : la suite des aventures de Daniel McEvoy, Mauvaise Prise (Screwed, 2013) sort le 13 avril prochain chez Gallimard.

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 7.5 Policiers et thrillers | Tagué , , , | 4 commentaires

L’Oeuf de Lennon – Kevin Barry

barry-kevin-oeuf-de-lennon-buchet-chatel

Beatlebone, 2015. Traduit de l’anglais par Carine Chichereau. Paru aux éditions Buchet-Chastel en janvier 2017.

Présentation de l’éditeurL’Œuf de Lennon imagine le voyage incognito du célèbre Beatles, en 1978, sur l’île qu’il a achetée au large de la côte ouest irlandaise quelques années plus tôt.
En pleine crise existentielle, John décide d’aller s’isoler là-bas pour y pousser son cri primal et se libérer de ses démons. Mais pour ce faire, il doit d’abord quitter discrètement la côte en compagnie de son chauffeur – à l’occasion guide spirituel – Cornelius O’Grady, sorte de Sancho Panza à l’irlandaise. De rencontres improbables en mésaventures, de séances de chamanisme en beuveries sous des cieux peu cléments, le voyage prend peu à peu des allures d’odyssée…
Tout à la fois portrait de l’artiste et ballade picaresque, ce roman est un voyage à travers la grandiose nature irlandaise et la non moins grandiose nature de Lennon. Portée par ce personnage qui semble dépassé par sa propre mythologie, la plume de Barry interroge l’acte créateur et la nature même de l’identité avec une féroce et délicieuse intelligence.

Ma chronique :

L’Oeuf de Lennon est un ouvrage tout à fait étonnant. Autant le dire tout de suite, j’ai aimé. Emportée par la déferlante poétique de Kevin Barry dès les premières pages, j’ai parfois été déroutée, voire même – durant certains passages -, j’ai frôlé l’état dubitatif ; mais quelle savoureuse expérience de lecture !

Ce livre n’a rien de banal. Ni la forme typographique de son texte aligné à gauche et non pas justifié ; ni le style du récit en patchwork alternant des passages de prose poétique, des dialogues comme au théâtre, des allers à la ligne sans majuscules avec de grands blancs, et autres monologues intérieurs.

Partant de quelques faits réels, de voix, de lieux et d’une démarche créative qu’il va nous expliquer dans le sixième chapitre, Kevin Barry imagine une sorte d’anti biopic en forme de voyage, où on va suivre John Lennon et son inénarrable guide irlandais Cornelius O’Grady.

Le ton est admirablement lancé dans l’épigramme de ce roman pas comme les autres, avec une citation de l’immense John McGahern : « … la plus insaisissable de toutes les îles, la première personne du singulier ». Tout au long de ce roman, il va être question de quête, de sens, d’île, de soi. L’important, c’est le voyage. Vers Dorinish, vers son Cri primal à la Janov, vers l’origine, l’étincelle.

Si j’osais, je dirais que le génie irlandais se trouve au cœur de ces pages à la poésie jaillissante. Le génie de l’absurde à la Beckett, la mise en scène brillante, le souffle épique des épopées celtiques, le terreau d’une poésie séculaire, le cynisme et l’humour noir à la Flann O’Brien… Allez, j’ose.

Cette lecture ne plaira sans doute pas à tout le monde, mais si vous tentez le voyage, vous y entendrez peut-être murmurer l’ombre de vos pas. Un grand merci à Babelio et aux éditions Buchet-Chastel.

Quelques extraits :

« Cornelius ? La dernière chose que je suis capable de faire en ce moment, c’est de monter sur un putain de bateau.
Buvez votre thé, John. Après ça vous serez aussi en forme que Gandhi. »

« Son visage est plein de tics et de mouvements nerveux, à croire que de minuscules oiseaux désespérés sont pris au piège sous sa peau. »

« les formes de la nuit dans le parc
les arbres sombres accroupis
les arbres férocement serrés
ces créatures prêtes à bondir. »

« Tu fuis quoi ? demande Frank.
Tu fuis qui ? demande Sue.
Moi-même, répondit-il. Je serai le premier humain de l’histoire qui a réussi à semer son ombre, bordel. »

L’auteur : Né en 1969 à Limerick, Kevin Barry a également publié deux recueils de nouvelles. Son premier roman, Bohane sombre Cité a été publié en 2015 en France chez Actes Sud. Ma chronique est par là.

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 2017, Rentrée hiver 2017 (janvier-février 2017) | Tagué , , , , | 3 commentaires

Ce Coeur changeant – Agnès Desarthe

desarthe-coeur

Editions de l’Olivier, 2015. Réédité en poche aux éditions Points en 2016.
— Lauréat du Prix littéraire du Monde 2015 —

Ma chronique :

Ce Cœur changeant est un livre étonnant, différent, une épopée romanesque à cheval entre 19ème et 20ème siècle, qui prend le contre-pied de tous les clichés du genre. Porté par la très belle écriture d’Agnès Desarthe, fluide, douce et sensuelle, il a un souffle à la fois historique et très moderne, où l’évasion le dispute aux digressions philosophiques.

Dans ce roman entraînant, l’auteur nous accompagne habilement vers des réflexions sur l’humain, la société, les questions du choix, du déterminisme, de la liberté, de la nécessité – sans que cela n’altère jamais le renouvellement constant de l’action, portée par une galerie de personnages très bien campés.

Le seul hic pour moi a été l’effroyable naïveté de Rose, l’héroïne. J’ai eu du mal à m’attacher à elle, ce qui a un peu gâché mon plaisir. Ce Cœur changeant est néanmoins un roman original aux vastes qualités. Je l’ai beaucoup aimé.

L’auteur : Agnès Desarthe est née en 1966. Romancière, elle a publié notamment : Un secret sans importance (prix du Livre Inter 1996), Dans la nuit brune (prix Renaudot des lycéens 2010) ou encore Une partie de chasse, ainsi que de nombreux ouvrages pour la jeunesse.

*
Lu dans le cadre de ma participation en tant que jurée au
Prix du meilleur Roman des lecteurs des éditions Points 2017

pmr2017

Publié dans 1.2 Littérature française | Tagué , | 1 commentaire

Au départ d’Atocha – Ben Lerner

lerner-atocha

Leaving the Atocha Station, 2011. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jakuta Alikavazovic. Paru aux éditions de l’Olivier en 2014 ; réédition en poche aux éditions Points en 2016.

L’auteur : Né en 1979, Ben Lerner a été le lauréat de grands prix de poésie. Au départ d’Atocha a remporté le Believer Book Award et a figuré dans la plupart des sélections des meilleurs livres publiés aux Etats-Unis l’année de sa parution.

Ma chronique :

Adam est un jeune poète américain, en résidence d’écriture à Madrid. On le suit dans ses déambulations erratiques, tant physiques qu’intellectuelles. Il fume, il boit, il glande et s’invente une vie.

Il y a dans ce roman des pistes de réflexions très intéressantes sur la poésie et la création poétique, le fossé du sens et de la communication entre les êtres. Des passages très drôles aussi, comme ceux liés à l’incompréhension partielle par Adam de la langue espagnole : « Il m’apprit qu’il était propriétaire, ou employé, d’une galerie à Salamanca, le quartier le plus chic de la ville, et que son frère ou petit ami était un grand photographe, ou vendait de grandes photographies, à moins qu’il ne fut un grand cameraman. »

Mais j’ai trouvé Au départ d’Atocha trop inégal. Le personnage principal est tellement inconstant, menteur et chaotique que le livre ne cesse de s’égarer, comme morcelé ou tournant en rond. Adam est décevant. Je croyais que son dilettantisme brouillon volerait en éclat lors de l’attentat de la gare d’Atocha, dans un sens ou dans l’autre, mais rien. Son imposture agace et finit même par faire pitié. Je me suis beaucoup ennuyée pendant cette lecture. Et pourtant, une fois arrivée au bout, l’ensemble étonnamment fait sens. Du coup, j’ai l’impression que Ben Lerner n’est pas passé loin de quelque chose, « comme si le vrai poème demeurait caché, écrit au verso d’un miroir, et qu’on ne voyait que le reflet de la lecture. ». Peut-être y verra-t-on plus clair à son prochain roman ? Parce que là, bof.
*

Lu dans le cadre de ma participation en tant que jurée au
Prix du meilleur Roman des lecteurs des éditions Points 2017

pmr2017

Publié dans 2.1 Litt. d'Amérique du Nord, États-Unis | Tagué , , , , | 3 commentaires

Mes arbres singuliers #2

Les arbres sont fascinants. Tant de puissance et de beauté, parfois. Un spectacle qui change au fil des jours et des saisons, des ombres, de la lumière. Qu’ils soient en liberté dans la nature, choyés dans certains parcs, humbles bosquets ou glorieux suppléments d’âme le long d’avenues stériles, regardons-les mieux.
Souvent, ils font le show.

(c) Hélène Hiblot et Lettres d’Irlande et d’AIlleurs

Pour (re)découvrir mes autres Arbres singuliers, c’est par ici

Publié dans 8.1 Blablas, Photos | Tagué , | 4 commentaires

Rencontre avec Donal Ryan, le 19 janvier 2017 au Centre Culturel Irlandais (Paris, 5ème)

J’ai assisté, jeudi soir dernier, à une rencontre avec l’auteur Donal Ryan au Centre Culturel Irlandais. Maeve, du blog Mille (et une) Lectures, était là également.

wp-1485005518683.jpg

(à gauche, son éditeur français, Francis Geffard, des éditions Albin Michel)

Donal Ryan a été intarissable et très drôle. Ce fut vraiment plaisant et très instructif, de l’entendre raconter son oeuvre, sa manière d’écrire et son parcours. Bon, j’avoue, je n’ai pas tout compris, d’autant qu’il parlait vite ! Petit aperçu, dans la vidéo ci-dessous, de son accent savoureux (publiée avec l’aimable autorisation du Centre Culturel Irlandais, merci Anne-Sophie)

Le Coeur qui tourne (The spinning Heart, 2012) – que j’ai lu il y a peu, et aimé -, a été publié en France en 2015 et Une Année dans la Vie de Johnsey Cunliffe (The Thing about December, 2013), vient juste de paraître ; les deux chez Albin Michel (il est à noter que The Thing about December a en fait été écrit avant The spinning Heart). Un recueil de nouvelles et un troisième roman ne sont pas encore traduits : A Slanting of the Sun : stories (2015) et All we shall know (2016).

Donal Ryan, un auteur à suivre !

Photos et vidéo (c) Hélène Hiblot & Lettres d’Irlande et d’Ailleurs
Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 8.2 Evénement littéraire | Tagué , , , | 4 commentaires

L’Ancêtre en Solitude – Simone et André Schwarz-Bart

schwartz-bart-solitude

Éditions du Seuil, 2015

Ma chronique :

L’Ancêtre en Solitude se passe entre la Guadeloupe et la Martinique, du milieu du 19ème au début du 20ème siècle. Solitude est une figure historique – fille d’une esclave africaine violée par un marin sur le bateau qui la déportait aux Antilles -, devenue symbole de la résistance face à l’esclavagisme lors de son rétablissement par Napoléon Bonaparte en 1802. Capturée puis exécutée par pendaison le lendemain de son accouchement (pour ne pas perdre un futur esclave… quelle horreur). L’Ancêtre en Solitude est le troisième roman d’un cycle commencé par Un Plat de porc aux bananes vertes (André et Simone Schwarz-Bart, 1967) et poursuivi avec une biographie fictive, La Mulâtresse Solitude (André Schwarz-Bart, 1972). Je compte bien les découvrir également.

Ici, on suit le destin – entre quotidien singulier et exploitation atroce – de trois générations de femmes marquées par l’esclavage : Louise, fille de Solitude et mère d’Hortensia, elle-même mère de Mariotte. L’enfant esclave devenu une sorte d’animal de compagnie pour l’aristocrate bigote et désenchantée, le travail aux champs et les révoltes qui grondent, le poids de la religion, la jeune esclave qui se fait « mettre en case » par un petit blanc… Bouleversant témoignage d’une époque, le récit coule, s’envole, explose, dans une langue vraiment belle, à la richesse fantastique. Un mélange de français et de créole qui emporte loin ; tant aux Antilles que dans les méandres de l’âme et du coeur humain.

L’Ancêtre en Solitude est un livre fort, émouvant et subtil, vraiment marquant. J’ai beaucoup aimé.

Extraits : 

« Les damnés expiaient quelque péché atroce, aussi noir et mystérieux que la surface de leur épiderme. »

« Les vieux lui disaient de prendre patience, que ce mal irait diminuant, jusqu’au jour où son cerveau serait recouvert d’une corne aussi dure que la plante de ses pieds. »

« Ouvre bien ta petite cervelle, demoiselle, et retient ceci : la seule magie à perdurer est celle des blancs, l’alphabet, les petites lettres… c’est ça la vraie magie… Va, vole-la leur. »

Publié dans 1.2 Littérature française, Caraïbes | Tagué , , , | 4 commentaires