Décembre Nordique 2017

Cette année, je participe au challenge nordique organisé au mois de décembre par Cryssilda. Au menu, tout ce qui touche l’Islande, la Norvège, le Danemark, la Suède et la Finlande.

J’ai pris un peu d’avance, déjà terminé quelques lectures et entamé d’autres. Voici un petit aperçu des futurs billets qui devraient donc arriver sur le blog courant décembre. Deux romans sortis de ma pile à lire : Le Mec de la Tombe d’à-côté, de la suédoise Katarina Mazetti (2006) et La Faim blanche, du finlandais Aki Ollikainen (2016) ; une Bd inspirée des Racontars Arctiques du danois Jørn Riel, La Vierge froide et autres racontars ; et deux romans de cette année, Les Invisibles du norvégien Roy Jacobsen, et Ör, de l’islandaise Auður Ava Ólafsdóttir.

Sinon, j’ai prévu aussi de sortir de ma PAL Rosa Candida (toujours d’Auður Ava Ólafsdóttir) et puis je viens d’emprunter à la médiathèque un roman finlandais que j’ai repéré sur un post instagram la semaine dernière : Avec Joie et Docilité, de la finlandaise Johanna Sinisalo (cela se situerait entre la Servante écarlate et les Femmes de Stepford, oh oh !). On verra si j’ai le temps 🙂

Ce mois nordique sera sans doute aussi une bonne excuse pour regarder une énième fois le film danois Royal Affair, avec Mads Mikkelsen et Alicia Vikander !

D’ici décembre, portez-vous bien 🙂

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Publié dans 1.4 Litt. d'Europe du Nord, 8.3 Challenges, Décembre Nordique 2017 | Tagué | 11 commentaires

Le Jour d’avant – Sorj Chalandon

Grasset, août 2017

Ma chronique (rentrée d’automne 2017, 7) :

Par où commencer. La réalité, la fiction, l’auteur, mon coup de cœur ? Si on a un peu de temps devant soi, Le Jour d’avant se lit d’une traite.

Le 27 décembre 1974, quarante-deux mineurs sont morts à la fosse Saint-Amé, à Liévin, dans le Nord-Pas de Calais. Victimes d’un coup de grisou. Ce livre est né d’une colère. Celle de l’auteur, Sorj Chalandon, jeune journaliste à Libération au moment des faits. Une catastrophe qui aurait pu être évitée. « Ça n’existe pas, la fatalité. Les patrons appellent ça le profit ».

Quel moyen de fiction trouver pour leur rendre hommage ? « Michel, venge-nous de la mine ». Sorj Chalandon ne voulait, ne pouvait pas, toucher aux faits – les limites de son métier de journaliste ; trente-quatre ans à Libération, et depuis 2009, au Canard enchaîné – alors il a imaginé une quarante troisième victime au drame de Liévin : Joseph. Le Jour d’avant, celui qui parle, c’est Michel, son frère. Michel Flavent. « Mon cœur d’enfant avait cessé de battre. La mort de Joseph m’avait fané. Ma jeunesse était vieille. »

La plume de Sorj Chalandon est concise et forte et nous emporte au temps d’avant le drame, parmi les souvenirs de Michel. Ceux de Jojo ce frère qu’il adorait, la ferme de son père, la vie dans l’ombre des houillères. Le temps des galibots, des taillettes et du pain d’alouette. La fierté, l’honneur, la solidarité. Et ce travail de la mine, qui pour le rendement et la productivité devenait à tout bout de champ un cimetière pour les hommes. Un voyage beau, émouvant, rude, atroce. « Au bas de la fiche de salaire [de décembre 1974], en plus des trois jours dérobés [« Trois jours ! Et vous savez pourquoi ? Parce qu’il est mort au fond le 27, voilà pourquoi »], la direction avait retenu le prix du bleu de travail et des bottes que l’ouvrier mort avait endommagés ».

Dans le Jour d’avant, Sorj Chalandon nous prend habilement au piège d’une construction redoutable. Tandis qu’il fait nôtres le drame, la douleur, la rage et la vengeance en train de prendre forme, il prépare au milieu du livre un retournement tel que ce que l’on avait cru être un livre sur la vengeance, finalement sera un livre sur la culpabilité. Le talent. Ai-je déjà précisé que Le Jour d‘avant a été un gros coup de cœur ? Oui ? Bon, et bien je le redis. C’est une lecture qui prend aux tripes, souvent. De la rage en conscience, complexité, finesse. Surprenant.

« N’importe qui peut imiter le chant du coq. Mais le chant du travail, c’est une autre histoire ! »

J’ai découvert Sorj Chalandon avec Retour à Killibegs (Irlande, quand tu nous tiens…) et depuis je suis fan. J’ai eu la chance de participer à une rencontre le 8 novembre dernier à la (super) librairie Dédicaces à Rueil-Malmaison, dans les Hauts-de-Seine. Un moment partagé des plus passionnants, un auteur réellement charismatique et vivant. Une belle dédicace.

J’ai lu ce livre pour les Matchs de la Rentrée Littéraire #MRL17

Photos © Hélène Hiblot & Lettres d’Irlande et d’Ailleurs

Publié dans 1.2 Littérature française, 2017, 8.2 Evénement littéraire, Rentrée automne 2017 | Tagué , , , | 12 commentaires

Mo a dit – James Kelman

Mo said she was quirky, 2012. Traduit de l’anglais (Ecosse) par Céline Schwaller. Paru aux éditions Métailié en septembre 2017.

Ma chronique (rentrée d’automne 2017, 6) :

Ce nouveau roman de l’écossais James Kelman est le premier que je lis de lui. Au début, j’ai été déroutée. Mais où sont les chapitres ? Mo a dit est un long monologue intérieur, quasiment d’un seul tenant, celui de Helen, une écossaise croupière de nuit dans un casino, installée depuis peu à Londres avec sa petite fille de six ans et son compagnon (le Mo du titre), d’origine pakistanaise.

Un léger incident sur le trajet de retour en taxi après une nuit de travail, une plongée dans de vieilles photos, et voilà le cerveau d’Helen qui déborde convulsivement sous nos yeux. Son enfance, sa vie, son travail, le quotidien difficile, l’appartement minuscule, la condition des femmes, les craintes pour sa fille, le racisme ordinaire. Et ainsi de suite au fil des pages. Ëtre ainsi projeté dans le moulin à pensées de quelqu’un d’autre, au début ça surprend. Surtout qu’Helen n’arrête pas d’angoisser, de cogiter, de ruminer, de se souvenir, de passer du coq à l’âne parfois; entre la bouilloire qui fuit et Mo qui est si gentil.

Le grand talent de James Kelman est de réussir à tisser cet ensemble décousu et disparate en un instantané vivant, fort et captivant, celui dont l’optimisme finalement ruisselle, d’une vie d’aujourd’hui.

Un grand merci aux éditions Métailié et à Babelio pour cette découverte.

« C’était du grand n’importe quoi. Ces vieilles histoires tournaient en rond dans sa tête.
Pas étonnant. Elle était si fatiguée. »

Publié dans 1.3 Litt. de Gde-Bretagne, 2017, Ecosse, Rentrée automne 2017 | Tagué , , | 9 commentaires

La Princesse de Bakounine – Lorenza Foschini

Zoé, la principessa che incantò Bakunin, 2016. Traduit de l’italien par Karine Degliame-O’Keeffe. Paru aux éditions la Table ronde – Quai Voltaire le 21 septembre 2017.

Ma chronique (rentrée d’automne 2017, 5) :

La Princesse de Bakounine, c’est une plongée dans l’Histoire, un destin de femme hors du commun, et Bakounine.

Lorenza Foschini a mené un travail de recherche colossal pour écrire cette enquête minutieuse savamment distillée sous couvert de roman. En partant des deux années passées par Bakounine sur l’île d’Ischia en face de Naples, où il a posé les bases du mouvement anarchiste, elle raconte l’amitié puissante et particulière qu’il y a nouée avec la princesse russe Zoé Obolenskaïa, conquise à ses idées. De là, l’auteure nous embarque dans la vie bouleversée de ces deux aristocrates russes, rebelles, transfuges et exilés.

« L’influence néfaste du jeune et intelligent fanatique [Netchaïev] sur le leader fatigué est unanimement reconnue. En revanche, le rôle tout aussi crucial – mais positif celui-là – que joua la princesse dans la vie de Bakounine n’a jamais été souligné. C’est pourtant grâce à son aide et au confort qu’elle lui apporta que Bakounine atteignit la phase la plus lucide de sa pensée. »

Deux grandes parties dans le roman, l’une plus centrée sur Bakounine, avec une construction très habile, où l’auteure délaye par touches précises le parcours tourmenté du géant révolutionnaire, tout en racontant aussi les étapes importantes de la vie de Zoé ; l’autre partie donne plus la parole à Zoé. « Deux personnages que leurs compatriotes tiennent pour fous et extravagants: un révolutionnaire jugé violent et dangereux, déjà condamné à mort, fugitif et recherché par la plupart des polices européennes, et une grande dame de l’aristocratie élevée au milieu des ors et des stucs des palais moscovites et saint-pétersbourgeois, que son milieu regarde comme un esprit exalté. »

Les chapitres sont courts, l’écriture fluide – et la traduction de Karine Degliame-O’Keeffe parfaite,  comme pour Mrs Hemingway de Naomi Wood. L’ensemble est vraiment très intéressant. En refermant le livre, on a l’envie dévorante d’approfondir ses connaissances sur Bakounine*, « cet amant féroce de la liberté ». Et on est heureux que Zoé (qui a fortement inspiré les personnages d’Anna Karenine de Tolstoï et La Princesse Casamassima d’Henry James) soit un peu mieux sortie de l’ombre ; tout en gardant encore nombre de ses mystères.

« Princesse, depuis que j’ai conscience de moi-même, je suis révolutionnaire. » (en français dans le texte)

*Et ça tombe bien, pour commémorer les cent ans de la révolution russe, les éditions de la Table ronde (un double merci !) ont également réédité Bakounine, la vie d’un révolutionnaire de Hanns-Erich Kaminski, dans la collection petite Vermillon.

Publié dans 2017, Italie, Rentrée automne 2017 | Tagué , , | 3 commentaires

Killarney Blues – Colin O’Sullivan

Killarney Blues, 2013. Traduit de l’anglais (irlande) par Ludivine Bouton-Kelly. Paru aux éditions Rivages le 20 septembre 2017.

Ma chronique (rentrée d’automne 2017, 4) :

Je suis tombée sous le charme de ce beau roman sombre et mélancolique, porté par le souffle du blues. Tristesse, misères et souffrances dans un beau coin d’Irlande. A Killarney, Bernard Dunphy est jarvey, conducteur de calèche pour les touristes. Véritablement passionné de blues, il aime sa mère, sa jument Ninny et son « ami » d’enfance Jack ; mais surtout la belle Marian – elle, moins. Bernard, héros atypique et magnifique, est sans doute atteint du syndrome d’Asperger. Même avec une dent en moins et un éternel manteau noir un peu puant, il illumine véritablement ce roman. Talent.

L’écriture de Colin O’Sullivan est douce et inspirée, mais il n’hésite pas à glisser dans le brutal. Il écorne les clichés et les faux semblants et donne à voir derrière les miroirs, ces champs de bataille où certains se perdent, où les démons gagnent. Ce roman, plus qu’un rythme, a véritablement une âme. Le bluesman Robert Johnson n’a pas hésité à vendre la sienne au diable. Il en est question ici aussi, du diable, de la destinée. Personne, dans Killarney Blues, n’est tout à fait ce qu’il semble être.

Une très belle lecture, vraiment. En prise avec l’époque (« Le Tigre celtique est bien mort, sa carcasse en putréfaction enlisée dans les tourbières noires. A la place du tigre se trouve un chaton qui miaule, rachitique et nerveux, prêt à déféquer »), ces deux jours dans la vie de Killarney contiennent aussi le passé et de nombreuses autres vies, complexes et esquissées dans une narration en italique, des retours dans le temps, comme une ligne musicale différente, dont la voix prendrait à mesure une importance cruciale. Killarney Blues est un roman noir – mais pas que -, aux confins de l’amour, du désir et de la perte.

« Le blues parle de la souffrance. Et les irlandais en connaissent un rayon là-dessus. »

Un grand merci aux éditions Rivages pour ce partenariat.

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 2017, Rentrée automne 2017 | Tagué , , , | 5 commentaires

Vera – Karl Geary

Montpelier Parade, 2017. Traduit de l’anglais (Irlande) par Céline Leroy. Paru aux éditions Rivages le 30 août 2017

Ma chronique (rentrée d’automne 2017, 3) :

J’ai été touchée et impressionnée par ce premier roman de l’acteur irlandais Karl Geary.

Sonny a seize ans. Il partage son temps entre le perdre au lycée, gagner quelques livres en aidant dans une boucherie après les cours, et louvoyer chez lui parmi un père qui dépense toute sa paye chez le bookmaker, une mère dépassée qui peine à joindre les deux bouts et des frères qui à aucun moment du roman ne sortiront de l’anonymat. Une existence terne et solitaire, qui va subitement se trouver transcendée par sa rencontre avec Vera. Tout devrait les séparer, l’âge, l’intellect, elle est protestante et habite les beaux quartiers (Montpelier Parade, le titre original, c’est justement le nom de son quartier). Et pourtant, très vite se noue entre eux une relation exceptionnelle. La collision de deux mondes, deux solitudes.

La narration à la deuxième personne du singulier est brillamment menée et très immersive. Même si elle est pour beaucoup dans la beauté particulière de ce roman, il m’a fallu un petit temps pour m’y faire. J’ai aimé la puissance de la plume de Karl Geary, les non-dits où tout est à découvrir, sa subtilité, la justesse et la complexité des personnages. Le rythme lent de l’histoire forme souvent un contrepoint saisissant avec le déferlement soudain des émotions. Aucune mièvrerie ici, nul sentiment au rabais. Juste la vie, la vraie, ses misères et ses gens malmenés, les instants de grâce et les hasards, les occasions ratées. J’ai savouré chacune de ces pages, jusqu’à la dernière, où j’avais la gorge tellement nouée que je n’ai pas tout à fait réussi à refermer le livre.

« Nous sommes des serre-livres, toi et moi, tu vois ce que je veux dire ? Ton esprit se projette, il va de l’avant, tu penses à l’avenir. Moi, je pense au passé, je pense… »

Je remercie chaleureusement les éditions Rivages pour cette découverte.

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 2017, Rentrée automne 2017 | Tagué , , , | 8 commentaires

Les Buveurs de Lumière – Jenni Fagan

The sunlight Pilgrims, 2016. Traduit de l’anglais (écosse) par Céline Schwaller. Editions Métailié, août 2017.

Ma chronique (rentrée d’automne 2017, 2) :

Attention, coup de coeur. Mais alors vraiment, quel plaisir, ce roman ! Je crois bien que j’ai tout aimé, dedans… Ah non, sauf sa longueur : 304 pages, c’est trop court. Je me suis tellement attachée aux personnages… Quel talent, Jenni Fagan (et la traductrice, aussi). Les Buveurs de lumière est son deuxième roman.

Un futur proche, avec des airs de fin du monde. La terre en a marre, le climat a été trop déséquilibré, le monde semble prêt à basculer dans une nouvelle ère glaciaire. En tous cas, même si l’hiver qui se profile a une fin, il promet d’être le plus rude que l’humanité ait connu depuis… pfiou. On ne sait pas depuis quand, mais ça craint vraiment.

Alors que la neige se pointe sur les pyramides et que le Londres où il a grandi dans un cinéma d’art et d’essai est au bord de la rupture, Dylan embarque pour le nord de l’Ecosse avec dans son maigre bagage les cendres de sa mère et de sa grand-mère, décédées il y a peu. Le géant tatoué a dans l’idée de revendre la caravane dont il vient d’hériter. Il ne sait pas encore que Clachan Fells va devenir le centre de son nouveau monde. Stella, la jeune fille coincée dans un corps de garçon, sa mère Constance, survivaliste, et leurs voisins marginaux, tous plus barrés – et plus humains – les uns que les autres.

Les Buveurs de Lumière est un roman férocement poétique, humaniste, déjanté. Beau. Plein d’humour, celui un peu noir, que j’adore. La plume de Jenni Fagan est aussi brillante pour capter la beauté somptueuse d’un paysage, pour détailler la manière de bricoler un poêle maison pour ne pas geler, que pour dévoiler les méandres complexes des personnalités. Sans en faire jamais trop ; un mélange de pudeur et d’extravagance. Surtout, cette fantastique tendresse, qui éclaire tout… et ce que je ne vous dit pas ! Un coup de coeur, tellement. A en parler des heures durant.

« Dès qu’ils seront tirés d’affaire, il ira dans une ville, juste pour se promener ; il ira dans un pub digne de ce nom et se fera faire de nouveaux tatouages – un pèlerin buveur de lumière, une enfant-loup, une cireuse de lune, un iceberg et un projecteur d’époque qui brille dans le noir. »

Publié dans 1.3 Litt. de Gde-Bretagne, 2017, Ecosse, Rentrée automne 2017 | Tagué , , , | 13 commentaires

Douze auteurs jeunesse irlandais #4 : Colin Bateman

L’an dernier, je vous ai proposé des billets sur des auteurs irlandais lus il y a longtemps : mes Mémoires de Porcelaine. Cette année, c’est à un petit tour d’horizon de la littérature jeunesse irlandaise traduite en français que je vous convie, pour vous présenter douze auteurs, qui écrivent ou non exclusivement pour la jeunesse. Une roue à douze rayons, un trèfle à douze feuilles, douze romans – et même plus – que j’ai déjà lus (sauf pour trois d’entre eux, qui sont encore dans ma Pile à Lire et dont j’ai prévu la lecture dans les mois à venir).


Mon quatrième billet de cette série portera sur le nord-irlandais Colin Bateman :

Né à Bangor dans le Co. Down (Ulster) en 1962, Colin Bateman a commencé sa carrière comme journaliste au County Down Spectator, où il tenait une chronique satirique sur la société nord irlandaise. Il a écrit de nombreux romans jeunesse (séries Titanic 2020, Eddie & the Gang with no Name, SOS Adventure). Il est reconnu pour ses romans policiers à l’humour noir et décapant, notamment la série consacrée à Dan Starkey, un journaliste de Belfast en perpétuelle reconquête de son épouse Patricia, inspectrice des impôts (j’en parle plus en détails en fin de billet). Il est également scénariste et metteur en scène pour le cinéma et la télévision (Divorcing Jack, son roman adapté au cinéma en 1998, Wild about Harry (2000), la série la Loi de Murphy (2003, 2004), The Journey (2016) et Driven (2017)).

Côté traduction française : en jeunesse, seuls les deux romans de la série Titanic 2020 sont traduits. Cinq de ses romans policiers sont également traduits : les trois premiers de la série Dan Starkey, ainsi que deux parmi les « hors séries ».

Tous ses romans traduits (par ordre chronologique de parution en version originale) :

Divorce Jack ! (Dan Starkey, tome 1) (policier adulte)
La Bicyclette de la Violence (policier adulte)
L’Autruche de Manhattan (Dan Starkey, tome 2) (policier adulte)
La Fille des Brumes (policier adulte)
Turbulences catholiques (Dan Starkey, tome 3) (policier adulte)
Titanic 2.0 : La Mort rouge (Titanic 2020, tome 1) (roman ado) –> ma chronique
Titanic 2.1 : Cannibal City (Titanic 2020, tome 2) (roman ado)

Romans jeunesse

Série Titanic 2020

• 1. Titanic 2.0 : La mort rouge (Titanic 2020, 2007) Traduit par Antoine Pinchot. Editions Casterman, 2011.

Présentation de l’éditeur : Le Titanic était réputé insubmersible. Une nuit d’avril 1912, un iceberg en a décidé autrement. En ce troisième millénaire, les experts assurent que rien ne pourra faire sombrer le Titanic II. Mais un mal mystérieux et incurable sème la mort die le continent. Les passagers du plus grand paquebot de tous les temps sont-ils à l’abri de l’épidémie ? Jimmy Armstrong, passager clandestin malgré lui et Claire Stanford, fille de milliardaire, doivent faire face à in ennemi aussi implacable qu’invisible…

Ma chronique : Ce roman est le premier tome de la série « Titanic 2020 », de l’écrivain nord-irlandais Colin Bateman. Dans un futur assez proche (2020, donc), un nouveau Titanic prend la mer au départ de Belfast. A son bord, Jimmy Armstrong, 13 ans et passager clandestin par inadvertance, va devoir se débrouiller seul avec sa survie, l’apprentissage du métier de journaliste, Claire la fille du propriétaire du bateau – qu’il déteste sur le champ – et la « Mort rouge », un virus qui est en train de détruire toute vie sur terre.

Le scénario de Titanic 2.0. est original et mené tambour battant, avec un tas de rebondissements et un humour omniprésent. Un léger bémol peut-être, la facilité pas toujours très crédible qu’ont les héros à se tirer de situations délicates. Mais qu’importe, c’est un très chouette roman d’aventure, qui plaira aux jeunes lecteurs amateurs du genre.

2. Titanic 2.1 : Cannibal City (Titanic 2020. Cannibal City, 2008) Traduit par Benjamin Peylet. Editions Casterman, 2012.

2020. Une terrifiante épidémie a décimé l’humanité et les rares survivants évoluent dans un monde où règne la peur. Miraculeusement épargnés par la maladie, Jimmy la Chance et son amie Claire voguent à bord du Titanic II, un gigantesque navire de croisière. Leur errance les mène de villes dévastées en campements de fortune. Ce qui les attend à New York dépasse pourtant de très loin les horreurs qui ont parsemé leur route…

Ses deux autres séries de romans jeunesse n’ont pas (encore ?) été traduites en français.

Eddie & the Gang with no Name
Reservoir Pups (2003)
Bring me the Head of Oliver Plunkett (2004)
The Seagulls (2005)

SOS Adventures
Ice Quake (2010)
Fire Storm (2010)
Tusk (2011)

Autres romans

Série Dan Starkey

• 1. Divorce, Jack ! (Divorcing Jack, 1994) [traduit par Michel Lebrun, éditions Gallimard, « Série noire », 1996]

Présentation de l’éditeur : Dan Starkey, jeune journaliste de Belfast, partage avec sa femme un prodigieux appétit pour boire et danser. Mais l’amour n’a jamais empêché les sentiments et Dan craque un soir pour Margaret, une belle étudiante, qui est assassinée le soir même. Est ce à cause de sa liaison avec Dan ? Parce qu’elle n’était pas exactement ce qu’elle prétendait être ? Ou est-ce l’IRA ? Un amoureux jaloux ? Il ne reste plus à Dan qu’à courir très vite pour sauver son mariage et sa peau. Mais  à Belfast, c’est entre les bombes qu’on cavale.

• 2. L’Autruche de Manhattan (Of wee sweetie Mice and Men, 1996) [traduit par Catherine Cheval, éditions Gallimard, « Série noire », 2001]

Présentation de l’éditeur : Mais qui donc a kidnappé la femme adorée de Bobby McMaster, champion d’Irlande des poids lourds, venu à New York, malgré son évident manque de forme, combattre Mike Tyson lui-même ? C’est ce que Dan Starkey, journaliste alcoolique et en perpétuelle reconquête de son épouse, va tenter de découvrir. Difficile quand on sait que McMaster a réussi le tour de force de liguer contre lui les fondamentalistes Noirs, la communauté homosexuelle, les deux camps irlandais et quelques gangsters et terroristes…

• 3. Turbulences catholiques (Turbulent Priests, 2000) Traduit par Natalie Beunat, éditions Gallimard« Série noire », 2007.

Présentation de l’éditeur : Dan Starkey a décidé de redonner une chance à son couple. Pour preuve, il s’engage à assumer la paternité de Little Stevie, le bébé que sa femme Patricia a eu avec son amant. C’est ce bon moment de félicité familiale que choisit le primat de toute l’Irlande pour lui confier une enquête pour le moins inhabituelle sur une minuscule île aux oiseaux, battue par les flots. Sous la houlette du père Flynn, les rares habitants de cette terre isolée sont persuadés que le Messie est né chez eux, et qui plus est, se serait incarné en une petite fille répondant au prénom de… Christine.
Quoi de mieux pour le journaliste qu’une retraite rurale grassement payée ? Et l’endroit idéal pour se mettre enfin à l’écriture de son livre ! Ce qui s’annonce comme un canular facile à déjouer vire peu à peu au cauchemar ? Pour Dan, aux prises avec ses vieux démons que sont l’alcool et les femmes, ça tourne carrément à l’île de la tentation ! Au premier meurtre, l’ambiance bucolique prend du plomb dans l’aile. Quant au premier verre, il pourrait être le dernier… Avec ce thriller hilarant, Colin Bateman aborde sans complexe l’absurdité de l’intégrisme religieux.

Autres romans

La Bicyclette de la Violence (Cycle of violence, 1995)

Traduit par Stéphane Carn. Editions Gallimard, « Série noire », 1998 ; réédition en poche chez Folio policier, 2004.

Un film a été tiré de ce roman. Miller, journaliste alcoolique, est puni : il doit quitter Belfast pour un journal de province, à Crossmaheart. Et ceci pour remplacer quelqu’un qui a disparu – présumé assassiné par une organisation terroriste ou autre. Une fois là-bas, il tombe amoureux de la petite amie du disparu – des problèmes s’ensuivent inévitablement. Très sombre, très drôle, romantique et débrouillard – Bateman a une voix unique et brillante.

Critique de Mauvaisgenre.com : La Bicyclette de la violence, seconde traduction de l’Irlandais Colin Bateman, se déroule dans une bourgade proche de Belfast. Muté disciplinairement, un journaliste tombe amoureux d’une serveuse au comportement parfois bizarre suite à un viol collectif subi dans son enfance. Fouineur, le journaliste cherche à savoir ce que les violeurs sont devenus. Il déclenche une hécatombe. Cette petite ville, dans sa vie quotidienne représente un microcosme de l’Ulster, et même si l’histoire reste tragique, elle devient fort réjouissante car nourrie en permanence d’épisodes hautement comiques. (Claude Mesplède)

La Fille des Brumes (Maid of the Mist, 1999)

Traduit par Stéphane Carn. Editions Gallimard, 2004

Présentation de l’éditeur : L’unique spécialité de Niagara Falls, c’est les voyages de noces. C’est d’ailleurs pour ça que l’officier de police Frank Corrigan, après des débuts plutôt agités en Irlande du Nord, a choisi d’y terminer sa carrière. Mais le calme est un état précaire… On commence par repêcher en bas des chutes une étrange jeune fille en robe d’indienne traditionnelle dont toutes les tribus de la région pensent qu’elle est la réincarnation de la Princesse Lelewala venue sauver le monde. Et ça continue par l’arrivée en ville d’un certain nombre de personnes qui s’avèrent participer au congrès ultra-secret des responsables du trafic de drogue international. Finalement, se dit Corrigan, c’était plus calme à Belfast…

Critique de Mauvaisgenre.com :  Vous prenez Gretchin, une jeune et belle pute Géorgienne qui rêve d’aller à Hollywood tourner avec David Hasselhoff et qui en attendant se spécialise dans la fellation aux abords des chutes du Niagara. Frank Corrigan, un flic d’Irlande du Nord expatrié au Canada pour avoir éliminé de façon drastique mais néanmoins illégale un commando de l’IRA. Pongo, ex-vedette de variété-rock reconverti dans la consommation de cocaïne et de jeune fille pubère mais peu farouche. Enfin un congrès d’horticulture organisé sur les bords enchanteurs des Niagara Falls (coté Ontario) mais qui réunit en fait les plus gros trafiquants de drogues internationaux.

On peut se dire que Colin Bateman va avoir du mal à construire une intrigue qui se tient et bien non. Le scénario est impeccable, loufoque certes, mais parfait. Corrigan, malgré les coups et l’amputation violente de 2 doigts, mènera sa troupe à travers de nombreux rebondissements jusqu’au dénouement. Tout s’aligne, s’ajuste impeccablement jusqu’à l’explosion finale. Même les amérindiens locaux, de la tribu des Iroquois Tuscaroras (le peuple des collines) retrouveront la paix de l’âme et le droit de porter des Nike Air !

Après « l’autruche de Manhattan » et son boxeur philosophe, Bateman nous prouve ici qu’il est un grand du polar humoristique et du polar tout court d’ailleurs. Un Westlake de la verte Erin.

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Le prochain rendez-vous de Douze auteurs jeunesse irlandais se fera avec Eoin Colfer 🙂
(Les précédents billets : #1 Roddy Doyle, #2 Siobhan Dowd) et #3 John Boyne)

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 7.3 Jeunesse & young adult, 7.5 Policiers et thrillers, Irlande du Nord, Notices auteurs | Tagué , , , , , , , , , , , | 2 commentaires

La Servante écarlate – Margaret Atwood

The Handmaid’s tale, 1985. Traduit de l’anglais (Canada) par Sylviane Rue. Editions Robert Laffont, 1987, 2005 ; réédité dans la collection Pavillons poche en juin 2017.

Ma chronique :

Coup de cœur pour cette dystopie glaçante, autant le roman que son adaptation d’ailleurs, la magistrale série de Bruce Miller, The Handmaid’s Tale. Les deux sont complémentaires. Elisabeth Moss campe une Defred plus vraie que nature ; dans le roman on a plus d’explications.

Imaginez un futur proche (très proche) où votre pays occidental deviendrait une théocratie ultra-puritaine, où les femmes seraient privées de tous leurs droits (même celui de lire : le délit de lecture « vaut seulement une main coupée, à la troisième condamnation » ; le « seulement » laisse imaginer l’échelle des punitions possibles), où la pénurie de naissances serait telle que les rares femmes encore fertiles auraient été transformées en esclaves pour la reproduction, dépossédées de leur nom (la narratrice est Defred – Offred dans la version originale – car elle est présentement « Servante » chez un commandant du nom de Fred. Elle lui appartient comme un objet serait « De Fred », comme celle qui l’a précédée était aussi Defred, tout comme celle qui suivra), violées rituellement une fois par mois en vue d’être fécondées par un membre de l’élite.

Résumé ainsi, ça laisse sceptique, Meuh nan ça n’arrivera jamais, un truc pareil, c’est abusé. Et bien détrompez-vous. Non seulement tout ce que décrit Margaret Atwood dans ce livre a déjà été fait ailleurs ou à une autre époque – ou bien la technologie pour le faire existe déjà. Et sous sa plume, on réalise très vite que ça peut tout à fait arriver, et même plus vite qu’on croit. Et où c’est vraiment flippant, c’est qu’on réalise que peut-être on en est déjà en chemin ; ou en tous cas, pas si loin. Car une telle société aurait la possibilité d’émerger, si on continue à laisser faire, à élire des Trump, à privilégier l’ignorance, à croire tous nos droits acquis ad vitam aeternam. Un exemple courant qui me vient à l’esprit : en laissant (sans rien dire, ou si peu) fermer des maternités comme cela arrive de plus en plus, bientôt beaucoup de femmes, pour ne pas risquer d’accoucher dans leurs voitures ou sur le bord de la route, pour cause d’éloignement géographique, préféreront rester chez elle, comme au « bon vieux temps » : sans possibilité de péridurale, avec le risque à nouveau bien réel de mourir en couches… ça, et (tout) le reste.

Alors restons vigilant(e)s !

Et comme on dit dans le roman, « Nolite te bastardes carborundorum » (là aussi je préfère en anglais) : Ne laissez pas les salopards vous tyranniser.

« Pas un pissenlit en vue ici, les pelouses sont soigneusement épilées. J’ai la nostalgie d’un pissenlit, un seul, poussé au hasard, dans son insolence d’ordure, difficile à éliminer et perpétuellement jaune comme le soleil. Gai et plébéien et brillant pareillement pour tous. »

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Les Arcanes du Midi-Minuit, tome 1 : L’Affaire du Nalta P312 – Gaudin / Trichet (Bd)

Soleil Productions, 2002. Scénario : Jean-Charles Gaudin – Dessin : Cyril Trichet – Couleurs : Angélique Césano. Treize tomes pour le moment, le dernier en mai 2017.

Ma chronique :

C’est cyclique, j’ai des périodes où je lis plein de Bds – j’adore ma médiathèque. Bonne pioche encore cette fois-ci* avec Les Arcanes du Midi-Minuit, une série d’enquêtes policières prenant place dans un univers steampunk très intéressant, mêlant fantastique, suspense et humour. Jim et Jenna, les deux héros, travaillent pour le Bureau Royal d’investigation. Un duo sur lequel plane un mystère : en effet, on ne les a jamais vus ensemble au même endroit. Ce qui ne les empêche pas – bien au contraire ! – d’enquêter et de résoudre avec intelligence et talent les enquêtes peu communes qui leur sont confiées. Enfin, techniquement elles sont confiées à Jim, car Jenna tient une boutique d’horlogerie ; mais ils travaillent de plus en plus souvent sur les mêmes affaires.

J’ai lu les deux premiers tomes (il y en a une dizaine) et je suis accrochée. C’est divertissant, ça se renouvelle très bien. De l’humour. Des personnages hyper attachants, tant les principaux que les secondaires, qui se greffent à mesure à l’entourage de Jim et Jenna. Des intrigues complètes pour chaque tome (le scénario du tome 2 est excellent), ce qui est agréable, et avec juste ce qu’il faut de fil rouge pour avoir envie de lire la suite. Un dessin qui manque peut-être d’originalité pour les personnages, mais très intéressant pour les machines, volantes et autres. Le grand méchant du tome 2 vaut son pesant de moutarde, ça augure bien pour la suite !

*Nb : pour l’anecdote, je promenais mon regard sur le rayon de Bds, et c’est le titre de la série qui a capté mon attention : après avoir apprécié le titre du roman d’Anna McPartlin (Mon midi, mon minuit), la coïncidence m’a amusée.

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