La promesse de Dublin – Dominique Le Meur

DLM éditions, avril 2019

L’auteur : Dominique Le Meur est né à Auxerre et enseigne le français en Irlande, à l’université de Limerick, depuis 1992. Ses romans ont tous pour cadre l’Irlande. Irlande, Nuit celtique, son précédent roman, que j’ai lu en 2014, m’avait plu.

Ma chronique :

Rian est irlandais. Il vit à Limerick, bosse dans l’informatique, il est marié avec Shona. Peu de temps avant les noces, il a eu une aventure un soir de mission à Cork avec Madison, une canadienne d’origine irlandaise, venue provisoirement travailler en Irlande. Très vite entre eux, le temps se conjugue au présent et une liaison durable voit le jour… mais Rian ne parle pas à Madi de Shona, il ne lui dévoile rien de son mariage. De fil en aiguille, il va entamer une double vie.

Le roman commence deux ans après, à Montreal en 2015. Madison est rentrée au pays il y a quatre mois et Rian s’est décidé à la rejoindre, à la choisir, elle. Il honore ainsi une promesse qu’il lui a faite, lors d‘un weekend à Dublin. Le titre du roman est posé, mais bizarrement, Madison, qui devait venir le chercher à l’aéroport, ne se présente pas. Incompréhension. Une longue attente commence, durant laquelle les questions fusent dans sa tête. « L’hier l’assaille de nouveau », il repense aux deux années écoulées et nous livre une autopsie fine de sa double vie. Les crises d’humeur de Shona, soudaines et inexpliquées, les deux téléphones portables, les mensonges éhontés – il va jusqu’à ressusciter sa mère, quand même – pour justifier absences et rendez-vous manqués… « C’étaient deux vies séparées. Deux mondes parallèles qui ne se télescopaient jamais. »

La promesse de Dublin brosse aussi avec acuité le portrait d’une Irlande contemporaine en pleine mutation.

« Au milieu des années 90, l’Irlande a commencé une métamorphose spectaculaire. Le Tigre celtique poussait ses premiers rugissements. Les jeunes ne partaient plus. Mieux, certains revenaient, et des étrangers, rares jadis, faisaient résonner les rues de nouvelles langues, apportaient avec eux de la diversité. Le pays-chrysalide a alors peu à peu brisé le cocon qui le confinait à l’isolement au milieu de l’océan. On pouvait désormais y travailler, s’y affirmer. Exister. »

On y fait campagne en faveur du mariage pour tous, on manifeste contre la nouvelle taxe sur l’eau. J’y ai découvert la formidable prise de parole de Panti Bliss à l’Abbey Theater en 2014 (je vous glisse le lien par ici, le discours est traduit en français) et je sais maintenant comment faire habilement du porte à porte pour une cause (j’ai pris des notes !). J’ai aussi découvert le tableau L’homme de la plaine de l’expressionniste allemand Erich Heckel (vous pouvez l’admirer ici). Cette allégorie de l’oppression orne le bureau de Rian et il va s’y référer souvent, à mesure que sa propre oppression intime devient galopante. Il se sent cerné par ses dissimulations et ses mensonges, et arrive même à se mentir à lui-même : « Je n’ai jamais eu l’impression de tromper ni l’une ni l’autre ».

Le récit est mené avec habileté. On ne saura qu’à la fin – agréablement surprenante -, si ces existences sont bien réelles. La plume de Dominique Le Meur est vraiment plaisante : précise, sur le fil, travaillée sans lourdeur, et enrichie d’images vives.

J’ai vraiment beaucoup aimé cette épopée d’un menteur, sur fond d’Irlande aujourd’hui ! Deux existences parallèles, un homme, deux femmes, deux pays et une promesse.

« J’étais l’eau qu’on verse dans différents vases. prenant la forme de ses humeurs. »

★★★★★★★★☆☆

NB : Cette histoire mériterait un écrin moins austère, et un peu moins de fautes d’orthographe. Avis aux éditeurs…
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Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 1.2 Littérature française, 2019 | Tagué , , | 7 commentaires

Avis en vrac #3 (Irlande) : A la saison des marguerites – Tom Phelan ; Le sentier sauvage – Timothy O’Grady ; Cal – Bernard Mac Laverty

Aujourd’hui je vous parle de trois romans irlandais un peu anciens, qui méritent je trouve une nouvelle mise en lumière. Un coup de coeur et deux très bonnes pioches.

A la saison des marguerites – Tom Phelan (Balland, 1997)
Le sentier sauvage – Timothy O’Grady (Robert Laffont, 1993)
Cal – Bernard Mac Laverty (Belfond, 1984)

*

A la saison des marguerites – Tom Phelan

In the season of the daisies, 1993. Traduit de l’anglais (Irlande) par Marc Amfreville. Éditions Balland, 1997 ; 299 p.

Mon avis :

Seanie Doolin est simple d’esprit, presque muet. Depuis vingt-sept ans, il a treize ans. Depuis ce soir funeste où Willie son frère jumeau est mort. Ce soir où une manoeuvre de l’IRA a mal tourné dans ce petit village irlandais. Depuis vingt-sept ans, Seanie revit cette nuit de cauchemar. A la saison des marguerites est un roman choral particulièrement bien construit, chaque chapitre donnant voix à un personnage différent, qui à mesure nous dévoile de nouvelles facettes de l’histoire. L’ensemble tisse une vérité composite. Et quels personnages ! McKenna, le médecin qui a noyé sa vie et sa carrière dans l’alcool et le remords, le père Quinn, un haineux qui saiMne à blanc la ville pour ériger un monument à sa mémoire, le boutiquier avare Peetie Mahon, le sergent McSwaine, obsédé sexuel dont les ruminations masturbatoires font quand même plutôt sourire, Mr Sheehan, le maître d’école…

Dissimulation, hypocrisie, loi du silence, que s’est-il donc passé ce soir-là ? Un roman qui fait grincer des dents, une vision peu amène de l’Irlande des années cinquante. Une histoire déchirante, triste et poétique, qui m’a vraiment marqué. Un coup de coeur.

L’auteur : Tom Phelan est né en 1940 à Mountmellick, dans le Comté de Laois. Ce premier roman est le seul jusqu’ici à avoir été traduit en français. Quel dommage !

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Le sentier sauvage – Timothy O’Grady

Motherland, 1989. Traduit de l’anglais (Irlande) par Robert Davreu. Éditions Robert Laffont, 1993; 299 p.

Mon avis :

Le Sentier Sauvage est celui évoqué par Dante au début de L’Enfer. L’intrigue complexe de ce roman se joue autour d’un narrateur entre deux âges, anonyme et étonnamment enfantin, en quête d’une mère aimante, mais excentrique, qui a disparu sans laisser de traces.

Un voyage étrange à travers l’Irlande, terre à la fois natale et inconnue, au climat et à l’histoire tourmentées.

Un manuscrit mystérieux contant la chronique d’une famille irlandaise, constitué génération après génération depuis le XIIème siècle, et qui semble contenir des indices concernant la disparition de sa mère.

Le Sentier sauvage est un conte allégorique sur l’Irlande, son passé, sa situation politique actuelle. Son écriture est brillante, le style touffu. J’ai beaucoup aimé cette histoire originale, qui flirte légèrement avec le fantastique, pleine d’humour, de philosophie, de métaphysique, d’histoire et de réflexions sur la condition humaine. (lu en septembre 1998)

★★★★★★★★☆☆

*

Cal – Bernard Mac Laverty

Cal, 1983. Traduit de l’anglais (Irlande) par Michèle Garène. Éditions Belfond, 1984 ; 178 p.

Mon avis :

Irlande du Nord, années 80. Au plus fort des Troubles. Cal a dix-neuf ans. Il vit seul avec son père. Ils sont les deux derniers catholiques encore présents dans leur quartier protestant. Une époque de peur, de haine et de violences.

Cal, entrainé par des amis proches de l’IRA, s’est retrouvé mêlé au meurtre d’un policier britannique. Depuis, il est rongé par la culpabilité. Le roman commence un an après. Cal essaye de remplir ses journées vides. Il gratte sa guitare, cuisine pour son père Shamie, craint les menaces protestantes et va à la bibliothèque, pour emprunter des cassettes musicales. Là, il rencontre une nouvelle bibiothécaire, à laquelle il s’attache, avant d’apprendre son nom : Marcella Morton. Catholique elle aussi, c’est la veuve du policier protestant tué.

Pour la petite histoire, Helen Mirren, qui joue le rôle de Marcella dans le film de Pat O’Connor tiré de ce roman, a gagné le Prix de la meilleure interprétation féminine au festival de Cannes en 1984.

Dans ce roman à l’atmosphère sombre, on suit le chemin torturé de Cal, alors qu’il lutte avec sa propre conscience. Bernard Mac Laverty explore les thèmes de la solitude, du péché, de la liberté et de la responsabilité. Dans une ville déchirée par la guerre civile, y-a-t-il encore une place pour l’amour et la douceur ?

★★★★★★★★☆☆

L’auteur : Bernard Mac Laverty est né à Belfast en 1942. Cal est son second roman, le seul que j’ai lu, il y a quinze ans. Ses deux autres sont également traduits en français : Lamb et Symphonie pour Anna (je vous ai mis les liens vers leurs chroniques sur le blog de Yvon)

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La souplesse des os – D. W. Wilson (nouvelles)

Once You Break A Knuckle, 2011. Traduit de l’anglais (Canada) par Madeleine Nasalik. Éditions de l’oiliver, 2018

Ma chronique :

Les douze nouvelles de La souplesse des os ont en commun Invermere, au coeur de la vallée de la Kootenay, en Colombie britannique (la province à l’ouest du Canada). Une petite ville reculée située au bord d’un lac, avec le massif des Purcell au loin. Elles partagent aussi quelques personnages, qui vont, viennent et évoluent entre les textes, faisant parfois ressembler l’ensemble à un roman choral. Ash Cooper et son frère Mitch, Will Crease et son père flic, un certain Duncan…

La souplesse des os sent la testostérone, on y mesure sa force et sa tristesse. Les amitiés sont viriles, les relations père-fils houleuses mais essentielles, on prend de mauvaises décisions, des balles et des raclées. On tente de tracer son chemin dans la vie ou bien de la reprendre en main, on s’accroche, les femmes ont des cheveux « couleur huile de moteur » et puis les coeurs n’en finissent pas de se briser. On croise des taiseux, des amochés, un prof de maths et des bouseux, des durs à cuire, des ouvriers et des flics de la police montée.

« Quand on a un sobriquet comme Winsy on se rase les aisselles et on mate des films d’art et d’essai, fatalement. Le fils de Conner méritait un nom plus couillu. Dick ou Tim, mettons, ou moins compliqué encore, avec un r ; Ray, ou Ern – un prénom qui suggérait le type capable de se prendre des pommes de pin sur la tronche, de maitriser une clef à molette. »

Dès les premières pages, on est emportés par la puissance de l’écriture de DW Wilson (jeune auteur canadien découvert au festival America l’an dernier), un très grand écrivain en devenir. Son roman Balistique (pour lire ma chronique c’est par ici), que j’ai adoré, a été traduit avant en français, mais ce recueil-ci a en fait paru en premier en VO. Ce format de nouvelles réussit magnifiquement à D. W. Wilson. Il nous mène au coeur des vies, des gens et des non-dits en seulement quelques coups de pinceau. Pas vraiment de chute fracassante, dans ces nouvelles, mais plutôt les moments clés d’une vie, un choix ou son absence, un moment marquant, son devenir.

Je ne sais pas quelle nouvelle j’ai préféré. La plus longue, L’écho au fond de la vallée (une cinquantaine de pages), la plus courte, Départ de flammes (quelques pages) ou la dernière, Tu te bousilles un doigt une fois. Énormément aimé aussi Persévérer, Les routes mortes et C’te sale crevure de vache. Des personnages extrêmement attachants derrière leurs failles et leurs regrets. Un coup de coeur.

« On s’accroche et on s’accroche encore – il connaissait cela par cœur. On s’accroche et les choses tournent bien, ou mal, mais on ne lâche rien, on tente encore le coup parce qu’on n’a pas le choix. »

Merci à @hopsouslacouette et @theflyingelectra pour ce challenge #maiennouvelles, qui m’a donné l’occasion de découvrir cette pépite !

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Quelques Bds #5 : Little Tulip (Charyn & Boucq) – Jamais (Duhamel)

Little Tulip (Charyn & Boucq)

Scénario : Jérôme Charyn ; Dessins : François Boucq ; Le Lombard, 2014 ; 80 p.

Mon avis :

New-York, années 70. Une vague de meurtres secoue la ville. Un tueur sanguinaire, surnommé par les médias Bad Santa car il laisse derrière lui un masque de Père-Noël, s’en prend à des femmes seules. Pour tenter de le démasquer, la police fait une nouvelle fois appel à un tatoueur renommé, Paul, et à son talent unique pour établir des portraits robots exceptionnels.

Mais qui est Paul, cet homme solitaire et secret ? On va découvrir à mesure de flashbacks son enfance après guerre, quand ses parents ont émigré à Moscou, puis se sont faits interner dans un goulag en Sibérie en 1947, sous un prétexte bidon. Alors il s’appelait Pavel et déjà, il avait un talent pour le dessin, comme son père… Avec ses souvenirs, on va plonger comme on se noie dans l’enfer abominable du goulag.

Un scénario de Jérôme Charyn soigné et vraiment exceptionnel par sa fluidité. La fin est tirée par les cheveux, mais cela n’enlève rien à cette histoire sombre et inquiétante, où l’on prend en pleine face les abimes polymorphes et insondables de la cruauté humaine. Les dessins de François Boucq sont au diapason, très expressifs, avec une grande qualité de reconstitution historique.

Une bande dessinée marquante, aussi violente que touchante. A découvrir (pour public averti, par contre).

« Simplement, dessine ce que tu vois et ce que tu ressens. Affranchis-toi de ce que tu sais si tu veux éveiller ce sens caché qui permet de cerner l’invisible. Quand tu dessines, libère ton esprit des entraves du savoir. »

★★★★★★★★★☆

*

Jamais (Duhamel)

(J’ai lu cette Bd l’an dernier, elle fait partie de mes coups de coeur 2018, mais je n’avais publié mon avis que sur Babelio, pas encore sur le blog)

Scénario et dessins : Bruno Duhamel. Bamboo éditions, janvier 2018 ; 54 p.

Mon avis :

Troumesnil, Normandie, bords de Manche. Madeleine, quatre-vint quinze ans, aveugle de naissance, ne veut pas quitter sa maison, qui pourtant risque à tous moments de dégringoler en bas d’une falaise grignotée par l’érosion. Son mari est mort en mer il y a longtemps, mais elle vit avec son chat comme si son mari était toujours vivant. Un sacré caractère, Madeleine, elle est géniale !

Jamais est une histoire touchante, où on rigole bien. Des clins d’oeil à Astérix, aussi, sympas. Les dessins sont doux et lumineux, ils m’ont beaucoup plu. Un très beau portrait de femme pour le moins atypique, pour une Bd coup de coeur, que je recommande.

« Monsieur le maire ! Étant donné que la nature vous a épargné les inconvénients qui accompagnent le fait d’avoir un cerveau, je vais m’adresser directement à votre moelle épinière : je ne quitterai jamais cette maison ! »

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Le quartier des petits secrets – Sophie Horvath

Éditions Flammarion, avril 2019

Ma chronique :

Tout d’abord, un petit préambule… Ce roman est à part. J’ai rencontré son auteure Sophie Horvath fin 2016, à une soirée organisée par les éditions La Table Ronde autour de la romancière irlandaise Paula McGrath. Discrète et chaleureuse, Sophie anime son blog C’est quoi ce bazar ? et ses comptes Instagram avec intelligence et enthousiasme. Ses chroniques de lectures sont toujours tellement bien écrites ! J’adore aussi son œil de photographe. Clémentine et les autres de ce Quartier des petits secrets, je les ai découverts pendant l’été 2017, en lisant Les fleurs de Clémentine, tout juste paru en numérique chez Librinova. Quelle joie de voir aujourd’hui cette attachante histoire prendre son envol dans toutes les librairies, publiée le mois dernier chez Flammarion ! Le plaisir de dire à Sophie qu’après l’avoir lue, j’ai été attirée comme par un aimant chez le fleuriste près de chez moi. Elles sont trois ou quatre à travailler là, toutes amicales et passionnées. Ce sont mes Clémentine. Rien que d’entrer dans cette boutique et d’admirer les brassées colorées de freesias, de pivoines, d’anémones ou de lisianthus, de humer leurs parfums délicats, c’est un peu de fatigue en moins et beaucoup de joie en plus, à chaque fois.

Le quartier des petits secrets, c’est une placette pavée bordelaise à l’écart du tumulte, ombrée par un marronnier vénérable. Quelques commerces autour, un café, un cabinet d’assurances, une petite librairie… et puis un fleuriste, ou plutôt une : c’est là que travaille Clémentine, depuis qu’elle a laissé tomber ses brillantes études de droit et obtenu un diplôme d’horticulture. Au grand dam de sa grande bourgeoise de mère, il va sans dire.

Lorsque Viviane, une des habituées de sa boutique, une charmante vieille dame qui perd un peu la tête, se retrouve alitée après une opération, Clémentine part à la recherche d’une étrange fleur à cinq pétales, avec comme seuls maigres indices un croquis fait par Viviane et deux mots latins : Vadia Romanica.

De Bordeaux à Paris, ce roman nous amène au cœur de secrets bien gardés, en compagnie d’une meilleure amie fantasque et son fils adolescent, d’un ex petit ami envahissant, d’un libraire taciturne, sans oublier un chat malodorant… L’écriture de Sophie s’égaye entre les pages comme un petit ruisseau de montagne au printemps, pleine de fraicheur et d’allant. L’humour n’est jamais loin, les rebondissements imprévus non plus.

Le quartier des petits secrets est à la fois un roman ensoleillé, frais et drôle, avec des personnages très attachants, et en même temps il n’est pas si léger que cela, finalement. Plusieurs passages m’ont beaucoup touchée. C’est une lecture que je conseille, pour se mettre du baume au cœur intelligemment.

Merci Sophie ! Et merci aux Éditions Flammarion.

★★★★★★★★★☆

Publié dans 1.2 Littérature française, 2019, 8.4 Vie de blogueuse | Tagué , | 6 commentaires

Nouvelles découvertes irlandaises #26 : mai 2019

Ce mois-ci, les petits nouveaux sont trois grands formats, parus début avril dernier :

Avril 2019

Toute une vie et un soir – Anne Griffin (Delcourt Littérature, le 3 avril)
Ceux que nous avons abandonnés – Stuart Neville (Rivages noir, le 3 avril)
Les filles d’Ennismore – Patricia Falvey (Belfond, le 4 avril)

Toute une vie et un soir d’Anne Griffin (Traduit par Claire Desserrey)
(–> Je suis en train de le lire, je suis emballée !)

« Dans une bourgade du comté de Meath, Maurice Hannigan, un vieux fermier, s’installe au bar du Rainsford House Hotel. Il est seul, comme toujours – sauf que, ce soir, rien n’est pareil : Maurice, à sa manière, est enfin prêt à raconter son histoire. Il est là pour se souvenir – de tout ce qu’il a été et de tout ce qu’il ne sera plus. Au cours de la soirée, il va porter cinq toasts aux cinq personnes qui ont le plus compté pour lui. Il lève son verre à son grand frère Tony, à l’innocente Noreen, sa belle-sœur un peu timbrée, à la petite Molly, son premier enfant trop tôt disparu, au talent de son fils journaliste qui mène sa vie aux États-Unis, et enfin à la modestie de Sadie, sa femme tant aimée, partie deux ans plus tôt. Au fil de ces hommages, c’est toute une vie qui se révèle dans sa vérité franche et poignante… Un roman plein de pudeur et de grâce qui contient toute l’âme de l’Irlande. »

L’auteure : Anne Griffin est née à Dublin en 1969. Elle a étudié à l’UCD et à Maynooth. Libraire pendant huit ans à Dublin et à Londres, elle a ensuite travaillé vingt ans avec diverses organisations caritatives. Anne Griffin a commencé à écrire en 2013. En 2015, elle entreprend une maîtrise en création littéraire à l’UCD avec James Ryan, Éilis Ní Dhuibhne, Frank McGuinness, Lia Mills, Paul Perry et Anne Enright. Récompensée par le John McGahern Award, Anne Griffin a publié des nouvelles dans The Irish Times et The Stinging Fly, entre autres.
Toute une vie et un soir est son premier roman, traduit dans de nombreux pays en 2019.

Agenda : (♥) Anne Griffin sera à la Librairie Le Divan (Paris 15è) le 15 mai et au Centre Culturel Irlandais le 16 mai

Ceux que nous avons abandonnés de Stuart Neville (Traduit par Fabienne Duvigneau)

« Ciaran Devine avait 12 ans quand il avait avoué le meurtre de son beau-père. A l’époque, le sergent Serena Flanagan avait recueilli sa confession après avoir gagné sa confiance. Sept ans plus tard, Ciaran retrouve la liberté mais Paula, l’officier de probation chargée de lui, soupçonne que toute la vérité n’a pas été révélée dans cette affaire. Ciaran était jeune et influençable. Lorsque Paula fait part de ses doutes à Serena Flanagan, c’est le début d’une remontée dans un passé enfoui qui n’a pas fini de blesser tous les protagonistes de ce drame… »

On ne présente plus cet auteur prolifique édité chez Rivages Noir en grand format et en poche. Stuart Neville entame avec ce roman une nouvelle série autour du sergent Serena Flanagan. Une bonne occasion pour moi d’enfin le lire ?

Les filles d’Ennismore de Patricia Falvey (Traduit par Julia Taylor)

« Rosie a huit ans, elle est fille de métayer ; quand elle sera grande, elle servira la famille Ennis, comme sa mère et sa sœur avant elle. Victoria a sept ans, elle est la fille de lord et lady Ennis ; quand elle sera grande, elle quittera le domaine d’Ennismore pour faire un beau mariage.
En attendant, Victoria se sent seule et rêve de partager ses secrets avec la fille du métayer qu’elle a rencontrée dans le parc de la propriété. Et pourquoi pas ? C’est décidé, dès septembre, la petite paysanne partagera les leçons de la demoiselle du château.
Mais, dans une société écrasée sous le poids des conventions et des hiérarchies, est-il bien raisonnable de semer des aspirations égalitaires dans le cœur des jeunes filles ? Car un vent de révolte souffle sur l’Irlande et cette amitié qui éclôt pourrait bien bouleverser leur vie ainsi que celle de leur entourage… Rosie et Victoria trouveront-elles la force de lutter contre la marche de l’Histoire qui menace de les déchirer ? »

L’auteure : Née en Irlande du Nord, Patricia Falvey vit à Dallas, aux États-Unis. Après une longue carrière dans la finance, elle s’est tournée vers l’écriture de romans ayant pour décor sa terre natale. Premier de ses romans à être publié en France, Les Filles d’Ennismore est son troisième ouvrage.

Une lecture romanesque moins exigeante, j’aime bien aussi de temps en temps ; surtout si ça se passe en Irlande… à voir, donc, pourquoi pas.

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Nature morte – Patrick Mosconi

Fleuve Noir, 1988 ; réédition en poche : Éditions La table Ronde, collection La Petite Vermillon, avril 2019 ; 217 p.

Ma chronique :

Cette année à nouveau (voir ma chronique de Recluses de Séverine Chevalier, au printemps dernier), les éditions La Table Ronde ont laissé « Carte Noire » à Jérôme Leroy, rééditant au sein de La Petite Vermillon « des romans noirs qui méritent de retrouver une véritable audience auprès des amateurs du genre et de prouver aux autres qu’il s’agit là d’une littérature à part entière. ». Décidément, quelle riche idée ! Nature morte est un excellent roman noir, cette lecture m’a emballée.

Milieu des années quatre-vingt, à Paris. David Detmer, la quarantaine, solitaire et misanthrope, partage son petit dupleix en fond de cour avec Prune, une affectueuse minette rousse et noire. David est chauffeur de taxi à son compte… et tueur à gages. Étonnant personnage que ce gars du Béarn, fils d’immigrés (son père, ukrainien, un ancien incontrolado de la Colonne de fer et sa mère, espagnole), diplômé de philo et ancien de la guerre d’Algérie. Et justement, l’Algérie… Le roman commence avec un nouveau contrat que Detmer accepte, avant de découvrir que la cible n’est autre que Thomas Pradel, le fils de son ancien capitaine là-bas. Un type à qui il s’est attaché et à qui, vingt-cinq ans plus tard, va toujours sa loyauté.

Commence alors une course contre la montre sur fond de guerre froide, d’espionnage et d’humanité, mêlant cavale en compagnie de très bons personnages (il a beau ne vraiment pas être recommandable, j’ai adoré Detmer), barbouzes et terrorisme d’état. On y lit même Au-dessous du volcan de Malcolm Lowry : « Qu’est-ce qu’une âme perdue ? C’en est une qui s’est écartée de son vrai chemin et tâtonne dans l’obscurité des routes du souvenir ».

L’écriture est fluide et percutante et l’intrigue très bien ficelée ; même si la fin semble attendue (les chapitres vont à rebours), et bien non ! Nous sommes cueillis par surprise à la fin. Le contexte politique a certes changé depuis la première publication de ce roman (en 1988, le Mur était toujours debout), mais le fonctionnement occulte des démocraties, non. Les agents de l’ombre tirent toujours les ficelles, aux aguets. Le parfum de Nature morte a d’indéniables effluves d’époque, mais il est toujours d’actualité.

Je vous recommande chaudement cette lecture. Un très grand merci aux éditions La Table Ronde pour cette découverte.

« Ceux qui vivent l’amour à moitié ont dans le cœur un cadavre. J’étais devenu une nature morte. »

★★★★★★★★★☆

Publié dans 1.2 Littérature française, 7.5 Policiers et thrillers | Tagué , , , , | 4 commentaires

Cartes postales d’Édimbourg

Je viens de passer une semaine formidable à Édimbourg, aussi en attendant la publication très prochaine de quelques chroniques de lectures, je partage avec vous ces belles images de la capitale écossaise…

 

(c) Hélène Hiblot & Lettres d’Irlande et d’Ailleurs

Et pour ceux que cela intéresse et qui ont un compte instagram, j’ai épinglé quelques stories de mon séjour, à la une de ma page @helene_lettres_d_irlande (il y a aussi celles de mes voyages de l’an dernier, à Lisbonne et dans les Cyclades, à Paros & Amorgos) : elles ne sont pas encore complètes, mais n’hésitez pas à passer voir 🙂

Publié dans Édimbourg (avril 2019), Voyages | Tagué , , , | 3 commentaires

Tout ce que nous allons savoir – Donal Ryan

All we shall know, 2016. Traduit de l’anglais (Irlande) par Marie Hermet. Éditions Albin Michel, mars 2019

Ma chronique :

« Est-ce toi, bébé ? Est-ce toi qui me force la main depuis cette part sombre de moi-même, la seule part encore chaude ? Es-tu en train de me dire tout bas que tu veux que je te raconte mon histoire ?

Au début du roman, Melody est enceinte de douze semaines. Son mari Pat n’est pas le père de l’enfant. On devine que ce qui se joue dans cette grossesse est bien plus compliqué qu’une « simple » histoire d’adultère. De semaine en semaine, Melody se confie, comme elle écrirait un journal.

« Martin Toppy est le fils d’un homme célèbre chez les gens du voyage et le père de mon enfant à naître. Il a dix-sept ans, j’en ai trente-trois. J’étais sa répétitrice. Je me serais tuée depuis longtemps si j’en avais eu le courage. ».

Dans ce roman, nulle liaison sulfureuse, nulle bluette. Donal Ryan nous convie aux antipodes des clichés, dans la vraie vie, peut-être. Un monde où un grand amour peut devenir toxique, où le corps succombe à un désir d’enfant, où l’amitié peut détruire, mais aussi nous aider à renaître.

Tout ce que nous allons savoir est brut de décoffrage, sombre et pétillant. L’écriture est au diapason de son propos et de ses personnages, un brin chaotique, un chouïa poétique, acérée puis mélancolique, tendre autant que percutante. On roule entre souvenirs et progrès de la grossesse, entre l’avant, « ainsi il y a mon père. Et Pat. Et Martin Toppy. Et Breedie Flynn. Et les bébés que je n’ai pas pu porter », et le maintenant, la formidable amitié qui va se nouer entre Melody et Mary Crothery, une jeune femme blessée par la vie. Melody a de sombres facettes. Elle n’a pas sa langue dans sa poche et certains passages sont franchement désopilants. Je pense aux vieilles dames dans le café, à qui elle déballe les quatre vérités sur Pat. Donal Ryan offre une place de choix aux gens du voyage Irlandais dans ce roman, j’ai beaucoup aimé.

Tout ce que nous allons savoir (le titre est tiré d’un poème de Yeats) est un très beau roman, original, plein de lumière et de fureur, qui prend aux tripes et conduit sans arrêt le lecteur où il ne s’y attendait pas. Quand on refoule un sentiment de culpabilité bien trop grand, cela peut devenir un nœud coulant pour tout le reste de sa vie. S’attendrir, alors, serait mourir ?

Un livre à découvrir ! Un très grand merci aux éditions Albin Michel et à Babelio.

« Le beau temps a disparu aujourd’hui. Une dépression est arrivée de l’océan comme une horde de barbares venus terrasser l’été avec tonnerre et tempête, et des éclairs ont zébré le ciel. »

★★★★★★★★★☆

De Donal Ryan, j’avais aimé Le cœur qui tourne, son premier roman choral, mais je préfère celui-ci ! A l’occasion de son second roman, Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe, j’avais eu la chance il y a deux ans d’assister à une très chouette rencontre au Centre Culturel irlandais. Donal Ryan a un accent savoureux ! (petite vidéo à écouter ^^)

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 2019 | Tagué , , | 5 commentaires

Nouvelles découvertes irlandaises #25 : avril 2019

Ce mois-ci, on fait le plein de poches ! J’ai aussi découvert un recueil de nouvelles paru l’an dernier 🙂

En grand format

Juin 2018Les vieux soldats ne meurent jamais – Lord Dunsany, Mary Lavin, Sean O’Faolain (Les belles Lettres, le 8 juin 2018)

En poche

Février 2019 Le temps des tourments – John Connolly (Pocket, le 14 février 2019)
Mars 2019 • L’étang – Claire-Louise Bennett (éditions Points, le 28 mars 2019)
Mai 2019Du côté du bonheur – Anna McPartlin (Pocket, le 9 mai 2019)
Mai 2019Maintenant ou jamais – Joseph O’Connor (10-18, le 16 mai 2019)

*

Les vieux soldats ne meurent jamais – Lord Dunsany, Mary Lavin, Sean O’Faolain (introduction de George Moore ; traduit par Patrick Reumaux

Sommaire :
Lord Dunsany : Ce que me disait le doyen
Mary Lavin : Une bonne âme & autres histoires mauvaises (L’amour est pour les amants ; Miss Holland ; Le soldat mort ; Tombe verte, tombe noire ; Une bonne âme)
Sean O’Faolain : La petite dame

• De Lord Dunsany j’ai lu il y a quinze ans La fille du roi des Elfes et Les dieux de Pegana, son premier ouvrage, un recueil constitué d’une trentaine de monologues et de fragments historiques, ce livre rapporte la fabuleuse légende de la création du monde et des Dieux. Les Dieux de Pegana est le point de départ d’une cosmogonie originale qui sera déclinée dans les textes suivants de l’auteur, parmi lesquels Le Livre des Merveilles et Le dernier Livre des Merveilles. Je n’en garde hélas pas plus de souvenirs que d’avoir pris plaisir à leur lecture.

Sur l’auteur : Lord Dunsany (1878-1957), de son nom complet Edward John Moreton Drax Plunkett, Lord Dunsany appartient à une famille aristocratique protestante du Comté de Meath. Après des études à Eton et Sandhurst, devenu en 1899 le 18ème baron Plunkett, il mène une vie de soldat et d’aventurier, combat en Afrique du Sud pendant la guerre des Boers et en Europe pendant la première guerre mondiale. En 1916 il est blessé durant le soulèvement de Dublin. Il se lance alors à corps perdu dans l’écriture. Professeur, journaliste, conférencier, il participe également activement au développement de l’Abbey Theatre, avec son ami W. B. Yeats. Encouragé par George Russell, il aidera à son tour de jeunes écrivains comme Francis Ledwige et Mary Lavin. Il écrit beaucoup.
Le surnaturel est présent dans toute l’œuvre de lord Dunsany. Lovecraft fait de lui un des maîtres du fantastique. Ses romans appartiennent au domaine de la « fantasy » où influences chrétiennes et païennes, mythologies nordiques et orientales se combinent à la tradition celtique.

• De Mary Lavin, je n’ai pour le moment lu qu’une nouvelle, Une journée humide, qui fait partie du recueil Trésors de la Nouvelle de la Littérature irlandaise Tome 1 et Tome 2 (éd. Les Belles Lettres, 2002)

Sur l’auteure : Mary Lavin (1912-1996) est née dans le Massachusetts (USA) de parents irlandais qui sont revenus en Irlande en 1923. Elle a d’abord vécu à Athenry (Co. Galway), puis à Meath et Dublin, où elle a fait sa scolarité à l’UCD. C’est l’un des plus grands écrivains de nouvelles (elle commence à en publier à la fin des années 30), dans la tradition tchekhovienne. Elle fut membre d’Aosdana. Sa maison, « The Abbey Farm », à Bective dans le Co. Meath, est le cadre de beaucoup de ses histoires sur la vie rurale en Irlande. Elle a gagné de nombreux prix littéraires.
Considérée par certains comme le pendant irlandais de Katherine Mansfield, ses œuvres sont surtout consacrées aux états d’âme de ses personnages plutôt qu’à leurs actions. Mary Lavin excelle à décrire les maux du cœur, la solitude morale, le désespoir, la désillusion.

• De Sean O’Faolain, j’ai lu un recueil de nouvelles, L’Homme qui inventa le pêché (un très bon recueil, qu’Yvon a chroniqué par ici) et une nouvelle, Vivant Impie et à moitié mourant, du même recueil des Belles Lettres de 2002 que pour Mary Lavin.

Sur l’auteur : Sean O’Faolain (1900-1991) est un des principaux représentants de la génération littéraire irlandaise qui a immédiatement suivi celle de Joyce. Il est né John Whelan, à Cork. Après ses études, il rejoint les Irish Volunteers en 1918, devient membre de la Gaelic Ligue et, pendant la guerre civile, combat dans les rangs de l’IRA. Il a perdu ses illusions concernant la lutte républicaine et pense que le « British Rule » va en fait être remplacé par le « Roman Catholic Rule ». Diplomé de Harvard en 1939, il enseigne alors en Angleterre.
En 1932, Midsummer Night Madness, son premier recueil de nouvelles sur la période révolutionnaire est interdit par la censure. De 1934 à 1945, période d’intense activité littéraire, romans, biographies (Eamon De Valera, 1933, 1939 ; Constance Markievicz, 1934 ; Theobold Wolfe Tone, 1937 ; Daniel O’Connell, 1938 ; Hugh O’Neill, 1942), la plupart de ses plus belles nouvelles et une multitude d’articles sur la vie littéraire ainsi que des éditoriaux très incisifs sur la société, la politique et la religion irlandaises. Il fonde et dirige de 1940 à 1946 la revue littéraire The Bell. À partir des années cinquante, il s’éloigne de l’Irlande, voyage beaucoup et enseigne dans des universités américaines. Outre ses romans, ses recueils de nouvelles (The Collected Stories, 1980-82, 3 vols.) et ses essais (The Vanishing Hero, 1956), il a aussi publié deux récits de voyage (Summer in Italy, 1949 ; South to Sicily, 1953) et une autobiographie (Vive moi !, 1964).

« Les nouvelles contiennent le meilleur de son œuvre et, en réalité, c’est seulement dans ses nouvelles que l’on peut voir son évolution d’écrivain. Il commence par des nouvelles romantiques qui essaient de traiter objectivement de ses expériences révolutionnaires, puis il évolue vers des nouvelles où apparaît un point de vue particulier, pessimiste. Le thème central est la condition de la liberté individuelle dans une société post-révolutionnaire stagnante. Les nouvelles de son second recueil, constatent une aliénation si totale qu’on aboutit à une impasse au-delà de laquelle aucune évolution ne semble possible. Pourtant graduellement, O’Faolain se libérera de cette réponse peu rigoureuse. (…) Dans ses dernières nouvelles, son respect grandissant pour les expériences psychologiques profondes de ses personnages l’oblige à porter son attention sur des thèmes aussi universels que le temps et le changement, le caractère éphémère de la jeunesse et les compromis de l’âge mûr. Comme Flaubert, O’Faolain pense que le secret des chefs-d’œuvre se trouve dans la concordance entre le sujet choisi et le tempérament de l’auteur. Ses meilleures nouvelles sont l’œuvre d’une personnalité mûre, complexe et extraordinairement raffinée. Par leur manière et leur enchaînement, par la finesse et les nuances des sentiments qu’elles expriment et par leur grande compréhension de la nature humaine, ces nouvelles sont des œuvres de première importance. » (Maurice Harmon).

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Le temps des tourments de John Connolly (traduit par Jacques Martinache)
Paru en grand format aux Presses de la Cité en 2018

« Jerome Burnel a été condamné, puis emprisonné, mais a toujours clamé son innocence. À sa libération, il demande à Charlie Parker de faire la lumière sur ce qu’il pense être un coup monté. Le récit de Burnel a des accents de vérité, et sa disparition soudaine achève de convaincre Parker d’enquêter. L’ancien flic n’a rien à perdre.
Le voici embarqué sur les traces d’une communauté de Virginie qui vit en marge de la société selon ses propres règles, imposées par le meurtre et la terreur, et sur laquelle plane la présence d’un mystérieux Roi Mort… »

–> Je ne l’ai pas lu car j’ai un problème avec John Connolly ; en tous cas avec les deux livres que j’ai déjà lus de lui – et que je n’ai pas aimés ! : Prière d’achever et Le livre des choses perdues (leurs chroniques sont par ici sur ce blog). Un jour je lui donnerai une dernière chance : j’ai son polar Le Chant des Dunes dans ma PAL…

L’étang de Claire-Louise Bennett (traduit par Thierry Decottignies)
Paru en grand format en 2018 aux éditions de l’olivier.
–> Ma chronique est par ici : « Je me suis bien prise au jeu de cette pensée particulière et étonnante, pertinente et souvent drôle (j’ai même franchement ri, à certains moments). Une traduction superbe, pour une balade légère dans le cerveau d’un Autre original, un peu timbré peut-être. Pour moi, une charmante découverte ! » (je m’auto-cite, haha)

Présentation de l’éditeur : « La narratrice de L’Étang est une jeune femme d’un genre particulier. Son nom ? Inconnu. Sa biographie ? Tout aussi floue. Elle a abandonné une thèse en cours de route puis elle est partie à la campagne pour changer de vie. En Irlande, apparemment. À côté de la maison qu’elle habite se trouve un étang, auprès duquel elle va souvent se promener.
Immergée dans la nature, cette solitaire retrace au jour le jour le récit de sa vie matérielle, faite de tâches domestiques et d’une attention remarquable à l’infra-ordinaire. La relation qu’elle entretient avec le monde extérieur devient de plus en plus intense…
Dans ce texte à l’originalité surprenante, Claire-Louise Bennett mêle avec talent les registres de langue, l’humour et le sérieux, et interroge la puissance du langage et sa capacité à habiter le monde. »

Du côté du bonheur d’Anna McPArtlin (traduit par Anne Le Bot)
Paru en grand format en 2018 au Cherche Midi éditeur.

« L’histoire de Maisie, une Irlandaise courageuse qui retrouve le bonheur en quittant son mari violent. Peu après, son fils Jeremy disparaît avec son ami sans laisser de trace. Maisie reconstitue le fil des événements, aidée par son compagnon, Fred, et par Lynn, sa fidèle amie. Sa vie est bouleversée par le secret qu’elle découvre. »

–> Je ne l’ai pas lu, par contre ses deux autres romans traduits en français sont chroniqués sur sur ce blog : Mon midi, mon minuit et surtout le sensationnel Les derniers jours de Rabbit Hayes.

Maintenant ou jamais de Joseph O’Connor (traduit par Carine Chichereau)
Paru en grand format en 2016 aux éditions Phébus.

« Au début des années 1980, à la fac de Luton, près de Londres, Robbie, un adolescent de 17 ans né à Dublin, fait la connaissance de Fran, jeune homme d’origine vietnamienne incroyablement libre et extravagant. De leur étonnante amitié naît « The Ships in the Night », un groupe de rock, que rejoignent les jumeaux Trez et Seán. De leurs débuts en Angleterre et aux États-Unis jusqu’à leur succès inattendu, et sans occulter leur séparation, Robbie tente de se souvenir de tout, bien des années plus tard. Alcoolique repenti, il ne joue plus de guitare et n’a pas revu Fran depuis la dissolution du groupe. En écrivant leur histoire commune, c’est un ami, un frère, qu’il cherche à retrouver. C’est alors que Trez et Seán organisent une soirée à Dublin pour les réunir tous… »

On ne présente plus le talentueux Joseph O’Connor (et j’avoue, vu la longueur de ce billet, je commence un peu à fatiguer). j’ai lu plusieurs de ses romans et recueils de nouvelles, mes préférés étant je crois bien L’étoile des mers, Inishowen et Muse. Son recueil Les âmes égarées est chronqiué sur ce blog.
–> Pour lire une chronique de ce roman-ci, je vous invite à aller lire celle du blog La viduité.

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