Des jours sans fin – Sebastian Barry

Days without end, 2017. Traduit de l’anglais (Irlande) par Florence Levy-Pasolini. Éditions Joelle Losfeld, janvier 2018

Ma chronique :

Quand tu ouvres un roman en te doutant qu’il va te plaire, mais que tu réalises, plus ta lecture avance, qu’en fait c’est une pépite des plus précieuses que tu as entre les mains. Des jours sans fin, de l’irlandais Sebastian Barry, est mon plus violent et lumineux coup de cœur de l’année.

Thomas McNulty est originaire de Sligo, en Irlande. En 1847,. la grande famine a anéanti sa famille et le chasse de son pays. Il a treize ans. « Cette vieille tueuse qu’on appelle famine. Cette méchante créature aigrie au coeur sombre qui exige nos vies en guise de rançon. » Quatre ans plus tard, le voilà engagé dans l’armée américaine avec son amoureux John Cole ; il a déjà vécu plusieurs vies. Ce sont les guerres indiennes. Des combats infâmes, des conditions climatiques extrêmes sur les grandes plaines. « On a un goût de terreur dans la bouche, comme si c’était du pain. » John et Thomas se sont rencontrés deux ans plus tôt, sous une haie où ils se protégeaient d’une pluie torrentielle, et sont rapidement devenus tout l’un pour l’autre : amis, famille, amants. « On était comme deux copeaux de bois dans la rudesse du monde. » L’amour qu’ils partagent est d’une étincelante fraicheur, de ceux qui jamais ne ternisssent. C’est Thomas qui en parle le mieux : « Je sais pas bien qui je suis moi-même. Sligo me semble très, très lointain, juste un obscur coup de pinceau. Ma source de lumière, c’est John Cole et l’étendue de sa bonté. »

Des jours sans fin est « l’entreprise biographique » de Thomas McNulty, sa vie d’exilé, de colon, de soldat – après les guerres indiennes viendra la guerre de Sécession -, qu’il raconte avec ses mots, simples, à la grammaire parfois approximative. Sa vie de père, aussi, de la petite fille Sioux que John Cole et lui vont adopter. « Je repense à ces jours sans fin de ma vie. » Des phrases d’autant plus cinglantes, puissantes, émouvantes, qu’elles sont sans apprêt. Un récit épique, truculent, tragique, impitoyable, passionnant, drôle. « Il faut avoir une bonne dose d’absurde en soi pour s’en sortir dans la vie. » Tu m’étonnes ! Quand on voit que durant la guerre de sécession, des régiments entiers d’irlandais se sont retrouvés à se battre, l’un du côté des confédérés, l’autre de l’union, tous sous la même bannière au trèfle…

Ce roman pose un regard vrai, lucide, sans pitié mais non dénué de douceur sur les hommes, la vie, la nature et l’histoire des États-Unis. Ce qui en fait une œuvre exceptionnelle, c’est ce contraste entre les pires atrocités vécues et ce que l’on retient de ce livre : l’attachement, l’amitié, la loyauté plus fortes que tout, la lumière unique et la beauté de la tendresse qui peuvent parfois exister entre les êtres.

Un coup de coeur retentissant, donc. A découvrir, forcément !

« Apparemment, les bisons s’en prenaient jamais aux Indiens. Peut-être parce que les Blancs étaient des fils de pute bruyants et puants |…]. »

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5 commentaires pour Des jours sans fin – Sebastian Barry

  1. Un coup de cœur pour moi aussi Hélène, merci pour cette belle critique qui rend hommage à un livre rare…

    Aimé par 1 personne

  2. Quelle belle critique tu as faites là qui rend un hommage à cet immense livre qui est moi aussi mon coup de cœur de l’année ! Je n’avais pas lu un tel roman depuis longtemps. L’écriture, l’intrigue, les émotions suscitées par cette dernière, chapeau bas monsieur Barry ! Heureux de voir que ce livre t’ais plu. Excellente soirée à toi, bises bretonnes 🙂

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  4. Antigone dit :

    Il faisait déjà partie d’un précédent bilan des coups de coeur. C’est plutôt bon signe.

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