Recluses – Séverine Chevalier

Éditions Écorces, 2011 ; réédition en poche aux éditions La Table Ronde (coll. La Petite Vermillon), mars 2018

Ma chronique :

Recluses est un road-trip, un roman psychologique et noir, tout à fait singulier. Je l’ai dévoré avec enthousiasme, impressionnée par le talent et l’habileté de Séverine Chevalier.

Dans les grandes lignes… mais non, parlons d’abord de voix, et de silences.

Dans ce roman, il y a Zia, enfermée dans son corps car lourdement handicapée, dont la pensée sublime l’ensemble : « Moi je peux tout faire, sauf parler et bouger. A part la tête, un peu. Ma vie se résume à des soustractions. Je n’ai pas besoin de savoir quoi faire de moi. On me meut. On me déplace. On me tire. On me pousse. On m’accompagne. On m’orne. On m’organise. On me met en place. On me nourrit. On me masse. On parle pour moi. Sans moi. En dehors de moi. En moi. Je suis un terrain vague, indéterminable, ouvert à tout vent. »

Elle est embarquée dans un road trip un peu dingue par sa sœur Suzanne. De St-Etienne à Marseille, la Camargue, les Landes puis dans les gorges du Tarn, elles vont croiser des êtres multiples, aux voix disparates. Suzanne, qui a tout perdu quand une jeune fille s’est fait exploser dans un supermarché de la banlieue Lyonnaise.

Suzanne, enfermée dans sa douleur, qui décide de suivre les traces de Zora, la terroriste en robe jaune, à travers la France et les souvenirs. Elle prend le volant en quête de sens. « Je ne sais pas pourquoi on en est là. A ce pont de non-retour. Je sais maintenant, précisément, qu’elle s’est bel et bien détachée, comme l’iceberg. C’est peut-être ça, la véritable errance ». Zora, « transparente et seule », étudiante en management, était-elle enfermée dans un sourire de façade ? Ou l’est-elle dorénavant dans son geste odieux, dans la boucle du traumatisme de Suzanne ?

L’écriture de Séverine Chevalier est tantôt dure, concise, puis soudain elle s’envole. Elle semble avoir émietté l’intrigue aux quatre vents de plusieurs narrations, avant de tout rassembler à la fin, bien serré, pour assommer son lecteur sidéré. La part belle est laissée à l’imagination. Quelques embryons de fausses pistes, des plongées pleines de vertige dans l’âme humaine et des vies cabossées… J’ai pris une grosse claque avec ce roman, je le conseille.

« Je me demande si elle sait que c’est fragile comme du verre, le silence. »

Nota Bene : « […] dans un bon roman noir, il n’y a pas de vérité », nous dit Jérôme Leroy en préambule (Oups tiens, d’ailleurs, effectivement…). Les éditions de La Table Ronde lui ont laissé « Carte Noire », rééditant au sein de La Petite Vermillon « des romans noirs qui méritent de retrouver une véritable audience auprès des amateurs du genre et de prouver aux autres qu’il s’agit là d’une littérature à part entière. ». Quelle géniale idée (et merci !)

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2 commentaires pour Recluses – Séverine Chevalier

  1. Je note que c’est un gros coup de cœur pour toi. L’histoire « éclatée » est tentante. Merci pour ce joli partage. Passe un excellent weekend, bises bretonnes 🙂

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