Nature morte – Patrick Mosconi

Fleuve Noir, 1988 ; réédition en poche : Éditions La table Ronde, collection La Petite Vermillon, avril 2019 ; 217 p.

Ma chronique :

Cette année à nouveau (voir ma chronique de Recluses de Séverine Chevalier, au printemps dernier), les éditions La Table Ronde ont laissé « Carte Noire » à Jérôme Leroy, rééditant au sein de La Petite Vermillon « des romans noirs qui méritent de retrouver une véritable audience auprès des amateurs du genre et de prouver aux autres qu’il s’agit là d’une littérature à part entière. ». Décidément, quelle riche idée ! Nature morte est un excellent roman noir, cette lecture m’a emballée.

Milieu des années quatre-vingt, à Paris. David Detmer, la quarantaine, solitaire et misanthrope, partage son petit dupleix en fond de cour avec Prune, une affectueuse minette rousse et noire. David est chauffeur de taxi à son compte… et tueur à gages. Étonnant personnage que ce gars du Béarn, fils d’immigrés (son père, ukrainien, un ancien incontrolado de la Colonne de fer et sa mère, espagnole), diplômé de philo et ancien de la guerre d’Algérie. Et justement, l’Algérie… Le roman commence avec un nouveau contrat que Detmer accepte, avant de découvrir que la cible n’est autre que Thomas Pradel, le fils de son ancien capitaine là-bas. Un type à qui il s’est attaché et à qui, vingt-cinq ans plus tard, va toujours sa loyauté.

Commence alors une course contre la montre sur fond de guerre froide, d’espionnage et d’humanité, mêlant cavale en compagnie de très bons personnages (il a beau ne vraiment pas être recommandable, j’ai adoré Detmer), barbouzes et terrorisme d’état. On y lit même Au-dessous du volcan de Malcolm Lowry : « Qu’est-ce qu’une âme perdue ? C’en est une qui s’est écartée de son vrai chemin et tâtonne dans l’obscurité des routes du souvenir ».

L’écriture est fluide et percutante et l’intrigue très bien ficelée ; même si la fin semble attendue (les chapitres vont à rebours), et bien non ! Nous sommes cueillis par surprise à la fin. Le contexte politique a certes changé depuis la première publication de ce roman (en 1988, le Mur était toujours debout), mais le fonctionnement occulte des démocraties, non. Les agents de l’ombre tirent toujours les ficelles, aux aguets. Le parfum de Nature morte a d’indéniables effluves d’époque, mais il est toujours d’actualité.

Je vous recommande chaudement cette lecture. Un très grand merci aux éditions La Table Ronde pour cette découverte.

« Ceux qui vivent l’amour à moitié ont dans le cœur un cadavre. J’étais devenu une nature morte. »

★★★★★★★★★☆

Cet article, publié dans 1.2 Littérature française, 7.5 Policiers et thrillers, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

5 commentaires pour Nature morte – Patrick Mosconi

  1. « Ceux qui vivent l’amour à moitié ont dans le cœur un cadavre. J’étais devenu une nature morte. ».. c’est beau ce qu’écrit Patrick Mosconi. Merci pour ce joli partage. Excellent weekend Hélène, Bises bretonnes à nouveau ensoleillées ce soir 😉 🙂

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  2. Marie-Claude dit :

    Tu as réussi à piquer ma curiosité… Très beau billet!

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  3. Ping : Quelques livres pour cet été… Mes conseils | Lettres d'Irlande et d'Ailleurs

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