L’île du Point Némo – Jean-Marie Blas de Roblès

Zulma éditions, 2014 ; réédité en poche chez Points, 2016.

Ma chronique :

Dans ce roman à la croisée de Jules Verne et Blake et Mortimer, saupoudré d’uchronie steampunk et de pirouettes entre fiction et réalité, on voyage en transsibérien et en dirigeable, de Paris à Pékin en passant par Sydney, Cuba et le Périgord noir. On poursuit le sinistre enjambeur Nô et un diamant légendaire, tout en croisant une galerie de personnages complètement dingue, tous plus excentriques, improbables ou incroyables les uns que les autres.

L’île du point Némo est un livre vraiment réjouissant. Vaste, ludique et foisonnant, d’une créativité sensationnelle, et souvent drôle. La culture encyclopédique et le style élégant de l’auteur m’ont séduite, même quand il en fait un peu des tonnes, et qu’on se paume. J’ai été emportée quasi dès les premières pages par le rythme effréné de la narration, les feuilletons en mille-feuilles et les frontières perméables. J’ai adoré !

Extrait :

« Toute phrase écrite est un présage. Si les événements sont des répliques, des recompositions plus ou moins fidèles d’histoires déjà rêvées par d’autres, de quel livre oublié, de quel papyrus, de quelle tablette d’argile nos propres vies sont-elles le calque grimaçant ? »

« Mais en réalité, il pense si peu que lorsque cela lui arrive, il a l’impression de saigner du nez. »

« Le lecteur nous saura gré, nous l’espérons, de lui donner quelques détails sur ces « Semeurs d’épouvante ».
Honni entre tous, brûlant les lèvres de celui qui le prononçait, ce vocable évoquait non pas un seul ennemi, mais deux adversaires réunis par la frayeur qu’ils inspiraient. Dans l’univers thériomorphe des cavaliers nomades, il y avait d’un côté la horde des Cosaques épistémologues, de l’autre celles des Créationnistes, les hussards de la vraie foi. Deux idéologies antagonistes qui rassemblaient sous leur bannière quantité de sectes ou de groupuscules plus ou moins apparentés.
Les Epistémologues, qu’on appelait par moquerie les « Cosaques à pirogue » pour leur habileté à naviguer dans les méandres de la rhétorique, défendaient l’absence définitive et incontestable de toute divinité. Ils en tiraient le bonheur d’une telle liberté individuelle qu’ils avaient entrepris de l’imposer à tous comme un cadeau suprême. Ces Cosaques étaient plus connus sous le nom de Zépistos, ou même de Zippos, tant s’avérait systématique leur habitude d’incendier les lieux où ils passaient.
Pour les Créationnistes, c’était le contraire : seul un dieu avait pu mettre au monde notre univers ; décidés au martyr pour propager cette évidence, ils se nommaient eux-mêmes « les Crédieux » pour « Créatures de Dieu » et vous donnaient du « mon frère » ou « ma soeur » à tout bout de champ. On les craignait pour leur propension à se faire exploser auprès de vous à la moindre contrariété. »

Lu dans le cadre de ma participation en tant que jurée au
Prix du meilleur Roman des lecteurs des éditions Points 2017

Publicités
Cet article, publié dans 1.2 Littérature française, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour L’île du Point Némo – Jean-Marie Blas de Roblès

  1. jostein59 dit :

    Un roman d’une grande richesse qui m’avait impressionné

    J'aime

  2. Ping : Lointaines Merveilles – Chantel Acevedo | Lettres d'Irlande et d'Ailleurs

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s