La guerre des légumes – Peter Sheridan

Every inch of her (Big fat love), 2003 & 2004. Traduit de l’anglais (Irlande) par Sylvie Schneiter. Éditions JC lattès, 2006 ; réédité au Livre de Poche, 2008 ; 384 p.

Présentation de l’éditeur : Un dimanche soir, la paix et la sérénité qui règnent dans un couvent de Dublin sont troublées par l’irruption d’une femme. Philo, couverte de tatouages et pesant près de cent vingt kilos, cherche désespérément un refuge après avoir fui le domicile conjugal. Son goût pour le tabac, la bonne chère et les jurons ne fait pourtant pas d’elle la candidate idéale pour la vie contemplative. Mais Philo est désespérée… Une fois sous la protection des religieuses, elle reprend confiance et trouve sa place au sein de la communauté. Mais, tôt ou tard, il faudra bien qu’elle affronte son mari alcoolique, son fils délinquant et, surtout, le sombre secret qui la hante depuis des années. Un livre poignant et pourtant d’une irrésistible drôlerie.

Mon avis :

La guerre des légumes fut un rendez-vous presque raté avec Peter Sheridan. Il faut dire qu’au lu de la quatrième de couverture, j’espérais une version dublinoise de Sister Act, genre à la Roddy Doyle, entre The Commitments et La femme qui se cognait dans les portes… J’avais posé la barre très en altitude. Et donc je suis tombée de haut, car le début du roman est atroce. Mal écrit et maladroit, que ce soit pour poser les personnages ou leurs interactions. A peine sortis du chapeau, ils se mélangent tous, rien n’est crédible et en plus ils surréagissent. Le pompon a été page 27, le livre m’est tombé des mains dans un glapissement consterné :

« – J’aimerais beaucoup que ma fille devienne comme vous.
Soeur Rosaleen fut touchée, puis surprise.
Vous avez une fille ? demanda-t-elle, rompant son silence.
Philo, qui avait oublié que la sœur pouvait parler, s’affola.
Non, je n’en ai pas une – Philo ne mentait pas, elle n’avait pas une, mais trois filles – mais si j’en avais une, j’aimerais qu’elle vous ressemble plus tard.
Soeur Rosaleen ne se souvenait pas de la dernière fois où on lui avait dit quelque chose d’aussi gentil. La plupart des gens évitaient d’aborder le sujet des enfants en sa présence. Et pour cause : elle avait fait vœu de chasteté et n’en aurait jamais. Certes, sœur Rosaleen y pensait et se demandait souvent à quoi ils auraient pu ressembler. Elle restait une femme malgré tout ; Philo le lui avait rappelé avec une infinie délicatesse. Elle éprouva un regain de fierté à l’idée que son utérus, toujours intact, n’avait pas disparu. Grâce à Philo, elle était fière d’être une femme et une religieuse. »

Franchement, ce n’aurait pas été un auteur irlandais, je pense que ce roman serait reparti direct à la bibli. Mais là quand même, flûte, Peter Sheridan quoi (célèbre dramaturge irlandais et frère du réalisateur Jim Sheridan), j’ai lu son autobiographie il y a longtemps, L’enfant de Dublin, et j’avais bien aimé le récit de cette enfance au sein d’une famille nombreuse et haute en couleurs dans les quartiers pauvres de Dublin. Après quelques jours de bouderie, j’ai donc décidé de donner une seconde chance à La guerre des légumes : si à la page 100 le courant ne passait toujours pas je jetterais l’éponge, pas avant. Ce fut un brin laborieux, j’avoue, mais vers la page 80 une éclaircie s’est annoncée, et les choses s’améliorant à mesure, je l’ai finalement terminé tranquillement. L’éclaircie fut le début du récit de cette « guerre des légumes » dont le titre français s’inspire. Plus jeunes, Cap Coyle et Dina sont passés à côté du grand amour pour devenir ennemis jurés, chacun dans leur boutique voisine et concurrente de primeurs. Aujourd’hui septuagénaires, ils se retrouvent embringués dans une sorte de Tournez manège organisé par Philo pour le club du troisième âge au couvent… et tout s’enchaine. Philo n’a pas la langue dans sa poche, c’est le moins que l’on puisse dire. 1m60, 120 kgs, cinq enfants et un mari qui la bat, famille qu’elle décide un jour de quitter en venant se réfugier dans ce couvent de Dublin. Avec son franc-parler et sa débrouillardise, son coeur aussi grand que son appétit et ses problèmes, Philo en vient à changer la vie de nombre d’habitants de North Wall, ancien village devenu un quartier moribond de Dublin, après la débâcle économique des docks sur la Liffey.

J’ai hélas trouvé que tout au long du roman le ton manquait de justesse pour parler d’obésité et de féminisme, mais si on arrive à faire abstraction du style un peu étrange et bordélique du roman, on sourit pas mal pendant cette lecture très dublinoise, bourrée d’anecdotes et de clins d’oeil, et qui enchaine rebondissements, situations cocasses et scènes plus dramatiques avec gouaille et énergie.

★★★★★☆☆☆☆☆

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8 commentaires pour La guerre des légumes – Peter Sheridan

  1. J’aime tant les films de Jim Sheridan, avec Daniel Day Lewis que j’ai un peu peur de lire la guerre des légumes. 🤔
    Le sujet est pourtant intéressant.
    Merci Hélène, bises 🙏🤗

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  2. J’ai peur d’être déçu par le livre de son frère.. j’ai oublié une partie de ma phrase. 😀

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  3. Marie-Claude dit :

    Ça partait plutôt bien, pourtant. Je me demande si j’aurai eu la persévérance de poursuivre. Chapeau, en tout cas.
    Tes nombreux bémols risquent de me refroidir pour la peine.
    Ton billet était particulièrement réjouissant à lire, avec fou rire en prime. Pour ça, grand merci!

    Aimé par 1 personne

    • LadyDoubleH dit :

      Ravie que mon billet t’ait fait rire !
      Étrange histoire avec ce livre. Quand ma médiathèque a rouvert en click and collect après le confinement, c’est un des premiers livres que j’ai réservé. Il est resté sur ma table de nuit quelques jours avant que je ne puisse le commencer car j’avais déjà au moins trois livres en cours, et je me disais chic chic chic trop hâte de le commencer. Ma déconvenue fût donc vraiment conséquente à la page 27 ! J’ai persévéré sans doute pour que le roman ne vienne pas me narguer plus tard dans mes rêves, haha.

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  4. Je serai beaucoup plus indulgente que toi avec ce roman, lu il y a longtemps, et dont je garde un souvenir joyeux. Mais bon, la lecture reste quelque chose de très subjectif !

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