Pierres de mémoire – Kate O’Riordan

The memory stones, 2003. Traduit de l’anglais (Irlande) par Judith Roze. Éditions Joelle Losfeld, 2009 ; 352 p.

Mon avis :

Nell est une oenologue renommée. Elle a quarante-huit ans, vit à Paris en compagnie d’une petite chienne acariâtre et hésite à s’engager plus avant avec Henri, son amant depuis quinze ans. Un appel téléphonique va soudain craqueler l’enduit lisse et brillant de la carapace sous laquelle Nell s’abrite depuis trente-deux ans ; depuis qu’elle a quitté son petit villlage d’Irlande, pour ne plus jamais y mettre les pieds. Elle avait seize ans à l’époque. Aujourd’hui sa fille Ali vit là-bas, elle a repris le pub familial, près de l’océan. Mais Ali a des problèmes, et Nell n’aura sans doute d’autre choix que de rouvrir sa propre boite de Pandore, en rentrant au pays.

Avec Pierres de mémoire, je découvre enfin l’auteure irlandaise Kate O’Riordan. Et pas de chance, cette lecture me laisse mitigée. J’ai vraiment beaucoup aimé le début – j’ai même pensé à Jennifer Johnston -, et puis mon enthousiasme a faibli de manière conséquente. Je ne sais pas trop comment formuler mes réticences. A mesure que l’intrigue se resserre sur ce lieu natal irlandais de tous les dangers, passés et futurs, et sur la poignée de personnages qui l’animent, tout devient trop décortiqué. L’auteure zoome et dissèque chaque geste, relation, tension et non-dit. Mais au lieu d’étoffer l’ensemble, de lui insuffler vie, âme, espace et complexité, cela ne réussit, à mon sens, qu’à porter l’attention sur certaines insignifiances et à vider cette histoire de chaleur, de liant. Le roman en devient trouble et triste, les gens plutôt misérables ; impossible de m’attacher à aucun d’eux. Et je ne parle même pas d’Adam. Un peu roman familial, un peu thriller psychologique, mais sur pas mal de points, c’est quand même beaucoup de bruit pour rien.

Et pourtant. Quelques passages poignants scintillent et d’autres instants pleins de vérité ont donné le carburant nécessaire à ma curiosité pour terminer cette lecture. La manœuvre entre passé et présent est habile, les réflexions sur la perte, la culpabilité et la résilience capturent l’attention. Il y a de très belles choses dans ce roman. Mais pfiou. Il a fallu s’accrocher… J’ai encore La fin d’une imposture dans ma pile à lire ; je retenterai certainement un jour ma chance avec Kate O’Riordan, mais pas tout de suite.

« Nous sommes façonnés par de grands événements ; les naissances, les maladies, les morts opèrent des coupes sombres dans notre existence, lui font prendre une nouvelle direction, y laissent des marques indélébiles. Mais ce sont les petites choses – une volée de marches, un regard déçu, une boucle de chaussures luisante, des trahisons minuscules, un Va te faire foutre bien senti, les heures passées derrière un abri rouillé et dégoulinant de pluie, l’accumulation sans fin de pierres de mémoire empilées l’une sur l’autre – qui nous font peu à peu prendre forme. »

★★★★★★☆☆☆☆

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14 commentaires pour Pierres de mémoire – Kate O’Riordan

  1. Ping : Lettres d’Irlande au féminin – Billet récapitulatif | Lettres d'Irlande et d'Ailleurs

  2. Marie-Claude dit :

    C’est vraiment dommage! Tes bémols risqueraient de m’agacer, moi aussi. N’empêche que la citation est des plus inspirantes…

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  3. francksbooks dit :

    J’avoue que j’ai beaucoup aimé ce roman.

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  4. kathel dit :

    J’ai lu quelques romans de Kate O’Riordan, avec assez peu d’enthousiasme, mais sans non plus que ce soit tout à jeter ! Mon préféré est Un autre amour (plutôt que Le garçon dans la lune, Intimes convictions ou La fin d’une imposture)

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  5. Merci pour cette découverte…

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  6. Antigone dit :

    J’ai pour ma part plutôt aimé ce roman ! 😉 Tu retenteras ta chance oui.

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  7. Ping : Objectif pal de mai ~ le bilan – Les lectures d'Antigone

  8. Je n’aime pas non plus quand tout est décortiqué, j’ai l’impression alors que c’est du remplissage pour faire des pages… Je passe donc et ne lirai pas ce roman.

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