Une Famille passagère – Gerard Donovan

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Tanglewood, 2015. Traduit par Georges-Michel Sarotte. Paru aux éditions du Seuil en septembre 2016.

Une Famille passagère est l’histoire d’une femme jamais nommée, qui enlève un bébé. Début septembre 1938 sur la côte anglaise, dans la petite station balnéaire de Margate au parfum suranné. Un landau est laissé sans surveillance, elle s’en empare. Au début on pense à un acte impulsif, mais l’on découvre à mesure de la lecture que cet enlèvement a été prémédité de longue date et d’une manière quasi obsessionnelle. Tandis que les recherches s’organisent, elle s’enfuit dans son Austin Ruby. Cet enfant est dorénavant le sien, il s’appellera Albert. « Je m’occuperai de lui. Il n’y avait aucune différence entre mon amour et leur amour pour lui. L’amour est l’amour. Un enfant prospère, du moment qu’on prend correctement soin de lui. Tout comme l’herbe croît sous n’importe quelle pluie. »

Contemplative et analytique, parfois touchante, « Je l’avais emmené avec moi pour donner quelque chose à aimer à l’amour qui était en moi. », la narratrice est en fait un personnage vraiment déroutant. Elle est étonnamment lisse, comme désincarnée. Il lui manque les aspérités qui pourraient accrocher l’affection. Mais du coup, on n’arrive pas non plus à la détester, même lorsqu’elle est terrifiante de froideur et d’égoïsme clinique.  Ce roman en clair-obscur peut être lu à différents niveaux. Derrière le premier degré de fait divers d’un enlèvement par une personnalité dérangée, il y a le conte. Une quête universelle d’avenir, de soi, l’expérience de la maternité, pour exister. Même ancré dans le quotidien, ce texte questionne sans cesse l’être et le sens de la vie. Une Famille passagère est d’une lecture très agréable, sublimée de poésie. « L’aurore courait sur les champs et piégeait la nuit dans les ombres des poteaux télégraphiques et sous les abris au bord de la route. » ; « En présence d’Albert, toutes les taches, toutes les ombres en moi disparaissaient. Telle une éponge, il effaçait toutes mes erreurs. ». Ce roman (mon deuxième irlandais de la rentrée littéraire) n’est pas commun. Une découverte intéressante.

L’auteur : Gerard Donovan est né en 1959 en Irlande, à Wexford. Son premier roman, Julius Windsome, traduit en français et publié au Seuil en 2009 a été très bien accueilli par ses lecteurs. Un recueil de nouvelles est également publié aux éditions du Seuil : Pays de Cocagne (Country of the Grand, 2011).

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14 commentaires pour Une Famille passagère – Gerard Donovan

  1. Julie Dionaea dit :

    C’est un roman, qui je pense, pourrait me plaire ! Merci pour la découverte.

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  2. il a tout pour me plaire ce livre !!!!!! merci

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  3. Frédéric dit :

    C’est original comme sujet ! un peu dans le même style tu as « une vie entre deux océans de M.L. Stedman que j’ai adoré. Je ne connaissais pas l’auteur que tu nous présente dans cette bien jolie note. Merci pour la découverte ! bonne soirée à toi 🙂 Bises bretonnes !

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    • LadyDoubleH dit :

      Merci Frédéric 🙂 Il faut que je lise Une Vie entre deux Océans. Le film qui vient de sortir ne semble pas fameux par contre – sauf pour les prestations d’Alicia Vikander et Michael Fassbender… mais ils sont toujours magistraux tous les deux de toute manière ^^ Bonne soirée, bises 🙂

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  4. Cat dit :

    Très chouette ta chronique. Je note. Bon week end…

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  6. il va me plaire celui-là,son premier extra aussi 😉

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