Londres #2 : Street art à Brick Lane (part 1)

Deuxième étape, pour prolonger un petit peu mon séjour à Londres : quelques images d’une balade street art du côté de Brick Lane, dans l’est londonien. Tout le quartier est un immense terrain de jeu pour les artistes. Le mieux est de descendre à la station de métro Aldgate East (sur District Line et Hammersmith & City Line, en zone 1), la sortie la plus proche étant celle de la Whitechapel art Gallery, prendre ensuite Osborn street à gauche, qui se prolonge par Brick Lane. Puis remonter la rue vers le nord jusqu’à Shoreditch, en empruntant les rues de droite et de gauche, au petit bonheur. Enjoy !

Fashion Street :

Heneage Street :

Petite vidéo pour une vue d’ensemble, la fresque est vraiment impressionnante et ne tient pas sur une seule photo !

Sur les murs de Star Yard, une petite impasse-parking :

Thisone

Hanbury Street :

Splendide travail, par Dale Grimshaw, au coin de Brick Lane et Hanbury Street. Cette impression d’être suivie du regard… Juste waaaaaaah.

Un art en perpétuel mouvement… magnifique. A bientôt, pour la suite de la balade, en passant par l’ancienne brasserie Truman !

 

Photos et vidéo (c) Hélène Hiblot & Lettres d’irlande et d’Ailleurs

— Mes autres « billets londoniens » : #1 Keats House et #3 : Les escaliers du métro londonien —

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Nouvelles découvertes irlandaises #11 : avril 2017

Nouvelles sorties en grand format

Avril 2017

Au Scalpel – Sam Millar (Seuil, 6 avril 2017)
• Vengeance – Benjamin Black (Robert Laffont, 6 avril 2017)
Dans les Eaux troubles – Neil Jordan (Joelle Losfeld, 20 avril 2017)

Mai 2017

Dans la Forêt – Edna O’Brien (réédition, Sabine Wespieser, 4 mai 2017)

*

Au Scalpel de Sam Millar

« Karl Kane, l’irréductible privé de Belfast, est confronté à Walter Arnold, l’homme qui a brutalement assassiné sa mère sous ses yeux, quand il était enfant, avant de le laisser pour mort à côté du cadavre. Quand une très jeune fille disparaît après l’incendie suspect de la maison familiale, Kane le soupçonne aussitôt. De fait, Arnold, inexplicablement libéré après de nombreuses années en prison, séquestre l’adolescente ainsi que Tara, une proie moins innocente qu’il y paraît : elle s’est échappée de Blackmore, une institution pour jeunes personnes « à problèmes », après avoir trucidé l’aumônier, un vrai porc, avec des aiguilles à tricoter (viser les yeux !). Walter Arnold travaille à la terreur, au scalpel et à la violence démente. L’ultime combat entre les deux hommes se révélera sauvage et impitoyable. Sans concession mais éclairé par un humour grinçant, Au scalpel est le plus noir et le meilleur roman de la série. »

L’auteur : Né à Belfast en 1958, Sam Millar a fait de la prison en Irlande du Nord comme activiste politique, puis aux États-Unis comme droit-commun. Gracié par le président Clinton, il est rentré au pays et devenu écrivain. Son récit autobiographique On the Brinks a marqué les esprits. Toujours basé à Belfast, il travaille à un récit de hold-up…

Vengeance de Benjamin Black (le cinquième volet des enquêtes de Quirke)

« Un roman aussi noir qu’élégant, par le maître du genre, John Banville, alias Benjamin Black.  »
Victor Delahaye, patron d’une très prospère société dublinoise, emmène le fils de son associé faire un tour en mer. Une fois au large, le jeune Davy Clancy assiste, impuissant, au suicide de Delahaye, qui se tire une balle dans le coeur.
Ce drame attire l’attention de l’inspecteur Hackett et de son ami, le médecin légiste Quirke. Les Delahaye et les Clancy sont rivaux depuis des générations et, lorsque tombe une seconde victime, Quirke ne doute plus que de terribles secrets se cachent au sein de ces deux familles. Dans un monde hanté par la jalousie, l’orgueil et l’ambition, les apparences peuvent être trompeuses…

L’auteur : John Banville est né à Wexford, en Irlande, en 1945, et vit à Dublin. Depuis ses débuts, l’œuvre de cet « orfèvre des mots » a été récompensée par de nombreux grands prix littéraires. Booker Prize 2005 pour La Mer, il a reçu tout récemment le célèbre prix Prince des Asturies pour l’ensemble de son œuvre romanesque, publiée en grande partie chez Robert Laffont, dans la collection « Pavillons », comme son dernier roman, La Lumière des étoiles mortes. Passionné de littérature policière des années 50, il écrit également des romans noirs sous le pseudonyme de Benjamin Black –Les Disparus de Dublin, La Double Vie de Laura Swan, La Disparition d’April Latimer, Mort en été, tous parus chez NiL Éditions ; leur héros récurrent, le médecin légiste Quirke, fait l’objet d’une série télévisée avec Gabriel Byrne dans le rôle-titre, diffusée sur la BBC et disponible en DVD.

Dans les Eaux troubles de Neil Jordan

« Jonathan, un détective anglais expatrié dans une ancienne république soviétique, mène une enquête pour retrouver une jeune fille, Petra, disparue douze ans auparavant. Alors qu’il lutte contre la jalousie et la rancœur depuis qu’il soupçonne sa femme de l’avoir trompé, il croise sur un pont une jeune fille qui s’apprête à se suicider. Il la sauve de la noyade, la raccompagne chez elle, et croit avoir enfin retrouvé Petra. Celle-ci exerce sur lui une fascination manifeste. La situation prend un tournant inattendu, tandis que la ville est le théâtre d’affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. Dans ce climat de violence, Jonathan doit assumer les conséquences de ses découvertes, résoudre ses problèmes conjugaux et s’occuper de sa fille dont les amies imaginaires sont un peu trop présentes. »

L’auteur : Né en 1950 à Sligo, Neil Jordan est mondialement connu pour ses films (The crying game, Entretiens avec un Vampire, Michael Collins et bien d’autres). Mais il est aussi un écrivain talentueux. De lui j’ai lu (et aimé) Lignes de fond en février 1998 (éditions Plon, 1996 ; réédition en poche chez 10-18, 1999, puis Points, 2006]. A l’époque, j’avais noté ces quelques lignes, écrites par Nicole Casanova, dans La Quinzaine littéraire : « Cette histoire d’amour pleine d’une délicatesse étonnante aujourd’hui, ce poème marin scintillant, cette aventure de guerre et de trahison imprégnée d’intelligence, surpasse encore ce que l’on pouvait attendre de l’auteur, déjà précédé d’une bonne réputation. ». Un autre de ses romans, Confusion a également été publié en 2013 par Joelle Losfeld.

Dans la Forêt d’Edna O’Brien

« Michen est de retour au pays. Celui qui, à dix ans, a été surnommé le Kinderschreck – le croque-mitaine – par un Allemand à qui il avait volé son fusil, sème la terreur sur son passage. Il rackette, menace, insulte la population, bien trop effrayée par de possibles représailles pour le dénoncer aux gendarmes. Depuis la mort de sa mère, enfermé dans sa solitude, il ne répond qu’aux voix qui résonnent dans sa tête.
Eily Ryan, nouvelle venue au village, vient de s’installer dans une maison abandonnée au milieu des champs avec son fils de quatre ans. Sa beauté lumineuse et sa liberté fascinent, en même temps qu’elles suscitent la méfiance. Quand elle disparaît avec l’enfant, on croit d’abord à une fugue…
S’inspirant d’un fait divers qui bouleversa un petit village du comté de Clare en 1994, Edna O’Brien nous entraîne au plus près du délire psychotique d’un meurtrier, alternant de manière troublante les points de vue, celui du protagoniste, ceux de l’entourage et ceux de ses victimes, dans un saisissant roman polyphonique, où l’effroi le dispute à la compassion. »

NB : Le 17 mai prochain au centre Culturel Irlandais, Marc Roger, lecteur public et fondateur de la compagnie La Voie des Livres, fera vivre les mots de cette grande dame des lettres irlandaises.

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Entre ciel et terre – Jón Kalman Stefánsson

Himnaríki og helvíti, 2007. Traduit de l’islandais par Eric Boury. Gallimard, 2010 ; réédité en poche chez Folio, 2011.

Ma chronique :

Pour survivre, ils pêchent. En rang au signal, alors que l’aube n’est encore qu’un songe, tous ils se lancent, six par barques, inlassablement, ces colosses gaillards rament à l’assaut de la mer et de leur destin, ils fendent les flots. Aucun ne sait nager. Des heures durant ils rament, bravant le froid, la fatigue, la peur, la faim, la soif, ils rament jusqu’à trouver l’endroit où le poisson va mordre, va les nourrir à défaut de les enrichir, cet endroit que le patron pêcheur connait, sent, devine, soupçonne, où, lignes déroulées, en attendant que le poisson se laisse pêcher, ils vont guetter le ciel, le temps, les vents, ballottés par les flots, arrimés vaille que vaille à la possibilité, à l’espoir, de pouvoir rentrer sans être balayés de la vie, de ramer à nouveau des lustres sans verser, être engloutis, se noyer. Revenir pour bientôt, un autre matin, repartir, et ramer, pêcher, encore ; si on n’est pas déjà morts.

C’est dans cette vie, aux côtés du « gamin » et de Bardur, que Jon Kalman Stefansson nous immerge, dès les premières lignes de ce roman (son premier à avoir été traduit en français). Et c’est magnifique. Plein de rudesse et de poésie, ce récit est puissant et emporte, les émotions déferlent à égale mesure des vagues et des personnalités rencontrées. J’avais eu un coup de cœur pour D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds, et la magie de la plume de cet auteur islandais m’a à nouveau prise dans ses filets. L’amitié, le deuil, le chaos de la vie, le désir, l’instant où tout bascule… J’ai refermé ce livre un peu sonnée, et bouleversée. Emplie de lumière, aussi. Je conseille vivement, bien sûr. Il y en a deux à suivre celui-ci, La Tristesse des Anges et Le Cœur des Hommes. Une suite aux Poissons n’ont pas de pieds est sortie chez Gallimard le 17 mars dernier : A la mesure de l’Univers. Hâte.

(Ce roman trônant dans ma Pile à lire depuis un peu plus d’un an, cette chronique va me permettre ce mois-ci aussi de contribuer à l’objectif PAL, animé avec application et générosité par Antigone depuis novembre dernier  ; merci à elle 🙂 )

Extraits :

« L’obscurité était si épaisse qu’on pouvait, de la pointe de son couteau, y graver les initiales de son nom. »

« Papa, pourquoi le soleil ne tombe pas, pourquoi ne voyons-nous pas le vent, pourquoi les fleurs ne parlent pas , où s’en va la nuit pendant l’été, la lumière en hiver, pourquoi les gens meurent-ils, pourquoi somme-nous obligés de manger les animaux, ça ne les rend pas tristes, quand est-ce que le monde va mourir ? »

« Celui qui meurt se transforme immédiatement en passé. Peu importe combien il était important, combien il était bon, combien sa volonté de vivre était forte et combien l’existence était impensable sans lui : touché ! dit la mort, alors, la vie s’évanouit en une fraction de seconde et la personne se transforme en passé. Tout ce qui lui était attaché devient un souvenir que vous luttez pour conserver et c’est une trahison que d’oublier. Oublier la manière dont elle buvait son café. La manière dont elle riait. Cette façon qu’elle avait de lever les yeux. Et pourtant, pourtant, vous oubliez. C’est la vie qui l’exige. Vous oubliez lentement, mais sûrement, et la douleur peut être telle qu’elle vous transperce le coeur. »

« Les chiffres sont dénués de toute imagination, tu devrais donc te garder de leur accorder trop d’importance. »

« Il passe son archet sur les cordes d’un vieux violon, sa note la plus haute est si mince et si aiguë qu’elle pourrait trancher un coeur en deux. »

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Titanic 2.0, tome 1 : La Mort rouge – Colin Bateman

Titanic 2020, 2007. Traduit par Antoine Pinchot. Casterman, 2009.

Ma chronique  (publiée initialement sur Babelio le 11 février 2015) :

Ce roman est le premier tome de la série « Titanic 2020 », de l’écrivain nord-irlandais Colin Bateman. Dans un futur assez proche (2020, donc), un nouveau Titanic prend la mer au départ de Belfast. A son bord, Jimmy Armstrong, 13 ans et passager clandestin par inadvertance, va devoir se débrouiller seul avec sa survie, l’apprentissage du métier de journaliste, Claire la fille du propriétaire du bateau – qu’il déteste sur le champ – et la « Mort rouge », un virus qui est en train de détruire toute vie sur terre.

Le scénario de Titanic 2.0. est original et mené tambour battant, avec un tas de rebondissements et un humour omniprésent. Un léger bémol peut-être, la facilité pas toujours très crédible qu’ont les héros à se tirer de situations délicates. Mais qu’importe, c’est un très chouette roman d’aventure, qui plaira aux jeunes lecteurs amateurs du genre.

Une suite est parue en 2012 également chez Casterman : Titanic 2.1, Cannibale City (Titanic 2020, Cannibal City, 2008)

L’auteur : Né à Bangor dans le Comté de Down en Irlande du Nord, Colin Bateman est surtout connu pour ses séries policières à l’humour noir et déjanté – et où il ne se prive pas pour pointer du doigt ce qui cloche en Irlande du Nord -, mais il a écrit également des romans pour la jeunesse. A suivre bientôt une fiche plus complète, dans ma rubrique Douze auteur jeunesse irlandais !

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 7.3 Jeunesse & young adult, 7.4 SF-Fantasy-Fantastique, Irlande du Nord | Tagué , , | Laisser un commentaire

Le Gardien des Choses perdues – Ruth Hogan

The Keeper of lost Things, 2016. Traduit de l’anglais par Christine Le Bœuf. Actes Sud, février 2017.

Ma chronique :

Le Gardien des Choses perdues est un livre doux, très British. Deux histoires sont menées de front. L’une autour d’une grande maison nommée Padua, où Anthony, suite à une perte cruelle, collecte des objets que d’autres ont égarés. Laura, amie puis héritière, sera en charge de retrouver leurs propriétaires. L’autre histoire suit à travers les années la petite maison d’édition de Bomber et Eunice, son assistante. L’ensemble est émaillé avec beaucoup de justesse par de courts récits, parfois sombres, sur les objets en eux-mêmes. C’est foisonnant et impeccablement construit jusqu’à la fin, très émouvante.

Dans ce premier roman de l’anglaise Ruth Hogan, il est question de livres, d’écriture, de perte et d’amour, de transmission et de mémoire, de la vie et de ses sens, de différence. Il y a beaucoup de complicité et de bienveillance ; de l’humour, aussi. Un brin désuet, ce roman est plein de sentiments, mais sans rien de mièvre. Une jolie découverte.

Publié dans 1.3 Litt. de Gde-Bretagne, 2017, Angleterre, Rentrée hiver 2017 (janvier-février 2017) | Tagué , , | 7 commentaires

Londres #1 : Keats House

La semaine dernière j’ai passé quelques jours de vacances à Londres. Il est des séjours si agréables, qu’à toute force on souhaite les prolonger… Des billets sur le blog ? Un bon prétexte.

Première étape, et non des moindres : Keats House, au 10 Keats Grove à Hampstead,  au nord de Londres ; la maison où l’immense poète John Keats (1795-1821) a vécu deux années, écrit nombre de ses plus beaux poèmes et rencontré Fanny Brawne.

De la station de métro (sur Northern Line), on y est en à peine dix petites minutes de marche. Prendre à gauche à la sortie de Hampstead Station, descendre la rue principale puis tourner à gauche sur Downshire Hill, et ensuite à droite sur Keats Grove.

Tadaaa-aaahhh :

L’entrée est à 6,50 £, gratuite pour les mineurs. Le guide de visite est très bien fait.

Dédié à la vie et l’oeuvre de John Keats, Keats House est un musée immersif. La visite plonge dans la vie du poète d’une manière chronologique, mais aussi domestique. On entre par paliers dans l’époque et l’existence de John Keats et de ses pairs ; les deux pièces qu’il louait à son ami Charles Brown, un bureau au rez-de-chaussée et une chambre au premier ; la cuisine et les celliers au sous-sol ; le jardin où nous accueille un prunier, descendant de celui sous lequel il a écrit l’Ode à un Rossignol. En plus des meubles, des objets, des photos, des dessins et peintures, des cartels et autres panneaux explicatifs, des citations et des morceaux de poèmes sont peints sur les murs, des essayages de vêtements et de chapeaux d’époque sont proposés. Tout pour le voyage.

Plus on avance, plus on touche du doigt, du coeur, de l’âme, une essence. Cette visite a été aussi agréable qu’inoubliable.

 

Hommage d’un talentueux visiteur, laissé sur le livre d’or.

[Sur sa stèle, à Rome où il est mort de la tuberculose, on peut lire cette épitaphe qu’il a composée lui-même : « Here lies one whose name was writ in water » (littéralement, « Ici repose celui dont le nom était gravé dans l’eau »)]

(c) Hélène Hiblot & Lettres d’Irlande et d’Ailleurs

De petits souvenirs de Keats House…
Replonger dans les poèmes et les lettres.
Peut-être revoir le film Bright Star.
Relire à nouveau, c’est certain, Les Cantos d’Hypérion, splendide space opera dans lequel Dan Simmons fait revivre avec un talent extraordinaire John Keats.

Bright Star

Bright star, would I were steadfast as thou art–
Not in lone splendour hung aloft the night
And watching, with eternal lids apart,
Like nature’s patient, sleepless Eremite,
The moving waters at their priestlike task
Of pure ablution round earth’s human shores,
Or gazing on the new soft-fallen mask
Of snow upon the mountains and the moors–
No–yet still stedfast, still unchangeable,
Pillow’d upon my fair love’s ripening breast,
To feel for ever its soft fall and swell,
Awake for ever in a sweet unrest,
Still, still to hear her tender-taken breath,
And so live ever–or else swoon to death.

Traduction
Étoile lumineuse, puissé-je être immobile comme toi,
Non pas solitaire, resplendissant au-dessus de la nuit,
Les yeux toujours ouverts,
Veillant avec patience, tel un ermite de la Nature,
Observant les eau mouvantes à leur tâche sacrée
De purification des hommes,
Ou encore contemplant la neige fraîchement
Tombée sur les monts et les bois,
Mais plutôt, toujours immobile, immuable,
Assoupi sur le sein fleuri de ma bien-aimée
Pour ressentir à jamais son doux mouvement,
Éveillé pour toujours dans une douce insomnie,
Encore et encore à l’écoute de sa tendre respiration ;
Et vivre ainsi toujours, – ou sinon m’évanouir dans la mort.

Ah ! N’oubliez pas de passer avant de partir par la bibliothèque, qui jouxte le musée : The Keats Cummunity Library.

Toutes les photos (c) Hélène Hiblot & Lettres d’Irlande et d’Ailleurs

— Mes autres « billets londoniens » : #2 : Street art à Brick Lane (part 1) et #3 : Les  escaliers du métro londonien

Publié dans 1.3 Litt. de Gde-Bretagne, 7.2 Poésie, 8.1 Blablas, Angleterre, Londres (avril 2017), Photos, Voyages | Tagué , , , , | 9 commentaires

Le Donjon – Jennifer Egan

The Keep, 2006. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sylvie Schneiter. Stock, 2015 ; réédité en poche chez Points en 2016.

Ma chronique :

Ce roman m’a beaucoup plu. Une ambiance, des fausses pistes, une histoire dans l’histoire. D’un côté, deux cousins se retrouvent vingt ans après, pour rénover un château partiellement en ruines, quelque part en Europe de l’est. Leur amitié enfantine un jour a violemment volé en éclats. Quand on sait pourquoi, on le sent mal, le plan retrouvailles. Une petite voix bavarde, ça va mal finir, ça va mal finir ! Mais non, en tous cas pas tout de suite, car c’est une deuxième histoire qui nous happe. Celle de Ray et d’un atelier d’écriture en prison, animé par Holly au trouble passé.

D’insidieuses questions jaillissent, tandis que Jennifer Egan nous balade entre ces deux univers fermés. Ces histoires sont-elles liées ? Un des personnages de l’une inventerait-elle ceux de l’autre ? Ou pire, mieux, où est la vérité ? Dans quelle histoire ? Qui sont les vraies personnes ?… Qui ? A mesure que l’on progresse dans l’intrigue, l’atmosphère épaissit, le fantastique titille, le désarroi s’installe et la panique s’immisce, les questionnements pullulent. Le Donjon, c’est le lieu physique, mais aussi une forteresse symbolique, intérieure, où cacher ses trésors ; à l’abri.

J’ai trouvé la construction de ce roman impeccable, même si le démarrage est un peu longuet. Je me suis beaucoup attachée à Ray. Le rythme allant crescendo et les rebondissements de même, c’est limite avec un point de côté qu’on termine Le Donjon. Il a certes quelques imperfections, mais une vraie matière. Je conseille !

Extraits : 

« Un silence d’entre-deux – celui d’un souffle qu’on retient. »

« Qu’est-ce qui ne va pas ?
— Rien.
— Alors pourquoi tu restes là comme si un volcan t’avait dégueulé ? »

« Tom-Tom est un mec qui se réjouit que personne ne l’aime parce que ça lui donne raison sur le fait que le monde n’est qu’une énorme décharge. Tom-Tom préfère avoir raison qu’être aimé. »

L’auteur : Née en 1962 a Chicago, Jennifer Egan a remporté le prix Pulitzer en 2011 avec son roman Qu’avons-nous fait de nos Rêves ? (A visit from the Goon Squad, 2010). Elle collabore fréquemment au New York Times Magazine.

Lu dans le cadre de ma participation en tant que jurée au
Prix du meilleur Roman des lecteurs des éditions Points 2017

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Douze auteurs jeunesse irlandais #1 : Roddy Doyle

L’an dernier, je vous ai proposé des billets sur des auteurs irlandais lus il y a longtemps : mes Mémoires de Porcelaine. Cette année, c’est à un petit tour d’horizon de la littérature jeunesse irlandaise traduite en français que je vous convie, pour vous présenter douze auteurs, qui écrivent ou non exclusivement pour la jeunesse. Une roue à douze rayons, un trèfle à douze feuilles, douze romans – et même plus – que j’ai déjà lus (sauf pour trois d’entre eux, qui sont encore dans ma Pile à Lire et dont j’ai prévu la lecture dans les mois à venir).

Mais par qui commencer, avec quel auteur inaugurer cette série de billets ? Par ordre alphabétique, cela aurait été Colin Bateman ; en commençant par la fin, Michael Scott. Le plus vieux, C. S. Lewis. La plus jeune, Siobhan Dowd. Au pif, alors ? … et puis au Festival « New writings, new styles » au centre culturel irlandais, en saluant Marie Hermet, mon premier billet s’est imposé naturellement : Roddy Doyle, bien sûr. C’est Marie qui a traduit ses trois  derniers romans jeunesse en français.


Roddy Doyle est un écrivain majeur de la scène littéraire irlandaise contemporaine. Il est né à Dublin en 1958 et a passé son enfance à Kilbarnack, un quartier populaire situé au nord de Dublin – qui lui servira d’inspiration pour ses futurs romans. Après des études à l’University College de Dublin, il devient professeur d’anglais et de géographie ; avant de se consacrer entièrement à l’écriture, à partir de 1993.

« Le style de Roddy Doyle est familier, percutant, composé de dialogues à l’humour acerbe, s’inscrivant dans des scènes de vie quotidiennes, découpés comme un scénario. Il rompt avec le style en vogue dans la littérature anglo-saxonne et opte pour une approche humoristique et sensible de la vie, tout en traitant de sujets graves. » [lire l’article]

Cinq de ses romans jeunesse sont traduits en français, j’en ai lu quatre, le cinquième est dans ma pile à lire, j’en ai chroniqué un. Tous sont très bons.

La série des Aventures de Rover

1. Opération farceuses (The giggler treatment, 2000) Traduit de l’anglais par Marie Aubelle, illustrations de Brian Ajhar, couverture illustrée par Voutch. Publié aux éditions Gallimard-Jeunesse, 2001.
Présentation de l’éditeur : Qui sont les Farceuses ? D’insaisissables petites créatures qui adorent les enfants. Que font-elles ? Elles les suivent partout pour s’assurer que les adultes les traitent convenablement, sinon… Sinon quoi ? Elles les punissent en déposant de la crotte de chien sur leur chemin pour qu’ils mettent le pied dedans. Et pourquoi Mister Mack va-t-il être puni ? Parce qu’il a envoyé ses enfants dans leur chambre en les privant de dîner. Mais il les a rappelés tout de suite après et les Farceuses n’ont pas entendu ! C’est vrai ? Vite, il faut empêcher Mister Mack de marcher dans l’énorme crotte qui se trouve sous son pied. Il s’y enfoncerait jusqu’au genou…

2. Qui peut sauver le Père Noël ? (Rover saves Christmas, 2001) Traduit de l’anglais par Vanessa Rubio, illustrations de Brian Ajhar, couverture illustrée par Voutch. Publié aux éditions Gallimard-Jeunesse, 2002.
Présentation de l’éditeur : En Laponie, la veille de Noël… Le père Noël porte un costume rouge tout neuf, son traîneau est chargé de cadeaux, mais catastrophe ! Rodolphe, le meilleur et le plus rapide des rennes, est cloué au lit avec la grippe. Qui peut sauver le père Noël ? Un seul espoir : Rover ! Rover ? Oui, Rover : le plus intelligent… des chiens ! Et le héros d’Opérations Farceuses. Réussiront-ils à livrer en un temps record leurs cadeaux dans le monde entier ? Cette tournée promet d’être inoubliable et hilarante…

3. The meanwhile adventures (2004) – non encore traduit en France

Plus froid que le Pôle nord (Wilderness, 2007) Traduit par Marie Hermet. Publié chez Flammarion Jeunesse en 2016.
Présentation de l’éditeur : On ne voyait rien. Mais il fallait avancer. Des branches de sapin nous fouettaient le visage. Le frois n’avait plus d’importance. Nous allions retrouver notre mère. Ce n’était plus un jeu. Ce soir-là, un traîneau manque à l’appel. Johnny et Tom se lancent sans hésiter à la recherche de leur mère dans un épais brouillard. Mais combien de temps peut-on survivre dans un univers de glace ?

Her Mother’s Face (2008) – non encore traduit en français

• 3 Femmes et un fantôme (A Greyhound of a girl, 2012) Traduit de l’anglais par Marie Hermet. Publié aux éditions Flammarion, 2013.
Présentation de l’éditeur : « Tout était silencieux. Scarlett conduisait. Mary regardait par la fenêtre. Sa grand-mère dormait ; elle sauait que ce voyage était quelque chose d’unique. Quatre générations de femmes – je suis une femme, se disait Mary – sur la route pour une virée en voiture. L’une morte, l’une prête à mourir, l’une au volant, et la dernière pour qui tout ne faisait encore que commencer. »
Mary ne se posait pas de questions sur le passé de sa famille. Mais quand le fantôme de son arrière-grand-mère vient lui taper sur l’épaule, c’est l’occasion pour la jeune fille de découvrir ses racines.

• A la Poursuite du grand Chien noir (Brilliant, 2015) -> ma chronique
Traduit par Marie Hermet et illustré par Chris Judge. Publié chez Flammarion Jeunesse en 2015.
Présentation de l’éditeur : Le grand chien noir est arrivé à Dublin pendant la nuit. Il répand la peur. Les autres animaux ont essayé de prévenir leurs maîtres, en vain. Les enfants de Dublin, menés par Gloria et Simon, partent à sa poursuite, aidés par des animaux.

(c) Hélène Hiblot & Lettres d’Irlande et d’Ailleurs

Pour en savoir plus sur Roddy Doyle, voir ma fiche auteur complète, par ici

Le prochain billet consacré à Douze auteurs jeunesse irlandais parlera de Siobhan Dowd 🙂

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Le Supernaturaliste – Eoin Colfer

The Supernaturalist, 2004. Traduit par Julien Ramel. Gallimard jeunesse, 2004.

Ma chronique :

Le Supernaturaliste est un roman de science-fiction jeunesse très sympa, écrit par l’auteur irlandais Eoin Colfer (le prénom se prononce Own, pour l’anecdote ; merci Maeve !), créateur du célèbre (et génial) Artemis Fowl.

Le troisième millénaire n’est pas rose, sous la plume d’Eoin Colfer, loin de là. A Satellite City, une ville entièrement autonome, gérée de l’espace par un satellite de la multinationale Myishi, il se passe même des choses scabreuses. Prenons Cosmo Hill, par exemple. Orphelin, il est considéré comme un « non-sponsorisé » (entendre par là qu’aucun adulte ne le prend en charge financièrement) et enfermé dans un orphelinat épouvantable où lui et ses condisciples servent de cobayes pour des expériences scientifiques rémunérées. Et lorsqu’enfin un jour l’évasion lui tend les bras, c’est pour découvrir que dehors, la réalité semble encore plus atroce qu’à l’institut Clarissa-Fraysse. Des créatures invisibles pompeuses de vie, une bande de jeunes qui les chassent et se nomment entre eux « les supernaturalistes », Cosmo a du pain sur la planche pour rester en vie…

Des personnages attachants, peut-être un peu trop simples, mais ce léger écueil est largement compensé par le monde original et travaillé qui se tient parfaitement, l’action et les rebondissements. Une plume agréable, de l’humour et une lecture très fluide, ce roman plaira beaucoup aux jeunes lecteurs amateurs de S-F et d’action.

Extraits :

« Mais Zep ne pouvait pas s’arrêter. Les mots giclaient de sa bouche comme autant d’abeilles excitées sortant d’une ruche.
— On dit que vous n’aimez pas la paperasse parce que, parfois, on y trouve des mots de plus de trois lettres. »

« Cet endroit me donne la chair de poule. Vous savez qu’ils n’ont même pas la télé par satellite, ici. Certaines maisons n’ont que dix ou quinze chaines pirates. Qu’est-ce qu’ils font toute la journée ? »

« A Satellite City, la pluie était si drue qu’elle aurait pu arracher l’oeil de l’inconscient qui aurait eu l’idée saugrenue de regarder le ciel pendant une averse. Les molécules d’eau réagissaient à certaines vapeurs toxiques et s’agrégeaient beaucoup plus facilement qu’elles n’auraient dû. Elles fonçaient ensuite vers le sol comme des missiles. Les traditionnels parapluies n’étaient plus d’aucune utilité. Les nouveaux modèles, de plus en plus populaires à Big Pig, étaient en plastique rigide. »

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L’île du Point Némo – Jean-Marie Blas de Roblès

Zulma éditions, 2014 ; réédité en poche chez Points, 2016.

Ma chronique :

Dans ce roman à la croisée de Jules Verne et Blake et Mortimer, saupoudré d’uchronie steampunk et de pirouettes entre fiction et réalité, on voyage en transsibérien et en dirigeable, de Paris à Pékin en passant par Sydney, Cuba et le Périgord noir. On poursuit le sinistre enjambeur Nô et un diamant légendaire, tout en croisant une galerie de personnages complètement dingue, tous plus excentriques, improbables ou incroyables les uns que les autres.

L’île du point Némo est un livre vraiment réjouissant. Vaste, ludique et foisonnant, d’une créativité sensationnelle, et souvent drôle. La culture encyclopédique et le style élégant de l’auteur m’ont séduite, même quand il en fait un peu des tonnes, et qu’on se paume. J’ai été emportée quasi dès les premières pages par le rythme effréné de la narration, les feuilletons en mille-feuilles et les frontières perméables. J’ai adoré !

Extrait :

« Toute phrase écrite est un présage. Si les événements sont des répliques, des recompositions plus ou moins fidèles d’histoires déjà rêvées par d’autres, de quel livre oublié, de quel papyrus, de quelle tablette d’argile nos propres vies sont-elles le calque grimaçant ? »

« Mais en réalité, il pense si peu que lorsque cela lui arrive, il a l’impression de saigner du nez. »

« Le lecteur nous saura gré, nous l’espérons, de lui donner quelques détails sur ces « Semeurs d’épouvante ».
Honni entre tous, brûlant les lèvres de celui qui le prononçait, ce vocable évoquait non pas un seul ennemi, mais deux adversaires réunis par la frayeur qu’ils inspiraient. Dans l’univers thériomorphe des cavaliers nomades, il y avait d’un côté la horde des Cosaques épistémologues, de l’autre celles des Créationnistes, les hussards de la vraie foi. Deux idéologies antagonistes qui rassemblaient sous leur bannière quantité de sectes ou de groupuscules plus ou moins apparentés.
Les Epistémologues, qu’on appelait par moquerie les « Cosaques à pirogue » pour leur habileté à naviguer dans les méandres de la rhétorique, défendaient l’absence définitive et incontestable de toute divinité. Ils en tiraient le bonheur d’une telle liberté individuelle qu’ils avaient entrepris de l’imposer à tous comme un cadeau suprême. Ces Cosaques étaient plus connus sous le nom de Zépistos, ou même de Zippos, tant s’avérait systématique leur habitude d’incendier les lieux où ils passaient.
Pour les Créationnistes, c’était le contraire : seul un dieu avait pu mettre au monde notre univers ; décidés au martyr pour propager cette évidence, ils se nommaient eux-mêmes « les Crédieux » pour « Créatures de Dieu » et vous donnaient du « mon frère » ou « ma soeur » à tout bout de champ. On les craignait pour leur propension à se faire exploser auprès de vous à la moindre contrariété. »

Lu dans le cadre de ma participation en tant que jurée au
Prix du meilleur Roman des lecteurs des éditions Points 2017

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