Jeux de Dame – Thierry Dancourt

La Table ronde, collection Vermillon, 17 août 2017

Ma chronique (rentrée d’automne 2017, 1) :

Ma première incursion en rentrée littéraire d’automne, et une fois n’est pas coutume, ce n’est pas avec un roman irlandais ! Je découvre Thierry Dancourt avec ces Jeux de Dame – en fait son quatrième livre – qui sort aujourd’hui en librairie. J’étais curieuse.

A Paris, début des années soixante, Solange et Pascal se rencontrent sur fond de Palais des Colonies et de maladresse automobile (parechoc et bouts de ficelle). Bientôt elle ira rejoindre Marc et son travail, à Berlin. Au départ, j’ai trouvé l’écriture un peu froide, trop parfaite peut-être. Telle Solange : belle, lisse, indéchiffrable, énigmatique. Et puis j’ai été emportée, comme dans un film d’époque habilement restauré. Le douzième arrondissement de Paris, Berlin-Ouest en pleine guerre froide, Trieste dans les brumes. La plume de Thierry Dancourt est très élégante. Il a un vrai génie pour poser les décors et faire vivre l’ambiance de l’époque, cigarettes, tenues, voitures, journaux. Entre contexte historique et puzzle politique, mystères et personnalités, j’ai été vraiment prise par ce roman. Il n’est pas haletant pourtant, mais on le lit quasi d’une traite.

En littérature, la curiosité n’est jamais un vilain défaut ! Bien au contraire. Je continuerai à découvrir les romans de Thierry Dancourt. Merci aux éditions de la Table ronde !

« Dehors, il s’était remis à neiger et de gros flocons s’agglutinaient autour du lampadaire, papillons blancs attirés par la lumière. »

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Publié dans 1.2 Littérature française, 2017, Rentrée automne 2017 | Tagué , | 4 commentaires

Mon midi, mon minuit – Anna McPartlin

Pack up the Moon, 2005. Traduit par Valérie Le Plouhinec. Le Cherche-midi éditeur, avril 2017.

Ma chronique :

Le titre français, même s’il n’est pas vraiment la traduction de l’original, m’a plu. Il fait référence à l’épigraphe du roman, ces beaux vers de Funeral Blues de W. H. Auden (qu’est-ce que j’ai pu pleurer pendant cet émouvant passage de Quatre mariages et un enterrement) :

« Il était mon nord, mon sud, mon est, mon ouest,
Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste,
Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson ;
Je croyais que l’amour ne finirait jamais ; j’avais tort.« 

(Traduction de Thomas Murat ; la version originale est encore mieux :

He was my North, my South, my East and West,
My working week and my sunday rest,
My noon, my midnight, my talk, my song ;
I thought that love would last for ever : I was wrong.)

Quand tu es jeune, entouré, avec l’avenir devant toi, tu n’imagines jamais que soudain tout puisse basculer, comme on claque des doigts, comme une phalène se brûlerait les ailes au lever du jour. C’est pourtant ce qui arrive à Emma et à sa bande d’amis, une nuit, lorsque l’un des leur disparaît.

Pour eux tous va alors commencer le long processus du deuil et de la reconstruction. Anna McPartlin traite avec délicatesse et beaucoup d’humour (à l’irlandaise, très bon) les grands thèmes de la perte, de la culpabilité, de l’après. Des personnages attachants, une exploration nuancée des sentiments, Mon midi mon minuit est un bel hymne à l’amitié et à l’espoir, pas trop mélo – mais préparez tout de même quelques mouchoirs. Franchement, la romance n’est pas du tout mon genre de prédilection, mais celle-ci est plutôt bien, en tous cas j’ai passé un bon moment de lecture.

« Les nuages se soulageaient avec la férocité d’un ivrogne vidant sa vessie. » (quand je vous disais qu’Anna McPartlin sait y faire, à l’irlandaise, pour déclencher le rire ! Et très bonne traduction)

A noter que ce deuxième roman traduit en France d’Anna McPartlin est en fait le premier qu’elle a écrit. Et Les derniers Jours de Rabbit Hayes, qui a fait un tabac l’an dernier (et qui a rejoint ma Pal depuis sa sortie en poche il y a quelques mois), a beau être son premier traduit, c’est en fait son sixième publié. Ceci pouvant peut-être expliquer pourquoi certains ont été un peu déçus par ce roman-ci, après avoir tant adoré le précédent.

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 2017 | Tagué , , , , | 9 commentaires

Le grand Marin – Catherine Poulain

Editions de l’Olivier, février 2016 ; réédité en poche aux éditions Points en avril 2017.

Ma chronique :

Le grand Marin est un livre impressionnant. Un cri de liberté, voyage fascinant inspiré par la vie de l’auteure et les dix années qu’elle a passées à pêcher en Alaska, seule femme embarquée parmi des colosses bourrus. On a presque l’impression de lire du Jim Harrison ou du Jack London. L’écriture de Catherine Poulain est habitée, sauvage et intense comme son héroïne, d’une poésie permettant de saisir la beauté des éléments, mais aussi d’entrevoir le brasier qui irradie au cœur de l’humain.

Le grand Marin est ce genre de livre où, quand tu lis un passage que tu veux noter, tu es tellement pris par ta lecture que dix pages ont passé quand tu arrives enfin à saisir ton stylo. Lili a fui la France à vingt ans, sa famille aisée du bordelais viticole et une existence confortable, pour étancher sa soif d’absolu et de liberté. « J’ai peur des maisons, des murs, des enfants des autres, du bonheur des gens beaux et qui ont de l’argent », « Etre une petite femelle, c’est pas pour moi ». Elle a un rêve, s’embarquer sur des chalutiers en Alaska et pêcher sur les mers les plus difficiles du monde. Quand elle arrive à Kodiak, petit bout de femme à la volonté sidérante, elle va réussir à trouver une place, tout d’abord sur le Rebel.

Et alors elle va pêcher, et nous avec elle. La morue, le flétan, le crabe, durant des journées entières passées en mer avec l’humidité, la fatigue, la peur, le sel qui ronge les blessures, les tempêtes et les éléments, dormir par terre et le lendemain recommencer, toujours plus, toujours mieux. Elle va gagner le respect des hommes, qui vont l’adopter et dès lors elle partagera leurs existences, à part entière, pendant dix ans. Des hommes transfigurés par la mer ; mais dont parfois la peau de demi-dieu de légende finit rongée par l’alcool et les rêves brisés, à terre au coin d’un bar.

Cette lecture vivifiante montre une humanité que l’on n’a pas souvent l’occasion de croiser. Et ça vaut vraiment le détour.

« Je suis sortie sur le pont. Le vent claque dans les câbles. La mer vient s’écraser sur le pont. L’odeur du grand large. Humer l’air comme un cheval, jusqu’à l’étourdissement, le corps durci par le froid. La vague est en moi. J’ai retrouvé la cadence, le rythme des poussées profondes qui passent de la mer au bateau, du bateau vers moi. Elles remontent dans mes jambes, roulent dans mes reins. L’amour peut-être. Etre le cheval et celui qui le chevauche. La pêche va reprendre dès demain. »

Ce livre étant resté plus de dix mois dans ma Pile à Lire avant lecture, cette chronique me permet de participer à la session estivale de l’Objectif PAL d’Antigone.

Publié dans 1.2 Littérature française, 2016, Rentrée hiver 2016 (janvier-février 2016) | Tagué , , , , | 10 commentaires

Lointaines Merveilles – Chantel Acevedo

The distant Marvels, 2015. Traduit de l’anglais (états-unis) par Carole Hanna. Les Escales, 2016 ; réédité en poche aux éditions Points, 2017.

Ma chronique :

Destination Cuba, avec ce premier roman traduit en français de l’américaine d’origine cubaine Chantel Acevedo. Je suis tombée très vite sous le charme de ce récit coloré et plein d’humanité, mené tambour battant entre passé et présent. Emballée par l’histoire, le contexte politique, l’exotisme.

Le roman commence une nuit de 1963 lorsqu’un ouragan dévastateur frappe Cuba. Maria Sirena, presque quatre-vingts ans et évacuée de force de chez elle, se retrouve confinée avec d’autres femmes dans l’ancienne demeure du gouverneur, sous la surveillance d’une jeune militaire.

Pour passer le temps, Maria Sirena va raconter des histoires. C’est elle bien sûr qui prend la parole, l’ancienne lectrice dans une fabrique de cigares. « Je pense souvent à cette époque avec plaisir. Je me revois assise sur un haut tabouret, face aux cigariers. Je lisais pendant des heures pour les distraire pendant qu’ils roulaient les feuilles de tabac ». (J’ai découvert cette incroyable tradition centenaire en lisant l’île du point Némo de Jean-Marie Blas de Robles. « [Liseur] de fabrique de cigares », un métier vieux d’un siècle et demi, dont l’inscription au patrimoine oral de l’humanité a été proposée à l’Unesco ». Incroyable et génial ! Mais revenons à notre roman.)

Maria Sirena va raconter, en fait se raconter. Le besoin de se libérer, de transmettre. « Les histoires pèsent toujours trop lourd. Qui les portera quand je ne serai plus là ? ». Son enfance pendant la troisième guerre d’indépendance à la fin du 19ème siècle, quand Cuba était encore sous une stricte domination espagnole. Elle raconte son père, le rebelle Agustin, sa mère, la flamboyante Illuminada, Lulu pour les intimes, leur rencontre et sa naissance, leur vie, les combats, les fuites, les camps dans la montagne, le rôle du poète Jose Marti, âme de cette révolution, la condition des femmes, l’émancipation des noirs…

Je connaissais un peu l’histoire récente de Cuba, mais absolument pas toute cette période, et je suis moi aussi restée scotchée, tout autant que ses compagnes d’infortune, aux paroles de Maria Sirena. Une bonne partie du roman, en tous cas. Car hélas, mon enthousiasme de lectrice, presque arrivé au mur du son, s’est finalement mis à tousser, avant d’opérer un retour sur terre un peu décevant. Des facilités scénaristiques, certains points vite survolés, trop de poisse peut-être, et de naïveté pour Maria Sirena. Soupir. On n’est pas passés loin. Mais il n’empêche, même avec ces bémols, Lointaines merveilles reste un très bon roman, dépaysant et bourré d’intérêt, écrit d’une jolie plume pleine de fraîcheur.

« Plus tard, tu repenseras à ces instants et à tout ce que tu as souffert pendant cette guerre, comme une série de lointaines merveilles et cela te blessera de te les remémorer, mais tu te diras : « J’ai eu de la chance, j’ai été bénie de quitter cet endroit en vie », et la douleur disparaîtra ».

Lu dans le cadre de ma participation en tant que jurée au
Prix du meilleur Roman des lecteurs des éditions Points 2017
Publié dans 2.1 Litt. d'Amérique du Nord, 2016, États-Unis | Tagué , , , , , | 5 commentaires

Douze auteurs jeunesse irlandais #3 : John Boyne

L’an dernier, je vous ai proposé des billets sur des auteurs irlandais lus il y a longtemps : mes Mémoires de Porcelaine. Cette année, c’est à un petit tour d’horizon de la littérature jeunesse irlandaise traduite en français que je vous convie, pour vous présenter douze auteurs, qui écrivent ou non exclusivement pour la jeunesse. Une roue à douze rayons, un trèfle à douze feuilles, douze romans – et même plus – que j’ai déjà lus (sauf pour trois d’entre eux, qui sont encore dans ma Pile à Lire et dont j’ai prévu la lecture dans les mois à venir).


Mon troisième billet de cette série portera sur John Boyne :

Né à Dublin en 1971, John Boyne a étudié la littérature anglaise au Trinity College de Dublin, avant de se consacrer à l’écriture. Il a publié à ce jour quatorze romans, dont cinq pour la jeunesse. Ces derniers sont tous traduits en français, contre seulement deux des autres (j’en parlerai en fin de billet). Il a également publié des nouvelles, ainsi qu’un recueil (non encore traduit), en 2015. Il a reçu de très nombreuses récompenses littéraires, et ses romans sont traduits dans plus de cinquante langues.

Dans ses publications jeunesse, il y a deux romans junior illustrés (pour les 9-13 ans selon l’éditeur), des contes pétillants de fantaisie qui abordent des sujets graves avec grâce. Ses trois autres romans sont pour ados (à partir de 13 ans) et historiques. Ils traitent pour l’un de la première guerre mondiale, pour les deux autres de la seconde ; des regards d’enfants, des destins bouleversants.

J’ai seulement lu pour le moment Le garçon au pyjama rayé, mais quelle claque ! C’est certain que je continuerai à découvrir son œuvre.

Tous ses romans traduits (par ordre chronologique de parution en version originale) :

Le Garçon en pyjama rayé (ado) (lu en mars 2015) → ma chronique
La Maiosn Ipatiev (adulte) (réédité en poche sous le titre La Maison aux intentions particulières)
Noé Nectar et son voyage étrange (junior)
Le Secret de Tristan Sadler (adulte)
Barnabé et la Vie en l’air (junior)
Mon Père est parti à la guerre (ado)
Le Garçon au sommet de la Montagne (ado)

Romans jeunesse

Le Garçon en pyjama rayé (The Boy in the Striped Pyjamas, 2006) – roman ado

Traduit par Catherine Gibert. Éditions Gallimard Jeunesse, Folio junior, 2006, 2007 ; réédité en grand format en 2009. Porté à l’écran en 2008 par Mark Herman.

Présentation de l’éditeur : Vous ne trouverez pas ici le résumé de ce livre, car il est important de le découvrir sans savoir de quoi il parle. On dira simplement qu’il s’agit de l’histoire du jeune Bruno que sa curiosité va mener à une rencontre de l’autre côté d’une étrange barrière. Une de ces barrières qui séparent les hommes et qui ne devraient pas exister. (Présentation de l’éditeur)

Ma chronique : Un livre formidable, au dénouement bouleversant.

Il faut entrer dans cette histoire en sachant simplement que c’est Bruno qui parle. Ce livre est écrit sur le ton d’un journal intime, avec les mots et la vision du monde d’un petit garçon de 9 ans. Au tout début du récit, Bruno découvre que son père (que depuis peu on doit appeler Commandant), a été nommé par le Fourreur à Hoche-vite. La maisonnée (Bruno, sa soeur Gretel de trois ans son aînée, ses parents, la bonne et le cuisinier), doit donc déménager là-bas. Bruno est extrêmement contrarié de quitter Berlin et la vie agréable qu’il y mène, d’abandonner sa grande maison avec la meilleure rampe à glissades du monde, ainsi que ses trois meilleurs amis pour la vie.

Au fur et à mesure que l’on découvre l’histoire personnelle et quotidienne de Bruno, sont distillés avec talent des éléments de compréhension, qui nous amènent inexorablement vers une immersion poignante dans l’Histoire avec un grand H.

J’ai avancé dans ma lecture avec une admiration renouvelée pour John Boyne. « Le Garçon en pyjama rayé » est le quatrième roman de cet écrivain Irlandais, et son premier ouvrage destiné à la jeunesse. C’est un livre à lire absolument, et à lire avec ses enfants (à partir de douze ans), pour aborder avec eux d’une manière sensible et intelligente, le terrible et douloureux sujet de la Shoah.

Noé Nectar et son voyage étrange (Noah Barleywater runs away, 2010) – roman junior

Traduit par Catherine Gibert, illustré par Oliver Jeffers. Gallimard jeunesse, 2012.

Présentation de l’éditeur : « Noé Nectar partit de chez lui de bon matin, avant l’aube, avant que les chiens ne se reveillent et que la rosée cesse de mouiller les champs »
Le plus simple quand on a des problèmes, c’est de ne pas y penser. Alors, Noé, 8 ans, quitte la maison. Le voilà bientôt qui traverse la forêt et découvre un étrange magasin de jouets, peuplé d’une myriade de pantins étonnants. Le vieil homme qui les sculpte a une histoire à raconter à Noé, une histoire où il est question de promesses qu’on ne tient pas. Il embarque Noé pour un voyage qui pourrait bien changer sa vie.
Par l’auteur du « Garçon en pyjama rayé », un conte pétillant de fantaisie qui aborde des sujets graves avec grâce.

Barnabé ou la vie en l’air (The terrible thing that happened to Barnaby Brocket, 2012) – roman junior

Traduit par Catherine Gibert, illustré par Oliver Jeffers. Gallimard jeunesse, 2014.

Présentation de l’éditeur : Tout est normal chez la famille Chevreau. Ennuyeux, respectables et fiers de l’être, Alistair et Éléonore Chevreau ont horreur de tout ce qui est différent. Or quand leur troisième enfant Barnabé vient au monde, il faut se rendre à l’évidence : leur fils est tout sauf normal. À la grande honte de ses parents, Barnabé défie les lois de la gravité : il vole ! C’en est trop pour Éléonore et Alistair, qui prennent un jour une terrible décision…

Mon Père est parti à la Guerre (Stay where you are and then leave, 2014) – roman ado

Traduit par Catherine Gibert. Gallimard jeunesse, 2014 ; réédité en poche, Folio junior, 2016.

Présentation de l’éditeur : Alfie Summerfield vient d’avoir cinq ans le jour où la Grande Guerre éclate. Son père a promis qu’il ne partirait pas mais s’engage dès le lendemain, persuadé que « tout sera fini à Noël ». Quatre ans plus tard, la guerre fait rage et le jeune garçon ignore si son père est vraiment parti en mission ou s’il a disparu à jamais.Tout le monde semble savoir ce qui lui est arrivé mais le secret reste bien gardé. Devenu cireur de chaussures à la gare de King’s Cross de Londres, Alfie va enfin découvrir la vérité au hasard d’une de ses rencontres et partir pour la mission la plus importante de sa vie…
La première Guerre Mondiale vue à travers le regard d’un jeune garçon. Une aventure bouleversante.

Le Garçon au sommet de la Montagne (The Boy at the top of the Mountain, 2015) – roman ado

Traduit par Catherine Gibert. Editions Gallimard jeunesse, 2016.

Présentation de l’éditeur : A l’aube de la Seconde Guerre mondiale, Pierrot vit à Paris avec ses parents, ignorant tout des nazis. Devenu orphelin, il est envoyé chez sa tante, en Allemagne, dans une maison au sommet d’une montagne.
Ce n’est pas une maison ordinaire. Le Berghof est la résidence d’Adolf Hitler. Pierrot va découvrir là un autre monde, fascinant et monstrueux.
Dix ans après Le garçon en pyjama rayé, qui a bouleversé des millions de lecteurs dans le monde, John Boyne nous raconte le destin troublant d’un autre garçon face à l’horreur nazie.

Autres romans :

La Maison Ipatiev (The House of Special Purpose, 2009)

Traduit par Laurent Bury. Éditions Archipel, 2012 ; réédition en poche sous le titre La Maison des intentions particulières, Pocket, 2016.

Présentation de l’éditeur : À Kashin, petit village russe, Georgy Jachmenev, 16 ans, sauve la vie du tsar au péril de la sienne. Le destin du jeune paysan s’en trouve aussitôt bouleversée. Nicolas II le fait venir à Saint-Pétersbourg, où il est admis dans la Leib-Garde de sa Majesté, avec pour mission de veiller sur le tsarévitch Alexei. Secrètement amoureux de la grande duchesse Anastasia, il suivra les Romanov jusqu’à Ekaterinenbourg, où il sera le témoin impuissant du massacre.
Londres, quelque soixante ans plus tard. Bibliothécaire retraité, Georgy revoit sa vie défiler au chevet de Zoïa, son épouse bien aimée qui se meurt d’un cancer, lasse des épreuves supportées depuis la révolution d’Octobre : l’exil, l’émigration, la mort brutale de leur fille unique et ce sentiment de culpabilité, qui ronge, dit-on, les rescapés des grandes catastrophes…
Alternant passé et présent, l’auteur fait revivre le faste de la cour, la violence de la Révolution d’octobre, et s’attache au destin d’un couple soudé par un amour indéfectible mais replié sur son secret…

Le Secret de Tristan Sadler (The Absolutist, 2011

Traduit par Cathie Fidler. Éditions Archipel, 2015 ; réédition en poche chez Pocket le 28 septembre prochain – pas encore de visuel de couverture dispo.

Présentation de l’éditeur : 1919. Dans une Angleterre qui se remet à peine du traumatisme de la Première Guerre mondiale, Tristan Sadler, 21 ans, fait le trajet de Londres à Norwich pour remettre des lettres à Marian Bancroft – celles que la jeune femme avait envoyées à son frère Will alors qu’il était sur le front.
Tristan et Will étaient proches. Au fil des batailles et des drames qu’ils ont connus dans les tranchées, les deux hommes ont beaucoup partagé. Mais Will, pour s’être rebellé contre l’autorité, a été passé par les armes.
Pour tous, il fait désormais figure de lâche. Tristan, revenu vivant, passe au contraire pour un héros. Mais il a un lourd secret, un remords qui le ronge.
Osera-t-il en parler à Marian ? Ou devra-t-il seul porter ce fardeau jusqu’à la fin de ses jours ?

*

Le prochain rendez-vous de Douze auteurs jeunesse irlandais se fera avec Colin Bateman 🙂
(Les précédents billets : #1 Roddy Doyle et #2 Siobhan Dowd)

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 7.3 Jeunesse & young adult, Notices auteurs | Tagué , , , , , , , , , | 5 commentaires

Quand sort la Recluse – Fred Vargas

Paru aux éditions Flammarion en mai 2017.

Ma chronique :

Seulement deux ans d’attente cette fois-ci pour avoir le plaisir et le réconfort de savourer un nouveau Fred Vargas. Youpi. J’ai découvert cette auteure française en 2005 avec Sous les vents de Neptune et depuis je suis fan, accroc, sous le charme de son style et de ses personnages. Ce nouvel opus au titre qui intrigue est le onzième roman que je lis d’elle. Il y a eu aussi un recueil de nouvelles. Vu que cette fois-ci encore, le commissaire Adamsberg et tous ses compères sont du voyage, c’est donc youpi au carré.

Fred Vargas est une magicienne des mots, un peu chamane, un brin alchimiste, toujours érudite. On se trouve bien vite happés dans une nouvelle histoire alambiquée, dont elle laisse s’épanouir les méandres en un subtil mélange savamment malmené, d’action et de contemplation.

La recluse, c’est une petite araignée, la Loxosceles rufescens, à la morsure – pourtant censée ne pas être létale – de laquelle quelques vieux messieurs se mettent soudain à succomber dans le sud, un été. Mais c’est aussi des réminiscences, celles de ces femmes emmurées vivantes et volontaires au Moyen-âge.

L’araignée, le mot, l’enfermée, sont les fils, parfois intemporels, qui à mesure de l’intrigue vont tisser et dévoiler la toile où l’énigme demeure. Des fausses pistes et de vraies épouvantes, toujours cette acuité mouvante, l’humour et l’humanisme, caractéristiques des romans de la grande dame. Je conseille !

Sur le blog est chroniqué également le précédent – et excellent – roman de Fred Vargas : Temps glaciaires.

Publié dans 1.2 Littérature française, 2017, 7.5 Policiers et thrillers | Tagué , , | 4 commentaires

Cartes postales de retour de vacances

Me voici de retour, après trois semaines de vacances contrastées : à Barcelone, chaleur, baignades et découvertes architecturales ; à Brest, pluie, vent et retour aux sources. Du très bon temps passé, tant dans la capitale catalane que je visitais pour la première fois, que dans la cité du ponant qui m’a vue naître ; de très grandes balades, de l’inspiration, de beaux souvenirs, et quelques billets en projet.

Barcelone

Brest (et environs)

Et sinon…

Ces derniers temps, j’ai beaucoup lu et écrit, mais peu rédigé de chroniques.
Excellents moments de lecture avec Quand sort la recluse de Fred Vargas (Adamsberg) et Lointaines merveilles de Chantel Acevedo (Cuba).
Un peu déçue par Northanger Abbey de Jane Austen (mon classique de l’été), mais plutôt convaincue par Mon midi mon minuit, de l’irlandaise Anna McPartlin (que j’ai donc finalement découverte avec ce deuxième roman).
Tonitruants coups de coeur pour La Servante écarlate de la canadienne Margaret Atwood (j’ai aussi été emballée par la série tv), et Photo de groupe au bord du fleuve du congolais Emmanuel Dongala.
Je vais essayer de les chroniquer sans trop tarder.
J’ai toujours celles de L’Herbe maudite d’Anne Enright et du grand Marin de Catherine Poulain à publier. Certains livres que j’ai adoré ne se laissent pas chroniquer tout de suite.

J’ai de quoi m’occuper !

Bonnes lectures à vous, et bel été 🙂

Photos et vidéo (c) Hélène Hiblot & Lettres d’Irlande et d’ailleurs

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L’Enfant qui mesurait le Monde – Metin Arditi

Grasset, 2016 ; réédité en poche aux éditions Points, juin 2017.

Ma chronique :

L’Enfant qui mesurait le monde, c’est la Grèce contemporaine, les cris des mouettes, la crise, la corruption et les philosophes antiques. C’est une plume déliée, des mots qui entraînent dans la lumière. Celle, scintillante, du soleil sur la mer d’un bleu profond autour de la petite île grecque de Kalamaki ; celle, profondément touchante, de personnalités malmenées par l’existence. C’est Yannis, l’enfant autiste singulièrement doué pour les chiffres, qui mesure tout autour de lui, pour essayer de rétablir l’ordre du monde. C’est sa mère, Maraki, pêcheuse à la palangre qui galère pour l’élever et s’en sortir. C’est leur voisin Eliot, un architecte américain à la retraite, qui a trouvé asile sur cette île après une lourde perte, et bataille avec le nombre d’or. C’est de la chaleur humaine, enfin ; de la détresse, aussi. Celles d’une population soudée prise au col par la crise et qui cherche à survivre sans se perdre.

L’Enfant qui mesurait le Monde est un roman doux et saisissant qui déborde de générosité et de tendresse. Cette fable moderne dépaysante enrichit et donne le sourire. Un coup de coeur. Je conseille ardemment !

J’ai lu ce livre dans le cadre de ma participation en tant que jurée
au Prix du meilleur Roman des lecteurs des éditions Points 2017

 

Publié dans 4. Litt. du Moyen-Orient, Littérature francophone, Turquie | Tagué , , , , | 9 commentaires

Rentrée littéraire d’automne 2017 : vous avez dit littérature irlandaise ?

C’est avec un très grand plaisir que je vous dévoile aujourd’hui le résultat de ma cueillette irlandaise dans les catalogues de la future rentrée littéraire d’automne 2017 (en grand format) : trois premiers romans, pour trois nouveaux auteurs publiés en France. Joie.

Août 2017

Hérésies glorieuses – Lisa McInerney (Joelle Losfeld, 24 août)
Vera – Karl Geary (Rivages, 30 août)

Septembre 2017

Killarney Blues – Colin O’Sullivan (Rivages, 20 septembre)

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Hérésies glorieuses de Lisa McInerney

« Dans un style vrai, cru et aussi poétique, Lisa McInerney dresse le portrait touchant, drôle et irrésistible de personnages pris au piège, qui voudraient s’en sortir mais courent tout droit à leur perte. »

L’auteur : Lisa McInerney, née en 1981 en Irlande, son premier roman Hérésies glorieuses, a été publié en anglais en 2015, récompensé en 2016 par le prix Desmond Eliott et le prix Baileys, et sélectionné parmi les 10 meilleurs romans noirs de l’année par le New York Time’s Book review. Une adaptation télévisuelle est prévue. Depuis que je l’ai écoutée au Centre Culturel irlandais en mars dernier, j’ai très envie de la lire !

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Vera de Karl Geary

« Vera a la trentaine passée, elle vit dans les quartiers chics de Dublin, à Montpelier Parade. Sonny a 16 ans, il travaille dans une boucherie. Bien sûr, il rêve d’ailleurs. Lorsqu’il croise le regard de Vera, sa beauté lui donne immédiatement le vertige. Vera parle peu. Mais elle sait écouter Sonny comme personne ne l’a fait jusqu’à présent. »
Premier roman coup de poing d’un acteur irlandais devenu écrivain et scénariste, « Vera » est une magnifique histoire d’amour portée par une écritre exceptionnelle, un mélange inédit entre la justesse de Ken Loach et la grâce de James Salter. Aussi émouvant et dévastateur que « Breaking The Waves »

L’auteur : Né à Dublin en 1972, Karl Geary part à seize ans pour les Etats-Unis, où il gagne sa « green card » à la loterie. Mannequin, puis acteur, il crée une scène musicale branchée à New York et s’impose comme scénariste.

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Killarney Blues de Colin O’Sullivan

« La pittoresque ville de Killarney, dans le sud-ouest de l’Irlande, pourrait sembler l’endroit idéal pour profiter d’un soleil trop rare, mais la ville a le blues. Bernard Dunphy, cocher excentrique et guitariste, se languit d’un amour non réciproque et doit composer avec une mère et un cheval tous deux malades ; son ami Jack se mêle d’un crime violent ; et un trio de copines se prennent dans la toile de leurs propres méfaits. Le roman oscille entre l’obscurité et la lumière tandis que ses protagonistes luttent avec leurs démons intérieurs. L’amitié, l’amour et la musique peuvent-ils sauver leurs âmes tourmentées ? »

L’auteur : C’est une autre Irlande qui se donne à voir, avec les mots d’un poète. Suite à la publication de recueils de poésies et de nouvelles, c’est le traducteur de James Ellroy qui propose ce texte aux éditions Rivages. Killarney Blues, de Colin O’Sullivan, nous amène dans cette paradoxale Irlande à mi-chemin entre intemporalité mythique et modernité. Il met en scène un antihéros absolu, Bernard Dunphy, cocher pour touristes de son état, atteint du syndrome d’Asperger, et qui voit dans le blues une spiritualité réconfortante. Son destin sera percuté par l’irruption de la transgression. Son ami d’enfance fera entrer le crime dans sa vie. Un roman traversé d’une profonde mélancolie et de la beauté du blues. (On vous glisse au coin de l’oreille que le roman est en lice pour l’équivalent du Goncourt du premier roman irlandais…) (Lu sur Actualitte.com)

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A suivre… (j’en ai certainement raté !)

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 2017, Nouvelles découvertes, Rentrée automne 2017 | Tagué , , , , | 3 commentaires

Nouvelles découvertes irlandaises #12 : juin 2017

Pour le mois de juin, deux nouveautés en grand format :

JeunesseOscar et le Recette du Bonheur – Sarah Moore Fitzgerald (Albin Michel, 1er juin 2017)
RomanceLes jours meilleurs – Cecelia Ahern (Milady, 16 juin 2017)

Et une nouveauté en poche :

Les Enfants de Dynmouth – William Trevor (Libretto, 1er juin 2017)

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•  Oscar et la Recette du Bonheur de Sarah Moore Fitzgerald (traduit par Valérie Le Plouhinec)

« Après avoir vécu toute sa vie dans un petit village de la côte irlandaise, Meg a déménagé pour un an en Nouvelle-Zélande avec sa famille. Elle a donc laissé Oscar, son complice de toujours. Oscar et son télescope toujours tourné vers les étoiles, Oscar et ses tartes aux pommes magiques qui ont le goût du bonheur.
Les deux amis s’écrivent, puis à coups d’éloignements, de malentendus et de mauvaises intentions d’une nouvelle arrivante, les lettres se font moins régulières. Jusqu’à ce coup de fil, de l’Irlande à la Nouvelle-Zélande. Oscar a disparu. Son vélo a été retrouvé sur la jetée. Personne n’a vu le garçon.
De retour au village, Meg mène l’enquête et découvre les zones d’ombre que cachait Oscar ces derniers mois. »

L’auteure : « Sarah Moore Fitzgerald est née à New York et a grandi à Dublin. Elle est aujourd’hui professeur d’université à Limerick, Irlande. Ecrivain depuis sa plus tendre enfance, elle est également une grande lectrice et une excellente cycliste. » (présentation de l’éditeur)

Ce roman (The apple Tart of Hope, paru en 2014, en version originale) est son deuxième publié, mais le premier traduit en français. Son premier, Back to Blackbrick date de 2013. Un troisième, A very good Chance, est sorti en 2016.

• Les jours meilleurs de Cecelia Ahern (traduit par Fabienne Vidallet)

« Kitty est dans l’impasse. À force de dévoiler la vie privée des gens dans la presse à scandale, elle s’est acquis une réputation désastreuse et sa carrière de journaliste piétine. Pire encore, elle ne supporte pas d’avoir déçu Steve, son meilleur ami, une des rares personnes dont l’opinion compte à ses yeux. Comme un malheur n’arrive jamais seul, elle comprend que Constance, la femme qui lui a tout appris, vit ses derniers instants. Kitty demande à son amie de lui confier sur son lit de mort l’histoire qu’elle a toujours rêvé d’écrire. Mais la réponse arrive trop tard, sous la forme d’une liste de cent noms, sans aucune explication. Déterminée à résoudre l’énigme, la journaliste part à la rencontre de ces inconnus. Cette enquête va lui permettre de découvrir des aspects pour le moins inattendus de la vie de Constance, et peut-être même de trouver un sens à la sienne. »

L’auteure : Cecelia Ahern est diplômée en journalisme et en communication du Griffith College de Dublin. Elle est la fille de l’ancien Premier ministre irlandais Bertie Ahern, mais elle ne se contente pas d’être une « fille de » : à vingt et un ans, Cecelia publie son premier roman, P.-S. I Love You. Le succès est immédiat et son roman est adapté au cinéma. Ses livres sont aujourd’hui traduits dans le monde entier. (présentation de l’éditeur)

Les Enfants de Dynmouth de William Trevor (traduit par Marie-Odile Fortier-Masek ; paru en grand format aux éditions Phébus, en 2014)

« Le jeune Timothy Gedge vit à Dynmouth, paisible petite cité du sud-ouest de l’Angleterre.
Pervers, rusé et impudent, l’adolescent s’introduit chez ses voisins dans l’idée de perturber la tranquillité de leurs jours et de leurs nuits. Ainsi, l’adolescent raconte sur son voisinage que le capitaine Gordon Abigail est attiré par les jeunes garçons ; que Mrs Dass et son mari n’ont rien fait pour retenir leur fils unique aujourd’hui enfui ; que Mr Plant lorgne les femmes et en trousse certaines ; et, pis encore, que le père de Stephen a sans doute tué sa première épouse.
Oui, c’est ce que clame à qui veut l’entendre, et souvent aux intéressés eux-mêmes, le jeune Timothy.
Mais de ce qu’il a raconté, insinué ou affirmé, comment faire la différence entre vérité et fabulation ? »

L’auteur : « Issu d’une famille protestante, William Trevor Cox ,de son vrai nom, est né en 1928 dans une petite ville voisine de Cork en Irlande. Après des études au collège Saint Columbia, puis au Trinity College de Dublin, où il fut diplômé d’histoire, William Trevor s’essaya à la sculpture parallèlement à son métier d’enseignant. En 1952, il se marie à Jane Ryan et s’établit en Angleterre, à Londres où il fut rédacteur dans une agence publicitaire, puis quelques années plus tard, dans le Devon. Il connait son premier grand succès littéraire à l’âge de trente-six ans avec The Old Boys. On lui doit des chefs-d’œuvre tels que En lisant Tourgueniev (Booker Prize 1991 ; Libretto, 2001) ou Le Voyage de Felicia (Phébus, 1996 ; adapté au cinéma par Atom Egoyan). Primé à de nombreuses reprises, il est considéré comme l’un des écrivains majeurs de langue anglaise ; il fut d’ailleurs fut anobli par la reine Elizabeth II d’Angleterre en 2002. » (présentation de l’éditeur)

J’ai déjà lu cinq romans de William Trevor, ainsi que deux recueils de nouvelles. Voici ce que j’ai écrit dans mon carnet de notes pour Cet été-là, lu en juillet 2013 (à l’époque, je n’écrivais pas encore de véritables « chroniques » – je n’ai commencé qu’en juin 2014) : « William Trevor excelle à peindre l’amour qui illumine soudain une existence terne, et la mélancolie des espoirs déçus. Son écriture, toujours limpide et délicate, donne naissance dans ce roman aussi, « Cet été-là », à une galerie de personnages humbles et attachants. Une belle histoire. »
Un très grand écrivain. Je lui consacrerai un billet dédié parmi mes « fiches auteurs », prochainement.

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