Décembre Nordique 2018

Cette année, je participe à nouveau au challenge nordique organisé au mois de décembre par Cryssilda. Au menu, tout ce qui touche l’Islande, la Norvège, le Danemark, la Suède et la Finlande.

Voici ci-dessous un petit aperçu des futurs billets qui devraient donc arriver sur le blog courant décembre. Deux romans sortis de ma pile à lire, Rosa Candida de l’islandaise Audur Ava Olafsdottir et Colza mécanique de la suédoise Karin Brunk Holmqvist. Un roman emprunté à la bibli, lecture hommage au regretté finlandais Arto Paasilinna : La forêt des renards pendus. Et puis deux romans graphiques : pour le Danemark, La lionne, un portrait de Karen Blixen (avec Anne-Caroline Pandolfo au scénario et les aquarelles de Terkel Risbjerg). Et pour la Norvège, Munch, de Steffen Kverneland.

Bon mois de décembre à toutes et à tous !

 

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Luna, tome 1 : Nouvelle Lune – Ian McDonald

Luna : new Moon, 2015. Traduit de l’anglais (Irlande) par David Goullet. Éditions Denoël, 2017

Ma chronique :

Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas lancée dans un cycle de SF (à part bien sûr mes relectures régulières du cycle de Dune de Frank Herbert et des Cantos d’Hypérion de Dan Simmons). Ce roman, Nouvelle Lune, est le premier tome de la trilogie Luna écrite par l’auteur nord-irlandais Ian McDonald. Je lorgnais dessus depuis sa parution en français chez Denoël l’an dernier. Et bingo, à la troisième page, j’étais déjà accrochée. Tout au long de ses 450 pages, je me suis absolument régalée.

Nous sommes en 2110, la Terre est exsangue. Sur la Lune, un nouveau far-west ultra technologique, nombreux sont ceux qui tentent leur chance. Marina est de ceux-là. Elle débarque, une Moonbeam parmi tant d’autres, sans un sou. Sur la Lune, les bas-fonds sont en fait au plus proche de la surface : à cause des radiations, plus tu es riche, plus tu vis profond. Tout s’achète et tout se vend. Tu paies ton air, tu vends les sels minéraux de ton urine. Au bord de l’asphyxie, Marina réussit à se faire embaucher comme extra à une soirée organisée par une des cinq familles qui détiennent le pouvoir sur la Lune, les Cinq « Dragons ». Ce soir-là, sa vie va changer, et nous, on va plonger véritablement au cœur du maelström politique qui secoue continuellement la Lune. Comme la Mafia, les Dragons sans cesse complotent et se battent, et le dernier des Dragons, les Corta – dont Adrianna la fondatrice originaire du Brésil a créé Corta-Hélio, les mineurs d’Helium-3, voici cinquante ans – n’est pas au bout de ses peines.

« Il n’y a pas de lois sur la Lune, rien que le consensus, et le consensus proscrit les armes à projectiles. Les balles sont incompatibles avec les environnements pressurisés et les mécanismes complexes. Couteaux, gourdins, garrots, machines subtiles et poisons lents, petits assassins biologiques comme les affectionnent les Asamoah : tels sont les instruments de la violence. Les conflits sont modestes et se livrent nez à nez. »

L’écriture de Ian McDonald est puissante et fluide, et quelle imagination ! Le monde qu’il a créé est original, dur et fascinant, hyper crédible et travaillé. A la fois proche du nôtre et si lointain. Des intrigues imbriquées, des luttes de pouvoir, un background passionnant, une montée en puissance, un rythme de plus en plus haletant, des personnages attachants et d’autres ignobles… Une fin en apothéose, qui ouvre magnifiquement l’histoire. Je crois bien que je n’ai absolument aucun bémol à relever. Deux ou trois petits clins d’œil au cycle de Dune m’ont fait chaud au coeur. Ma seule consolation de l’avoir terminé, c’est que Lune du Loup, le deuxième tome, est déjà traduit. Gros coup de cœur, donc, pour ce roman ambitieux qui tient ses promesses. J’ai été enchantée de bout en bout !

« On a toujours crû que l’apocalypse des robots prendrait la forme de flottes de drones tueurs, de mechas de guerre gros comme des pâtés de maison et de terminators aux yeux rouges. Pas d’une rangée de caisses enregistreuses automatiques à l’Extra ou à la station Alco du coin, pas de la banque en ligne, des taxis automatiques, du système automatique de triage médical à l’hôpital. Un par un, les robots sont venus nous remplacer.
Et nous voilà maintenant dans la société la plus dépendante aux machines jamais créée par l’humanité. Je suis devenue riche, j’ai bâti une dynastie basée sur ces même robots qui ont réduit la Terre à la mendicité. »

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 7.4 SF-Fantasy-Fantastique, Irlande du Nord | Tagué , , , | 5 commentaires

Un peu de jeunesse : Ourse & Lapin (Julian Gough & Jim Field) – Le loup en slip (Lupano, Izoït & Cauuet)

Ourse & Lapin, tome 1 : Drôle de rencontre

Rabbit’s bad habits, 2016. Illustré par Jim Field. Traduit de l’anglais (Irlande) par Rose-Marie Vassallo. Flammarion jeunesse, Père Castor, janvier 2017. Conseillé pour les 7-9 ans. Format 13x18cm, cartonné ; 112p

Mon avis :

Un hiver, une ourse sortie trop tôt de son hibernation rencontre un lapin vraiment grognon. Entre bonhomme de neige et loup affamé, Ourse et Lapin, que tout semble opposer, ne sont pas au bout de leurs surprises !

Cet album illustré pour jeunes lecteurs est vraiment formidable. De l’humour, des dialogues savoureux, beaucoup de tendresse. Des explications claires de concepts comme la gravité. Certains passages mettant en scène des crottes de lapin vont faire rire les enfants à coup sûr. Les illustrations de Jim Field m’ont énormément plu. Dans des nuances de blanc, gris, noir et bleu turquoise, les personnages sont expressifs et les dessins très doux.

Un livre mignon, drôle et intelligent sur l’amitié, l’entraide et le dépassement des préjugés, pour premiers lecteurs. Un format genre poche comme les grands et une couverture cartonnée qui permet bien de prendre ses aises. Un coup de cœur !

« – La gravité ? dit Ourse. C’est quoi ?
Lapin prit un air important.
– C’est la force mystérieuse qui attire les choses les unes vers les autres.
– Je vois, dit Ourse. Comme l’amitié.
– Non, dit Lapin.
– Comme l’amour, alors ?
– Non, non, dit Lapin.
– Alors… comme la faim, dit Ourse, inspirée par son estomac vide.
– Non ! Non !! Non !!! répéta Lapin. »

L’auteur : Julian Gough est né à Londres, a grandi à Tipperary et a fait ses études à Galway. Il écrit aussi bien pour les adultes que les enfants, mais seule pour le moment sa série Ourse & Lapin est traduite en français. Trois tomes ont paru chez Flammarion jeunesse. Elle a récemment remporté le Prix Livrentête, décerné par plus de 3000 jeunes écoliers français.

Son site ici

J’ai pour ma part découvert Julian Gough le 6 novembre dernier au Centre Culturel Irlandais, lors d’une rencontre où Karl Geary et lui nous ont fait passer une très chouette soirée. Julian Gough nous a tellement fait rire que j’ai eu envie de découvrir Ourse & Lapin. Et j’ai eu bien raison !

*

Le loup en slip, tome 1 : Le loup en slip

Scénario : Wilfrid Lupano ; Dessins : Mayana ItoIz et Paul Cauuet. Dargaud, novembre 2016 ; 36p.

Mon avis :

Je découvre enfin, avec grand plaisir, ce spin off des vieux fourneaux (Le loup en slip est le nom du théâtre de marionnettes de Sophie)

« Au-dessus de la forêt vit le loup. Un cri qui glace, un regard fou. Dans la forêt, on le sait, ne laisse pas traîner tes fesses quand le loup descend pour manger. »

Le loup, toute la forêt l’entend la nuit qui hurle, tout le monde sait ses méfaits. Alors le loup, toute la forêt en parle ! Et le sanglier vend des clôtures anti-loup, l’ours donne des cours de karaté anti-loup, le renard publie une gazette sur les dernières exactions du loup (les trois petits cochons ont disparu !), le libraire fait recette avec ses romans sur les crimes du loup, les cerfs font des conférences sur le loup, deux blaireaux armés jusqu’en haut des rayures forment la brigade anti-loup. « Peur du loup ? Mangez des noisettes ! » : l’écureuil aussi s’en met pas mal à gauche pour l’hiver… Alors bien sûr, quand le loup approche, quel émoi ! … et quelle surprise de ne pas le reconnaître ! Maman Hérisson met bien les mots sur le malaise ambiant : « Impossible ! Le loup, le vrai loup, celui qui me fait peur depuis que je suis toute petite, il ne porterait jamais un slip pareil ! » Car voilà : le loup porte un slip. Et franchement, il ne fait plus peur du tout. « Oh, ce slip ? Ce slip, il a changé ma vie »

Ce premier tome du Loup en slip est drôle et trépidant. Sur la plupart des planches, les dessins sont sortis des cases, à la manière des albums. L’histoire remplit alors la page, avec partout des détails à découvrir. Et mine de rien, son propos est une belle satyre de notre époque actuelle, où la sur-information le dispute au sensationnalisme et à la démagogie, sur fond d’idées reçues et de libéralisme à tout crin. Un album qui plaira autant aux petits qu’aux grands. Seul bémol : l’album est bien trop court !!!

« C’est interdit d’offrir des slips, peut-être ? Y a une brigade anti-slips aussi, dans cette forêt ? »

★★★★★★★★☆☆

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 1.2 Littérature française, 7.1 BD-Roman graphique, 7.3 Jeunesse & young adult | Tagué , , , , , , , , | 6 commentaires

La confession – Jo Spain

The confession, 2018. Traduit de l’anglais (Irlande) par Marion Boclet. City éditions, octobre 2018.

Ma chronique (rentrée automne 2018, 11) :

Harry McNamara et son épouse Julie sont dans leur salon, un soir, en train de regarder la télévision, lorsqu’un type déboule, un club de golf à la main – et tabasse Harry – le réduit en bouillie. Ici, dès le prologue, on sait qui a agressé qui. Tout le roman va alors se construire et se jouer sur les motivations et les mobiles de chacun des protagonistes – ou leur absence.

Les chapitres alternent entre les voix de Julie, l’épouse, John paul (JP) l’agresseur, et Alice, l’inspectrice en chef chargée de l’enquête. Parce que voilà : JP s’est rendu à la police tout de suite après les faits, couvert de sang et hagard, expliquant qu’il a été pris d’un accès de folie, rossant le premier type qui lui est tombé sous le club : il ne connaissait pas sa victime. Mais Alice n’y croit pas. Harry, l’un des banquiers les plus en vue d’Irlande (« L’argent les définissait », lui et sa femme), vient tout juste d’être innocenté à l’issue d’un long procès traquant les responsables du krach financier de 2007, qui a mis fin abruptement au Tigre celtique, cette période de forte croissance économique irlandaise.

C’est un roman qui change de ce que je lis habituellement sur l’Irlande. Ici, on voit les financiers du Tigre celtique de l’intérieur, et comme on s’en doutait, ce n’est pas joli-joli. Le début du roman pose bien chaque personnage dans son histoire personnelle, de 1990 à 2012. A mesure, on entre en finesse dans les personnalités et on découvre des relations de plus en plus complexes. Personne n’est vraiment ce qu’il semble être. Alcoolisme, enfance maltraitée, harcèlement sexuel… Jo Spain fait habilement monter l’histoire en puissance, jusqu’à une fin magistrale, qui m’a laissée pantoise.

La confession est un thriller psychologique qui tient ses promesses. Original, servi par une écriture dynamique et fluide, c’est un roman moderne et addictif. Un grand merci à City éditions pour cet envoi !

« C’est le choc, qui m’empêche de fonctionner normalement. Les pensées roulent dans ma tête comme des billes sur une assiette. »

★★★★★★★★★☆

Yvon aussi a aimé !

Lors de la deuxième soirée du festival du polar irlandais « Noire Émeraude », en septembre dernier, j’ai pu assister au Centre Culturel Irlandais à Paris à une chouette et intéressante conversation entre Jo Spain et le réalisateur Conor Horgan : « Detectives and criminals from page to screen. » « La romancière irlandaise de polars, Jo Spain, récemment chargée d’écrire son premier drame télévisuel pour RTÉ, nous [a fait] part des difficultés de passer de l’écriture de romans à celle de scenarios. Produite cet été par les réalisateurs de la série irlandaise à succès Love/Hate, sa série Taken Down sort sur écran en novembre 2018 »

(c) Hélène Hiblot & Lettres d’Irlande et d’Ailleurs

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 2018, 7.5 Policiers et thrillers, Rentrée automne 2018 | Tagué , , , | 2 commentaires

Quelques Bds #4 : Les Danois (Clarke) – Les vieux fourneaux, tome 4 : La magicienne (Lupano & Cauuet)

Les Danois (Clarke)

Scénario et dessins : Clarke. Éditions le Lombard, janvier 2018 ; 100 p.

Mon avis :

Copenhague, novembre 2017 : deux enfants blonds naissent dans la même maternité. Un drame pour Sorraya – elle et son mari sont d’origine Jordanienne -, une surprise pour Kirsten, Danoise de souche, car le papa est Mauritanien. Infidélité, maladie ? Bruxelles, mai 2018 : un rapport démographique de l’Unesco dénombre désormais 830 familles issues de l’immigration dans lesquelles sont nés des enfants blonds aux yeux bleus. Cela s’est propagé aux pays alentour. Les bébés sont tous en parfaite santé, les tests de paternité nient de possibles adultères, mais un vent de panique se met pourtant à souffler, comme un virus mortel, les populations européennes s’inquiètent, les communautaristes de tous bords entrent en ébullition.

Sur une idée fantastique, Clarke a créé une histoire très bien fichue, enquête journalistique, récit humaniste, fresque sociale et politique plausible et tout à fait intéressante. Un propos très actuel et agréablement positif. Un scénario travaillé, des personnages sympas, des dessins qui mettent parfaitement l’histoire en valeur, j’ai beaucoup aimé ce one shot du dessinateur belge Frédéric Séron (aka Clarke).

« Parle pas si fort… je me sens dans le même état qu’un meuble Ikéa démonté trop souvent ! »

★★★★★★★★★☆

Un album repéré chez Antigone
*

La Magicienne (Les vieux fourneaux, tome 4) (Lupano & Cauuet)

Scénario : Wilfrid Lupano ; Dessins : Paul Cauuet. Dargaud, novembre 2017 ; 54 p.

Mon avis :

Après une tournée estivale de dix-sept dates avec son théâtre de marionnettes Le Loup en slip, Sophie rentre au bercail avec sa fille Juliette. Au village, Garan-Servier veut agrandir son usine, mais se heurte à une ZAD – une Zone à défendre -, car on a découvert qu’une sauterelle protégée, la magicienne dentelée, vit dans les anciens champs de Berthe.

Le décor est posé pour un nouvel épisode des aventures des compères septuagénaires Antoine, Pierrot et Émile. De bons moments dans cet album, j’ai franchement ri à certains passages :

« – Si vous saviez !! Vous connaissez Guimauve Frombze ?
Gui comment ?
Guimauve Frombze, la série télé… Avec les dragons !
Qu.. ? Ah ! Game of Thrones ?
Oui, c’est ça, Guimauve Frombze. Et ben c’est de la gnognotte à côté des luttes de pouvoir à la fédération départementale de chasse. »

On en apprend plus sur Sophie (vu le couverture, je m’en doutais un peu), c’est très sympa. Mais l’ensemble est franchement moins bon que les précédents opus. On reste sur sa faim avec le scénario, moins travaillé, des dialogues moins percutants, des gags moins drôles, l’ensemble manque de souffle.

J’espère que le prochain tome – qui sort aujourd’hui – sera plus pêchu ! J’ai en tous cas bien hâte de le découvrir, pour retrouver toute cette bande de chouettes personnages.

★★★★★★★☆

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L’Écart – Amy Liptrot #mrl18 #rakuten

The Outrun, 2017. Traduit de l’anglais par Karine Reignier-Guerre. Éditions Globe, août 2018.

Ma chronique (rentrée automne 2018, 10) :

Amy est née dans les Orcades, cet archipel au nord de l’Écosse. Elle est brillante, casse-cou, déterminée, l’amie un peu folle, à nulle autre pareille et tellement vivante. Elle étouffe sur l’île et à dix-huit ans prend son vol, pour des études à Londres.

Mais à quitter les falaises pour les gratte-ciels, la jeune femme a bien failli se casser les ailes. J’ai eu un gigantesque coup de cœur pour ce récit de vie habité, porté par une plume sincère. Amy Liptrot raconte sa plongée dans un alcoolisme forcené, problématique, débilitant, mais surtout explore le chemin qu’elle a pris pour en sortir. Un retour aux sources, aux îles, un rebours sur soi.

Dans L’Écart, on découvre les douze phases du programme des alcooliques anonymes, mais surtout certaines îles des Orcades, et la psyché complexe d’Amy Liptrot. Attachante, splendide. « Je comble le vide laissé par l’alcool en m’ouvrant à la beauté de la nature et en m’intéressant à de nouveaux domaines de connaissance. » Je me suis réellement passionnée pour le roi-caille, l’astronomie, Papay, les vents et les marées. Quel voyage ! Un témoignage remarquable et lumineux, vraiment touchant et passionnant, une écriture fine et envoûtante. Un premier roman à découvrir !

« Malgré mes réticences face à tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à une question d’ordre spirituel ou religieux, je me résous à accepter l’existence de « puissances supérieures à moi-même ». Dans mon cas, il ne s’agit pas de Dieu, mais des forces avec lesquelles j’ai grandi et qui m’ont accompagnées toute mon enfance, des forces assez puissantes pour fracasser des navires et façonner des îles. »

J’ai lu ce roman dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire Rakuten 2018. Merci à Rakuten et aux éditions Globe ! #mrl18 #rakuten #amyliptrot #lecart

Publié dans 1.3 Litt. de Gde-Bretagne, 2018, Ecosse, Rentrée automne 2018 | 15 commentaires

Nouvelles découvertes irlandaises #21 : novembre 2018

Mise à jour le 10 novembre 2018, ajout de Steve Cavanagh et Olivia Kiernan

Deux parutions en grand format et deux poches, dont un avant-goût de 2019 !

En grand format

Octobre 2018

13 (Eddie Flynn, #3) – Steve Cavanagh (Bragelonne, 17 octobre)
Irrespirable – Olivia Kiernan (Hugo & cie, 18 octobre)

En poche

Novembre 2018

La Lucarne suivi de L’étrange et le connu – Seamus Heaney (Poésie/Gallimard, 15 novembre 2018)

Janvier 2019

Phalène fantôme – Michèle Forbes (La petite Vermillon, éd. la Table Ronde, 10 janvier 2019)

*

13 de Steve Cavanagh, troisième opus des aventures d’Eddie Flynn (Traduit par Benoit Domis)

« Rachel et Bobby Solomon formaient le couple le plus glamour d’Hollywood, ils avaient le monde à leurs pieds. Mais Rachel est morte, le crâne fracassé, et Robert se tient aujourd’hui dans le box des accusés.
À quelques heures du procès, la défense a appelé Eddie Flynn à la rescousse. En acceptant le dossier, l’ancien escroc s’est lancé dans la partie la plus difficile qu’il ait jamais eue à jouer. Car un homme l’observe, invisible, assis parmi les jurés. Tuer Rachel n’était qu’un début, son oeuvre peut véritablement commencer… »

Lire la chronique du blog EmOtionS : « En trois romans, Steve Cavanagh a dépoussiéré le thriller juridique en y rajoutant de fortes doses d’action, de suspense et de divertissement. »

L’auteur : Né à Belfast, en Irlande du Nord, Steve Cavanagh s’installe à Dublin pour faire son droit mais enchaîne surtout les petits boulots (plongeur, videur, agent de sécurité, opérateur de téléphonie) avant de décrocher un poste d’enquêteur dans un gros cabinet de Belfast, où il gérera les dossiers d’arnaque à l’assurance. Aujourd’hui avocat, il exerce dans le domaine des droits civils et a été impliqué dans plusieurs affaires très médiatisées. En 2010, il a notamment défendu un ouvrier victime d’injures racistes sur son lieu de travail et obtenu la plus forte somme en dommages et intérêts jamais accordée pour discrimination raciale en Irlande du Nord.
Les deux premières aventures d’Eddie Flynn ont été publiées aussi chez Bragelonne : La défense et Un coupable idéal. Je ne vasi d’ailleurs pas tarder à lire le premier tome.

Irrespirable d’Olivia Kiernan (Traduit par Francois Thomazeau)

« Dublin. Le docteur Eleanor Costello, scientifi que respectée, est retrouvée morte chez elle. Suicide ?
À peine remise des coups reçus lors de sa précédente affaire, la commissaire Frankie Sheehan se voit confi er l’enquête. La disparition du mari d’Eleanor puis la découverte d’une deuxième et bientôt d’une troisième victime lui prouvent qu’elle est en présence d’un tueur en série. Et que ce tueur aime jouer avec la mort.
Victimes consentantes, sites BDSM, » near death experiences « , chambres de torture, meurtres filmés et ritualisés : jusqu’à sa confrontation finale avec le tueur, Frankie va s’immerger dans ce que l’âme humaine a de plus noir et de plus pervers. Un noir absolu, malgré les taches de bleu de Prusse, ce pigment utilisé par Chagall et que l’on retrouve sur les victimes comme une signature. »

Lire la chronique du blog Unwalkers : « Ce roman est une réussite, surtout pour une première œuvre, et il n’y a pas besoin d’en faire plus. Le talent d’ Olivia Kiernan est tout simple : de bons personnages et un bon scénario servis par une écriture vive et agréable »

L’auteure : l’irlandaise Olivia Kiernan est écrivain, blogueuse et romancière. Titulaire d’une maîtrise en création littéraire de l’Université du Sussex, elle est née et a grandi dans le comté de Meath, en Irlande. Irrespirable (Too close to breath) est son premier roman, paru en 2018. C’est un thriller qui se passe à Dublin.

La Lucarne suivi de L’étrange et le connu. Traduit de l’anglais (Irlande) par Patrick Hersant. Préface de Jacques Darras

Né en 1939 en Irlande du Nord et mort en 2013 à Dublin, Seamus Heaney est sans conteste une des plus grandes voix de la poésie anglo-saxonne du XXe siècle. Le volume que nous publions, composé de deux recueils parus en 1991 et 1996 et qui encadrent sa réception du Prix Nobel de littérature en 1995, œuvres donc de la maturité, introduisent parfaitement à l’univers singulier du poète marqué notamment par la prégnance constante du monde rural, sa rudesse, ses travaux, ses outils, dont ce fils de fermier né dans une famille de six enfants dans une chaumière de la région de Londonderry a toujours fait le substrat de sa poésie.
Si elle n’est évidemment pas indemne des tourments et violences engendrées par le douloureux conflit qui a marqué l’histoire de son pays, conflit que le poète, homme de paix, a toujours voulu dépasser, la poésie de Heaney reste au plus près des choses concrètes et quotidiennes, attachée à la simplicité des êtres et des choses.
Un poète qui se situe dans l’extraordinaire constellation littéraire irlandaise parmi Yeats, Joyce ou Beckett…

Phalène fantôme de Michèle Forbes (Trad. de l’anglais (Irlande) par Anouk Neuhoff). Paru en grand format en janvier 2016 dans la collection Quai Voltaire, éditions La Table Ronde

–> lire ma chronique

J’avais eu la chance début 2016 d’assister à une rencontre avec Michèle Forbes à la Librairie Nouvelle à Asnières –> pour lire mon billet c’est par là

Présentation éditeur : Belfast, 1969 : tension dans les rues, trouble dans les âmes. De loin, Katherine a tout d’une femme comblée. Trois petites filles, un bébé adorable, un mari valeureux, George, ingénieur et pompier volontaire. Seulement, Katherine a un passé… En 1949, chanteuse lyrique amateur, passionnée par son rôle de Carmen, elle fait la connaissance de Tom, jeune tailleur chargé de lui confectionner son costume de scène. Le coup de foudre est immédiat, mais elle est déjà fiancée à George et la double vie a un prix. Vingt ans après le drame qui a décidé de son destin, Katherine ne parvient plus à garder ses émotions sous cloche. Au moment où sa ville se déchire, elle doit affronter les zones d’ombre de son passé.
Exploration de la mémoire, de l’enfance, de l’amour illicite et de la perte, Phalène fantôme dépeint des morceaux de vie ordinaire qui ouvrent sur de riches paysages intérieurs.

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Le livre des choses perdues & Prière d’achever – John Connolly

Je fais un petit billet groupé sur deux romans de John Connolly que j’ai lu car hélas, ce sont deux déceptions… Mais je ne m’avoue pas vaincue, j’ai encore un policier de lui dans ma pile à lire, Le chant des Dunes ; je me donnerai donc bientôt une dernière chance avec cet auteur irlandais !

Prière d’achever (The Caxton Lending Library & Book Depository, 2013) Traduit par Pierre Brévillon. Éditions Flammarion, coll. Ombres noires, 2014, 160 p.

Ma chronique sera courte, car j’ai été déçue par cette lecture. Ce n’est pas vraiment la faute de John Connolly, cette novella (roman court) étant originale (en tous cas la première moitié), et écrite dans un style élégant, littéraire et très anglais (elle a d’ailleurs remporté le Prix Edgar Allan Poe 2014).

… Mais dans toute la deuxième partie du récit, je n’ai pas pu me retenir de comparer l’histoire à la savoureuse série Thursday Next, du gallois Jasper Fforde ; série qui traite du même thème… mais en beaucoup mieux !!! Franchement, je devais avoir l’air d’un soufflé qui retombe.

Alors un conseil, lisez cette novella, et si elle vous a plu, foncez sur L’Affaire Jane Eyre, de Jasper Fforde ! (C’est le premier tome des aventures de Thursday Next) Ou bien, mieux : plongez-vous directement dedans ! « Dans un monde où la littérature fait office de religion, la brigade des LittéraTec élucide plagiats, vols de manuscrits et controverses shakespeariennes. L’agent Thursday Next rêve, elle, d’enquêtes explosives, quand le cruel Achéron Hadès kidnappe Jane Eyre. Dans une folle course-poursuite spatio-temporelle, la jeune détective tentera l’impossible pour sauver l’héroïne… » (ou comment profiter d’un billet déçu pour quand même vous conseiller une géniale lecture, haha)

Quatrième de couverture (de Prière d’achever) : Comment expliquer à la police que l’on a été témoin de la chute d’une femme, sous un train, alors qu’aucune trace de l’effroyable accident n’est visible ? C’est ce qui arrive à M. Berger, tranquille célibataire qui vient de s’installer à la campagne dans le vain espoir d’écrire un roman. L’ événement est d’autant plus troublant que, quelques jours plus tard, la même jeune femme se jette à nouveau sous la locomotive. Cette fois-ci, M. Berger décide de suivre cette mystérieuse créature au sac rouge. Il atterrit dans une étrange librairie tenue par un vieil érudit, qui accueille en ses murs les plus grands personnages de la littérature…

Le livre des choses perdues (The Book of Lost Things, 2006). Traduit de l’anglais par Pierre Brévignon. Éditions de L’Archipel, 2009 ; Réédition en poche chez J’ai Lu, 2010, 380 p.

Une lecture éprouvante pour un livre auquel je n’ai pas du tout accroché. Le roman a fini par me tomber des mains. Une mise en place de l’histoire bien trop longue, un héros pas du tout attachant, un changement de dimension narrative qui m’a fait penser à Narnia de C. S. Lewis (dont j’ai lu les sept tomes – et qui est irlandais lui aussi, d’ailleurs), mais en cruel et raté, une revisite de contes connus dans l’ensemble glauque, voire malsaine… Je ne comprends même pas que ce livre soit classé en littérature jeunesse, et encore moins qu’il ait gagné un prix de l’imaginaire. Une grosse déception !

Quatrième de couverture : L’Europe est sur le point de basculer dans la guerre. Le jeune David est trop petit pour comprendre la politique, mais il n’en ressent pas moins l’inquiétude qui, chaque jour, mine un peu plus les traits de son père. Le garçon se retrouve livré à lui-même, seul avec Rose, celle qui a remplacé sa mère défunte. Mais un jour, la voix de cette dernière l’appelle, elle est là, toute proche, quelque part au fond du jardin, dans ce tronc creux qui, hier encore, n’était pas là…
Et voilà David aspiré dans un autre monde, peuplé de créatures tout droit sorties des contes qu’il lit à longueur de journée. Un lieu magique et violent où, au détour de chaque chemin, le guette un danger qu’il doit affronter s’il veut un jour rentrer chez lui.

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Au loin – Hernan Diaz

In the distance, 2017. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Christine Barbaste. Delcourt littérature, sept. 2018, 334 p.

Ma chronique (rentrée automne 2018, 9) :

Au loin fait partie de mon butin du festival America, où j’ai eu la chance de le faire dédicacer par l’auteur, vraiment très amical et charmant. Sitôt rentrée, sitôt commencé, et lu quasiment dans la foulée. Cela fait donc maintenant de nombreuses semaines que je l’ai terminé, mais où était donc passée cette chronique ? Et bien pour tout dire, je ne savais pas trop comment en parler. Et pour être honnête, je n’en sais toujours rien… mais je ne peux plus attendre plus longtemps pour vous partager ce coup de cœur, donc hop, hop, hop, on verra bien.

Au loin m’a, au tout départ, rappelé la splendide Saga des émigrants de Vilhelm Moberg. Milieu du dix-neuvième siècle, deux jeunes paysans suédois, deux frères, quittent leur terre natale pour tenter leur chance en Amérique. Ici ils sont seulement tous les deux, Håkan et Linus. Dans l’œuvre de Moberg, ils partaient avec famille, enfants et quelques autres de leur village, fuyant la misère, la persécution religieuse ou (et ?) un destin cruel.

J’ai aimé ce clin d’œil, d’autant plus que très vite, Au loin trace son propre chemin. Car Håkan égare son frère, débarque malencontreusement à San Francisco et décide derechef de rejoindre New-York, pour le retrouver, traversant donc tout le continent américain. A l’envers de la ruée vers l’or, à rebours de l’histoire ? En tous cas, en plein dans les emmerdes. Commence alors l’épopée d’Håkan, une véritable odyssée, pleine de péripéties, de tourments et de personnages hauts en couleurs. Chercheurs d’or, tenanciers de saloons opiomanes, scientifiques illuminés, indiens aux abois… L’ouest va donner des ailes à Håkan (Håkan se prononce en suédois Hawk quelque chose, « Hawk ? Hawk ? Et bien quoi, Hawk ? » Hawk, qui veut dire Faucon, donc, devient pour tous son nom : Håkan devient « le Hawk »). Lui donner des ailes, en faire un héros légendaire, s’évertuer à lui arracher ses plumes une à une ?

Au loin est un roman qui sort du lot. Il y a ici une fraicheur dans l’écriture, un élan et une force dans la narration, exceptionnelles. Quelques redondances sans doute à d’infimes moments, peut-être de légères longueurs parfois, mais qui m’ont en fait plus épaté qu’autre chose, par la justesse de leur ton, comme tout au début du livre, lorsque Håkan ne comprend pas l’anglais, et que tout comme lui, lecteur, nous restons dans un flou partiel sur ce qui se passe vraiment. Hernan Diaz a un talent époustouflant pour nous mettre dans la peau de son héros, dans l’évolution de sa compréhension du monde. Et la fin, la fin est vraiment splendide.

Au loin est vraiment un premier roman exceptionnel, que je vous conseille ardemment de découvrir.

« L’aube n’était qu’une intuition, une certitude encore invisible, mais Håkan s’élança vers elle à toute jambes, le regard rivé sur ce lointain qui ne tarderait pas à rougeoyer et lui montrer la direction menant à son frère. »

Un roman découvert chez Kathel

Nota Bene : Je n’ai pas pu m’empêcher de mettre les traits d’Alexander Skarsgård sur ceux d’Håkan. Si vous avez vu l’excellent film Mute, sorti cette année, vous comprendrez. Le géant taiseux, la vraie humanité qui transcende les bons sentiments.

Publié dans 2.1 Litt. d'Amérique du Nord, 2018, États-Unis, Rentrée automne 2018 | Tagué , , | 7 commentaires

Smile – Roddy Doyle

Smile, 2017. Traduit par Christophe Mercier. Éditions Joelle Losfeld, août 2018, 256 p.

Ma chronique (rentrée automne 2018, 8) :

« J’allais dans ce nouvel endroit tous les soirs – enfin, toutes les fins d’après-midis. Au commencement, je devais me forcer à le faire, comme je serais allé à la messe, ou dans une salle de musculation. »

Victor Forde, 54 ans, est abordé un soir dans son pub familier par un type lourdingue, immédiatement désagréable, qui se présente comme un ancien camarade d’école. Ed Fitzpatrick. Cependant, bizarrement, Victor n’arrive pas à se souvenir de lui.

« Je n’appréciais pas Fitzpatrick. Mais il m’avait ramené tellement loin en arrière ; c’était l’appât, le leurre. Il ne s’agissait pas de nostalgie. Je ne le pense pas. »

Dialogues de pubs aux petits oignons, souvenirs d’enfance, d’école, Victor se livre, se rappelle, écrit, semble-t-il. Il raconte son grand amour, sa femme Rachel, leur rencontre, leur différence de milieu et de rapport à l’existence, la célébrité montante de Rachel, un jeune traiteur qui devient un entrepreneur en vue. Il raconte l’Irlande de ces années-là, la mort de son père, les années de collège chez les frères chrétiens, les brimades.

On sent assez vite que quelque chose cloche avec Victor, ou a cloché dans son passé. Des réactions épidermiques, une allusion de ci de là, au coin d’un dialogue ou de suspensions. Victor est un écrivain reconnu, mais il semble ne jamais rien avoir publié. Il se considère comme un imposteur. L’est-il vraiment, ou juste à ses yeux ? Cache-t-il un secret, à lui, à nous, va-t-on nous le livrer plus tard dans la lecture, ou devra-t-on le deviner ? Ce roman a une construction implacable. Le malaise et le mystère sont distillés avec art et parcimonie, tout au long de la narration, en alternant de grands pans de vie qui font rire et touchants. Mais toujours on revient au nœud gordien. Et sur les dernières pages, Roddy Doyle nous assomme. Jamais je n’aurais pensé à ça. J’ai terminé le roman avec cette envie de le reprendre immédiatement au début, comme Fight club, Usual suspects.

Même si j’ai bien aimé A la poursuite du grand chien noir, un des romans jeunesse de Roddy Doyle paru ces dernières années, avec Smile nous sommes un cran au-dessus. Dans la veine de La femme qui se cognait dans les portes… Quelle claque j’ai pris ! Une marqueterie de mots où chaque phrase est à sa juste place ; avec quelques angles vifs qui font saigner. Du très bon ! A découvrir. Merci aux éditions Joelle Losfeld et à Babelio !

« Je me suis penché par-dessus l’accoudoir du canapé et j’ai vomi. Le thé qua j’avais bu avec Brenda, les pintes, les lasagnes, les mensonges, les lacunes, les faits, tous les fragments de ma vie sont sortis en une seconde. »

Publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 2018, Rentrée automne 2018 | Tagué , , | 7 commentaires