Les Voyages de Gulliver : De Laputa au Japon – Galic & Echegoyen (Bd)

Scénario : Bertrand Galic ; Illustrations et couleurs : Paul Echegoyen. Éditions Soleil, novembre 2020 ; 112 p.

[Librement adapté du roman éponyme de Jonathan Swift (1726). Mon édition traduite est de 1963 aux Éditions Gallimard. Traduction d’Émile Pons, illustrations de Grandville ; 371 p.]

Mon avis :

Galic et Echegoyen nous offrent une remarquable adaptation du troisième voyage de Gulliver. J’ai eu un coup de coeur pour la qualité du graphisme et le formidable point d’entrée que ce roman graphique représente, dans l’oeuvre de Jonathan Swift (qui est Irlandais, je vous le rappelle).

Lemuel Gulliver est chirurgien de marine. Il embarque ici pour un nouveau voyage qui l’amène, suite à une attaque de pirates, dans des contrées étrangères inconnues. Une ville flottante, une Académie à la pointe du progrès scientifique et des peuples surprenants, dont Gulliver observe et nous partage les moeurs et les coutumes. Nota Bene : Les fans du Studio Ghibli et de Hayao Miyazaki doivent se souvenir de Laputa, dans Le château dans le ciel, non ? Cet animé est également inspiré de ce même voyage de Gulliver !

Ce roman graphique s’inspire du troisième voyage de Gulliver, « Voyage à Laputa, Balbinarbi, Glubbdubdrib, Luggnagg et au Japon » – moins connu que le premier ou le deuxième (les Lilliputiens et les Géants) ou le quatrième (les chevaux Houyhnhnms et les Yahoo). Je l’ai relu dans la foulée. Le roman graphique suit bien la trame du récit, tout en étant bien sûr moins détaillé – qu’est-ce que j’ai ri pendant sa visite de l’Académie de Lagado ! (citation du roman : « J’eus le grand plaisir, dans une autre chambre, de rencontrer l’agronome qui avait eu l’idée d’utiliser les cochons pour le labourage. Sa méthode, qui supprime l’emploi des charrues , des boeufs et des laboureurs, est la suivante : sur une surface à labourer d’un acre vous enfouissez à cinq ou six pouces de distance et à huit pouces de profondeur de grandes quantités de glands, dattes, châtaignes et autres fruits ou légumes dont les porcs sont particulièrement friands ; puis vous lâchez dans le champ six cents ou plus de ces animaux, lesquels, en cherchant leur nourriture, retournent le sol et le laisseront à la fois préparé pour les semailles et enrichi de leurs excréments. A vrai dire, l’expérience avait montré que le procédé était coûteux et d’une pratique difficile, mais il faut croire que cette invention est susceptible encore de nombreux perfectionnements. ».

Les voyages de Gulliver a été écrit en 1721, année de publication des Lettres persanes de Montesquieu, que j’avais énormément aimé quand je les ai lues au lycée. C’est le même esprit. Montesquieu a choisi de parler du Royaume de France vu par un Perse, Jonathan Swift parle d’autres civilisations pour se moquer de la société de son temps. Et devinez quoi ?! Trois cents ans plus tard, son propos n’a pris que quelques rides. C’est assez sidérant.

Jonathan Swift, dont l’imagination est des plus fécondes et assez délirante, nous offre avec Les voyages de Gulliver une œuvre humaniste et fantastique où l’humour n’est jamais loin de la satire politique et sociale, ni des réflexions philosophiques sur le progrès et le genre humain. Un esprit et un propos que retranscrivent à merveille Galic et Echegoyen, dans ce roman graphique qui est un très bel hommage à ce classique de la littérature. A découvrir !

___________________________________________________________________________________

Je profite de ce billet pour rapatrier sur le blog un petit avis que j’avais posté sur Babelio il y a 2 ans et demi, sur le pamphlet de Jonathan Swift Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d’être à la charge de leurs parents et de leur pays (ça vous donnera une idée du bonhomme) :

La révolte de Swift face à la misère et à l’injustice éclate surtout dans cet ouvrage, d’une ironie terrible. La solution qu’il préconise est d’une simplicité ogresque : il suggère aux familles pauvres irlandaises de vendre leurs enfants comme nourriture aux riches, afin qu’une charge économique devienne pour elles un profit général. Cet ouvrage, qui développe sur le mode ironique un discours cynique et cruel fit scandale, car certains en firent une lecture au premier degré.
Extrait : « Un jeune enfant bien sain, bien nourri, est, à l’âge d’un an, un aliment délicieux, très nourrissant et très sain, bouilli, rôti, à l’étuvée ou au four, et je ne mets pas en doute qu’il ne puisse également servir en fricassée ou en ragoût.» Avec beaucoup de sens pratique, il conseille aux mères « de les allaiter copieusement dans le dernier mois, de façon à les rendre dodus et gras pour une bonne table ».
Un pamphlet « savoureux » !

  5 comments for “Les Voyages de Gulliver : De Laputa au Japon – Galic & Echegoyen (Bd)

  1. 28 mars 2021 à 16 h 49 min

    Je ne connaissais pas ce pamphlet dont tu parles à la fin de ta très belle chronique. Il n’avait pas peur de remuer les consciences avec ce second degré inimitable 😉 Je note ce roman graphique également car j’adore les voyages de Gulliver et les illustrations ont l’air magnifiques, merci Hélène ! Bises bretonnes 🙂

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :