Les origines de l’amour – Maeve Brennan (nouvelles)

The springs of affection, 1997. Traduit de l’anglais (Irlande) par Dominique Mainard. Éditions Joëlle Losfeld, 2006 ; 375 p.

L’auteure : Maeve Brennan est née en 1917 en Irlande. Fille du premier ambassadeur d’Irlande aux USA, elle s’y installe en 1934. En 1949, elle rejoint l’équipe du New Yorker où durant 30 ans, sous le nom de plume « The LongWinded Woman », elle écrira une série de portraits sur la vie quotidienne, repris ultérieurement dans deux anthologies de nouvelles.

Mon avis :

Les vingt et une nouvelles qui composent ce recueil se passent toutes dans la même impasse bordée de pavillons à Ranelagh, une banlieue élégante et tranquille de Dublin. De l’une à l’autre on reconnaît les jardins alignés derrière les pavillons, le garage contre les murs du fond et le court de tennis plus loin.

« La santé délicate de Derry a pesé sur toute mon enfance de la même façon que l’Église catholique ou la lutte pour l’Irlande libre. »

Les premières nouvelles sont courtes et sans doute autobiographiques. Ce sont des chroniques familiales, racontées par Maeve lorsqu’elle était enfant à Dublin. L’incendie du garage, un vieil homme qui leur vend des pommes, ses visites aux clarisses (moniales ayant fait vœu de silence) que la fillette imagine dormant la nuit dans un cercueil avec des pierres en guise d’oreiller, sa première confession. La quatrième nouvelle raconte un épisode plus dramatique, en 1922 – Maeve a alors cinq ans –, « lorsque des hommes hostiles vêtus en civil et armés de revolvers s’introduisirent chez [eux] à la recherche de [son] père ou d’informations le concernant ». Le père était en effet engagé en politique du côté Républicain (vs Loyalistes).

Les six nouvelles suivantes, plus longues, racontent Mr et Mrs Derdon. Elles reprennent toutes ces deux personnages, Hubert et Rose Derdon, mais d’un point de vue légèrement différent à chaque fois. L’époque n’est jamais la même – on les découvre âgés, enfants, jeunes mariés ou une fois leur fils parti de la maison. Les pensées de chacun alternent, apportant un éclairage particulier et pertinent sur leur caractère et leurs relations. Les redites inévitables m’ont été sympathiques, comme une petite musique de fond familière. Après vingt ans de mariage, quand Hubert ne se souvient même pas d’avoir un jour aimé Rose, on a envie de lui taper sur l’épaule et de lui lire la nouvelle où leur première rencontre est évoquée, ou ce bal où ils sont allés ensemble quand ils ont commencé à se fréquenter, ou encore le récit de leur aménagement à Dublin après leur mariage : si, tu vois, là, tu étais fou d’elle ! Maeve Brennan ausculte minutieusement les êtres, les incompréhensions mutuelles et le manque de communication dans une vie de couple, les frustrations, le dépit, la peur, La solitude. C’est parfois horrible(ment triste), mais le ton est toujours très juste.

Les huit dernières nouvelles dépeignent quant à elles les Bagot, Martin, Délia et leurs filles, de la même manière détaillée et introspective. Ce couple évolue aussi en désamour, mais les nouvelles sont plus empreintes de douceur dans leur contenu que pour les Derdon. Sans doute les jeux des deux fillettes, l’affection du chien ou les ronronnements des deux chats y contribuent-ils, ainsi que le caractère plus affirmé de Délia en comparaison de celui de Rose. Ma lecture s’est néanmoins essoufflée ; j’ai trouvé à ces récits moins d’acuité et de force que ceux des Derdon. Sauf pour la dernière nouvelle, la plus longue du recueil et qui lui donne son nom, qui est absolument prodigieuse, de mesquinerie et de cruauté. C’est la meilleure du livre. On y retrouve vraiment d’une manière condensée tout le talent de l’auteure.

Maeve Brennan fait preuve d’une grande finesse d’analyse et d’observation des vies ordinaires. Elle nous permet littéralement de plonger dans l’esprit et les sentiments de ses personnages. J’ai beaucoup aimé certaines nouvelles – surtout l’ensemble des Derdon et Les origines de l’amour, la dernière, mais trouvé quand même le recueil un peu long. Pour les amateurs de prose tout en finesse et en études de caractère, c’est un ouvrage à découvrir. J’ai très envie maintenant de lire son court roman La visiteuse, paru lui aussi chez Joëlle Losfeld.

« John, son fils, avait quitté la maison pour ne plus revenir : il avait disparu à tout jamais dans la crevasse la plus répandue des familles irlandaises – la prêtrise. »

★★★★★★★★☆☆

  2 comments for “Les origines de l’amour – Maeve Brennan (nouvelles)

  1. 30 septembre 2020 à 17 h 29 min

    je lis peu de nouvelles mais ça pourrait me plaire !

    Aimé par 1 personne

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