Jamais assez – Alice McDermott & Et m*** ! – Richard Russo (nouvelles)

Un billet pour ces deux nouvelles, tout juste parues dans la mignonne collection la nonpareille* (*Nom donné à l’un des plus petits corps typographiques [6 pts] et, désormais, à cette collection de nouvelles inédites des éditions La Table Ronde). Illustrations : Cheeri.

Jamais assez d’Alice McDermott

Enough, 2000. Première publication dans The New-Yorker en avril 2000. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Céccile Arnaud.

Mon avis :

J’ai toujours énormément de plaisir à retrouver la plume de cette auteure américaine d’origine irlandaise. Jamais assez est une petite merveille qui raconte toute une vie, distillée en trente pages pleines de délicatesse.

Une vie ordinaire et le décor poudré d’un appartement, les bruits de fond d’un quartier populaire de New-York, peut-être aussi la brise de mer de Long Island que le vingtième siècle en vieillissant alourdit et métamorphose. Une famille nombreuse qui va s’élargissant, les années se succèdent en générations. Et au coeur de ces pages, celle dont l’étincelle de vie se nourrit du plaisir de chaque instant précieux. Le plaisir plein et rond d’une coupe de glace léchée en secret, la caresse d’un amant, bercer un nouveau-né.

« En prendre une autre, encore une autre. Des quantités. Jamais assez. »

Chacun des romans d’Alice McDermott a son propre ton et son charme particulier. Sont chroniqués sur ce blog Someone, Charming Billy, La visite à Brooklyn et La neuvième Heure (gros coup de coeur pour ce Prix Fémina étranger 2018)

*

Et m*** ! de Richard Russo

Sh*tshow, 2017. Première publication : Vintage Short, Vintage Books, New-York. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Esch.

Mon avis :

C’est la première fois par contre que je lis Richard Russo, donc je n’ai aucun recul ni point de comparaison, mais cette nouvelle m’a confortée dans l’envie que j’avais de découvrir ce grand auteur américain. J’ai commandé Un homme presque parfait chez mon libraire.

Et m*** ! commence le lendemain de l’élection de Trump, un couple d’universitaires à la retraite ressent le besoin de retrouver d’anciens voisins et amis pour un diner, histoire de resserrer les rangs en essayant de mettre de l’ordre dans la sidération qui les submerge. En fin de soirée, ils vont faire une découverte dans leur jacuzzi pour le moins déroutante… pour ne pas dire autre chose.

Richard Russo porte un regard ironique sur le couple et dresse le portrait à charge d’une certaine Amérique contemporaine. Il n’y va pas par quatre chemins dans sa critique politique, comment a-t-on pu en arriver là, et sonde le terreau sur lequel s’assied une amitié ou grandit un amour : quand ce qui semble solide s’écroule, aurait-on pu deviner certaines fissures annonciatrices ou est-ce arrivé sans crier gare ? Tout cela saupoudré d’humour noir. Cette nouvelle est vraiment très bonne.

« – C’est encore l’homme qui parle. Toujours l’homme, l’homme, l’homme.
Qu’est-ce que tu aimerais, Ellie ? Que je ne sois pas un homme ? »

★★★★★★★★☆☆

Cet article, publié dans 2.1 Litt. d'Amérique du Nord, 2020, États-Unis, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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