Une illusion passagère – Dermot Bolger

The Fall of Ireland, 2012. Traduit de l’anglais par Marie-Hélène Dumas. Joëlle Losfeld, 2013 ; 134 p.

Mon avis :

Dermot Bolger a dans mon coeur une place à part. La ville des ténèbres, 1996… on n’oublie jamais un premier amour, en littérature irlandaise non plus. Par contre, autant je me jette immédiatement dans la lecture de toute nouvelle publication de Colm Toibin, autant pour Dermot Bolger, j’en lis juste un de temps en temps. Là, c’était Une illusion passagère, sa novella de 2012 parue en France en 2013. L’immense avantage de ne pas tout lire d’un coup, c’est que Ensemble séparés et Le ruisseau de Cristal m’attendent encore sur mes étagères.

Une illusion passagère raconte une nuit en huis clos dans un luxueux hôtel chinois. Martin a cinquante-cinq ans, il est haut fonctionnaire dans cette Irlande au bord du gouffre financier qui a suivi le Tigre celtique. Un énième déplacement professionnel, une journée morne de réunions enchainées et ce soir une bulle de mal-être explose en lui, le laissant dévasté. Rongé par une solitude qui l’effraie, accablé par la déliquescence de son couple, écoeuré par le gouvernement de son pays. Tout s’amalgame en un jeu de miroirs, sa propre existence lui semble insignifiante, sa carrière dérisoire, son couple fichu, ses filles presque femmes n’ont plus besoin de lui… rien ne va plus. Trop raisonnable pour prendre une cuite, trop hésitant pour en finir, Martin, avec un léger parfum de Lost in translation, se laisse décider à faire appel à une masseuse. Deux humanités vont alors se frôler le temps d’une soirée, réconfort d’être touché, dialogue hésitant, espoir peut-être d’un fardeau allégé dans le partage d’un temps ralenti, mais aussi lourd de non-dits. Dermot Bolger questionne toute la gamme des illusions, qu’elles soient tissées par les gouvernements, ou concernent la communication entre les êtres, les sentiments. Connait-on jamais ceux que l’on aime ? Tout le monde joue-t-il un rôle ? Où réside la vérité ? Autopsie d’un couple finissant, portrait à charge d’un gouvernement déchu « à tout point de vue, sauf officiellement », Une illusion passagère est écrit de cette plume particulière à Dermot Bolger, une matière vive travaillée au plus près de l’être humain.

J’ai passé un intéressant moment de lecture, mais j’avoue, je préfère Dermot Bolger dans ses romans. Ca tombe d’ailleurs plutôt bien, il m’en reste deux à lire ! Joie.

★★★★★★★☆☆☆

  5 comments for “Une illusion passagère – Dermot Bolger

  1. 3 mai 2020 à 16 h 25 min

    Beau retour Hélène. Je découvre cet auteur Dermot Bolger grâce à toi. merci ! 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. 4 mai 2020 à 3 h 26 min

    C’est vrai qu’à te lire, j’ai senti un air de « Lost in translation ». Reste que ce genre d’univers de désillusion me parle bien.
    Hélène et la littérature irlandaise, dans mon esprit, ça ne fait qu’un! Bon retour, oui!

    Aimé par 1 personne

  3. 23 mai 2020 à 9 h 50 min

    Je ne connaissais pas cet auteur ! Malgré tes petits bémols tu m’as donné envie de lire ce livre. 🙂

    Aimé par 1 personne

    • 23 mai 2020 à 11 h 10 min

      Chic ! Dermot Bolger est un immense auteur, ça me fait vraiment très plaisir de t’avoir donné envie de le découvrir 🙂 Et même si oui, je le préfère sur ses formats plus longs, cette novella a de grandes qualités.

      Aimé par 1 personne

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