Notes à usage personnel – Emilie Pine

Notes to self, 2018. Traduit de l’anglais (Irlande) par Marguerite Capelle. Delcourt Littérature, octobre 2019

Ma chronique :

Emilie Pine enseigne l’art dramatique dans une université à Dublin. Ce livre – son premier – a paru en Irlande en 2018 dans une petite maison d’édition et a connu très vite un succès fulgurant. Je comprends pourquoi. Notes à usage personnel se compose de six récits autobiographiques, qui peuvent être lus comme autant d’essais, vu la portée universelle de leur propos.

« L’écriture est une façon de donner du sens au monde, une façon de trier – de s’approprier – sa pensée et ses émotions, une façon de tirer de la souffrance quelque chose qui en vaut la peine. »

Elle raconte l’alcoolisme de son père (Notes sur l’intempérance), sa propre infertilité (Les années Bébé), la séparation de ses parents dans une Irlande qui n’autorisait pas le divorce (Se parler ou pas), comment elle a été scolarisée dans cinq collèges en trois ans à l’adolescence (Quelque chose en moi). Elle parle de violences sexuelles, de sexisme ordinaire, de sang et de poils (Saigner et autres crimes), de féminisme, de surmenage et de dépression, d’addiction au travail (Ceci n’est pas au programme). Un parcours atypique et pourtant, ce qu’elle nous livre pourra parler à tous, ou en tous cas à toutes, d’une manière ou d’une autre, même si on n’a pas le même vécu ni la même conception de l’existence. Soit par les épreuves qu’elle a pu traverser, soit par les questions qu’elle se pose, sur sa vie, son corps, son couple, sa famille, sa place au monde et celle, d’une manière plus générale, des femmes et ce qu’elles représentent dans nos sociétés.

« Peut-être qu’il ne faut pas juger un ensemble d’années sur un condensé des moments les plus extrêmes. »

Emilie Pine raconte ses peurs, ses choix, ses colères, ses hésitations, ses renoncements. Elle se livre avec sincérité et sans complaisance, d’une voix lucide, crue, drôle et sensible. C’est parfois brut de décoffrage, souvent touchant. Un parcours ciselé de contrastes et semé de difficultés.

Notes à usage personnel est un livre vraiment courageux, qui se lit d’une traite. Il m’a fait penser aux récits autobiographiques de Nuala O’Faolain. Cette manière franche de raconter un passé tumultueux, ce contraste entre l’avant et le maintenant, la combativité, la résilience. A découvrir !

« Je choisis d’être heureuse. Ce bonheur n’est pas parfait, il n’est pas exempt de douleur. Il porte du chagrin en lui. Il n’en est que plus fort. »

★★★★★★★★★☆

Cet article, publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 2019, 7.0 Non fiction, Chroniques (toutes mes), Rentrée automne 2019, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

5 commentaires pour Notes à usage personnel – Emilie Pine

  1. kathel dit :

    Si tu cites Nuala O’Faolain et ses récits autobiographiques, je suis fichue ! 🙂 (bon, je l’avais déjà noté, et j’ai bien fait, on dirait)

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  2. Marie-Claude dit :

    Tu confirmes ce que je pensais: il m’intéresse! « Ce regard en arrière » de Nuala O’Faolain m’avait beaucoup touchée. Si on nage dans les mêmes eaux, je risque de me régaler!

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  4. Christelle dit :

    Je le note dans ma loooongue liste d’envies pour après le confinement 😉

    Aimé par 1 personne

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