Bouquet d’avis #5 : Les amants de Coney Island – Billy O’Callaghan ; Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon – Jean-Paul Dubois

Vite, vite, vite, avant que l’année ne tire sa révérence, je vous livre mes modestes avis sur ces deux romans : un irlandais, un français.

Les amants de Coney Island – Billy O’Callaghan
Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon – Jean-Paul Dubois

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Les amants de Coney Island – Billy O’Callaghan

My Coney Island baby, 2019. Traduit de l’anglais (irlande) par Carine Chichereau. Éditions Grasset, mars 2019

Mon avis :

Ce premier roman de l’irlandais Billy O’Callaghan a paru cette année. Je suis très contente de l’avoir lu, même si ma lecture a été mitigée. Je vous raconte pourquoi.

« Très tôt dans leur relation, ils se sont satisfaits de la rumeur du bonheur, ils ont laissé leur univers demeurer dans l’abstraction. »

Mickael et Caitlin sont amants depuis de très nombreuses années, vingt-cinq ans si je me souviens bien. Une fois par mois « sans faute, le premier mardi » ils se retrouvent à Coney Island et passent quelques heures ensemble. Aujourd’hui semble différent, et pourtant la journée ne déroge pas à leurs habitudes. Une promenade, une chambre d’hôtel. Et chacun se souvient. De son enfance, de sa vie. De leur rencontre, comment elle a tout changé, tout illuminé, rendu leur vie à chacun supportable, et même mieux, plus que cela, comment leur liaison, leur amour partagé, leur a permis d’exister.

Le bât a cependant commencé par blesser, au début de ma lecture. Quand Billy O’Callaghan nous présente Michael et Caitlin – et à chaque fois ensuite quand il raconte le présent -, il focalise d’une manière que j’ai trouvé presque maniaque, clinique, sur les détails. L’impression un peu agaçante qu’il s’écoute écrire, mais surtout une lumière trop crue projetée sur les êtres : impossible de m’attacher.

Mais tout a heureusement basculé, lorsque l’on s’aventure dans leurs souvenirs. Des passages superbes, doux, tristes, émouvants, glorieux. L’enfance, les deuils. Caitlin a grandi à Brooklyn, sa mère est irlandaise. Elle m’a rappelé les romans d’Alice McDermott. Joie. Mickael, lui, a grandi à Inishbofin, une île tout au nord de l’irlande, qu’il a quittée à seize ans. Des parcours de vie intéressants, très humains, une belle atmosphère. Et par moments cette impression de vie perdue, gâchée, pas aboutie, une sensation qui prend à la gorge. D’une tristesse infinie, terrible. C’est ce qui me restera, je crois.

Une lecture mitigée, mais je n’oublie pas que c’est un premier roman, et je peux donc vous dire que l’auteur a un sacré talent ! Je lirai ses prochains livres.

« Le temps est un tesson de verre planté dans la nuque du jour »

★★★★★★★☆☆☆

*

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon – Jean-Paul Dubois

Éditions de l’Olivier, août 2019

Mon avis (Rentrée automne 2019, 10) :

« L’homme est un ours qui a mal tourné »

Paul Hansen purge une longue peine de prison à Montreal. C’est sa vie entre le Danemark, Toulouse et le Québec qu’il nous raconte dans ces pages à l’écriture affûtée et splendide. Son père pasteur, sa mère gérante de cinéma d’art et d’essai, son métier d’homme à tout faire d’une résidence, sa femme Winona, pilote de Beaver, Algonquine par son père et Irlandaise par sa mère, leur chienne Nook, Patrick Horton, son codétenu, un homme et demi des Hells Angels incarcéré pour meurtre et qui s’évanouit quand on lui coupe les cheveux.

« T’as déjà pigé le truc de l’infini, toi ? Moi, jamais. Un truc qui finit pas, ça rentre pas dans ma tête. C’est obligé qu’il y ait une fin quelque part. Simplement, on y est pas encore allés. Sauf que si tu y arrives, au bout, c’est obligé, tu te poses la question : y a quoi après le bout ? Un bout sans fin ? Et c’est reparti. »

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon est un roman mélancolique et drôle, pétri de tendresse, d’humanisme et de dignité. Une habile critique de notre monde moderne, de très beaux personnages. C’est une lecture qui fait vraiment du bien. Pas tout à fait un coup de coeur (sans doute pas assez de Winona), mais pas loin. En tous cas une merveilleuse découverte.

Pour la petite histoire, j’ai commencé à le lire pile la veille de l’obtention de son prix Goncourt (je vous en parlais sur Instagram – merci Marie-Claude @hopsouslacouette). C’est mon premier Jean-Paul Dubois, et certainement pas le dernier !

« […] Les grands magasins diffuseront des Christmas carols pour lubrifier les cartes de crédit et, en un illisible ballet, toutes sortes d’objets inutiles et dispendieux, extirpés du néant pour y revenir bientôt, transiteront de main en main […] »

★★★★★★★★★☆

*

Je vous souhaite à toutes et à tous une lumineuse fin d’année 🙂

Cet article, publié dans 1.1 Littérature Irlandaise, 1.2 Littérature française, 2019, Chroniques (toutes mes), Rentrée automne 2019, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

8 commentaires pour Bouquet d’avis #5 : Les amants de Coney Island – Billy O’Callaghan ; Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon – Jean-Paul Dubois

  1. lorenztradfin dit :

    Bel extrait du Dubois ! Pile poil ! Belle fin d’année !

    Aimé par 1 personne

  2. Eve-Yeshé dit :

    j’hésite encore un peu pour le roman de Dubois mais l’extrait me plaît donc je vais finir par craquer..

    Aimé par 1 personne

  3. Marie-Claude dit :

    Je suis joie de voir ton enthousiasme pour le Dubois. Pareil pour moi: pas assez de Winona à mon goût!

    Une belle et douce année à toi xxx

    Aimé par 1 personne

  4. Ping : Mes lectures préférées de 2019 | Lettres d'Irlande et d'Ailleurs

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