A la ligne – Joseph Ponthus

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Éditions La Table Ronde, collection Vermillon, janvier 2019

Ma chronique (rentrée hiver 2019, 1) :

Je commence 2019 en beauté, avec un coup de coeur pour ce roman d’inspiration autobiographique pas comme les autres. A la ligne Feuillets d’usine est un ouvrage surprenant, tant par la forme que sur le fond.

Après des études de lettres, Joseph Ponthus a travaillé de nombreuses années dans le social, comme éducateur spécialisé. Quand il se marie et s’installe en Bretagne, le travail hélas ne suit pas. Aux abois financiers, il s’inscrit en agence d’interim, où on va lui proposer des contrats en conserveries de poissons, puis à l’abattoir.

Ce sont ces journées à l’usine qu’il raconte ici, des « journées plates, monotones et dures », et sa vie autour, en tous cas ce qu’il arrive à en préserver. Comme un journal, ces Feuillets d’usine ont la forme d’un presque long poème. Le texte ne contient aucune ponctuation. A la ligne, ce n’est pas seulement la ligne de production (c’est comme ça qu’on appelle aujourd’hui le travail à la chaine). Dans tout le livre, au lieu de mettre un point, il va à la ligne. Chaque respiration se fait à la ligne, au propre comme au figuré.

« Tant qu’il y aura des missions interim
Ce n’est pas encore le point final
Il faudra y retourner
A la ligne »

Et Joseph Ponthus a du talent, car l’ensemble se lit vraiment bien, et le récit acquiert un rythme bien à lui. Celui des percussions harmonisant la cadence du banc de nage des galériens, du chant des bagnards cassant des cailloux sur le bord de la route, du fracas discordant des machines, de la douleur syncopée des muscles torturés, ou des chansons qu’il fredonne ou entonne à pleins poumons pour se donner du courage. Et du courage, bon sang, il en a, et une sacrée énergie, un humour salvateur, et de l’amour pour sa femme. De nombreuses références littéraires émaillent le récit, les auteurs deviennent des compagnons, invoqués au fil des heures. Le temps perdu de Proust, il l’a trouvé à l’usine. Il pense à Apollinaire dans les tranchées, avant de repartir à l’assaut de ses propres carcasses, après la pause.

L’écriture de Joseph Ponthus est précise et réaliste, sans être froide ni impersonnelle. J’ai été durablement marquée par ce qu’il raconte de l’abattoir. Comme je l’avais été par certains passages du Grand Marin de Catherine Poulain, où ils vidaient des poissons pendant des heures sur le pont des navires.

Derrière ces journées à la ligne se dessine à mesure le visage grimaçant, glaçant et ignoble de notre société moderne. Qui se fiche tout autant de ce qui se trouve d’un bord ou de l’autre de la chaine, de la ligne, femme, homme, animal. Tous saccagés, sacrifiés en masse à l’autel du profit, de l’argent, du rendement.

« L’usine bouleverse mon corps
Mes certitudes
Ce que je croyais savoir du travail et du repos
De la fatigue
De la joie
De l’humanité »

A la ligne rend hommage à la vie, à la force, à l’amour. Merci aux éditions La Table Ronde pour ce coup de coeur.

« Il y a dans le monde des hommes qui n’ont jamais été à l’usine ni à la guerre. »

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4 commentaires pour A la ligne – Joseph Ponthus

  1. kathel dit :

    Original, voici de la littérature, de la vraie… et un billet très inspiré !

    Aimé par 2 personnes

  2. Voilà une bien belle critique pour un ovni littéraire, non pas pour son sujet mais pour sa forme. Le sujet justement est d’actualité. Je note ce livre. Belle soirée à toi, Bises bretonnes 🙂

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  3. Marie-Claude dit :

    Tu piques ma curiosité. Le sujet m’intéresse fortement. C’est la forme qui me fait un peu hésiter. Je vais tenter de trouver quelques extraits de plus pour achever de me convaincre. (Quoique tu as fais le plus gros du chemin pour me faire craquer!)

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