La neuvième heure – Alice McDermott

The ninth hour, 2017. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Cécile Arnaud. Éditions La Table Ronde, Quai Voltaire, août 2018

Ma chronique (rentrée automne 2018, 3) :

Brooklyn, début du vingtième siècle. Lorsqu’Annie perd son mari, Jim, asphyxié au gaz dans leur petit appartement, elle est enceinte de quelques mois. Soeur Saint Sauveur et les autres Petites Soeurs soignantes de la congrégation de Marie devant la croix, Stabat Mater (oui oui, rien que ça !), la prennent sous leur aile, ainsi que la petite Sally lorsqu’elle va naître. Dans la non linéarité propre à la plume d’Alice McDermott, on va suivre au long du roman plusieurs existences – mais c’est le quartier d’immigrés catholiques à majorité irlandaise, et surtout les religieuses, qui sont au cœur de ce dernier roman de l’auteure américaine (d’origine irlandaise également), tout juste paru.

Paradoxalement, mon anticléricalisme convaincu ne m’a pas empêché de me passionner pour ce livre rempli de religieuses. C’est un peu bête de dire ça – et en plus elles ne chantent pas – mais j’ai parfois pensé à Sister Act, le film, pendant ma lecture. Ces religieuses que l’on apprend à connaître, dévouées pour leur quartier, leurs vocations, la foi. Le doux sourire de la minuscule sœur Jeanne, l’impétuosité arthritique de sœur Saint-Sauveur, l’inflexible sœur Lucy, les vapeurs de fer à repasser entourant le visage parcheminé de sœur Immaculata. Mais ici, je ne voudrais pas vous tromper, nous sommes absolument aux antipodes d’une comédie. Ces sœurs font la toilette des morts et des invalides, soignent la gale qui fait tomber par plaques rondes les cheveux du crâne des jeunes enfants. Alice McDermott ne nous épargne aucun fluide corporel, aucune dent gâtée. Les soeurs soignent, aident, nourrissent, habillent, soutiennent, sauvent, oui. Mais tout autant elles régentent ce quartier d’une main inflexible en maintenant leurs ouailles dans la crainte épouvantée de Dieu. Paradoxe, donc, de ce roman qui égrène tous les contrastes. Sans doute me suis-je attachée d’autant plus à l’histoire, qu’elle m’a souvent prise à rebrousse-convictions. Alice McDermott expose avec autant d’importance et de sincérité les vies rangées et celles qui partent dans tous les sens, quelle force ! Le ballet des vies ordinaires. Le temps du jour, celui d’une vie. La mort.

Beaucoup de thèmes inspirants sont abordés dans ce roman plein de douceur, à la construction brillante. Une écriture délicate, et tellement d’humanité. On a tous faim de réconfort. La neuvième heure est un coup de coeur ! Merci aux éditions La Table Ronde.

« Elle vit l’inconscience idiote de la race humaine. Une terrible immobilité les saisirait tous, quoi qu’il advienne. Un terrible silence leur couperait le souffle, d’une manière ou d’une autre, et pourtant ils continuaient à sucrer leur thé, s’adossaient à leur siège pour sortir une montre de leur gousset ou tapotaient leurs lèvres roses avec une serviette en lin. »

Autres romans d’Alice McDermott chroniqués sur le blog : Someone et Charming Billy

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7 commentaires pour La neuvième heure – Alice McDermott

  1. Eve-Yeshé dit :

    tentant! je commencerai peut-être par celui-ci pour découvrir l’auteure que j’ai noté depuis déjà quelques temps en pense-bête 🙂

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  2. Antigone dit :

    Je suis moins enthousiaste que toi sur ce titre… j’en parlerai bientôt !

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  3. Tu as le coup pour dénicher des pépites ! merci pour cette très jolie critique. Excellent weekend, Bises bretonnes ensoleillées 🙂

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  4. Ping : La neuvième heure, Alice Mc Dermott… Rentrée littéraire 2018 et retour sur l’expérience prix Fnac – Les lectures d'Antigone

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