Monsieur Viannet – Véronique Le Goaziou

Éditions La Table Ronde, collection Vermillon, 16 août 2018 ; 204 p.

Ma chronique (rentrée automne 2018, 1) :

La narratrice est missionnée par un centre de réinsertion, pour évaluer d’anciens résidents. Le premier de sa liste s’appelle Alexandre Viannet, il vit tout près de Bastille. Minuscule appartement, quasi scène de théâtre. Une unique fenêtre, un matelas au sol, une télé allumée sur des dessins animés, un pouf oriental, un guéridon. Rien d’autre. « Pas d’étagère, de poste de radio ou de chaine hifi, pas de bibelot… » Sur le matelas, une cigarette et une bière à la main, est monsieur Viannet. Pas loin, assise sur le pouf, très belle, il y a sa femme, madame Viannet.

Mais c’est lui qu’elle interroge. Il parle. Sur le centre, sur sa vie. Elle écrit. L’atmosphère de la pièce est irrespirable tellement ça fume, mais monsieur Viannet assez vite fascine, cet étrange personnnage, maigre, « j’rigole, je rigole », qui ne rit pas et utilise parfois des mots qu’elle ne comprend pas. « Ses mains dansent devant son visage. Ses doigts s’ouvrent et se ferment comme les bras d’une anémone de mer. Ou comme de l’herbe. De longs brins d’herbe. ». Monsieur Viannet a fait de la taule. A mal commencé dans la vie. A continué en dents de scie. Surtout les dents du bas, d’ailleurs. Comme si la société appuyait toujours plus fort sur la tête de ceux à qui elle a refusé d’apprendre à nager. Le cercle vicieux de la planchette savonnée. Tu glisses, et la corde qu’on te tend, on te la passe autour du cou. « T’as pas d’amis dans cette vie-là. Ou rares. Très rares. Tu veux éviter les histoires. Des amis t’en veux pas trop, tu as trop peur qu’ils soient comme toi. »

Véronique Le Goaziou a du style, et une certaine vision lucide du monde, de son absurdité, de sa violence pour les êtres. Une vision qu’elle partage avec Beckett. « Je bois parce que je ne fais rien. J’ai besoin de sortir et si je ne sors pas, je vais mourir. Je ne supporte plus d’être enfermé. Mais quand je sors je ne sais pas où aller et je bois. Je finis dans un bar. Des bars. Alors je reste chez moi. Et chez moi, je bois. » – (savoureux !) – Molloy aurait pu dire cela. « J’écris. Il boit. ». Un sillage de tristesse.

Monsieur Viannet interroge notre époque et libère la parole. Un récit prenant, fiction sociologique, théâtre humain. Une belle découverte, qui sort demain ! (merci aux éditions la Table ronde)

« C’est le désespoir qui règne ici. A quoi sert de le savoir ?
Transcrire tout ça, dire que ça existe.
La lassitude, la douleur, le néant. Et puis ? »

Cet article, publié dans 1.2 Littérature française, 2018, Rentrée automne 2018, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Monsieur Viannet – Véronique Le Goaziou

  1. Marie-Claude dit :

    Magnifique billet! Tu le vends bien. Je le note de ce pas!

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s