Quatre lettres d’amour – Niall Williams

Four letters of love, 1997. Traduit de l’anglais (Irlande) par Josée Kamoun. Éditions Flammarion, 1998 ; réédition en poche chez J’ai lu en 1999, puis en grand format aux Éditions Héloïse d’Ormesson en janvier 2018

Ma chronique :

Entre deux lectures un peu rudes, je me suis fait le plaisir de relire Quatre lettres d’amour, de l’irlandais Niall Williams. Gros coup de cœur à chaque fois. Le titre peut tromper, car ce n’est pas une romance comme on l’entend à l‘heure actuelle, mais plutôt l’épopée épique d’un amour destiné ; on pense à quelque Tristan et Iseult moderne. Entre la banlieue de Dublin et les îles d’Aran, deux destins, une narration puissante et l’âme irlandaise joliment saupoudrée de réalisme magique. Étincelant.

Le roman commence ainsi : « J’avais douze ans lorsque Dieu a parlé à mon père pour la première fois. Il ne lui a pas dit grand chose. Il lui a enjoint de devenir peintre […] ». Pendant que William Coughlan, grand, maigre, le cheveu blanc claquant au vent, part pendant de longues semaines à l’autre bout du pays et tente d’apprivoiser sur ses toiles la lumière atlantique, Nicholas et sa mère restent seuls dans leur pavillon dublinois, à la dérive. Pendant ce temps, sur une île au large de Galway, le jeune frère d’Isabel, Sean, musicien chevronné, succombe à une attaque qui le laisse privé de la marche et de la parole ; Muiris, son père instituteur, noie discrètement ses poèmes enfuis dans le whiskey. Nos vies se tissent parfois de fils dont on ne sait pas tous les autres nœuds. Devine-t-on ce qui nous attend au bout de la grève, à l’orée d’un nouveau matin, au prochain croisement ?

« Les hivers étaient précoces. Ils verglaçaient les routes sous mon vélo, et j’entrais en ville si lentement, les matins de janvier aux aurores givrées, que chaque tour de roue semblait dégager un copeau de ma vie et m’amener au bureau des semaines plus âgé que lorsque je m’étais mis en route. »

Cette histoire est habitée. La plume de Niall Williams se montre souvent lyrique mais sans lourdeur, et la traduction est belle. Les passages sur l’île d’Aran m’ont rappelé Skerrett de Liam O’Flaherty, et le ton de la vie des Coughlan a l’esprit de certains textes de Brady Udall. De plus, notons-le, les beautés des temps capricieux sont magistralement rendues ! (c’est la bretonne qui parle) : « Les ciels sous lesquels nous dormions étaient trop instables pour se livrer à la moindre prévision. Ils changeaient au gré des caprices de l’atlantique, qui nous rabattait une demi-douzaine de temps différents dans l’après-midi, et nous jouait les quatre mouvements d’une symphonie des vents, allegro, andante, scherzo et adagio, sur l’échine brisée des vagues blanches. »

Quatre Lettres d’amour vient d’être joliment réédité (mais il vaut mieux éviter de lire le quatrième de couverture) aux éditions Héloise d’Ormesson, du coup je l’ai racheté (mon premier exemplaire, déjà lu deux fois par moi – en 1999 et en 2007 – et quelques autres par des amis, le pauvre bat sérieusement de l’aile…). Un roman qui parle directement au coeur de chacun, je crois. À découvrir !

« Il y a des choses qui ne se prêtent pas à être racontées. {…] Les mots parfois aplatissent les émotions les plus profondes, les épinglent, papillons dont le vol splendide s’engourdit et qui ne seront plus désormais que le lointain souvenir de ce qui naguère colorait l’air et le faisait palpiter comme de la soie. »

L’auteur : Niall Williams est né à Dublin en 1958. Il a fait ses études à l’University College de Dublin, a vécu en France et à New-York. Il vit maintenant à Kiltumper, dans l’ouest de l’Irlande (Comté de Clare). C’est l’auteur de nombreuses pièces de théâtre ainsi que de documentaires sur l’Irlande, écrits conjointement avec sa femme Christine Breen, d’origine américaine. On peut trouver trois autres de ses romans en français : Comme au ciel et Destins crépusculaires, lus tous les deux – Quatre lettres d’amour reste cependant mon préféré de l’auteur – et Tu n’as qu’un mot à dire.

  21 comments for “Quatre lettres d’amour – Niall Williams

  1. 8 mai 2018 à 14 h 45 min

    Je garde un excellent souvenir de cette lecture… je crois que je vais craquer si je vois cette nouvelle édition. Au plaisir!

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    • 16 mai 2018 à 18 h 21 min

      Heureuse que tu l’aies lu, et aimé ! Craquer en la voyant, c’est ce qui m’est arrivé, effectivement. Sois forte ! Ou pas… 😀 A bientôt !

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  2. 8 mai 2018 à 15 h 05 min

    Quasiment tout ce que Josée K. Touche est beau. ….

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    • 16 mai 2018 à 18 h 20 min

      Je ne connaissais pas cette traductrice, en tous cas je n’ai jamais fait attention. Qu’a-t-elle traduit d’autre ? 🙂

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  3. 10 mai 2018 à 7 h 43 min

    Il est sur ma liste depuis des années… :-O

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    • 16 mai 2018 à 18 h 18 min

      Ah, chouette 😀 La réédition est très agréable à lire, tu verras ^^

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  4. 12 mai 2018 à 17 h 26 min

    le titre, la couverture, l’histoire, c’est simple je fonds 😉 je rajoute à ma Pal 🙂

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  5. 10 juin 2018 à 9 h 31 min

    Je sais que je l’ai lu, sans garder de souvenirs précis de l’intrigue. Je me souviens juste que j’avais aimé. A relire donc, sans doute 😉

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    • 15 juin 2018 à 8 h 57 min

      Oh c’est génial que tu l’aies déjà lu, et aimé en plus 😀 A la relecture le plaisir reste intact !

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  6. Mes échappées livresques
    15 juin 2018 à 8 h 36 min

    je l’avais repéré à sa sortie à cause de sa 4ème de couverture et depuis je n’ai pas eu l’occasion de lire beaucoup de retours dessus, ton avis me conforte dans l’envie de le lire 😉

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    • 15 juin 2018 à 8 h 42 min

      Tu m’en voies ravie ! Chic chic chic. Les premières fois où je l’ai lu je n’avais pas encore de blog et je notais juste quelques petits mots dans un carnet sur mes lectures, En découvrant cette réédition, j’ai eu envie de partager un avis plus complet, en espérant que mon billet donne envie à certain.e.s de le lire. Ton message me fait donc super plaisir 😀

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  7. 15 juin 2018 à 9 h 03 min

    Le titre fait ‘peur »,je ne me serais pas retournée sur lui mais à te lire, ça doit être superbe!

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    • 15 juin 2018 à 8 h 54 min

      Merci pour ta curiosité, et d’avoir dépassé ce titre « trompeur » en venant lire mon billet ! Et oui c’est une lecture rare 🙂

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  8. 21 juin 2018 à 16 h 40 min

    Je l’avais noté dans mon carnet et tu ne fais que rafraichir mon envie ;0) Trois lectures ça doit être une lecture vraiment exceptionnelle ;0)

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