L’Étang – Claire-Louise Bennett

Pond, 2015. Traduit par Thierry Decottignies. Éditions de l’olivier, janvier 2018

Ma chronique (rentrée d’hiver 2018, 4) :

Voici un livre tout à fait étrange. Une vingtaine de textes courts, de quelques lignes à quelques pages, sorte de monologue intérieur, le flux de conscience d’une jeune femme solitaire dans sa maison. Il ne s’y passe rien de vraiment significatif, ou en tous cas pas grand-chose, mais quel voyage dans la pensée d’un être !

« Et j’aurais dû tenir ma langue car comme d’habitude à la minute où j’ouvris la bouche les choses apparurent biscornues et pas du tout comme je les avais imaginées, et cependant tout cela prit une tournure tellement étrangère et absurde que je ne pus rien faire d’autre que de me laisser prendre au jeu. »

Un style quelque peu déconcertant de prime abord, des phrases qui s’étendent, une plume fluide pour une pensée emberlificotée qui fuse et digresse. Souvent, j’ai dû reprendre des passages au début, car j’avais perdu le fil. Aucun agacement pourtant à le faire, juste de la curiosité et de l’amusement, comme si ces relectures partielles étaient voulues.

« Toutefois, bien que s’étant fait jour sur le mode sensationnel, cette nouvelle idée n’avait en réalité rien de si impressionnant ni d’inopiné, elle relevait plutôt du type de sédimentation qui se présente de manière caractéristique lorsqu’un processus analytique prolongé et peu enthousiasmant exaspère les auspices supérieurs d’un subconscient excédé. »

Je me suis bien prise au jeu de cette pensée particulière et étonnante, pertinente et souvent drôle (j’ai même franchement ri, à certains moments). Une traduction superbe, pour une balade légère dans le cerveau d’un Autre original, un peu timbré peut-être. Pour moi, une charmante découverte !

« L’anglais, à proprement parler, n’est pas ma première langue soit dit en passant. Je n’ai pas encore découvert quelle est ma première langue donc pour le moment j’utilise des mots anglais afin de dire les choses. Il est probable que j’ai toujours à le faire de cette manière ; malheureusement je ne pense pas du tout que ma première langue puisse être écrite. Je ne suis pas sûre qu’elle puisse être extériorisée vous comprenez. Je pense qu’elle doit rester là où elle est, à couvert dans l’obscurité élastique de mes organes vacillants. »

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9 commentaires pour L’Étang – Claire-Louise Bennett

  1. Folavril dit :

    Il m’intrigue et me tente beaucoup ce roman! A lire ton billet, je pense qu’il me plairait 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Original comme livre, les extraits montrent bien l’état d’esprit de ce dernier. Passe un très bon weekend, Bises de Bretagne 🙂

    Aimé par 1 personne

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