Ör – Auður Ava Ólafsdóttir

Ör, 2016. Traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson. Éditions Zulma, 2017

Ma chronique (rentrée d’automne 2017, 8) :

Jónas est seul depuis son divorce, il y a huit ans et cinq mois. Sa mère âgée est malade, sa fille vient de devenir sa plus belle cicatrice, un Nymphéa (c’est son prénom) blanc, tatoué sur son cœur. Il en a assez de vivre. Mais pour ne pas imposer à sa famille le fardeau de la découverte de son corps mort, il décide de partir. Loin. Dans une zone à peine remise d’une guerre, tant qu’à faire ; plus le danger sera présent, plus vite il pourra en finir. C’est ainsi que cet homme de quarante-neuf ans au bout du rouleau part sans rien dire à personne pour l’hôtel Silence, au bord d’une mer qui pourrait être celle d’un pays de l’ex-Yougoslavie. Il emporte juste avec lui sa caisse à outils, comme d’autres partent avec leur trousse de maquillage ou leur brosse à dents : parce qu’il a de l’or dans les mains, qu’il bricole comme il respire ; et que peut-être il devra fixer un piton au plafond, pour se pendre.

« Je n’ai pas besoin de la regarder longtemps pour me rendre compte qu’elle est toute autre que l’océan houleux dont j’ai l’habitude : pas de vagues géantes ici, lourdes comme des portes de fer qui claquent, pas de ces crêtes blanches du ressac qui disloque la roche et aspire les bateaux ; ce que je vois depuis ma fenêtre est une immense piscine d’eau salée, ou un miroir flottant. »

Au départ j’ai pensé aux Petits suicides entre amis, du finlandais Arto Paasilinna (une autre excellente découverte), mais avec Auður Ava Ólafsdóttir, on n’est pas dans le registre de l’absurde ni du loufoque. Ör signifie « cicatrices », en islandais. C’est un terme neutre, identique au singulier et au pluriel, et qui s’applique tant au corps, qu’à un pays ou un paysage. Dans ce roman, il va être question de tout cela à la fois. « Le chagrin est comme un éclat de verre dans la gorge. » Même si certains thèmes abordés sont durs, Audur Ava Olafsdottir a une sorte de génie dans les histoires qu’elle offre, pour saisir le lecteur par la douceur de ses plus belles émotions, en toute simplicité, sans aucune mièvrerie.

Ör est une belle histoire humaine pleine de mélancolie et d’intensité, d’humour et de poésie. J’ai pris un immense plaisir à cette lecture.

« Au lieu de mettre fin à ton existence, tu n’as qu’à cesser d’être toi et devenir un autre. »

(Ce billet est ma troisième participation au Challenge Décembre nordique de Cryssilda)

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Cet article, publié dans 1.4 Litt. d'Europe du Nord, 2017, 8.3 Challenges, Décembre Nordique 2017, Islande, Rentrée automne 2017, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

22 commentaires pour Ör – Auður Ava Ólafsdóttir

  1. lorenztradfin dit :

    il y a bcp de lecteurs/lectrices qui parlent – comme toi – en bien de ce livre…..

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  2. eimelle dit :

    je pense qu’il pourrait me plaire!

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  3. Madame lit dit :

    J’aime beaucoup cette écrivaine et il me tarde de lire, à la lecture de votre billet, ce roman.

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  4. jostein59 dit :

    Une lecture qui fait du bien.

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  5. rachel dit :

    oh oui il va falloir que je le lise en tout cas…;)

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  6. Eve-Yeshé dit :

    je m’empresse de le rajouter à ma PAL car j’aime bien l’auteure 🙂

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  7. lcath dit :

    Je n’ai pas accroché au roman que j’ai lu de cette auteure mais celui-ci semble nettement plus intéressant …. à voir

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  8. J’aime infiniment la littérature nordique …. je me souviens de la saga de Kristin Marja Baldursdottir « karitas », une merveille…. merci beaucoup, je vais découvrir 😊

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  9. tu donnes envie de découvrir cette auteure et cette histoire. Merci pour ce beau partage, joyeuses fêtes à toi 🙂 Bises bretonnes ! 🙂

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  10. lewerentz dit :

    Je l’avais repéré et suis donc ravie de ton retour positif.

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  11. Ping : Rosa Candida – Auður Ava Ólafsdóttir | Lettres d'Irlande et d'Ailleurs

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