La Servante écarlate – Margaret Atwood

The Handmaid’s tale, 1985. Traduit de l’anglais (Canada) par Sylviane Rue. Editions Robert Laffont, 1987, 2005 ; réédité dans la collection Pavillons poche en juin 2017.

Ma chronique :

Coup de cœur pour cette dystopie glaçante, autant le roman que son adaptation d’ailleurs, la magistrale série de Bruce Miller, The Handmaid’s Tale. Les deux sont complémentaires. Elisabeth Moss campe une Defred plus vraie que nature ; dans le roman on a plus d’explications.

Imaginez un futur proche (très proche) où votre pays occidental deviendrait une théocratie ultra-puritaine, où les femmes seraient privées de tous leurs droits (même celui de lire : le délit de lecture « vaut seulement une main coupée, à la troisième condamnation » ; le « seulement » laisse imaginer l’échelle des punitions possibles), où la pénurie de naissances serait telle que les rares femmes encore fertiles auraient été transformées en esclaves pour la reproduction, dépossédées de leur nom (la narratrice est Defred – Offred dans la version originale – car elle est présentement « Servante » chez un commandant du nom de Fred. Elle lui appartient comme un objet serait « De Fred », comme celle qui l’a précédée était aussi Defred, tout comme celle qui suivra), violées rituellement une fois par mois en vue d’être fécondées par un membre de l’élite.

Résumé ainsi, ça laisse sceptique, Meuh nan ça n’arrivera jamais, un truc pareil, c’est abusé. Et bien détrompez-vous. Non seulement tout ce que décrit Margaret Atwood dans ce livre a déjà été fait ailleurs ou à une autre époque – ou bien la technologie pour le faire existe déjà. Et sous sa plume, on réalise très vite que ça peut tout à fait arriver, et même plus vite qu’on croit. Et où c’est vraiment flippant, c’est qu’on réalise que peut-être on en est déjà en chemin ; ou en tous cas, pas si loin. Car une telle société aurait la possibilité d’émerger, si on continue à laisser faire, à élire des Trump, à privilégier l’ignorance, à croire tous nos droits acquis ad vitam aeternam. Un exemple courant qui me vient à l’esprit : en laissant (sans rien dire, ou si peu) fermer des maternités comme cela arrive de plus en plus, bientôt beaucoup de femmes, pour ne pas risquer d’accoucher dans leurs voitures ou sur le bord de la route, pour cause d’éloignement géographique, préféreront rester chez elle, comme au « bon vieux temps » : sans possibilité de péridurale, avec le risque à nouveau bien réel de mourir en couches… ça, et (tout) le reste.

Alors restons vigilant(e)s !

Et comme on dit dans le roman, « Nolite te bastardes carborundorum » (là aussi je préfère en anglais) : Ne laissez pas les salopards vous tyranniser.

« Pas un pissenlit en vue ici, les pelouses sont soigneusement épilées. J’ai la nostalgie d’un pissenlit, un seul, poussé au hasard, dans son insolence d’ordure, difficile à éliminer et perpétuellement jaune comme le soleil. Gai et plébéien et brillant pareillement pour tous. »

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12 commentaires pour La Servante écarlate – Margaret Atwood

  1. Je viens de lire ce livre et je l’ai beaucoup aimé…. il m’a angoissé et tu as raison de dire

    Aimé par 1 personne

  2. Tu as raison de souligner : attention danger ! 😨😨😨😨😨😨😨

    Aimé par 1 personne

  3. jostein59 dit :

    Un livre écrit en 1985, qui fait encore réfléchir aujourd’hui…
    Je suis curieuse de regarder la série. Rien que pour voir comment ils vont broder autour de ce bref scénario afin d’en faire plusieurs saisons. Il y a tant de pistes à exploiter

    Aimé par 2 personnes

  4. lorenztradfin dit :

    En effet un livre phare. Lu pendant l’été suite à un article du Monde. Pas regretté une seule ligne.

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  6. brindille33 dit :

    J’ai vu la saison 1 de la série et pour le coup j’ai commencé à lire le livre qui pour l’instant retranscrit très bien les premières images que j’ai vues. Du moins son arrivée dans cette maison. Il y aura sans doute les flash-back par la suite comme dans la série. Je suis très intriguée de sa lecture complète.

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    • LadyDoubleH dit :

      Les deux, livre et série sont complémentaires, je trouve. Plus d’explications sur la genèse de cette société dans le livre, ce qui est intéressant. Mais l’actrice sublime vraiment le personnage de Defred.

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      • brindille33 dit :

        J’ai pu la découvrir ne connaissant pas l’actrice. C’est une figure essentielle dans les épisodes que j’ai pu voir. Dans les épisodes, elle parle même dans les silences. Je suis contente d’avoir le livre sous la main 🙂

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