Dans les eaux troubles – Neil Jordan

The drowned Detective, 2016. Traduit de l’anglais (Irlande) par Florence Levy-Paolini. Editions Joelle Losfeld, avril 2017.

Ma chronique :

Dans les eaux troubles est un roman étrange et déroutant, très agréable à lire.

Merveilleusement écrit – et traduit -, tout d’abord il m’a surpris. Je m’attendais à plonger dans un polar plutôt classique, mené par un « détective anglais expatrié dans une ancienne république soviétique ». Jonathan, pris dans les rets de la jalousie, mène de front le sauvetage de son couple et une affaire ancienne d’enlèvement. La ville où il oeuvre tout autant qu’il erre est écrasée de chaleur – et avec les températures que nous venons de subir ces jours derniers, autant vous dire que j’ai été totalement dans l’ambiance ! -. Mais tandis que cette contrée jamais nommée gronde de révoltes urbaines. Que quelques traits colorés un peu flous au loin deviennent à mesure des cagoules multicolores. Que des jeunes chaussés de Doc Martens détalent devant les matraques policières. Insidieusement, Neil Jordan sème le doute dans nos esprits alertes de lecteurs captivés. « Je sentais que quelque chose était sur le point d’exploser, de voler en éclats, de se briser, et j’espérais que ce n’était pas moi ». Une jeune femme au violoncelle exhale un parfum d’étrangeté. Sa fille s’entoure d’amies un peu trop imaginaires. Et le roman bascule mine de rien dans autre chose. Presque fantastique, mais pas entièrement, toujours maîtrisée, l’intrigue vibre sur le fil d’une corde d’instrument, du tranchant d‘un miroir sans tain, où la réalité serait en train de fondre, de naître ; de se dévoiler peut-être. Frontières poreuses entre les êtres, les dimensions, les époques, les histoires.

Neil Jordan nous promène dans ce roman au coeur d’une réalité savamment teintée de différence, et distille avec un talent consommé le vrai et l’illusion, le fantasme et l’émotion. N’en a-t’il pas fait un peu trop ? Ou au contraire pas assez ? Je me suis posée la question, durant la lecture. Mais en bouclant le cours de ces eaux troubles, en terminant le roman, je pense qu’il en a fait juste ce qu’il fallait. Merci à Babelio et aux éditions Joelle Losfeld pour cette lecture un brin enivrante.

L’auteur : Neil Jordan est né à Sligo en 1950. Comédien, il a d’abord écrit des pièces pour le théâtre, la radio et la télévision. En 1974, il participe à la création de I’Irish Writers Cooperative, collectif d’édition destiné à publier et à promouvoir la jeune littérature irlandaise. Il y publie en 1976 un brillant recueil de nouvelles, Night in Tunisia, puis en 1980, The Past. Ce très beau premier roman est suivi d’un second en 1983, The Dream of a Beast, plus complexe, oscillant entre la fable fantastique et l’allégorie apocalyptique. Il se tourne alors vers le cinéma, devient l’assistant de John Boorman sur Excalibur (1980) et celui-ci produit son premier film Angel en 1982. Par la suite il réalise de nombreux films, notamment La Compagnie des loups (1984), Mona Lisa (1986), Crying Game (1992), Entretien avec un vampire (1994), Michael Collins (1995), La Fin d’une liaison (1999), etc. Retour à la fiction en 1994, avec Sunrise with Sea Monster / Lignes de fonds, roman étrange et poétique sur la relation complexe d’un père et d’un fils que sépare et réunit à la fois une femme pendant la guerre d’Espagne et la Deuxième Guerre mondiale (présentation de la Librairie Compagnie).
Il a encuite écrit deux romans, tous les deux traduits en français : Les Ombres (Shade, 2005), traduit aux éditions de l’olivier en 2006 et Confusion (Mistaken, 2011), traduit aux éditions Joelle Losfeld en 2013. j’ai lu et beaucoup aimé Lignes de Fond à sa sortie française en poche, en 1998.

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4 commentaires pour Dans les eaux troubles – Neil Jordan

  1. Merci, tes choix me plaisent à chaque fois …….. bise

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  2. lewerentz dit :

    Je viens justement de le réserver à ma bibliothèque. J’avais adoré « Lignes de fond » et plusieurs de ses nouvelles lues en anglais. Par contre, je n’ai moins accroché aux « Ombres » et « Confusion ». Mais j’ai lu de bonnes critiques de celui-ci et ton billet m’encourage.

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  3. laurence délis dit :

    « un roman étrange et déroutant » et une critique intrigante qui en dit juste assez pour piquer ma curiosité 🙂

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  4. Frédéric dit :

    voilà un livre qui me plairais pour cet été ! j’aime ce style d’intrigue. Merci pour ce joli partage et passe un très bon weekend ! Bises bretonnes pour toi 😉 🙂

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