Consumés – David Cronenberg

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Consumed, 2014. Traduit par Clélia Laventure. Gallimard, « du Monde entier », janvier 2016.

 Ma chronique :

Clinique et malsain, esthétique et cérébral, ce roman explore certaines obsessions fétiches et récurrentes de Cronenberg : sexe, perversions, maladie, nouvelles technologies.

Le scénario est plutôt léché, mais le style est inégal, les personnages sans grande consistance finalement, et on subit par moment des étalages de sigles de notices d’appareils électroniques, on ne sait pas trop s’il faut en rire ou en pleurer.

Arrivée à un tiers du roman, j’ai failli laisser tomber. Mon résumé à ce moment-là donnait à peu près ça :
• Naomi et Nathan, un couple de journalistes hyper-connectés en quête de scoops. Elle : de la philosophe française à la poêle ; lui : de louches opérations mammaires hongroises.
• Naomi est à Paris pour l’affaire Arosteguy, Monsieur semble avoir mangé Madame (avis de la concierge : « Pour moi, c’est une euthanasie. Elle lui a demandé de la tuer, et il s’est exécuté. Et ensuite, bien sûr, oui, il l’a mangée. »). Elle loge au Crillon et est en cheville avec Hervé Blomqvist, un étudiant du couple qui souffre d’une maladie rare à cause de son vélo (?), son pénis fait un angle de quatre-vingt-dix degrés en son milieu et il voudrait que Naomi le teste.
• Nathan est à Budapest avec le docteur Molnàr, un chirurgien pas net du tout, accusé de trafic d’organes et d’opérations illégales. Il couche avec Dunja, la patiente de Molnàr et chope une très vilaine MST qui avait soi-disant disparu : la maladie de Roiphe. « Il pouvait s’attendre à vingt-huit jours de ciprofloxacine, de diarrhée légère, d’irritation génitale et de possibles mais peu probables ruptures de tendons, réactions psychotiques, états de confusion mentale ».
• Naomi et Nathan se croisent dans un aéroport (à part sur Skype ce sont les seuls endroits où ils se voient). Bilan : nouveau matériel acheté en duty-free et Naomi attrape la MST.
• Nathan part au Canada rencontrer le Professeur à la retraite Roiphe. Il vit avec sa fille Chase (qui semble bien timbrée elle aussi). Nathan s’installe chez eux (?).
• Naomi part à Tokyo pour rencontrer le supposé cannibale Aristide Arosteguy en fuite.

Juste après, heureusement, le roman devient un page-turner aux rebondissements croisés complètement farfelu et en totale liberté, limite thriller géopolitique, et je l’ai terminé sans peine. Mais pas sans nausées ! Car visuellement percutant, le livre est parfois vraiment écoeurant. Ames sensibles s’abstenir. « Nous vivons une époque radicale, mon garçon. Vous ne le sentez pas ? Vous devez exagérer avec l’époque, exagérer jusqu’au point de rupture. » Ces mots qu’il fait dire à un de ses personnages, exagérer jusqu’au point de rupture, c’est un peu tout le roman.

Si vous aimez le cinéma de Cronenberg, la lecture de ce livre est une expérience à tenter, car il est franchement émaillé d’excellents passages (abominables ?).

Extraits :

(je ne poste ici bien sûr que les softs)

« Naomi tira son Blackberry Q10 de la poche latérale de la valise. Elle le préférait à l’iPhone de Nathan dans tout contexte d’envoi de texto intensif, où elle se trouvait fréquemment ; elle avait besoin de vrais boutons physiques (il était impossible de taper sur un iPhone avec un semblant d’ongles) et elle redoutait un effondrement imminent de l’empire Blackberry. Telle était la vie pleine de dangers de la consommatrice fervente de technologies. »

« Elle parlait de ses prises de conscience philosophiques et sociales, des percées de cognition inextricablement mêlées à de puissants mandats émotionnels. On faisait souvent naître ces moments par la force, en voyageant alors qu’on était épuisés, ou en écrivant sous une contrainte politique extrême. »

« Tu sais, ces vidéos où l’on voit des gens déballer des choses partout sur Youtube. C’est la quintessence du fétichisme consumériste. J’en raffole. »

« Je concevais toujours un certain amusement à voir la soif tristement désespérée qui s’exprimait dans la culture populaire pour les formes de vie présentes sur d’autres planètes, alors que sous les pieds même de ces chercheurs d’extraterrestres, et superbement ignorées par eux, se trouvaient les formes de vie les plus exotiques, les plus grotesques, les plus fabuleuses inimaginables. » [les insectes]

« C’est un homme incroyable. très doux, très sensible. »
Yukie se mit à faire les cent pas dans la cuisine.
« Omondieu. On ne pourra même pas te rapatrier jusqu’à moi dans une housse mortuaire. Plutôt dans deux douzaines de sacs congélation Ziploc. »

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Cet article, publié dans 2.1 Litt. d'Amérique du Nord, Canada, Rentrée hiver 2016 (janvier-février 2016), est tagué , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour Consumés – David Cronenberg

  1. Ping : Ma (petite) rentrée littéraire d’hiver 2016 | Lettres d'Irlande et d'Ailleurs

  2. lorenztradfin dit :

    J’adore ton résumé ! Donc ce n’est pas la « fôte » à la traduction que tu avais du mal (au cœur)… !?

    Aimé par 2 people

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