Le Fleuve secret – Kate Grenville

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The secret River, 2006. Traduit par Mireille Vignol. Editions Métailié, 2010.

Kate Grenville est née en 1950 à Sydney. Son roman Le Fleuve secret s’est vendu à plus de 270 000 exemplaires et a été sélectionné pour le Man Booker Prize.

Ma chronique (initialement publiée sur Babelio le 16 juin 2014) :

Début du 19ème siècle. Ce roman nous entraîne dans la vie et le destin de William Thornhill et de sa famille, de Londres où il fut gabarier sur la Tamise, à la toute jeune colonie pénitentiaire de Sydney et son fleuve Hawkesbury. Nous embarquons avec lui pour le meilleur, mais surtout il faut bien l’avouer, pour le pire : la misère, la déportation, le bagne, la confrontation des jeunes colons avec les aborigènes et une nature tellement différente qu’elle en est profondément inhospitalière.

Le monde vécu par William Thornhill et son épouse Sal est dur, injuste, cruel. Mais ils continuent sans perdre leur cap, ils se réinventent au fur et à mesure, vaille que vaille. J’ai aimé le ton juste de ce roman, son élan historique et humain, la plongée dans cet ailleurs incertain : aux antipodes, tout est à construire et à découvrir ; y compris soi.

Inspirée par la vie d’un de ses ancêtres, l’auteur dépeint sans fard la survie et ses atrocités, le dépaysement et le mal du pays. Les petits bonheurs aussi, l’attachement, la découverte que sous les peaux noires ou blanches, le sang est le même. Tout cela est bien dosé et peut amener à de profondes réflexions.

C’est une lecture que je conseille vivement. J’ai prévu de lire bientôt la suite : « Sarah Thornhill ».

Extrait :

Il était vrai que les noirs n’avaient ni champs ni clôtures, ne construisaient pas de maisons dignes de ce nom et vagabondaient sans se soucier du lendemain. Il était vrai qu’ils étaient trop ignorants pour se couvrir le corps et qu’ils s’asseyaient cul nu dans la terre comme des chiens. Et à cet égard, certes, ils n’étaient rien qu’une bande de sauvages.
Mais, par ailleurs, ils ne semblaient pas avoir besoin de travailler pour subvenir à leurs modestes besoins. Tous les jours, ils consacraient un peu de temps à remplir leurs écuelles et à attraper les créatures qu’ils accrochaient à la ceinture. Après cela, ils prenaient le temps de bavarder longuement auprès du feu, de plaisanter et de caresser les membres potelés de leurs bébés.
En comparaison, la maisonnée Thornhill se levait avec le soleil, coltinait l’eau, sarclait sans répit le champ de maïs et déboisait la forêt qui le bordait. Il lui fallait attendre que le soleil ait glissé derrière les montagnes pour prendre ses aises et personne n’avait alors envie de plaisanter ou de jouer. Personne n’avait plus assez d’énergie pour faire rire un bébé.
L’idée le traversa quand il était sur le point de s’endormir : les noirs étaient des fermiers, au même titre que les blancs. Mais ils ne se souciaient pas de construire des clôtures pour enfermer leurs animaux. Ils préféraient s’arranger pour créer un coin de verdure appétissant et les appâter. Et en fin de compte, ça se traduisait par de la viande fraîche pour dîner.
Mais plus encore, ils lui faisaient penser aux nobles. Comme eux, ils consacraient un bref moment de chaque jour à leurs affaires, puis passaient le reste du temps comme ça leur chantait. La différence, c’est que dans leur univers, il n’y avait pas besoin d’une autre classe de gens qui attendaient sur le fleuve, de l »eau jusqu’aux cuisses, qu’ils eussent fini leur bavardage pour les mener voir une pièce de théâtre ou leur maîtresse.
Dans le monde de ces sauvages dénudés, tout le monde était noble.

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2 commentaires pour Le Fleuve secret – Kate Grenville

  1. Sylvie G dit :

    Merci pour cette critique 🙂

    Aimé par 1 personne

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