Zora, un Conte cruel – Philippe Arsenault

arseneault

Editions des Equateurs, 2014.

Ma chronique (initialement publiée le 24.10.2014 sur Babelio) :

Je tiens vivement à remercier les éditions des Equateurs de m’avoir permis de découvrir ce premier roman de l’écrivain québécois Philippe Arsenault.

Zora, un conte cruel nous raconte la vie et le destin de Zora Marjanna Lavenko, fille accidentelle de Seppo, tripier abject et concupiscent propriétaire de l’auberge de l’Ours qui pète, repaire d’avorteurs, de violeurs et autres saoulards immondes de la non moins abominable forêt des Fredouilles, au nord de la Finlande. Qu’on se le dise, ce roman est tout simplement un chef d’oeuvre ! N’ayons pas peur des mots. Je viens de le terminer et je suis totalement envoutée.

Ce livre savoureux, à la fois conte et épopée, pourrait être érigé en manifeste (trash) pour la sauvegarde de la richesse sublime de la langue française. Sérieusement ! On est saisi dès le début par l’écriture imagée, crue, inventive, qui mêle avec bonheur une imagination délirante et tout un vocabulaire de moyen-français truculent. Ainsi, « la grande fille avait escoffié la créature en lui écrapoutissant la cervelle ». J’adore, absolument, comme j’ai aimé l’écriture des « Compagnons du crépuscule » de Bourgeon.

Cependant ne vous y trompez pas, âmes sensibles abstenez-vous de plonger dans ce « conte cruel » ; j‘ai failli vomir au moins à deux reprises, et même lâcher le livre, blêmie d’épouvante.
J’ai également été émue de la plus belle des façons par certains passages… C’est un roman travaillé, étonnant, tragique et violemment comique, qui flirte avec le fantastique et les légendes nordiques. Inclassable en somme, parfois choquant, toujours brillant.

Quelques extraits :

« A l’Ours qui pète
Tripes et viscères
Seppo Petteri Lavanko, maître tripier
Tout se mange

Purée de cervelle d’écureuil et trognons de tomates
Coeurs de loup bouilli dans un rata de navets du pays
Foie de lynx dans son jus, servi sur un lit de laitue vieillie
Ris de glouton flambé à l’alcool de morue
Potée de rognons de belette aux champignons du voisinage
Tête d’ours au four (2 personnes)
Frai de crapaud avec haricots rouges dans une sauce jaune
Gras double à la Seppo
Tripes de renne dans un beurre de truie, servies sur chapeaux d’amanites tue-mouche

Dessert
Baba au jus de putois »

« En vérité, au fil de ses journées passées chez Tuomas, de ses gazouillis charmants la petite avait damasquiné le coeur du vieil alchimiste, y traçant un arc-en-ciel. »

« L’enfant rota.
Ce fut une éructation de pachyderme, la mère de tous les rots, une détonation plus abasourdissante que dix-mille coups de canon ! Il n’est pas un humain sur la Terre qui n’eût pas ce soir-là le fondement secoué par l’onde de choc. Des Pygmées d’Afrique aux Esquimaux des étendues arctiques en passant par les hommes à cheval des steppes d’Asie centrale et ces drôles de basanés qui louchent dans les montagnes d’Amérique du Sud, les hommes et les femmes de tous les continents, pendant trois longues secondes en ce soir fatidique du 11 novembre 1892, ressentirent le rot de l’enfant. La Lune vacilla dans son coin du ciel. Un des anneaux de Saturne dévia légèrement de son orbite, mais reprit aussitôt sa place initiale ; le grand ordonnateur céleste veillait au grain, tout de même.
Comprenez, la petiote se retenait de roter depuis une semaine. »

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