Le Garçon en Pyjama rayé – John Boyne

boyne pyjama

The Boy in the Striped Pyjamas, 2006. Traduit de l’anglais (Irlande) par Catherine Gibert. Éditions Gallimard jeunesse, 2007.

Ma chronique (initialement publiée sur Babelio le 7.03.2015)

Un livre formidable, au dénouement bouleversant.

Il faut entrer dans cette histoire en sachant simplement que c’est Bruno qui parle. Ce livre est écrit sur le ton d’un journal intime, avec les mots et la vision du monde d’un petit garçon de 9 ans. Au tout début du récit, Bruno découvre que son père (que depuis peu on doit appeler Commandant), a été nommé par le Fourreur à Hoche-vite. La maisonnée (Bruno, sa soeur Gretel de trois ans son aînée, ses parents, la bonne et le cuisinier), doit donc déménager là-bas. Bruno est extrêmement contrarié de quitter Berlin et la vie agréable qu’il y mène, d’abandonner sa grande maison avec la meilleure rampe à glissades du monde, ainsi que ses trois meilleurs amis pour la vie.

Au fur et à mesure que l’on découvre l’histoire personnelle et quotidienne de Bruno, sont distillés avec talent des éléments de compréhension, qui nous amènent inexorablement vers une immersion poignante dans l’Histoire avec un grand H.

J’ai avancé dans ma lecture avec une admiration renouvelée pour John Boyne. « Le Garçon en pyjama rayé » est le quatrième roman de cet écrivain Irlandais, et son premier ouvrage destiné à la jeunesse. C’est un livre à lire absolument, et à lire avec ses enfants (à partir de douze ans), pour aborder avec eux d’une manière sensible et intelligente, le terrible et douloureux sujet de la Shoah.

Extraits :

— Juifs, dit Bruno qui prononçait le mot pour la première fois. (Il aimait bien sa sonorité.) Juifs, répéta-t-il. Tous les gens de l’autre côté de la barrière sont juifs.
— Exactement, confirma Gretel.
— Et nous sommes juifs ?
Gretel ouvrit grand la bouche, comme si elle venait de recevoir une gifle.
— Non, Bruno. Bien sûr que non, nous ne le sommes pas. Et tu ne devrais même pas dire une chose pareille.
— Mais pourquoi ? Nous sommes quoi, alors ?
— Nous sommes…, commença Gretel, mais elle fut contrainte de s’arrêter pour réfléchir à la question. Nous sommes…, répéta-t-elle sans savoir vraiment quelle était la réponse. Nous ne sommes pas juifs, conclut-elle.
— Je le sais, dit Bruno, excédé. Ce que je te demande c’est ce que nous sommes, si nous ne sommes pas juifs.
— Nous sommes le contraire, répondit Gretel, se dépêchant de lui donner une réponse dont elle fut bien plus satisfaite. Oui, c’est cela. Nous sommes le contraire.
— Entendu, approuva Bruno, ravi que l’affaire fût enfin résolue. Et les Contraires vivent de ce côté de la barrière et les Juifs de l’autre.
— C’est cela, Bruno.
— Les Juifs n’aiment pas les Contraires, alors ?
— Nos mains, dit-il. Elles sont tellement différentes. Regarde !

« Ils baissèrent les yeux en même temps, la différence étant criante. Bien que Bruno fût petit pour son âge, et pas bien gros, sa main était saine et pleine de vie. Ses veines n’étaient pas visibles sous la peau ni ses doigts guère plus gros que des brindilles de bois mort. En revanche, celle de Shmuel racontait une tout autre histoire.
— Comment est-elle devenue comme cela ? demanda Bruno.
— Je n’en sais rien, répondit Shmuel. Autrefois, elle était comme la tienne, mais je n’ai pas remarqué qu’elle changeait. De mon côté de la barrière, tout le monde est pareil. »

« Tu en as parlé, Matthias, avait répondu Grand-Mère. J’étais le mur contre lequel tu jettes tes paroles. Comme toujours. »

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5 commentaires pour Le Garçon en Pyjama rayé – John Boyne

  1. Sandrine dit :

    Bonjour,
    j’aime beaucoup cet auteur. Je viens de lire son dernier paru en France qui est un livre pour adultes sur la Première Guerre mondiale : pas aussi fort que celui-ci (vraiment exceptionnel) mais très bien aussi. J’ai fait lire à l’époque « Le garçon en pyjama rayé » à toute la famille, petits et grands et il a donné lieu a beaucoup de discussions, certains estimant qu’il n’était pas possible que le petit garçon ne comprenne pas où il était…

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  3. lorenztradfin dit :

    Je viens – suivant ainsi Sandrine – de commencer « Le secret de Tristan Sadler »

    Aimé par 1 personne

    • LadyDoubleH dit :

      Ah très bien ! J’attends ton avis 🙂

      Aimé par 1 personne

      • lorenztradfin dit :

        ça va peut-être prendre un peu de temps – et je vais devoir demander à les collègues avant – depuis le 1.1. je suis membre du jury du « Prix de la Traduction Pierre-François Caillé » – et nous sommes en train de choisir les livres qui feront l’objet d’une analyse plus poussée (2e sélection) …. et je ne sais en tant que néophyte pas encore si je peux déjà proférer mon opinion dans le www.

        Aimé par 1 personne

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