Le Maître – Colm Tóibín

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The Master, 2004. Traduit de l’anglais (Irlande) par Anna Gibson. Editions Robert Laffont, 2005 ; réédité en poche chez 10-18 en 2008.

Ma chronique :

Colm Toibin réussit avec ce roman le tour de force – quand on sait l’immense talent d’Henry James – de nous faire entrer dans la vie et l’oeuvre de cet écrivain américain majeur, avec un ton et une atmosphère qui lui ressemblent. On lit ce livre sur Henry James en ayant l’impression d’être dans un de ses romans ; il s’y raconterait lui-même, en décortiquant les mécanismes de la création et les paysages mouvants aux ramifications multiples, que sont les interactions humaines.

Tout au long de cette biographie romancée, on suit et on accompagne Henry James durant cinq années de sa vie, de 1895 à 1899. Un voyage où espace et temps se mêlent, de la vieille Europe au nouveau continent, en arpentant les méandres et les voies de la mémoire et des souvenirs, des pertes et des ruptures, des interrogations, des désillusions et des succès. Une pérégrination dans la vaste intelligence d’un homme.

Ce livre m’a permis de mieux comprendre, intimement, le « Maître » et son oeuvre. Très vite ensuite, avec un réel bonheur, je me suis plongée dans le pavé qu’est « Les Bostoniennes » (d’Henry James, donc).

Une lecture brillante, qui vous enveloppe encore longtemps après avoir tourné la dernière page.

Extraits :

Parfois dans la nuit il rêvait des morts – visages familiers et d’autres, à demi oubliés, fugitivement invoqués par la mémoire.

En approchant de Venise à la tombée de la nuit, il sut que ni le tourisme ni le temps n’avaient réussi à en abîmer le mélange de tristesse et de splendeur. Il se rendit directement en gondole de la gare au Palazzo Barbaro, le long de canaux secondaires qu’il lui semblait vaguement reconnaître. Ces trajets en gondole s’accompagnaient toujours d’un sentiment solennel, comme si le voyageur était conduit théâtralement vers son destin. Mais ensuite (…) l’autre Venise apparaissait ­ – somptueuse et ravagée.

Tout comme Alice, il mourrait sans enfant ; ce qu’ils possédaient, l’un et l’autre, leur appartenait uniquement tant qu’ils étaient en vie. Il n’y aurait aucun héritier direct. Ils avaient tous deux reculé devant les engagements, le compagnonnage profond, la chaleur de l’amour. Ils n’en avaient jamais voulu. Son sentiment était qu’Alice et lui avaient été bannis, exilés, laissés seuls, alors que les autres membres de la fratrie s’étaient mariés, et que leurs parents s’étaient suivis dans la mort. Avec tristesse, tendrement, il toucha ses mains froides croisées sur le drap.

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5 commentaires pour Le Maître – Colm Tóibín

  1. lewerentz dit :

    J’adore James et j’aime beaucoup Toibin; il est sur ma liste depuis longtemps. Il faudra que je m’y mette quand j’aurai le temps.

    Aimé par 1 personne

  2. Maeve dit :

    Je l’ai aussi dans ma bibli depuis une éternité. Un jour, faudrait que je me décide à le lire ! 🙂

    Aimé par 1 personne

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