La Bruyère incendiée – Colm Tóibín

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The Heather Blazing, 1992. Traduit de l’anglais (Irlande) par Anna Gibson. Éditions Flammarion, 1996 ; Réédition : Éditions 10-18, « 10-18. Domaine étranger », 2005.

J’ai relu avec bonheur en début d’année ce deuxième roman de Colm Toibin. Découvert début 1997, c’est l’un des premiers romans irlandais que j’ai lu, et avec La Ville des ténèbres de Dermot Bolger et Les Renards de Pierre de Molly Keane, il a cette année-là scellé définitivement ma passion immodérée pour les lettres irlandaises.

Ma chronique :

Eamon Redmond est juge à la Cour suprême d’Irlande, proche de la retraite. D’emblée, Colm Toibin campe le décor : le roman débute par la dernière journée d’Eamon avant les vacances estivales, une journée au tribunal durant laquelle il rend un jugement épineux. Le soir il prendra directement la route pour sa maison de Cush dans le comté de Wexford, avec sa femme Carmel. Les grands axes de la vie d’Eamon sont tous là : son travail, le comté de Wexford, Cush, sa femme.
Tout au long du roman, Colm Toibin fait alterner les chapitres, avec fluidité et beaucoup de talent, un pour l’adulte, un pour l’enfant. Il y a toujours un lien, un souvenir, on retourne l’été suivant à Cush, on repart à d’autres étés là-bas, les bains de mer de maintenant, ceux d’alors, l’épouse est souffrante, le père lui aussi, il y a longtemps… On découvre à mesure comment et pourquoi l’homme est devenu ce qu’il est maintenant.

Le style d’écriture est calme, précis, détaillé, comme la personnalité d’Eamon. Plus le roman avance, plus il prend de l’épaisseur, et plus on découvre l’histoire de l’Irlande.

En fait, au coeur de ce roman trône la métaphore de l’érosion. Celle, visible, des falaises de Cush, au bord desquelles Eamon et sa femme reviennent tous les étés passer leurs vacances, dans la maison où Eamon a passé beaucoup de son enfance. Au fil des ans la terre est grignotée, les maisons finissent une à unes par tomber sur la plage en contrebas.

Et celle, lente, intérieure à Eamon, des certitudes qui lui ont été inculquées dans son enfance. Une enfance en totale symbiose avec l’histoire du nationalisme irlandais ; son père était professeur d’histoire et d’irlandais, militant au Fianna Fail (le titre du roman, The Heather Blazing en version originale, est inspiré d’une chanson sur les United Irishmen, que la famille du père d’Eamon chantait à Noël). Il a été élevé dans le culte du patriotisme qui privilégie le dévouement au bien public, et la conformité à des idéaux imposés à toute une nation.

On vit avec Eamon les pertes, les amours, les combats, les réussites, l’acharnement passionné au travail. Et tandis que la société change, le pays évolue, se revendiquent le droit aux libertés individuelles et à la recherche du bonheur personnel, l’ancien enfant de choeur ne croit plus en Dieu, le juge ne sait plus très bien si les textes de loi, à l’heure actuelle, sont justes ou pas…

J’ai trouvé ce roman tout aussi captivant à la relecture, vraiment intéressant et bien dosé. J’adore Colm Toibin !

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4 commentaires pour La Bruyère incendiée – Colm Tóibín

  1. Maeve dit :

    Pas encore lu. J’avoue que je ne connais pas encore très bien Colm Toibin dont je n’ai lu que l’excellent « Brooklyn ».

    J'aime

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